☕️ GRAND DEBRIEF (Jan. 26) – CES, voiture autonome et indépendance numérique
Monde Numérique01 février 202601:01:37

☕️ GRAND DEBRIEF (Jan. 26) – CES, voiture autonome et indépendance numérique

Free Pro

Avec Free Pro, le meilleur de Free pour les entreprises

Robots, intelligence artificielle, dépendance aux géants américains, nouvelles lois sur Internet… Le mois de janvier a concentré toutes les fractures du numérique. Dans ce Grand Débrief, on prend le temps d’analyser ce que ces signaux disent vraiment de l’avenir de la tech.

Avec François Sorel (Tech&Co) et Bruno Guglielminetti (Mon Carnet)

CES 2026 : un salon moins spectaculaire, mais plus révélateur

Le Consumer Electronics Show de Las Vegas a-t-il perdu de sa magie ? Moins d’annonces grand public, moins d’objets “wahou”, mais un salon qui confirme malgré tout plusieurs tendances lourdes : automatisation, robotique, intelligence artificielle omniprésente et montée en puissance des acteurs asiatiques. Bref, un CES 2026 plus sobre mais qui reflète mieux que jamais l’état réel de l’industrie technologique mondiale.

- Voitures autonomes : la réalité derrière le fantasme

Les véhicules autonomes avancent vite… mais pas toujours là où on l’imagine. Waymo, Zoox ou Uber multiplient les expérimentations de niveau 4, capables de circuler sans conducteur dans des zones bien définies. En revanche, le niveau 5, celui d’une voiture autonome partout et en toutes circonstances, n’existe toujours pas.
Contrairement au discours d’Elon Musk, le FSD de Tesla reste officiellement classé niveau 2, loin des critères d’autonomie totale.

- Robots humanoïdes et “IA physique” : le vrai tournant

Le CES 2026 a marqué une étape importante : le passage de l’IA logicielle à l’IA incarnée. Robots humanoïdes, machines domestiques intelligentes, automatisation du monde réel… la robotique entre dans un nouveau cycle. Si l’électromécanique et l’équilibre sont désormais maîtrisés, le véritable verrou reste l’intelligence elle-même.
Les modèles d’IA actuels sont-ils capables de comprendre le monde physique, ou faudra-t-il changer de paradigme, comme le défend notamment Yann LeCun ?

- La Chine, puissance technologique majeure

Très visible cette année à Las Vegas, la Chine n’est plus dans l’imitation mais dans l’exécution rapide et industrielle. Robots aspirateurs, robots humanoïdes, vidéoprojecteurs, électronique grand public : les innovations chinoises s’imposent par leur qualité et leur vitesse de développement. Un basculement stratégique majeur, qui redessine la concurrence mondiale — et interroge la place de l’Europe.

Dépendance à la tech américaine : le réveil européen ?

Pendant que les patrons de la tech défilaient au Forum économique mondial de Davos, le Parlement européen adoptait une résolution alertant sur la dépendance numérique de l’Europe. Cloud, logiciels, systèmes d’exploitation, IA : que se passerait-il en cas de tension politique majeure avec les États-Unis ? Faut-il craindre un "kill switch" (coupure totale) ou une dégradation des services ? La question n’est plus théorique, notamment après les menaces commerciales de Donald Trump et les débats autour du Cloud Act. Alors, peut-on réellement se passer de la tech américaine… si oui, à quel prix ?

Cloud souverain : solution réelle ou illusion juridique ?

AWS, Google et Microsoft multiplient les annonces de clouds souverains européens, comme le projet d’AWS European Sovereign Cloud. Mais une entité juridique locale suffit-elle à garantir une indépendance réelle ?

Réseaux sociaux interdits aux mineurs : fin de la récré ?

Dernier grand sujet de ce Débrief : la loi française visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Après la loi sur la protection contre les contenus pornographiques, le RGPD, le DSA ou encore le projet Chat Control, la régulation numérique s’intensifie. Sommes-nous en train d’assister à la fin de l’Internet libre tel qu’on l’a connu ou à une tentative nécessaire de protection face à l’addiction, au temps d’écran et aux effets cognitifs sur les plus jeunes ?

-----------
♥️ Soutien :
https://mondenumerique.info/don
🗞️ Newsletter :
https://mondenumerique.substack.com

Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


Jérôme :
[0:03] Des téléviseurs, des robots, de l'intelligence artificielle à tous les étages. Le CES 2026 a livré son lot de nouveautés comme d'habitude. Mais maintenant que la poussière est retombée, que faut-il en retenir ? On va en parler. On va parler aussi de la tech américaine qui est partout. Ce n'est pas nouveau, mais alors que les relations sont un peu tendues quand même entre l'Europe et les Etats-Unis. Qu'est-ce qui va se passer ? Et est-ce qu'on risque d'être privés un jour de cette tech américaine ? Du coup, est-ce qu'on pourrait s'en passer ? Enfin, une loi contre les réseaux sociaux pour les mineurs. Alors ça, c'est l'actu immédiate et toute récente en France. Une loi pour les mineurs, un règlement pour la vie privée, un truc contre le porno. Est-ce qu'il n'y a pas énormément de lois et de règlements en tout genre en ce moment ? Est-ce que l'État est en train de remettre la main sur Internet et de fourrer son nez partout au détriment de nos libertés ? Si on pousse la réflexion jusqu'au bout, je vous propose qu'on parle de tout ça ce mois-ci dans le grand débrief de Monde Numérique avec mes camarades. Que j'ai le plaisir d'accueillir tout d'abord François Sorel de BFM Business, animateur de l'émission Tech & Co, la quotidienne. Mon petit François, comment vas-tu ?

François :
[1:07] Comment ça va les amis ? Ravi de vous retrouver. Bruno Guglielminetti, Jérôme Colombain, tu m'as fait une intro incroyable.

Jérôme :
[1:14] T'as vu ça ?

François :
[1:14] Attends, mais c'est magnifique.

Jérôme :
[1:16] Ah mais on bosse 2026, nouvelle résolution.

François :
[1:18] Mais non, mais attends, mais il faut raconter un peu comment ça se...

Jérôme :
[1:20] Attends, déjà, je dis bonjour à Bruno. À Montréal, Bruno Guglielminetti du podcast Mon Carnet. Si l'un est une voix historique, lui est une voix, j'allais dire, préhistorique et un peu hystérique. Ça va, Bruno ?

François :
[1:35] Ça allait ?

Jérôme :
[1:37] Je te dis, bonne résolution de 2026. Parmi les résolutions aussi, nouvelle musique de générique pour cette émission. Mais je vais vous expliquer pourquoi j'ai changé. Ça va vous intéresser. Je vous dis ça dans un instant. Voilà. Allez, ouvrez grand vos oreilles. C'est parti pour le grand débrief du mois de janvier 2026, même si vous l'écoutez en février. c'est toujours valable. Cette émission vous est proposée avec le soutien de FreePro, le meilleur de Free pour les entreprises. FreePro, c'est un opérateur pour les indépendants, les TPE, les PME, mais aussi les grandes organisations à travers leurs solutions experts. Connectivité, cloud, télécom, cybersécurité, FreePro couvre l'ensemble des besoins numériques des entreprises avec des solutions souveraines. Les infrastructures, les technologies et les équipes sont opérées en France. FreePro maîtrise la chaîne de valeur des données de bout en bout. En plus, des équipes d'experts dédiées accompagnent les projets au plus près grâce à une dizaine d'agences réparties sur le territoire. Expertise, proximité, simplicité. Pour en savoir plus, rendez-vous sur freepro.com. Et merci à Freepro de soutenir le grand débrief de Monde Numérique. Bon, est-ce qu'on peut être un peu sérieux deux minutes, là, au lieu de se fendre la poire en permanence ?

François :
[2:51] Oui, c'est vrai, c'est vrai.

Jérôme :
[2:53] Vous voulez que je vous dise pourquoi j'ai changé de musique ?

François :
[2:55] Ah, mais j'aimerais bien.

Jérôme :
[2:56] En fait, c'est un vrai problème qui touche à des tas de problématiques vraiment digitales, si on peut dire. En fait, la musique qui servait de générique au Grand Débrief précédemment, elle venait d'un site spécialisé qui s'appelle, je ne sais plus comment, enfin bref, je l'avais acheté. C'est comme ça que ça fonctionne. Tu payes pour avoir un droit d'utilisation. Donc, j'avais la licence d'utilisation en bonne et due forme. Mais malgré ça, tous les mois, à chaque fois, j'étais retoqué par YouTube qui m'expliquait que je n'avais pas le droit d'utiliser cette musique ou qu'en tout cas, je devais prouver que j'avais le droit. Donc, évidemment, tu parles à des robots, donc il n'y a pas de négociation possible. Tu peux juste dire messi, messi. Et alors, tous les mois, je devais contester pour expliquer que oui, j'ai le droit de passer ça, donc je collais la licence. Et puis, il me répondait que trois semaines après, ah, super, bonne nouvelle, personne n'a contesté. Heureusement. Du coup, qu'est-ce que j'ai fait ? Et Bruno, ça va te parler. Je suis allé sur Suno, n'est-ce pas ? Musique générée par intelligence artificielle, et là, j'aurais pas ce problème parce que la licence... Enfin, j'espère que j'aurais pas ce problème, je croise des doigts. J'aurais pas ce problème a priori de reconnaissance.

François :
[4:07] Ouais, mais est-ce que YouTube ne va pas considérer que c'est une musique qui appartient à quelqu'un et qui, de la même manière...

Jérôme :
[4:14] C'est dans les conditions d'utilisation de Suno.

François :
[4:16] Oui, mais lui, comment va-t-il le savoir ? Il va entendre une musique, il va se dire, tiens, cette musique-là elle doit bien l'être à quelqu'un avant qu'il détecte que ce soit de l'IA peut-être ?

Jérôme :
[4:25] Non, il détecte pas que c'est de l'IA, mais YouTube fonctionne par empreinte musicale donc en fait, c'est qu'il connaissait la musique qui servait de générique précédemment et il disait, ouais, mais pourquoi tu l'utilises ? Je la connais, celle-là, elle est sous licence et moi je devais expliquer que oui, elle était sous licence mais j'avais la licence et là, c'est pas une licence au même titre, puisqu'en fait, la musique elle est unique.

François :
[4:47] En plus elle est unique ne pouvaient pas faire quelque chose auprès de YouTube ?

Jérôme :
[4:51] L'auteur de la... Ben si, peut-être, mais bon, voilà, au moins tu lâches l'affaire, quoi, tu vois.

François :
[4:57] OK.

Jérôme :
[4:58] Voilà. Petite anecdote pour commencer cette émission.

François :
[5:01] Les coulisses de mon numérique, mesdames, messieurs.

Jérôme :
[5:03] Bon, comme chaque année, ce mois de janvier, qui marque le coup d'envoi de la saison technologique, si on peut dire, a été marqué par le fameux CES de Las Vegas, l'événement tech mondial. Vous y étiez, j'y étais, on y était. On raterait ça pour rien au monde, bien évidemment. mais pour autant, ce CES 2026 était-il à la hauteur ? C'est un peu la question que j'avais envie de vous poser l'un et l'autre. Alors, voilà. Qu'est-ce que vous en retenez ? Votre impression générale, ça date un peu, maintenant ça fait 3-4 semaines que c'est terminé. On a tous repris nos petites habitudes mais avec le recul ou sans le recul d'ailleurs dans le feu de l'action, qu'est-ce que vous en pensez ? Qu'est-ce que vous en retenez ? Qui veut commencer ? Bruno ou François ?

Bruno :
[5:46] Moi je vais en entendre François parce que je ne l'ai pas entendu sur le sujet.

Jérôme :
[5:49] Eh bien voilà, François, on t'écoute.

François :
[5:52] Bon, déjà, c'était un CES toujours intense au niveau pro pour moi, enfin, et même pour vous, parce que c'est vrai qu'on a produit pas mal d'émissions. Moi, j'ai fait quatre Tech & Co, un de quoi je me mail. Enfin, il y avait beaucoup, beaucoup d'émissions à produire, avec beaucoup de sujets. Mais c'est vrai qu'on a eu ce débat, d'ailleurs, je crois, dans Tech & Co, Jérôme, avec toi. C'était le fait qu'on était ou déçus ou moins déçus concernant ce CES. Moi, franchement, j'ai trouvé intéressant. J'ai trouvé intéressant avec deux tendances qui m'ont marqué, mais je crois qu'on va tous se rejoindre là-dessus. C'est à la fois tout ce qui est, on va dire, accélération des véhicules autonomes. Et on l'a vu avec Zoox, ce qu'on a testé, vous et moi. L'annonce d'Uber qui veut pousser, en fait, les véhicules autonomes. C'est quand même assez intéressant. Le numéro un des VTC qui commence à présenter au CES de Las Vegas la voiture pilote. Enfin pilote, oui, la voiture vitrine en tout cas des prochains véhicules autonomes, c'est intéressant. D'ailleurs, petite anecdote à ce sujet, j'ai reçu un sondage de la part de Uber il y a quoi ? Il y a deux jours. Et vous savez ce que j'avais comme question ?

Jérôme :
[7:04] Non.

François :
[7:04] Je vous le donne dans de mille. Est-ce que vous prendriez un véhicule autonome ? Est-ce que vous auriez peur ? Quelles seraient vos attentes là-dessus ? C'est-à-dire que tout le sondage ne portait pas là-dessus, mais j'avais au moins cinq ou six questions sur le fait de nous préparer à avoir un véhicule autonome. C'est quand même un signe. Et en plus, ils ne savaient pas que j'étais au service de Las Vegas. C'était vraiment un client lambda d'Uber qui recevait un sondage. Donc c'est quand même assez intéressant c'est plus que c'est plus que de la science-fiction ils sont en train de préparer ça c'était Uber France.

Jérôme :
[7:43] C'était un sondage en français ?

François :
[7:44] Oui c'était Uber France c'est ça qui était intéressant, c'était Uber France après je pense qu'ils prennent énormément d'attaques, après ils remontent au niveau mondial mais bon, aujourd'hui ils posent la question est-ce que vous avez peur de ça ? Est-ce que vous seriez en sécurité ? des choses comme ça, des questions basiques, finalement t'as répondu non à tout.

Jérôme :
[8:05] Bien sûr t'as répondu qu'il était hors de question que tu montes dans une voiture.

François :
[8:07] Sans chauffeur non mais enfin tous les chauffeurs de VTC qui nous écoutent qui nous regardent c'est important de le savoir c'est qu'on est à l'aube d'une révolution, qui va impacter votre métier et votre activité c'est certain, alors ça va pas arriver dans un an ça arrivera pas dans deux ans mais moi je projette ça à cinq ans en fait et dans cinq ans, ça va changer donc véhicule autonome première chose, oui pardon, Vas-y, Jérôme.

Jérôme :
[8:39] Non, non, vas-y, vas-y. Je voulais faire une parenthèse, mais en fait, la parenthèse risque d'être longue. C'est justement sur... Moi, je trouve que c'est intéressant parce que ça a posé un peu le sujet des limites et des différents types de voitures autonomes. Il ne faut pas oublier que ce qu'on a vu, par exemple, à Las Vegas, c'est ce qu'on appelle du niveau 4, que les Waymo qui roulent à San Francisco, c'est aussi du niveau 4.

Jérôme :
[9:02] Et que... Je parle de ça parce que j'ai fait une vidéo qui a fait un peu réagir sur les réseaux sociaux à ce sujet en disant qu'on n'est pas encore au niveau 5, c'est-à-dire une voiture capable de rouler sans chauffeur, sans aucune intervention humaine, en toutes circonstances. C'est le « en toutes circonstances » qui est très important, c'est-à-dire sur n'importe quelle route, dans n'importe quel pays, dans n'importe quelle ville et par n'importe quelle condition météo avec n'importe quel événement survenant sur la route. Pour l'instant, ça, ça n'existe pas. Il n'y a aucune voiture qui fait ça. Et ça a déclenché un peu une discussion avec les fans de Tesla.

Jérôme :
[9:34] Qui sont montés au créneau pour m'expliquer que je n'avais rien compris, en gros, parce que la Tesla, justement, qui n'a pas le même système, c'est vrai, ça on le savait, de fonctionnement que, qui n'a pas besoin de s'entraîner pendant des milliers de kilomètres sur la zone où elle va rouler et qui n'a pas de LIDAR qui fonctionne uniquement avec de la vidéo et de l'intelligence artificielle, n'avait pas ces limitations-là. Après, on peut en débattre parce qu'en plus, bizarrement, quand même, moi je n'ai rien contre Tesla, ce n'est pas le sujet, mais l'autopilote, le FSD de Tesla n'est reconnu comme qu'une autonomie de niveau 2, donc c'est même encore inférieur. C'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas à passer les barrières réglementaires enfin, la question du niveau c'est pas du règlement, c'est de la technologie c'est une association d'ingénieurs internationales qui définit ça, mais c'est là-dessus que se basent les états pour définir leur réglementation et Tesla pour l'instant n'arrive pas à passer, la barre parce qu'ils sont encore considérés comme du niveau 2 alors que Elon Musk nous dit, et essaie de nous faire croire que c'est meilleur que, Waymo, donc c'est intéressant quand même ce débat sur la voiture autonome, il y aurait presque de quoi en faire une émission complète, désolé pour cette parenthèse un peu...

François :
[10:42] Donc, on est loin, en fait, du robotaxi que Elon Musk a présenté il y a quoi ? Il y a un an ou deux ? Tu te rappelles en grande pompe dans les studios de Warner. C'est pour ça qu'on n'en entend pas parler. C'est qu'il n'arrive pas à avoir les certifications. Parce que même s'il y croit, c'est très bien, qu'il y croit, tant mieux pour lui. Mais tant qu'il n'a pas les certifications, on ne peut pas considérer que ces véhicules à lui soient des véritables robotaxi, en fait.

Jérôme :
[11:06] Tout à fait. Mais lui dit que...

François :
[11:07] Donc, il ne peut pas être largué comme ça dans la nature.

Jérôme :
[11:09] Voilà. Bon, voilà pour la voiture autonome. Bruno, si on revient un peu sur le CES...

Bruno :
[11:15] Moi, je veux entendre son deuxième élément, François, parce qu'on est resté sur la voiture autonome.

Jérôme :
[11:19] Bruno, il est venu en spectateur, tu sais. Oui !

Bruno :
[11:22] Il y avait de la place ici, alors j'ai dit...

Jérôme :
[11:24] Il est venu pour nous écouter. Tu ne vas pas t'en tirer. On veut ton regard de Nord-Américain.

François :
[11:30] On l'écoutera attentivement après. Non, la deuxième... Moi, la deuxième tendance qui est en fait une double tendance, C'est la présence massive, intéressante de la Chine au CES Je trouve que c'était encore plus impressionnant que les années précédentes. Malgré le contexte géopolitique, etc., les Chinois étaient en force. Et une chose est certaine, c'est que quand ils sont là, ce n'est pas simplement pour présenter des gadgets. On se souvient, il y a encore quoi, il y a dix ans, c'était, voilà, on ne s'est pas qu'on ne prenait pas les Chinois au sérieux, mais il y avait un peu cette condescendance en disant qu'ils copient beaucoup ce que font les Occidentaux, etc. Maintenant, tout ça est terminé. Moi, on était à l'Oreca Park, le studio de Tech & Co et de BFM Business. Juste au-dessus, il n'y avait que... Quasiment que des représentants chinois, de robots tondeuses, de robots aspirateurs, de robots piscines, des gadgets en tout genre, mais vraiment innovants, tu vois.

François :
[12:37] Et là, on n'était qu'à cet endroit-là, si tu veux. Tu allais après au Convention Center, il y a énormément de constructeurs chinois qui cartonnent. Alors, évidemment, il y a ceux qu'on connaît, les TCL, les Ayer, etc., enfin, les Mastodontes. Mais il y avait plein de boîtes. J'ai vu une boîte, moi, que j'ai trouvée très intéressante, qui est spécialisée dans tout ce qui est vidéoprojection, qui s'appelle AWOL et qui fabrique des projos, mais d'une qualité incroyable, tu vois.

François :
[13:04] Et au-delà de ça, tu te dis, vraiment, la Chine, aujourd'hui, non seulement fait des trucs incroyables, mais à une rapidité, si tu veux, d'exécution, d'évolution qui est impressionnante. Deuxième remarque, c'est les robots. Voilà, ce CBS a été aussi l'arrivée de plein de robots, souvent chinois d'ailleurs.

Jérôme :
[13:29] Les robots humanoïdes, tu veux dire ?

François :
[13:31] Oui, robots humanoïdes, qui ne fonctionnent pas tous, mais on voit qu'on est au début du nouvel ère aussi. Et qu'il suffit maintenant de leur donner un peu plus d'intelligence en les connectant à l'IA générative et je pense qu'on aura des trucs assez sympas, tu vois. Alors c'est facile à dire comme ça, ça va prendre des années mais on est au début d'un nouveau cycle je pense, avec la puissance chinoise qui est là, et qui va déferler et dont on ne pourra pas faire grand-chose et c'est pas un problème d'ailleurs, je veux dire, tant mieux pour eux finalement et Et aussi, si tu veux, l'arrivée de cette nouvelle génération de robots, ça va prendre encore du temps, mais ça va être intéressant de faire le point dans 10 ans. Je suis sûr que dans 10 ans, les robots feront partie de notre quotidien d'une manière ou d'une autre.

François :
[14:24] Et c'est intéressant de voir que, si tu veux, finalement, tous ces petits robots, les robots aspirateurs, les robots tondeuses, les robots de piscine, tous ces trucs-là, récoltent tellement de data, si tu veux, qu'après... Et tu sais qu'il y a des boîtes chinoises qui sont spécialisées dans la revente de ces data. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, tu t'appelles... Toi, demain, tu montes... Tu as décidé de créer des robots aspirateurs, OK ? Tu vas faire toute l'électromécanique mais après l'intelligence de ce robot aspirateur je crois qu'il y a deux boîtes en Chine qui récoltent toutes les données et qui revendent ça mais qui vont vendre ça à tous les géants des robots aspirateurs, tu vois, et donc toute cette data, tu arrives à l'enrichir et après tu vas pouvoir créer des robots humanoïdes avec, en tout cas, si tu veux, il y a plein de je pense qu'il y a plein de points communs entre toute cette data là pour les robots qui sont au ras du sol et ceux qui sont un peu plus à hauteur d'homme.

Jérôme :
[15:26] Ça va être intéressant.

François :
[15:27] Je pense.

Jérôme :
[15:27] Avec un petit bémol, François, je ne sais pas si tu as vu une intervention récente de Yann Lequin. Désolé, je cite souvent Yann Lequin, mais parce que je trouve que c'est lui qui a un point de vue, divergent par rapport à une forme de consensus autour de l'intelligence artificielle. Et il dit que dans la Silicon Valley, notamment, lui, il parle pour la partie américaine, tout le monde s'excite sur les robots humanoïdes. mais qu'il y en a, Il n'y a aucun constructeur qui est capable, en fait, aujourd'hui, de sortir un vrai produit qui soit suffisamment intelligent, parce que c'est au niveau... OK, tu as l'électromécanique, tu as la batterie, tu as les datas dont tu parles, mais le nerf de la guerre, enfin, pas le nerf de la guerre, le moteur véritablement cognitif de tout ça, si on peut dire, c'est-à-dire l'IA, n'est pas à la hauteur. Et bon, c'est toujours la même chose pour expliquer qu'en gros, c'est basé sur la logique des LLM.

François :
[16:21] Etc.

Jérôme :
[16:21] Tu les entraînes avant et tu les fais travailler après.

François :
[16:25] C'est pour ça que lui prône cette IA ambiante, en fait, cette IA qui intègre tous les sens, finalement, que ce soit la vue ou l'île.

Jérôme :
[16:33] Voilà, le multimodal, exactement. Est-ce que les LLM actuels vont pouvoir s'enrichir avec de la multimodalité pour être suffisamment puissants pour justement remplir ces missions-là ? Ou bien est-ce qu'il faut changer de paradigme ? Lui, sa théorie, c'est de dire qu'il faut changer de paradigme, que ça va dans la mauvaise voie. Mais le constat est là, c'est qu'ils ne sont pas très intelligents, ces robots. Ce qu'on a vu à Las Vegas, il n'y en a aucun qui se place tout seul.

François :
[17:00] Et la plupart du temps, quand ils sont intelligents, tu peux être sûr que c'est quelqu'un qui les télécommande derrière.

Jérôme :
[17:04] Oui, oui, tout à fait. Moi, j'en ai vu aucun autonome.

François :
[17:07] Mais aujourd'hui, ils ont réglé le problème de l'électromécanique. Ils ont réglé le problème de l'équilibre pour un robot humanoïde. Oui, bien sûr. Ça, c'était un vrai défi. C'était un vrai défi. Ils ont réglé, on va dire, les muscles et la motorisation de ce robot-là. Maintenant, il faut lui donner une intelligence. Cette intelligence, je pense que malgré tout, elle va aller en progressant parallèlement avec les progrès qu'on a dans l'IA générative et dans tout ce qu'on voit, nous, au quotidien dans nos conversations avec des IA. Donc, effectivement, ça va prendre du temps parce qu'il ne suffit pas de connecter ça comme ça, ça va être beaucoup plus complexe. Mais si tu veux, une partie du chemin a été franchie. Et là, on va attaquer justement à ce que tu disais, à la partie cognitive. Ça va prendre du temps, mais on va y arriver, c'est certain. Et je pense que les Chinois sont bien placés pour ça, notamment avec leur data et leur avancée justement sur toute l'électromécanique.

Jérôme :
[18:06] – Bruno, tu as eu le même sentiment?

Bruno :
[18:08] – Oui, c'est merveilleux parce que François fait une superbe passerelle à ce que j'allais rajouter. C'est qu'au CES, ce qui a été clair cette année, n'ayant pas voulu bouder mon plaisir, je cherchais c'était quoi l'étincelle. Je me dis que où j'ai vu des lumières allumées, c'est quand on parle, puis c'est exactement ce que François était en train de raconter, c'est l'IA physique. Et c'est ça la nouveauté et c'est une fois, toute l'avancée qu'on a connue dans les trois dernières années au niveau de l'IA générative et de ce que les gens peuvent déjà utiliser sur leur téléphone, dans leur ordinateur, bien aujourd'hui là ce qui va être intéressant de voir c'est l'application dans les petits robots humanoïdes les appareils qui sont robotisés et donc d'avoir l'intégration de tout ce qui est là et moi je trouve que si le CES nous a montré quelque chose, c'était ça. C'est le maillon manquant et c'est ce qu'il va faire de 2026, 2027, probablement, les années charnières dans l'évolution de la robotique humanoïde.

François :
[19:14] Je suis totalement d'accord.

Jérôme :
[19:17] Donc, finalement, ce n'était pas si mauvais CES que ça, à vous entendre. Moi, j'étais un peu déçu, mais vous me redonnez. C'est moi, c'est mon côté un peu blasé.

Bruno :
[19:27] Critique difficile. La barre était haute et...

Jérôme :
[19:32] Non, non, mais je suis d'accord malgré tout avec tout ce que vous dites et puis ce qui est intéressant, ce qui reste intéressant au CES, quoi qu'on en dise, et ce qui justifie aussi qu'on continue à y aller tous les ans etc, c'est aussi les prises de parole des big boss de la tech il y avait John Sanuang, c'est ça il y avait, ça c'est des trucs qui sont toujours assez intéressants Lénauvo a fait.

François :
[19:58] Une keynote là-bas.

Jérôme :
[19:59] Bruno.

François :
[20:00] Je pense que tu y étais Jérôme, tu y étais aussi ? Non, je n'ai vu ça de loin.

Jérôme :
[20:03] Mais on en a beaucoup parlé, c'est sûr.

François :
[20:06] C'était à la sphère. En fait, sur le plateau de la sphère, il y avait tous les géants de la tech actuelle. La patronne d'AMD, le patron d'Intel, il y avait l'un des boss de Microsoft, il y avait Jensen Huang qui était là, le patron de Lenovo.

Bruno :
[20:22] Ils sont tous passés à la caluleux.

François :
[20:24] Le patron de Qualcomm était là. C'était la grosse cavalerie. Donc, ils viennent tous au CES. Et si tous ces dirigeants des plus grosses techs, big techs américaines et mondiales viennent, c'est qu'il y a une raison, tu vois. Ça se passe encore ici. Ça se passe encore au CES, je pense.

Jérôme :
[20:43] Tout à fait.

Jérôme :
[20:48] Alors, autre événement en ce mois de janvier, les amis ? Le Forum économique mondial de Davos. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que, bon, traditionnellement, c'est un événement plutôt politique, économique. Mais cette année, vous ne me contredirez pas, les stars, c'était justement les grands patrons de la tech. Ils étaient tous là, Sam Altman, Elon Musk, Jensen Wang, Satya Nadella.

Jérôme :
[21:10] Demi Sassabis de Google DeepMind, Dario Amodei d'Enthropic, etc. Avec des prises de parole que moi, j'ai trouvées hyper intéressantes. Mais, mais, et c'est là où je veux en venir, pendant que ces braves gens nous expliquaient leur vision du monde et puis surtout nous présenter toutes les technologies géniales et formidables sur lesquelles ils travaillent. Pendant ce temps, en Europe, je ne sais pas si vous avez remarqué, c'est exactement au même moment, très précisément le 22 janvier, une résolution du Parlement européen, pour dire qu'il y avait un gros problème, on dépend trop des technologies numériques américaines et vu ce qui est en train de se passer, vu les menaces de Donald Trump, le Groenland, etc., il faut aujourd'hui quasiment se poser la question de savoir si on ne risque pas un jour, un, d'en être privé Et deux, est-ce qu'il ne faudrait pas s'en affranchir avant ? Donc voilà, je voulais qu'on aborde un peu ce sujet qui me paraît assez intéressant parce qu'il est vraiment dans la vie des gens où il va l'être, les entreprises, mais aussi les particuliers. Est-ce qu'il faut se préparer à s'affranchir des techs américaines et en réalité, est-ce qu'on peut le faire ? Est-ce qu'il y a des portes de sortie ? C'est un gros sujet, mais j'aimerais bien vous entendre là-dessus.

Bruno :
[22:21] Puis on s'entend que la seule raison pour laquelle… Bruno du Canada.

Jérôme :
[22:26] C'est intéressant ton point de vue. Vas-y, de chez toi là-bas.

Bruno :
[22:28] Écoute, je n'ai même pas énoncé, tu imagines l'intérêt envers la chose. Mais non, sérieusement, c'est que la seule raison pour laquelle on en parle chez vous aujourd'hui, puis on en parle chez nous aussi, c'est parce qu'il y a un problème politique. Qui est représentée par une seule personne, qui est le grand patron aux États-Unis. Mais sinon, ça fait des années et des années, ça fait des décennies qu'il y a un monopole américain, peu importe que ce soit dans le logiciel, que ce soit dans les services informatiques, dans l'info nuagique. Et c'est une situation dans laquelle on a, autant au niveau privé, dans le domaine des affaires, que dans le niveau public, je pense aux administrations, on a investi sans jamais se poser des questions. Et là, aujourd'hui, il y a une situation qui est provoquée par un élu américain qui fait qu'il y a une prise de conscience. Mais c'est incroyable de voir que ça a pris tout ce temps-là et ça a pris un seul individu pour avoir cette prise de conscience-là en disant « Mais où est notre ennemie, notre autonomie par rapport à ça?

Jérôme :
[23:32] » Oui, parce qu'avant, il y avait un problème sans que ce soit un problème. Bon, c'était embêtant pour les entreprises françaises qui n'arrivaient pas à se hisser, à tirer de la valeur aussi de ce truc-là. Mais il n'y avait pas de crise potentielle. Là, si demain, Donald Trump pète un plomb et dit, pour faire pression pour des raisons politiques, demande à Google, à Microsoft de nous couper le robinet du numérique, alors, à mon avis, ils ne le feront pas de gaieté de cœur. Mais ils seront obligés de le faire. Qu'est-ce qu'on fait ?

Bruno :
[24:08] Et Jérôme, dans ce scénario-là, c'est pas tout simplement de couper, parce que couper, ça ferait mal, mais tout simplement de mettre de la latence, plus de latence dans le service. T'imagines, ça serait sournois. Mais ça ferait en sorte que tu as tout le système bancaire, économique, financier, tu as toutes les entreprises qui fonctionnent dans l'info nuagique pour leur système, les manufactures, ce serait la catastrophe. Et ce serait subtil. Non, non, on n'a rien coupé. Un peu avec ce qu'on a vu, le même truc sur TikTok qui est en train de se réaménager aux États-Unis. Ils sont en train de bidouiller dans le système. Puis on voit que le système ne tient pas. On voit que c'est instable aux États-Unis. Moi, j'ai les échos, c'est juste à côté de chez nous. puis il y a certains services ici qui sont branchés sur le service américain, et je vois l'instabilité qu'il n'y avait pas dans le temps quand ça appartenait aux Chinois, bien, c'est la même chose. Le jour où les Américains décident de mettre plus de latence, sans couper nécessairement, vous allez trouver que l'expérience d'utilisation va avoir changé de l'expérience complète d'utilisation.

Jérôme :
[25:13] Ça, c'est plus pervers, effectivement. François?

François :
[25:17] Bon, déjà, je pense qu'il faut qu'on garde son sang froid. d'une manière générale sur ce sujet-là, parce que c'est vrai qu'on dramatise. Je pense que ce n'est pas demain que les géants de la tech vont couper le robinet des Européens qui représentent, il faut le rappeler quand même, entre 30 et 40% de leur marché.

Jérôme :
[25:36] Oui, bien sûr, pour eux.

François :
[25:37] Ce n'est pas une bonne affaire. Enfin, je veux dire, pour eux, c'est inenvisageable, à mon avis. Donc, il faut garder son sang-froid. Ce n'est pas à l'ordre du jour. Je pense que ça ne le sera jamais. Mais admettons que la situation continue à se dégrader, moi, je vois un scénario un peu à la... Comment dirais-je, à la cloud européenne d'AWS. Je ne sais pas si vous avez suivi cette histoire-là. AWS, sentant le vent tourner, ils sont très malins quand même. Et au-delà de ce vent qui tourne, se sont dit, tiens, on va créer une entité avec le meilleur des services d'AWS, mais une entité qui n'est plus américaine. Donc, on coupe le fil avec les États-Unis. On crée une entité juridique européenne. Pour installer le meilleur d'AWS, tout en rassurant les clients français et européens, parce que, comme tout ça est ici, il y a moins de risques concernant le Cloud Act. Alors, même s'il n'y a pas véritablement de spécialiste qui a pu trancher en disant est-ce que véritablement le Cloud Act ne peut pas être éligible à ce type de choses.

Jérôme :
[26:49] Voilà, il y a encore un petit flou.

François :
[26:51] Mais à la limite, je dirais que c'est un autre sujet, ça. Mais est-ce que demain, on ne peut pas imaginer que Google, que Microsoft, qui commencent à voir le truc tourner ? Bon, alors déjà, il y a aussi un autre sujet, c'est le calendrier. Le président des États-Unis en a encore pour trois ans. Dans trois ans, il y aura de nouvelles élections américaines, si tout va bien. Et on peut imaginer que là, on pourra rabattre des cartes, en fait. Mais ce que je veux dire par là.

Jérôme :
[27:19] C'est que... Ou pas, parce qu'il y a déjà des successeurs potentiels. dans son équivalent.

François :
[27:25] Peut-être qu'il y aura moins d'agressivité, moins de virulence aussi. On voit que la personnalité de Trump est aussi au cœur de tout ça, si tu veux. Et je me dis, est-ce que finalement, ça ne va pas donner envie à ces géants américains, finalement, de se décentraliser et de créer des entités, si tu veux, juridiques, plus protectionnistes pour les différents continents, pour ne plus être dépendants, de décision d'un seul gouvernement. Parce que, Quand tu vois des Google, des Microsoft, des Apple, c'est des boîtes qui sont tellement plus puissantes que des États, finalement. Il faut qu'elles arrivent à trouver une solution à ne pas être dépendantes d'une décision politique. Ce n'est pas possible. Pour leur business, je veux dire, un Apple, un Google, un Microsoft, de se séparer de 30 à 40 % de leur business, c'est quelque chose d'inenvisageable.

Jérôme :
[28:19] Oui, mais attends, ça va loin ce que tu dis. Ça veut dire que tu légitimes le fait que des boîtes soient plus puissantes que des États et que du coup, il faut qu'elles en profitent. et qu'elles trouvent un moyen de s'en affranchir complètement.

François :
[28:30] C'est un secret publicinal. Enfin, je veux dire, aujourd'hui, la valorisation d'une boîte comme Apple ou Google ou Microsoft, c'est d'une puissance phénoménale.

Jérôme :
[28:40] Oui, mais pour l'instant, on arrive encore un peu à tenir le chien fou grâce à la réglementation, et surtout nous, Européens, puisqu'on a que ça.

François :
[28:46] Peut-être qu'ils préféreront, à ce moment-là, on va dire, courber les chines face à la réglementation européenne, mais ne pas se priver de ce marché européens.

Jérôme :
[28:55] Après, comme l'a dit Macron, nous, au moins, il y a des règles. C'est pas à la youplaboum.

François :
[29:01] Après, le fantasme, le fantasme, après, je vous laisserai la parole, mais après, le fantasme, on va dire, extrême, c'est de se dire, on coupe les robins américains, on s'en fout, on a ce qu'il faut. Non ? Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui sans les technologies américaines ?

Jérôme :
[29:18] C'était ma question.

François :
[29:19] On devient un pays du tiers-monde. Je suis désolé. C'est triste. Mais ça, on ne va pas revenir sur l'héritage totalement raté de l'innovation technologique européenne. C'est-à-dire que quand Google est arrivé, on a essayé de lancer un truc qui s'appelait Exalide. Jérôme, tu t'en souviens, et même Bruno, on en a parlé pendant des mois de ce moteur de recherche européen qui a été un four complet, parce que les Européennes ne se sont pas entendues entre eux. Après, il y a eu compte, n'en parlons même pas parce que ça devient risible et le sujet ne prête pas à la rigolade et aux blagues. Et tout le reste, en fait, à aucun moment, on s'est dit il y a 20 ans, on commence à avoir des technologies émergentes aux États-Unis, on va essayer de créer les nôtres. À aucun moment, il y a eu cette situation-là. Et après, les réseaux sociaux sont arrivés. Ils venaient d'où ? Des États-Unis. Ils sont venus ici. La technologie, Apple, enfin, tout ce qu'on voit. Et aujourd'hui, c'est, comment te dire, c'est infusé dans notre société, dans notre être. Je veux dire, aujourd'hui, tu ne peux pas dire à n'importe qui, à quiconque, de te priver d'un téléphone Android, d'un téléphone iOS, des services de Google, de Microsoft et de j'en passe et des meilleures, tu vois. C'est impossible. Il nous resterait Spotify, éventuellement. Oui, on pourrait vivre avec de la musique.

Jérôme :
[30:38] Qui est en grande partie américain, en plus.

François :
[30:41] Non, non, non, Spotify, c'est une boîte européenne.

Jérôme :
[30:43] C'est suédois, oui, oui, à l'origine, oui, oui, c'est sûr. Non, non, mais tu vois.

François :
[30:48] C'est ça le truc. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais aujourd'hui, c'est trop tard. Ou alors, il faudrait peut-être faire le point dans 50 ans, si aujourd'hui, l'Europe décide d'investir dans un Google Like, un Microsoft-like, un je ne sais pas quoi.

Jérôme :
[31:04] Un like, etc. Moi, je ne sais pas si c'est trop tard. C'est vrai qu'il y a plusieurs strates, on est d'accord. Il y a les forces de stockage et de calcul, les data centers, etc. Donc, AWS dont tu parles, c'est notamment le cloud souverain européen d'AWS. Il y a aussi ce qui est la partie la plus visible pour tout le monde qui est les logiciels qu'on a sur nos smartphones ou sur nos ordis. Les suites bureautiques. Par exemple, les suites bureautiques, il y a des alternatives françaises. Il y en a, des vraies alternatives. Et aujourd'hui, ces trucs-là, qui étaient le top du top de l'hyper-technologie à une époque, ne l'est plus. C'est presque aujourd'hui devenu de la commodité. Et c'est ce qui permet aussi à d'autres d'arriver. Moi, j'avais dressé une liste des alternatives françaises aux suites bureautiques. Tu as du Jamespot, OnlyOffice, Woodrive, GoFast, etc. Tous ces trucs-là qui ne sont pas très connus. Après, ils ont un autre problème. C'est qu'ils ne sont pas connus, et il y a un vrai souci d'ailleurs en ce moment, c'est la relation avec l'État qui développe ses propres applicatifs. Oui, ça c'est n'importe quoi. Où est la commande publique ? Où est la commande publique, voilà. Mais ça on en parle avec Bruno dans nos podcasts respectifs cette semaine. C'est un vrai sujet aussi. C'est un vrai sujet, c'est un vrai sujet. Tout à fait.

François :
[32:23] Mais Jérôme, c'est très bien, tu as raison. Il faut saluer ces initiatives qui sont locale, nationale. Mais comment veux-tu faire, te battre à armes égales face aux milliards, aux dizaines de milliards d'investissements de boîtes comme Google, comme Microsoft, etc.

Jérôme :
[32:39] On n'est pas à armes égales, mais on a d'autres armes. On a un truc, et on a notamment un truc en commun avec les Chinois, et qui fait très peur aux Américains aujourd'hui, qui est l'open source. Alors, je ne vais pas moi me faire la peau de l'open source, etc., ça pourra en surprendre certains, mais c'est une réalité, je veux dire, et notamment dans l'intelligence artificielle. Et ça c'est un peu l'arme du faible l'open source, c'est un peu l'arme du challenger mais aujourd'hui elle représente peut-être un avenir intéressant et une voie intéressante et vraiment intéressante, c'est ce qui fait d'ailleurs qu'il y a une espèce de convergence d'intérêt entre les Européens et les Chinois les Chinois comptent beaucoup là-dessus, mais ça c'est pas sûr que ça se fasse malgré tout de manière très très fluide, donc il y a quand même cette histoire-là et je pense que j'ai déjà eu l'occasion de le dire avec Bruno peut-être que je suis déformé c'est un tempérament un peu, optimiste mais je pense qu'il y a beaucoup de technologies où les américains ont ouvert la voie avec leurs milliards de milliards de dollars et ils ont encore une grande longueur d'avance mais il y a beaucoup de choses qui aujourd'hui, à fabriquer un téléphone portable c'est à la portée de n'importe qui, tu peux faire ça en Chine ou ailleurs mais.

François :
[33:58] Non je ne suis pas d'accord.

Jérôme :
[33:59] Tu mets.

François :
[34:00] Quoi comme OS ? Qu'est-ce que tu mets dedans ?

Jérôme :
[34:03] L'OS, oui. Mais regarde ce qu'a fait Huawei. Bon, c'est Huawei, ils ont plein de moyens, etc.

François :
[34:08] Qu'est-ce que tu fais d'un smartphone sans OS ?

Jérôme :
[34:11] Non, mais il y a des OS. Tu peux mettre des OS. Tu peux mettre un OS, tu peux mettre un Android pur. Il y a des trucs, il y a des initiatives dans ce domaine. Android, c'est de l'open source, au départ.

François :
[34:23] Regarde comme Huawei a galéré lorsqu'ils ont eu le ban américain.

Jérôme :
[34:28] Mais ils y sont arrivés.

François :
[34:30] Plus ou moins, En tout cas, pas pour l'Occident, parce qu'aujourd'hui, tu achètes un téléphone Huawei en France, tu galères, c'est moi qui t'ai dit.

Jérôme :
[34:36] Non, parce que nous, on n'a aucun intérêt. Jusqu'à présent, on n'avait aucun intérêt à acheter un téléphone Huawei. On a Android et iPhone, donc on n'a pas d'intérêt. Je ne sais pas.

François :
[34:47] Non, mais tu veux dire par là, quoi, qu'on pourrait jeter notre iPhone ou notre téléphone Google à la poubelle et partir sur une solution souveraine ?

Jérôme :
[34:56] Je pense qu'il arrivera un jour où ce sera envisageable, oui. Et ce n'est pas un souhait ou quoi que ce soit. Moi, j'adore mes joujoux, mes joujoux américains. Bruno, qu'est-ce que t'en penses?

François :
[35:10] Imagine un smartphone créé en France. Comment veux-tu qu'il soit au niveau d'un téléphone Apple, par exemple? C'est impossible.

Bruno :
[35:19] Mais François, permets-moi de te présenter un exemple canadien dont je parlais la semaine dernière, XTC Mobile, qui eux sont dans les traces du BlackBerry. Bon, bien, cet appareil-là qui est axé pour le monde des affaires, pour les gens, les politiques, qui est hyper sécuritaire, qui permet d'héberger tout ce qui est data qui se promène sur l'appareil localement, ce qui réglerait une histoire en Europe notamment, bien, eux, c'est le défi, c'est le pari qu'ils prennent. C'est de dire, nous, on propose quelque chose. Pour le moment, ça roule encore sur du Android, mais c'est la dernière couche sur laquelle ils sont en train de travailler. Mais toute l'expérience sur l'appareil, ça a été développé à l'intérieur, à Waterloo, ici en Ontario.

Bruno :
[36:05] Et d'ailleurs, il y a un des anciens patrons qui était Monsieur Sécurité chez BlackBerry, la Research in Motion, qui vient de se joindre à l'équipe justement pour amener ce savoir-faire-là. Donc, oui, il y a des possibilités. Maintenant, est-ce que le public va être au rendez-vous? Ça, c'est une autre histoire. Mais technologiquement, on peut le faire. Mais François, je veux juste revenir un instant sur ce scénario dont tu parlais de AWS qui crée un chapitre d'entreprise européenne. Moi, c'est drôle, mais quand j'ai vu passer cette nouvelle-là, ça m'a fait penser à une histoire malheureuse qui est en train de se passer entre le Canada et la France, et ça concerne les gens de OVH Cloud ou de OVH Cloud Canada qui se retrouve dans une fâcheuse situation parce qu'il y a un juge canadien qui a dit, Puis là, vous, vous allez me sortir des informations qui sont hébergées sur vos serveurs en France parce que ça concerne un cas canadien. C'est OVH Canada et OVH France. Alors, peu importe les structures administratives, ils ont dit, écoutez, c'est les mêmes investisseurs, c'est les mêmes patrons.

Jérôme :
[37:12] Oui, mais le problème vient de la structure administrative, justement, Bruno.

François :
[37:16] Oui, mais là, c'est OVH Canada que l'entité, en fait, que le gouvernement québécois attaque.

Jérôme :
[37:22] Parce qu'ils ont créé une entité de droit canadien.

François :
[37:26] Ce n'est pas tout à fait pareil, Bruno.

Jérôme :
[37:28] Mais c'est ce que veut faire OVH. C'est ce que veut faire.

Bruno :
[37:30] Ultimement, ce que ça va faire, c'est... Oui, mais ce qu'il demande de faire, c'est d'aller chercher des documents qui sont sur les serveurs de OVH France. Donc, si un Américain, le gouvernement américain, s'adresse à Amazon pour dire que je veux avoir des documents qui concernent un citoyen américain ou une entreprise européenne qui a des intérêts aux États-Unis et pour la sécurité nationale, tu nous donnes accès à ça, ça va être le même principe. On parle de deux entités nationales. Non, mais c'est dans ce contexte-là où je dis, oui, c'est un beau geste et ça va peut-être rassurer certaines personnes. Mais dans les faits, quand il y a le bras judiciaire ou juridique qui embarque là-dedans.

François :
[38:13] C'est pas complexe. Alors, quand je vous donnais cet exemple de la décentralisation de toutes ces boîtes américaines qui pourraient venir en Europe, ce n'était pas trop pour le Cloud Act. C'était plus pour ne pas être obligé de couper le robinet. Un jour si le gouvernement américain les y oblige. C'était plus pour ça, en fait. Tu vois ce que je veux dire?

Bruno :
[38:37] Oui, mais dans ce contexte-là, François, donc l'exemple, si on prend toujours le cas de AWS, c'est, et ça, Jérôme, on en avait parlé parce qu'on était à, je pense, à Las Vegas, où on était dans le cadre de ReInvent. Là, ce qu'ils ont annoncé à ce moment-là, c'est qu'ils vont offrir une possibilité d'avoir l'entreprise, son client, va avoir ses serveurs dans ses locaux, sur son territoire, et AWS va y offrir son infrastructure et son savoir-faire. Oui, mais c'est ce dont parlait François.

Jérôme :
[39:08] C'est ça.

Bruno :
[39:09] Pardon?

Jérôme :
[39:10] C'est ça dont tu parlais, François. C'est le European Sovereign Cloud, ils appellent ça, le cloud souverain européen. Oui, mais...

Bruno :
[39:18] Sauf que, là, vous, c'est sous identité comme ça, mais ils vont l'offrir à la grandeur de la planète. Et donc, au Canada, une entreprise, un client d'AWS pourrait avoir son serveur localement sur son territoire, bénéficier des services d'AWS aux États-Unis, mais à un moment donné, si ça coupe, il va quand même avoir son serveur au Canada avec les outils d'AWS là-dessus qui vont rouler. Donc, ce n'est pas uniquement une histoire européenne. Eux ont décidé de faire ça à la grandeur de la planète pour régler le problème de la souveraineté.

François :
[39:50] Oui, mais en fait, je crois qu'on ne s'est pas bien compris, Bruno. Moi, je rebondissais sur ce que disait Jérôme sur cette tension géopolitique qu'il y a entre les États-Unis et le reste du monde, et notamment l'Europe. Si demain, on nous coupait Google, si demain, on n'avait plus accès à ces services-là en Europe parce qu'une décision du gouvernement américain décide pour nous punir de couper ces trucs-là. Moi, j'imaginais que, justement, il y a une décentralisation de ces services avec des entités européennes dont les États-Unis n'auraient pas, si tu veux, la main dessus. Ce qui fait que, finalement, on aurait un Google avec le savoir-faire de Google, mais installé dans une entité juridique spécifique européenne. Donc, même si Trump ou n'importe qui d'autre décide de couper ce service-là, il ne le pourrait pas, puisque, en fait, ça serait sur le continent américain avec des règles juridiques spécifiques, si tu veux. Moi, c'était ça que j'imaginais. Oui, voilà, c'est ça. Mais après, peut-être que je fabule et que ça n'a aucun sens, mais voilà, c'était mon point de vue.

Jérôme :
[40:57] Oui, mais de toute façon, il est certain que c'est fait pour rassurer les clients, en l'occurrence d'AWS, et c'est une voie qui n'est pas inintéressante, alors qu'il ne fera pas forcément l'affaire des compétiteurs français, mais bon, c'est pas... À la limite, c'est un autre sujet. Ça fera l'affaire, sans doute, des clients, des clients qui sont satisfaits d'AWS.

Bruno :
[41:16] Dans le dossier d'AWS, il y avait deux nouvelles. Il y avait le fait qu'ils offraient à la grandeur de la planète la possibilité d'avoir leurs services, mais localement, peu importe sur le territoire. Et il y avait parallèlement une annonce de la création d'un AWS Europe. C'est deux nouvelles distinctes qui étaient là. Et c'est là où... Peut-être qu'il y a des gens qui nous écoutent qui vont se perdre dans les détails. Mais c'est pour ça que je voulais vraiment clarifier.

François :
[41:41] Parce que moi, j'ai interviewé l'un des patrons de cette nouvelle entité européenne qui disait que, en fait, ils étaient en totale autonomie. C'est-à-dire que même si demain, pour des raisons ou une autre, ils devaient se couper des États-Unis, ça marcherait toujours, en fait. Et en fait, c'est là où j'ai eu le déclic. Je me suis dit, est-ce que les petits copains d'AWS ne vont pas suivre ce cheminant, si tu veux, tu vois. Ça ne serait pas débile. Enfin, alors peut-être qu'il se mettrait à dos le gouvernement américain, la Maison Blanche. Mais finalement, bon, tu vois, à mon avis, ce n'est pas quelque chose qui est complètement surréaliste. Et je suis persuadé que chez Google, chez Microsoft, il y a des gars qui doivent étudier ce type de choses.

Bruno :
[42:27] J'en suis persuadé.

Jérôme :
[42:28] En tout cas, ça va être un sujet de l'année, ça, je pense. Ça va être vraiment un truc à suivre en 2026.

François :
[42:35] Parce que finalement, un Google... Enfin, encore une fois, quand tu prends le recul, Google est une boîte américaine, mais c'est une boîte mondiale. Je veux dire, eux, aujourd'hui, leurs ambitions vont bien au-delà d'un continent, si tu veux. Et c'est une boîte qui va apporter des services à des milliards de gens. Et se retrouver étriqué comme ça, sous le joug d'une décision politique d'un seul pays, ce n'est pas dans leur intérêt. Enfin, je veux dire, les ambitions de ces boîtes-là sont bien plus grandes, à mon avis. Et je pense que juridiquement, ils doivent réfléchir à quelque chose. Je pense.

Bruno :
[43:14] Oui, justement, dans le contexte où on est encore pour trois ans. Il y a cette réflexion à avoir, puis il y a peut-être de passer à l'acte. Auparavant, ils n'avaient pas de problème, parce que la Maison-Blanche gardait quand même un certain bras entre leur réalité et eux. C'est ça.

François :
[43:30] Exactement. Ils n'étaient pas aussi interventionnistes, finalement.

Bruno :
[43:32] Exactement.

François :
[43:33] Mais après, on verra. Après, pour rebondir à ce que disait Jérôme, effectivement, on peut imaginer avoir notre suite de travail européenne, française. Oui, parce qu'il y a des trucs.

Jérôme :
[43:46] Il y a pas mal de trucs. il y a Proton aussi pour le mail etc.

François :
[43:51] Il y a pas mal de choses mais ça marchera pas pour tout ça marchera pas pour tout je pense non.

Jérôme :
[43:57] Bien sûr que non, et puis il reste le problème de Windows Windows sur 70% ou 75% des PC en Europe et notamment dans les entreprises en.

François :
[44:08] Fait le problème c'est l'OS finalement, je pense que l'OS est plus un problème que le hardware tu vois, et puis sans compter après tout le soft qui tourne sur ces machines sur cette OS, c'est ça le problème.

Jérôme :
[44:23] Enfin on verra mais c'est passionnant tout ça et puis peut-être que comme le disent certains toutes ces incertitudes, sont bonnes, vont être bonnes pour l'Europe finalement en nous mettant un peu le feu aux fesses c'est dans ce genre de situation que parfois il peut en sortir des choses intéressantes en.

François :
[44:41] Tout cas s'il.

Jérôme :
[44:42] Ne ressort.

François :
[44:42] Rien c'est que là franchement.

Jérôme :
[44:43] C'est qu'on ne mérite pas de survivre nous les Européens, Je suis d'accord. Allez, on passe à la suite. Alors, en France, ce mois de janvier se termine sur une affaire dans un tout autre domaine, une affaire qui fait pas mal de bruit. C'est cette nouvelle loi pour interdire les réseaux sociaux aux mineurs. Une loi votée à toute vitesse à l'Assemblée nationale. Elle doit encore passer au Sénat et puis suivre un peu son parcours législatif. Mais grosso modo, elle devrait probablement entrer en vigueur dans le courant de l'année. Est-ce qu'elle sera appliquée et applicable ? Ça, ça reste une question, mais surtout, là où je veux vous emmener, c'est qu'au-delà de cette loi pour les mineurs, il y avait eu, rappelez-vous avant, la loi pour protéger les mineurs contre le porno, et puis il y a aussi tout cet arsenal européen qu'on connaît, le RGPD, DSA, le projet Chat Control aussi, qui est dans les cartons. Est-ce que les réglementations de plus en plus coercitives ne sont pas en train de se multiplier ? Est-ce que finalement l'Internet qu'on a connu et qu'on a un peu rêvé n'est pas définitivement un rêve qui s'est envolé ?

Jérôme :
[45:53] Les États ne seraient-ils pas en train de souffler la fin de la récré ? Et au-delà de ça, est-ce que c'est la fin d'une forme de liberté sur Internet ? Est-ce qu'on doit s'en inquiéter ? Alors, je n'ai pas l'habitude forcément d'aller sur ce genre de thématique, mais tiens, je me suis dit, allez, on pose la question et puis on voit comment on y répond.

François :
[46:12] Non, mais c'est un sujet, évidemment, capital. Où commencent la liberté ? Où commencent les interdits ? C'est un problème complexe. Et puis chacun a son point de vue là-dessus, tu vois. Je veux dire, lorsqu'on a décidé d'interdire la cigarette dans les bars ou d'interdire la vente de l'alcool aux mineurs, effectivement, il y avait des gens qui étaient contre, d'autres qui étaient pour, si tu veux. Et je pense que la société évolue avec de nouvelles contraintes. Aujourd'hui, la contrainte, c'est les réseaux sociaux. Oui. Quand je constate autour de moi, et je pense que vous êtes d'accord avec moi, les dégâts que causent aujourd'hui les réseaux sociaux...

Jérôme :
[46:57] Oui, alors certains disent que non, ce n'est pas vrai, qu'il n'y a pas d'études qui prouvent que ça ait vraiment un effet.

François :
[47:04] Oui, mais soyons peut-être un peu réactifs et pragmatiques. Essayons de mettre peut-être une certaine réglementation avant justement qu'on se rende compte que c'est une catastrophe. Tu vois ?

Jérôme :
[47:15] Oui, d'être proactif, quoi.

François :
[47:17] Tu sais à l'époque, je me souviens après il faut voir qui dit aujourd'hui que les réseaux sociaux ne sont pas dangereux pour la santé, on va dire cérébrale cognitive des jeunes et des moins jeunes d'ailleurs c'est étude contre étude, voilà c'est ça mais je ne sais pas si vous vous souvenez à l'époque de l'arrêt de la cigarette aux Etats-Unis il y avait des études qui disaient que la cigarette était bonne pour la santé ouais bien sûr, enfin, tu vois ce que je veux dire. Donc, après, il suffit de constater, nous, au quotidien, nos proches, et nous-mêmes, d'ailleurs.

François :
[47:56] Enfin, les réseaux sociaux, c'est un vrai problème. Il devient courant aujourd'hui de voir des jeunes qui restent 5, 6, 7 heures sur leur téléphone par jour, à faire croire, à scroller des vidéos comme ça, tu vois. Et je ne suis pas en train de les juger, Parce que, un, ce n'est pas mon rôle. Deux, c'est simplement, je pose le problème. Parce que quand tu as 15 ans ou 14 ans ou 12 ans ou 10 ans et que tu scrolles comme ça, tu ne te rends pas compte, en fait, de l'impact de ça sur ta vie. Et sur les dizaines d'années que tu as encore à vivre. Et en fait, tu ne capitalises pas sur ton futur, finalement. Parce que créateur de contenu, il y en a un sur 10 millions qui va gagner de l'argent. Donc, statistiquement, ce n'est pas intéressant. Maintenant, quand tu vois les dégâts que ça fait, je me dis qu'il faut peut-être réglementer ça.

Jérôme :
[48:49] Il faut peut-être réglementer ça. Il y a les problèmes de temps passé, les problèmes de manque de sommeil que ça occasionne.

François :
[48:56] De perte des capacités de concentration. Qui te dit que ça ne va pas avoir un impact aussi sur le futur cognitif de ces personnes ? Tu ne sais pas, finalement ? Parce que nous, on a la cinquantaine, voire plus pour certains, dont on va taire le nom. Mais ce que je veux dire par là, c'est que ça... Je ne sais pas de qui tu parles. Nous, à 14-15 ans, je ne veux pas dire qu'on avait une éducation parfaite, mais c'était différent, si tu veux.

Jérôme :
[49:28] Mais bien sûr, nous, avec un bout de ficelle, on s'amusait une journée entière.

François :
[49:32] Non, mais on apprenait des trucs.

Jérôme :
[49:34] Avec une roue et un bâton, mais ça nous comblait.

François :
[49:38] On apprenait des trucs qu'on apprenait par cœur. Aujourd'hui, avec l'IA, c'est terminé. On était obligés soit de tricher comme des débits...

Jérôme :
[49:45] Ah, alors après, il faut interdire l'IA. Il va falloir interdire Tchadjipiti avant 15 ans, c'est ça ? Non, alors la question qui est posée par cette histoire des réseaux sociaux... C'est pas pareil.

François :
[49:53] En fait, ce sujet, il faut le prendre au sérieux, Jérôme.

Jérôme :
[49:57] Je suis très sérieux. C'est pour ça que je veux qu'on en parle.

François :
[50:00] Sincèrement, je pense que...

Jérôme :
[50:01] On peut plaisanter un peu et prendre les choses très au sérieux.

François :
[50:05] C'est sérieux comme sujet, c'est sérieux. Et le fait de dire aujourd'hui, tu vois, poser le problème et dire est-ce qu'on ne va pas saboter la liberté des individus à vouloir empêcher les enfants d'aller sur des réseaux sociaux, moi, je ne trouve pas. Je ne trouve pas parce qu'à un moment, il faut quand même des règles, il faut un cadre, je pense.

Jérôme :
[50:30] Moi, je suis d'accord avec toi, pour tout dire. Je pense qu'il faut une ligne jaune. Et même si... Alors, il y a beaucoup de gens qui disent « De toute façon, ce n'est pas ça qui va les empêcher d'y aller. » Mais si. Je veux dire, tu interdis aux mineurs de boire de l'alcool, ça ne veut pas dire qu'ils n'en boiront pas. Mais au moins, il y a une règle.

François :
[50:45] Ceux qui veulent en boire, ils en boiront.

Jérôme :
[50:47] Bien sûr. Mais ça fait une ligne jaune. Maintenant, la question, c'est est-ce que l'État doit se mêler de ça ? Parce que, voilà, certains disent que c'est le rôle des parents, etc. Bruno, du haut de ton continent nord-américain, vous avez une vision beaucoup plus libérale que nous. L'État ne se mêle pas forcément de tout, j'imagine. Donc, comment tu vois ça?

Bruno :
[51:10] Pour moi, ce n'est pas une surprise de voir que la France en est là, avec ce type de règles, parce que vous avez pris l'habitude, et je pense que c'est même culturel, d'arriver à encadrer les usages du moment que ça peut venir perturber la société il y a une règle qui est établie et tant mieux, parce que vous avez pris cette habitude-là. C'est un peu comme un rempart de la société française et même de la société européenne d'arriver à réglementer, d'encadrer ce type d'usage-là, ce qui n'est pas du tout notre approche à nous, et qui est encore moins celle de nos voisins à côté ou à partir d'où tout est généré comme contenu. Alors, moi, ce n'est vraiment pas une surprise. Puis quand j'ai vu cette semaine, bon, le projet de loi qui est passé, mais presque, presque unanime, et la voix rapide que le président lui avait accordée, bon, ça a chipoté un peu sur les téléphones à l'école, mais bon, c'est un truc à arranger.

Jérôme :
[52:18] Ce qui est aussi une bonne chose, je pense, François, tu seras aussi dans cette ville-là.

Bruno :
[52:23] Chez nous, ça, ça existe déjà.

Jérôme :
[52:26] Ah oui, quand même.

Bruno :
[52:27] Au Québec, il n'y a plus de téléphone, c'est rangé dans un casier.

François :
[52:31] Un pays qui laisse malgré tout le champ des libertés, mais qui encadre quand même. C'est ça le truc. Donc... Au bout d'un moment, regarde, on n'arrive pas, on sait très bien qu'il faudrait déjà à l'école une sensibilisation aux réseaux sociaux. Tu vois, on apprend plein de choses à l'école, il faudrait au moins une heure par semaine pour sensibiliser les jeunes aux réseaux sociaux.

Jérôme :
[52:58] Il y a des choses, peut-être pas une heure par semaine, mais au moins des conférences. Parfois, il suffit d'une intervention ou deux dans l'année. Moi, que je connais, un confrère journaliste qui fait ça, qui va dans les écoles, qui, je peux le citer, il s'appelle Jacques Henault, et il a fait un super travail, il va dans les écoles et il explique les risques des réseaux sociaux aux enfants, etc. Et parfois, ils écarguent des yeux, ils ne sont pas au courant de plein de choses sur l'exploitation de la data, sur les effets, etc. Il suffit, il y a déjà des choses, peut-être qu'on peut faire mieux, c'est certain, mais ça ne suffit pas l'information, effectivement, normalement, il faut un peu serrer la visse.

Bruno :
[53:38] Et c'est surtout dans le contexte où on est, c'est-à-dire peu importe de quel côté de l'Atlantique on se trouve, on est aujourd'hui dans une ère où les citoyens, les jeunes citoyens ou les citoyens en devenir, sont en train de grandir dans un monde qui ne ressemble pas du tout à celui qu'on a connu. Il y a les réseaux sociaux, il y a l'IA, il y a une façon d'aborder ces choses-là. Il y a des conséquences d'utiliser ces outils-là. Et je pense que ça, ça doit faire partie du cursus pédagogique auquel le jeune futur citoyen, qu'il soit français ou canadien, est déjà, puis moi, je suis toujours à la renverse, quand je regarde en Chine et aux États-Unis, il y a déjà de la formation au niveau du primaire, au niveau de l'utilisation. De l'IA, puis chez vous, puis chez nous, il n'y en a pas encore.

François :
[54:29] Mais évidemment, que ce soit l'IA ou les réseaux sociaux, et je pense qu'il y a deux choses. Oui, il faut encadrer les réseaux sociaux et peut-être les interdire au moins de 15 ans. Alors même s'il n'y a que 10% des ados qui n'auront plus accès, ou 15% ou 20%, ça sera déjà pas mal. Et puis, tu disais, oui, il y a des interventions qui sont faites par des journalistes, etc. Mais est-ce que c'est partout ? Est-ce que c'est officialisé ? Est-ce que c'est réglementé ?

Jérôme :
[54:55] Non, non, c'est au bon vouloir des établissements.

François :
[54:59] Oui, mais non, non. C'est comme si tu disais à un établissement, si vous voulez, vous faites des maths. Et puis, si vous trouvez que ce n'est pas intéressant, vous ne le faites pas, tu vois. Non, non, non, ça doit rentrer dans un vrai programme pédagogique. Ça doit être inscrit dans le programme de l'éducation nationale. Et je pense que c'est une heure par semaine. Et pourquoi une heure par semaine ? Parce que tout ça est tellement lié à l'actualité. Tu racontes l'actualité liée aux réseaux sociaux. Tu racontes, tu prends des exemples concrets. Et chaque semaine, je peux te garantir que tu peux trouver un exemple. Tu éditorialises un exemple et tu expliques. Tu leur dis, tu dis aux jeunes, écoutez, aujourd'hui, combien de temps vous avez passé sur les réseaux sociaux ? En fait, il faut avoir confiance aussi à la responsabilité des jeunes. Je pense qu'ils ne se rendent pas compte, parce qu'il y a un manque de communication. Mais si tu leur ouvres les yeux en leur expliquant tous les travers des réseaux sociaux, le danger, l'addiction, etc., même s'il n'y en a que 10 ou 15% qui comprennent le sujet, bah allez hop là, ça fera 10 ou 15 ans moins, tu vois ? Et c'est bon à prendre.

Jérôme :
[56:02] Et puis au-delà de ça, quand on est jeune, on peut avoir de la réflexion et tout, c'est vrai, mais on n'a pas toujours envie et même la force morale pour, s'appliquer à soi-même ces règles-là. Je veux dire, c'est aussi le plaisir de la jeunesse de faire des choses, on sait que c'est pas bien, mais on le fait parce que voilà, on a envie de le faire.

François :
[56:22] T'as raison Jérôme, t'as raison, mais aujourd'hui, Mais je ne dis pas que c'est bien.

Jérôme :
[56:25] C'est là où je dis qu'il faut un cadre et qu'il faut des parents sévères. Enfin, sévères. En tout cas, il faut des parents qui tiennent bon, etc.

François :
[56:34] Il ne faut pas tout remettre sur la tête des parents, parce qu'il y a autant de parents différents que d'enfants.

Jérôme :
[56:43] Oui, bien sûr.

François :
[56:44] Il y a des parents qui vont faire attention, d'autres pas, parce qu'ils n'ont pas le temps, parce qu'ils s'en foutent, parce que c'est comme ça, c'est la vie. Mais je pense qu'il faut aussi que l'éducation nationale, qui est, on va dire, un bien pour tous et gratuit, prenne le temps d'expliquer les dégâts que ça peut causer. Et pas une fois tous les trois mois avec un conférencier qui vient. Non, c'est une heure par semaine. Alors, ça nécessiterait du travail parce qu'il faudrait s'accrocher à une actualité, raconter tout ça, expliquer l'impact que ça peut avoir sur la société, sur une actualité, prendre des exemples. Des exemples, on en a toutes les semaines.

Jérôme :
[57:29] Comme on l'a fait pour l'environnement, en fait.

François :
[57:32] Exactement.

Jérôme :
[57:33] Dans les écoles, il y a eu une grosse sensibilisation aux questions environnementales, et il faudrait la même chose pour le numérique. Attends, Bruno, je te redonne la parole, mais juste un instant. Interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans, il faut en être conscient, ça va tous nous impacter, nous, utilisateurs européens. Ça voudra dire qu'on devra tous prouver qu'on a plus de 15 ans. Et c'est ça aussi qui est derrière. Et c'est là où on trouve...

François :
[58:02] On retombe sur le problème de l'identification d'une manière ou d'une autre, et suite à l'interdiction à l'accès du contenu pour adultes. C'est toujours pareil.

Jérôme :
[58:13] Et avec le portefeuille numérique européen, il faudra qu'on fasse un sujet entier là-dessus, qui est un sujet vachement intéressant, en fait. Parce que c'est pas mal ce qui se prépare.

François :
[58:25] Essayons d'avoir une technologie à nous, là. Pour le coup, ce serait bien.

Jérôme :
[58:28] Ah, bien là, on n'aura pas le choix. Il faut que ce soit des technologies européennes.

François :
[58:31] Non, mais ce serait bien.

Jérôme :
[58:34] Bruno, encore un mot?

Bruno :
[58:35] Non, je voulais vous ramener en Australie parce que c'est quand même eux qui ont mis en place.

Jérôme :
[58:39] C'est eux qui ont commencé.

Bruno :
[58:41] Exactement. Et quand on regarde, parce que moi, ça m'intéresse, ce sujet-là, quand on regarde un peu les réactions, parce que là, ça commence à faire quelques mois, il y a deux choses. D'une part, ceux qui voulaient vraiment être sur les réseaux sociaux, les moindres de 16 ans en Australie, ils ont trouvé de la place parce que dans la loi australienne, il y a des sites, des réseaux qui sont nommés. Et donc, ils ont trouvé d'autres réseaux qui n'étaient pas dans la loi et donc ils ont décidé d'aller faire leur vie numérique là-dessus. Et de l'autre côté, les jeunes qui en ont profité de par la pression des parents ou de par la pression des pères ou de l'école ou du gouvernement.

Bruno :
[59:24] C'est quoi les échos qu'on entend? Bien, ils ne sont pas plus mal maintenant qu'ils ne sont pas sur les réseaux sociaux. Ils ont trouvé une autre façon de passer leur temps et de se divertir. Et c'est pour ça qu'à un moment donné, oui, le geste, il est probablement même violent parce que quand tu as passé toute ta vie de jeunes, à communiquer et à réseauter et à être avec tes amis en ligne et les regarder quand tu voulais, du jour au lendemain, de dire, bien non, ça ne se fait plus comme ça. Tu vas devoir aller les voir en vrai. de devoir leur parler en vrai. C'est violent, ça. Ils n'ont pas été habitués à ça, mais c'est une autre façon. Puis, on en est la preuve. Nous, c'est comme ça qu'on l'a fait quand on était plus jeunes. Alors, c'est de réapprendre et c'est donner autant le temps de prendre le temps. Voilà.

Jérôme :
[1:00:15] C'est beau, Bruno. On est obligé de conclure là-dessus. Ça fait une formidable parole de fin. Bon, je voulais vous emmener encore sur des coups de cœur.

Bruno :
[1:00:22] Je vous demandais à quel moment je le mettrais, mais bon, voilà.

Jérôme :
[1:00:24] C'est magnifique. je voulais vous parler de mon expérience de vibe coding mais on en parlera le mois prochain allez ça va, merci Bruno Guglielminetti de Mon Carnet à Montréal François Sorel à Paris de BFM Business et Tech & Co la quotidienne à suivre tous les soirs de la semaine sur BFM Business et à bientôt à tous.

François :
[1:00:45] Les deux sur le plateau enfin toi Jérôme physiquement à mes côtés et puis Bruno en vision et.

Jérôme :
[1:00:51] Puis merci à vous de nous avoir de nous avoir écoutés et suivis peut-être en vidéo sur YouTube. Continuez à suivre nos différentes émissions, nos différents podcasts. Abonnez-vous de tous les côtés. On vous dit au mois prochain en ce qui concerne le Grand Débrief. Salut !

François :
[1:01:06] Salut à tous !

Jérôme :
[1:01:08] Le Grand Débrief de Monde Numérique vous était proposé en partenariat avec FreePro, le meilleur de Free pour les entreprises.

innovation,informatique,technologies,tech news,High-tech,numérique,actualités,tech,actu tech,Voiture autonome,CES,