Simon Khalaf:
[
0:01] Ils ont lancé un nouveau mouvement luddite qui est en train de dire qu'on va avoir une crise, le chômage va être dans les 50%. Ils ont même été chez le pape.
Monde Numérique :
[
0:23] Bonjour Simon Khalaf.
Simon Khalaf:
[
0:24] Bonjour Gérard.
Monde Numérique :
[
0:25] Vous êtes CEO de la société Workwhile, basée à San Francisco, une plateforme de travail temporaire pilotée par intelligence artificielle. Et vous êtes en partie francophone, puisque d'origine libanaise, donc c'est une chance, on peut discuter un peu ensemble. Alors Simon, vous avez publié récemment sur les réseaux sociaux une tribune très virulente à l'encontre de la Silicon Valley à propos de l'intelligence artificielle. Votre tribune s'appelle « J'accuse » en reprenant la une du célèbre journal français L'Aurore, avec ce « J'accuse » très célèbre d'Émile Zola à propos de l'affaire Dreyfus à l'époque. Mais vous, c'est donc contre la Silicon Valley que vous vous indignez. Pourquoi exactement ? Qu'est-ce que vous lui reprochez ?
Simon Khalaf:
[
1:10] Merci de m'avoir sur votre show. Je vais commencer à m'excuser moi-même à propos de ma francophonie. Ça fait plus que 32 ans que je suis aux États-Unis. Sauf quand je fais les maths, je pense en anglais. Jérôme, ça fait plus que 30 ans que je suis au Silicon Valley. Et j'ai eu la chance d'assister à plusieurs changements de plateforme au Silicon Valley. Mais maintenant, avec l'invention de l'IA, on est en train de voir quelque chose qu'on n'a pas vu depuis la révolution industrielle. On est en train de voir une productivité, disons une efficacité de l'humain qui est dix fois plus forte que celle que la révolution industrielle a créée. Alors, il y a plein de gens qui pensent qu'il y a plein de métiers qui vont
Simon Khalaf:
[
2:07] disparaître, mais il y a d'autres gens qui pensent qu'il y a plein de métiers qui vont être créés. Et ce que je reproche à la Silicon Valley, et surtout les PDG d'Enthropic et OpenAI, et les billionnaires qui sont leurs investisseurs, c'est de lancer une campagne, une marketing campagne, sans calculer les conséquences. Aux États-Unis, 55% de le PIB.
Simon Khalaf:
[
2:39] C'est du travail. Alors, c'est 17 trillions de dollars. Et ce qu'ils sont en train de dire, c'est que les agents, qu'ils sont en train de créer, ils vont avoir un TAM, un addressable market, 17 trillions de dollars aux États-Unis et plutôt 50 trillions de dollars d'une manière globale. C'est ce qu'ils voulaient dire. Mais ils ont lancé un nouveau mouvement ludique qui est en train de dire qu'on va avoir une crise, le chômage va être dans les 50%. Ils ont même été chez le pape pour condamner, disons, l'avancement de l'IA.
Simon Khalaf:
[
3:24] Alors, tout ce qu'ils voulaient dire, on va faire beaucoup d'argent. Très bien. Alors, arrêtez. Maintenant que vous avez lancé ce mouvement, il y a 70% de la population aux États-Unis qui est contre le AI et contre la création de ces géants data centers qui vont aider à lancer la plus grande, je ne sais pas quoi dire, qu'elles m'ont utilisé une révolution industrielle qui est dix fois plus grande que celle qui a été lancée il y a 200 ans. C'est ça ce que je les reproche. Et maintenant, aux États-Unis, il va y avoir des élections, les mid-term elections, et le Parti démocratique, ils ont pris ce message que les agents, ils viennent pour vos métiers.
Monde Numérique :
[
4:14] Donc en fait, si on comprend bien, Ils ont créé une espèce de marketing de la peur ? Pour servir leurs intérêts, mais aujourd'hui, ça se retombe contre eux. C'est ça que vous voulez dire ?
Simon Khalaf:
[
4:25] Exactement. Votre français est beaucoup mieux que nous.
Monde Numérique :
[
4:30] Oui, je pratique tous les jours. Dans votre poste, vous vous dites qu'ils ont joué un peu les nouveaux Oppenheimer. Oppenheimer, qui était donc l'inventeur de la bombe atomique, qui après a eu des remords. Mais les remords d'Openheimer étaient sincères. Est-ce que les remords de Sam Altman sont sincères ?
Simon Khalaf:
[
4:53] Je ne suis pas en train de juste parler de Sam Altman. Ce n'était pas lui, c'était tout le monde. Je ne sais pas. Je pense qu'il y avait un peu de sincérité, mais je sais bien, ils savaient exactement ce qu'ils faisaient. Je ne sais pas comment le traduire.
Monde Numérique :
[
5:17] Oui, ils ont fait ça en connaissance de cause.
Simon Khalaf:
[
5:21] Oui, oui, exactement. Mais je pense qu'ils ont très mal calculé. Et maintenant, ils sont en train, parce qu'ils se préparent pour faire un IPO, ils sont en train de réparer et dire, « Ah non, ce n'est pas ce que j'ai dit », et truc pareil. Au lieu de s'arrêter, de prendre un mea culpa Et puis, de parler comment on
Simon Khalaf:
[
5:49] peut créer des emplois dans l'âge de l'IA. Disons, oui, il y a plein de métiers qui vont disparaître, mais si on prend les métiers ouvriers aux États-Unis, les États-Unis ont perdu 12 millions de jobs en manufacturing. Alors qu'est-ce qui s'est passé on a déplacé les métiers et maintenant il y a plein de services aux Etats-Unis et le GDP et le PIB a continué à hausser et personne, ne meurt de faim aux Etats-Unis maintenant qu'est-ce qui va se passer c'est la révolution industrielle en Europe disons, en Grande-Bretagne, en France en Allemagne, en Italie on a rendu les biens abordables, La révolution du AI, on va rendre les services abordables. Il y a plein, plein de métiers qui vont être créés. Commençons avec le software.
Simon Khalaf:
[
6:51] Alors, chaque pièce de logiciel va être personnalisée. Alors maintenant, on a besoin de beaucoup plus de software engineering qu'on avait besoin. Même si Cloud ou bien Codex, ils sont en train de contribuer de code, même s'il contribue 90% du code, 10% doit être personnalisé. La médecine personnalisée, c'est complètement difficile de faire une médecine personnalisée à grande échelle. Il y avait plein de labos en France en 1940 et 50 qui ont essayé de faire ça. C'est un labo, un site humain et un pasteur. Ils ont essayé de faire la médecine personnalisée, mais c'était excessivement cher. Ce n'était pas une question de chimie c'est une question physique et distribution maintenant à cause de l'éa ils peuvent faire une médecine personnalisée, Et puis, le shopping, du travel. On passe plein de temps sur Expedia, sur d'autres, pour enlever 20 dollars d'un billet d'avion. Alors, tout ça, ça va être fait par des agents numériques et non pas des agents humains. Alors, l'être humain, il va se libérer des choses mondiales. Et puis, l'esprit humain, on va consacrer à de nouvelles frontières, la médecine, le voyage spatial, de nouvelles formes d'énergie. Alors, il y a plein de boulots qui vont être créés. Alors, c'est ça ce que je reproche à Anthropic et OpenAI.
Simon Khalaf:
[
8:18] L'excédent et la révolution, le globalisme, ce n'était pas prévu dans les années 70, mais c'était bien prévu dans les années 80, c'était bien planifié. Alors, on peut, au lieu de crier famine, on s'arrête et puis on commence à planifier le grand changement dans l'économie du travail. Au lieu de commencer un mouvement ludique, il va, disons, arrêter l'avance d'IA aux États-Unis et donner à la Chine, à la Chine, un avantage que les États-Unis vont perdre. Parce que j'ai écrit une pièce aussi il y a deux semaines qu'il n'y a que l'Israël, la Chine et les États-Unis qui sont très avancés dans l'OEI. Et puis, un petit challenge en France, mais il n'y a rien. En Inde, il n'y a pas d'OEI. Il y a de libre service OEI. Alors, si les États-Unis, dans les élections qui viennent, Ils vont perdre l'innovation dans le AI, et surtout pour l'énergie et les data centers. Alors, ça va être une catastrophe pour les États-Unis et le monde,
Simon Khalaf:
[
9:33] disons, l'Ouest pour 50 ou bien 100 ans.
Monde Numérique :
[
9:39] Les mouvements de protestation qu'on commence à voir aux États-Unis et aussi un peu en Europe, ça vous inquiète ? Vous pensez que ça peut aller loin et ça peut vraiment bloquer la progression de l'intelligence artificielle ?
Simon Khalaf:
[
9:55] Je pense que oui. C'est pour cela que j'ai évoqué Émile Zola, parce qu'il faut avoir l'intégrité. J'ai oublié le mot en français. Intellectual journalism and integrity.
Monde Numérique :
[
10:09] Intégrité.
Simon Khalaf:
[
10:10] Une manière pour l'intégrité, une manière de diffuser la vérité. Et au lieu de prendre cette attitude que le chômage va être 5%, on va passer deux ans à éduquer la population, il faut savoir quel genre de métiers vont disparaître.
Simon Khalaf:
[
10:31] Il ne faut pas disparaître au brunette, ça va prendre un peu de temps. Alors, ce qu'on doit faire, ils ont des billions et des billions et des trillions. Alors, on peut éduquer tous les gens qui ont ces métiers qui vont disparaître, un accounting, un auditor ou bien un avocat. La machine peut interpréter le code légal beaucoup plus qu'un humain. Un humain a un sentiment, la loi s'est écrite en oeuvre. Alors, on peut rééduquer.
Simon Khalaf:
[
11:04] Sinon, on va voir des masses layoffs et on va aller de mal en pire. Alors, je vous donne un exemple. Chez WorkWild, on est maintenant le top 1% des employés aux États-Unis. On n'existait pas il y a cinq ans. Maintenant, on est le top 1%. Et chez nous, le chômage est quasi inexistant parce que ce qu'on a fait, on a créé des agents numériques, pour aider ou bien remplacer le management intermédiaire et les ressources humaines. Très bien. Maintenant, on est en train d'opérer à 3% du prix et à 55% de l'efficacité. Et notre employé, ils sont payés 90% instantanément.
Simon Khalaf:
[
11:58] Ils finissent leur boulot le même jour. L'argent est dans leur poche. Ce qu'on a créé, c'est enlever l'inefficacité du boulot. The over-end. On a battu l'inflation aux États-Unis. Our wage growth, c'est 10% plus que l'inflation. On n'a pas de chômage. C'est négligeable. C'est moins que 75%, moins que 1%. Et on est 100% AI. On a, disons, 1,3 million d'employés. J'ai une personne dans les ressources humaines. Une personne. Alors, très bien, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai enlevé les ressources humaines. Très bien. Mais ils ont trouvé d'autres boulots chez vous. Ils sont en train de travailler. Ils travaillent plus et ils font mieux en tant qu'argent. Et ils sont payés le même jour. Alors, il ne faut pas attendre 15 jours pour avoir un paycheque. Et c'était quelque chose qui a été créé il y a 4900 ans, le paycheque.
Monde Numérique :
[
13:07] Le salaire, c'est ça.
Simon Khalaf:
[
13:08] Oui, le salaire. Oui, oui. Alors, non, non, je suis très consterné. C'est pour ça que j'ai évoqué, c'est une sensation avec j'accuse. Je sais que le peuple américain, ils n'ont pas la même réaction pour ce mot. Mais j'ai déjà 250 000 commences et puis j'ai dû expliquer c'était quoi l'affaire Dreyfus. C'était quoi ? C'était une personne amoureuse qui a créé une révolution de journalisme. C'est l'honnêteté intellectuelle du journalisme. Je pense que ça a été disparu aux États-Unis il y a 10 ans.
Monde Numérique :
[
13:57] C'est la presse que vous accusez aussi, alors ?
Simon Khalaf:
[
14:00] Pas tellement, pas tellement. Je ne pense pas que la presse ne peut pas comprendre ou bien avoir un laboratoire de recherche sur l'économie, l'économie du travail, mais ils sont en train de prendre ce qu'ils veulent faire. Mais ils ne peuvent pas, ils n'ont pas l'intelligence, ils n'ont pas le data pour comprendre quel genre de métier vont disparaître et quel genre de métier vont être créés. Ils peuvent penser, ah, je pense que ce boulot va disparaître. Mais c'est facile, parce que maintenant, si vous êtes sur cloud, ou bien au Chagibiti ou bien Gemini, vous créez quelques points, et puis ça crée un texte. Très bien, alors on peut créer un livre dans deux minutes. Mais c'était exactement avec YouTube.
Simon Khalaf:
[
15:00] Combien de films ont été créés sur YouTube à comparer à Hollywood ? Oui, c'est exactement la même chose, mais ils peuvent penser que le user-generated content peut éliminer Hollywood. Mais c'est les lois aux États-Unis qui sont en train d'éliminer Hollywood et les grands costs to production. Ce n'est pas le user-generated content. Alors, c'est exactement la même chose. Je ne pense pas que je suis en train de rapprocher ça à la presse. Non, c'est les gens qui ont déclenché ce mouvement sans le savoir. Et maintenant, ils sont en train de le réparer, mais le réparer d'une manière
Simon Khalaf:
[
15:39] d'utilisant la presse au lieu de quelque chose de concret.
Monde Numérique :
[
15:43] Simon, encore une question. Comment vous voyez l'Europe ? Parce que nous, en Europe, on est dépendants de l'IA américaine. Et aujourd'hui, on veut profiter de cette révolution. En même temps, on en a un peu peur. En même temps, on n'est pas vraiment indépendant, on n'est pas souverain. Qu'est-ce qu'on doit faire ?
Simon Khalaf:
[
16:10] C'est difficile. C'est un peu difficile parce que chaque trois mois, je suis en Europe et il y a plein de changements, il y a plein d'évolutions, mais je ne vois pas un plan de deregulation plan. Et je pense que l'entreprise, l'entrepreneuriat, est devenue un otage de l'Union européenne. Il y a plein de lois qu'il faut changer. Il y a des gens en Europe qui sont excessivement éduqués, qui sont très intelligents. Et je pense que la France peut jouer un rôle immense dans l'IA, l'Italie aussi les Allemands, mais quand il y a un gouvernement qui est l'Union Européenne qui est.
Simon Khalaf:
[
17:05] Pas aussi progressif en tant que l'adoption de la technologie, ça va être une barrière. Et puis, je sais que c'est un tabou, mais il y a l'immigration en Europe qui est en train de prendre beaucoup de ressources qui doivent être qui doivent être dédiqués à l'EI. Le PIB peut monter sans l'immigration. C'est ce qu'Israël a fait. Alors Israël est un pays de 10 millions de personnes. Disons 8 millions d'origines non arabes et 2 millions d'arabes. Très bien. Et maintenant le PIB par capita en Israël est plus haut que la France. Parce qu'ils ont adopté la technologie, ils ont dérégulé et maintenant ils sont en train d'inventer les inventions dans l'économie militaire, dans l'économie chimique, dans la médecine, dans le logiciel. Et puis maintenant, ils sont devenus un export de ça. Alors, disons que l'Europe, à cause de l'Union européenne, il y a plein de lois qui doivent changer. il doit se passer dans les... Je pense.
Simon Khalaf:
[
18:26] Il doit y avoir un changement radical. Je ne parle pas des mouvements droite ou bien gauche. Les centristes, ils veulent se rassembler et dire que, The last thing we want to be is an open-air museum, si je peux le traduire. It's heading in that direction. Alors, il faut déréguler. Il y a plein de gens qui sont très bien éduqués. Il y a de valeur en Europe qui n'existe pas aux États-Unis. Et puis, je pense que la France est la plus proche parce que l'entrepreneurship, c'est de faire beaucoup d'argent. Alors, si les lois ne permettent pas à ça, les gens ne vont pas travailler pour innover. J'espère que ça va changer d'ici 24 mois. Sinon, l'Europe va être en retard.
Monde Numérique :
[
19:18] Merci Simon Khalaf de WorkWhile, dirigeant de WorkWhile à San Francisco.
Simon Khalaf:
[
19:24] Merci Jérôme.