🎤 Généalogie : comment l'IA fait parler les documents anciens (François Lerebourg, Généatique)
Monde Numérique16 juillet 202609:24

🎤 Généalogie : comment l'IA fait parler les documents anciens (François Lerebourg, Généatique)

À l'heure où des millions d'archives sont progressivement numérisées, l'intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives pour les passionnés de généalogie. François Lerebourg explique comment son logiciel Généatique facilite le déchiffrage, la traduction et la vérification des documents anciens tout en préservant les données personnelles.

🎤 INTERVIEW : François Lerebourg – Créateur du logiciel Généatique

L'essentiel

  • L'IA permet de transcrire automatiquement des documents anciens parfois illisibles.
  • La transcription conserve l'orthographe d'origine avant de proposer une traduction.
  • Les informations trouvées sur Internet doivent toujours être vérifiées avec les documents originaux.
  • Les données généalogiques contemporaines doivent rester stockées en local pour mieux protéger la vie privée.

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L'IA change-t-elle la manière de faire de la généalogie ?

Oui, notamment pour les documents anciens. Le logiciel est capable de transcrire automatiquement des actes parfois très difficiles à lire, qu'ils soient rédigés en latin, en allemand ou en cyrillique. Il restitue le texte avec son orthographe d'origine puis peut le traduire en français, ce qui facilite énormément les recherches.

Pourquoi faut-il toujours consulter les documents originaux ?

Les bases de données disponibles sur Internet sont utiles, mais elles contiennent des erreurs. Pour construire un arbre généalogique fiable, il faut systématiquement revenir aux actes d'origine, vérifier les dates, les lieux, les noms et comparer les informations avant de les intégrer.

L'IA peut-elle aussi détecter des erreurs dans un arbre généalogique ?

Oui. Le logiciel contrôle automatiquement la cohérence des données. Il signale par exemple une date incompatible, une erreur de siècle ou des naissances impossibles au regard des âges. Ces alertes permettent de repérer rapidement des incohérences qui auraient pu passer inaperçues.

Comment concilier généalogie et protection des données personnelles ?

Je recommande de partager uniquement les recherches sur les ancêtres les plus anciens. Les informations concernant les personnes contemporaines doivent rester stockées sur l'ordinateur de l'utilisateur. C'est selon moi la meilleure manière de protéger ces données sensibles, tout en évitant qu'elles soient hébergées sur des serveurs distants.


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François Lerebourg: [0:01] Et les documents anciens, c'est là qu'on aborde l'IA, c'est qu'on va pouvoir François Lerebourg: [0:04] demander au logiciel de transcrire automatiquement ces documents anciens. Et donc, ça va permettre de retrouver l'intégralité du document que parfois on n'arrive pas à lire. Directement, l'outil est capable, lui, de déchiffrer ces données. Monde Numérique : [0:24] Bonjour François Lerebourg. François Lerebourg: [0:25] Bonjour. Monde Numérique : [0:25] Vous êtes créateur du logiciel Généatique. On se retrouve au Salon de la Généalogie à Paris, à la mairie du 15e. C'est un logiciel qui existe depuis combien de temps ? François Lerebourg: [0:35] Presque 40 ans qu'on a créé la première version du logiciel. On a commencé au siècle dernier, c'était les Minitel, c'était les disquettes. On a commencé comme ça à se faire connaître, à transmettre une version du logiciel. François Lerebourg: [0:46] Et on a démarré comme ça des généalogistes amateurs qui se sont mis de passion à la généalogie. Monde Numérique : [0:50] Alors, il s'est modernisé ce logiciel ? Vous allez nous expliquer notamment comment vous intégrer aujourd'hui l'intelligence artificielle. Mais avant cela, le concept même du programme, c'est quoi ? A quoi ça sert ? François Lerebourg: [1:01] C'est un logiciel pour organiser l'arbre généalogique. L'idée, c'est que vous allez avoir des actes, vous faites vos recherches, vous trouvez des noms, des prénoms. Ça fait beaucoup de personnes, beaucoup de données à manipuler. Eh bien, dans l'écran du logiciel, on va pouvoir avoir des cases pour chaque personne. On va comme ça enregistrer les parents, les grands-parents, les photos, les notes, les sources. Et les documents anciens, c'est là qu'on aborde l'IA. C'est qu'on va pouvoir demander au logiciel de transcrire automatiquement ces documents anciens. Et donc, ça va permettre de retrouver l'intégralité du document que parfois on n'arrive pas à lire. François Lerebourg: [1:31] Directement, l'outil est capable, lui, de déchiffrer ces données. Monde Numérique : [1:34] Alors, par exemple, si je trouve un acte très ancien, illisible, je peux arriver à le comprendre ? François Lerebourg: [1:41] Ça peut être un acte en latin, ça peut être un acte, par exemple, un acte alsacien, il y a de l'allemand, mais c'est pendant la Révolution française. Ça peut aussi être un document, vous avez des ancêtres en Pologne. La Pologne, à cette époque, peut-être c'était la Russie, donc des documents en cyrillique, assez difficiles finalement à déchiffrer, on peut demander à Généatique de faire la transcription intégrale avec l'orthographe d'origine. Et ensuite, on a aussi intégré la traduction. Donc un document qui était en latin se retrouve en français, un document en allemand, on peut aussi l'avoir en français, pourquoi pas. Monde Numérique : [2:10] C'était un point de blocage, ça, pour les généalogistes amateurs, le décryptage des documents anciens ? François Lerebourg: [2:16] C'est un passage obligé de prendre ces documents originaux. Parfois, les gens me disent « Ah non, moi, les documents, je ne m'en occupe pas. » Ah mais non, il faut absolument les regarder ces documents, il faut les trouver, il faut les déchiffrer. Et le déchiffrage n'est pas toujours évident, c'est ce qu'on appelle la paléographie. C'est de retrouver l'orthographe comme ça et le déchiffrage de ces documents anciens. Donc c'est très intéressant d'avoir ces documents anciens évidemment transcrits. Et après, c'est évidemment intéressant de l'avoir la traduction, parce qu'un document en allemand, un document en cyrillique, je ne suis pas très à l'aise. Monde Numérique : [2:41] Donc par exemple, je vais dans des mairies très loin, un peu partout en Europe, je demande accès de documents, je prends des photos, et ensuite je rentre et Monde Numérique : [2:51] je mets tout ça dans le logiciel. François Lerebourg: [2:52] C'est ça ? Mais aujourd'hui, vous avez accès aux archives en ligne. Monde Numérique : [2:54] Ah oui. François Lerebourg: [2:54] Donc évidemment, ce n'est pas la peine d'aller à l'au bout du monde. Monde Numérique : [2:56] Oui, ça peut bête ce que je dis. François Lerebourg: [2:57] On est évidemment sur Internet. Vous savez, le monde numérique. Monde Numérique : [2:59] Ça existe. Tout est numérisé. François Lerebourg: [3:01] De plus en plus. Oh, pas tout. Tout à l'heure, j'ai vu une personne qui est sur le salon de Paris, de la Hongrie, des archives nationales de la Hongrie, et ils sont en train de numériser effectivement les archives. Monde Numérique : [3:09] Il y a encore des choses qu'il faut aller chercher à la main. François Lerebourg: [3:11] Parfois. Mais ce qui est numérisé est donc accessible en ligne aujourd'hui. Donc on peut bien sûr peut-être photographier son nom de famille, l'avoir repéré, mais pas être capable de déchiffrer l'intégralité du document. Donc là, du coup, avec la transcription intégrée au logiciel, François Lerebourg: [3:24] je ne sais pas le lire, mais je sais le déchiffrer finalement à travers l'outil. Monde Numérique : [3:27] Qui utilise aujourd'hui un logiciel comme le vôtre ? François Lerebourg: [3:30] Alors, c'est principalement des particuliers, des gens comme vous et moi qui sommes passionnés de généalogie. Enfin, vous, je ne sais pas encore, mais c'est ça l'idée, de se passionner, faire ses recherches en famille. Évidemment, on a un grand-oncle, des cousins, des petits-neveux qui peuvent s'intéresser un peu à la famille. Mais tout ça, ça peut du coup être intéressant de le mettre en image, de mettre les photos, de mettre les documents, de mettre les noms, les anecdotes et de partager. On peut faire son livre après, de famille et pouvoir le partager, le pouvoir le transmettre aux enfants, aux petits-enfants. Monde Numérique : [3:56] Est-ce que tous les documents qu'on trouve en ligne sont fiables ? François Lerebourg: [3:59] Alors évidemment on trouve plein de choses en ligne, on trouve des bases de données, qui sont des généalogies qui ont été partagées, qui ont été créées par des utilisateurs. Et ces bases de données, forcément, il y a des erreurs, les erreurs humaines. Donc on trouve des données qui peuvent être intéressantes, mais à vérifier. Donc la vérification, c'est bien sûr en passant par les documents généalogiques originaux. Il faut vraiment refaire l'enquête à chaque étape, déchiffrer le document et vérifier que ça concorde une date, un lieu, des patronymes. L'orthographe peut être un peu différente. Les noms peuvent avoir varié dans le temps. Parfois, une même personne a un nom écrit différemment. sur deux actes. Tout ça, il faut l'analyser, il faut le comparer et comme ça, François Lerebourg: [4:37] on avance dans son arbre généalogique. Monde Numérique : [4:39] Alors, c'est vrai qu'on trouve beaucoup de choses sur Internet mais on peut aussi diffuser soi-même des informations. Est-ce qu'il n'y a pas un problème justement, au fait, de envoyer comme ça, facilement sur les réseaux, eh bien des informations qui sont assez personnelles, en fait, la famille, la filiation, la profession, même parfois ? Et bon, on fait beaucoup de recherches généalogiques, c'est très tendant de partager tout ce qu'on a trouvé comme recherche de mettre les photos, les dates, les actes, les lieux. Mais attention, il y a des données personnelles, il y a un règlement qui s'appelle le RGPD, peut-être qu'on est en train de parler de la question. Donc on est quand même attaché à ce que l'on va publier sur Internet. On fait attention, on ne publie pas n'importe quoi. On va faire attention à ces photos des contemporains. On a mis les petits-veux, on a mis les cousins, on a mis l'anecdote du Quidernier, on a mis peut-être un problème de maladie, enfin des petites. Ces données sont protégées et donc on ne doit pas les partager. Donc aujourd'hui, il y a des plateformes sur Internet très intéressantes pour partager les aïeux, les lointaines recherches qu'on a pu faire, mais on va plutôt s'imiter justement aux anciens. Monde Numérique : [5:39] Aux générations précédentes, mais tout ce qui est contemporain, on va plutôt le laisser en local sur des outils informatiques, des logiciels, parce que là, les données sont stockées chez soi, en local, et là, c'est quand même la meilleure sécurité qu'on puisse trouver. Et même si on les partage sur des plateformes avec des codes d'accès qu'on ne donne qu'à certaines personnes ? Alors, bien sûr, les données vont être masquées, mais pour autant, elles sont hébergées Ce sont des serveurs qui peuvent être déportés à quatre coins du monde. Aujourd'hui, il y a quand même pas mal de grosses sociétés qui déploient leurs serveurs aux différents coins du monde. Donc les données personnelles, moi je préfère qu'elles sont stockées dans mon ordinateur plutôt qu'à l'autre bout du monde. Monde Numérique : [6:12] Vous avez des exemples de cas où le logiciel, mais même l'IA qui est derrière, vous a permis de lever des mystères, de mieux comprendre certaines choses ? François Lerebourg: [6:21] En fait, intégré au logiciel, il y a aussi le contrôle de cohérence par rapport aux âges. Et ça, le logiciel analyse aussi et vous met en alerte. Si vous avez saisi une année qui n'est pas cohérente, vous êtes trompé de siècle, vous n'avez, mis que trois mois d'écart entre deux enfants dans la naissance, il y a quelque chose de louche Généatique vous dira attendez là il y a un truc, cette mère qui a eu deux enfants à trois mois d'intervalle il y a quelque chose qui n'est pas très clair donc Généatique vous alerte et parfois l'utilisateur ne s'en est pas rendu compte il a fait sa saisie comme ça et puis il est passé d'un autre système il est arrivé dans Généatique et Généatique lui dit hé attention là à cet endroit il y a apparemment un problème sur la branche de la personne, et ça c'est le logiciel qui effectivement le détecte automatiquement. Monde Numérique : [6:58] Alors après bon là c'est intégré dans le logiciel donc c'est pratique mais je veux dire. François Lerebourg: [7:06] Alors, chaque Zipity, il est capable de documenter une photo, il est capable de vous accompagner un tout petit peu sur le déchiffrage. Monde Numérique : [7:12] De prendre la photo d'un acte officiel ? François Lerebourg: [7:16] Oui, la problématique des IA qui sont génératives et gratuites, c'est que vos données personnelles sont complètement exploitées par ces moteurs. Alors qu'ici, dans Généatik, on a un contrat, nous, en tant qu'éditeur, et on paye ces IA, on a un contrat qui fait que ces données ne sont pas réutilisées. Et elles ne servent pas à entraîner les robots, les moteurs. Donc c'est très différent entre utiliser l'IA gratuite et l'IA de Généatik. Monde Numérique : [7:37] Combien coûte aujourd'hui votre logiciel ? François Lerebourg: [7:39] Et bien Généatik, il y a une version gratuite pour essayer, parce qu'il faut démarrer, il faut essayer pour voir les choses. On peut créer comme ça 50 personnes pour voir un petit peu les choses, faire plusieurs branches. Et puis après on a une version classique ou Prestige, qui est à 99 euros et qui est illimitée dans le temps. Monde Numérique : [7:54] Ce logiciel, vous le distribuez toujours à l'ancienne, je dirais. C'est-à-dire qu'on l'achète, on le télécharge et puis on peut s'en servir pendant 20 ans ? François Lerebourg: [8:03] C'est à l'ancienne, mais malgré tout sur les stores. Aujourd'hui, sur Microsoft Store. Monde Numérique : [8:06] On a l'accès au logiciel. François Lerebourg: [8:08] Mais pas que. On a aussi, bien sûr, la possibilité de l'installer depuis un Mac, depuis Linux. Aujourd'hui, c'est le même logiciel qu'on a sur les différentes plateformes. Mais c'est vrai qu'en termes de modèle économique, on n'a pas voulu forcer l'utilisateur à avoir un abonnement. Aujourd'hui, on préfère avoir une licence. Le client l'utilise, l'achète, l'utilise. Et chaque année, on lui fait des propositions nouvelles, des nouvelles fonctionnalités. Et ça lui permet comme ça d'avoir peut-être le choix de pouvoir la fonction François Lerebourg: [8:33] nouvelle chaque année, s'il le souhaite. Monde Numérique : [8:35] Et vous envisagez d'autres développements dans le futur ? François Lerebourg: [8:37] On a plein d'idées. On a des services complémentaires au logiciel. Je fais beaucoup de vidéos aussi parce qu'il faut apprendre à utiliser le logiciel. Ça devient un très très gros logiciel. Donc tous les mois, avec les adhérents chez nous, on leur propose des formations, des accompagnements personnalisés pour le logiciel. Monde Numérique : [8:51] Vous avez combien d'utilisateurs ? François Lerebourg: [8:53] Des dizaines de milliers de personnes qui renouvellent chaque année leur licence. Ça représente des centaines de milliers de personnes qui l'ont utilisée, qui l'utilisent encore, qui l'utilisent parfois, qui font des pauses, qui le reprennent. La généalogie, ça peut être des périodes de vie. Parfois, on s'arrête, on reprend la famille, la maladie, toutes ces choses qui peuvent arriver et on se débrouille. Monde Numérique : [9:11] Merci beaucoup, François Lerebourg de Généatique. François Lerebourg: [9:14] Merci.
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