🇫🇷🇨🇦 Debrief Transat – Apple attaque OpenAI, l’IA bouleverse l’emploi
Monde Numérique18 juillet 202642:43

🇫🇷🇨🇦 Debrief Transat – Apple attaque OpenAI, l’IA bouleverse l’emploi

Apple accuse OpenAI d’avoir exploité ses secrets industriels • Des experts appellent à préparer l’économie au choc de l’IA • La CNIL encadre les pixels invisibles des newsletters • Netflix envisage de lancer des chaînes en continu

Avec Bruno Guglielminetti (Mon Carnet)

Apple contre OpenAI : bataille autour des secrets industriels

Apple engage une offensive judiciaire autour du départ de Tang Tan, ancien responsable du design matériel devenu Chief Hardware Officer chez OpenAI. L’affaire pourrait peser sur les projets d’appareils d’OpenAI, développés avec les équipes de Jony Ive, alors que l’entreprise travaille à faire converger intelligence artificielle, objets physiques et interfaces vocales. OpenAI a officiellement intégré l’équipe de la startup io pour préparer une nouvelle génération de produits conçus avec Jony Ive.

« We Must Act Now » : préparer le monde du travail à l’IA

Plus de 200 économistes, chercheurs et dirigeants, dont seize prix Nobel et Yoshua Bengio, appellent les gouvernements à anticiper une transformation économique potentiellement plus profonde et plus rapide que la révolution industrielle. Le manifeste We Must Act Now insiste sur la formation, l’évolution des compétences et la nécessité de concevoir une IA qui complète le travail humain plutôt qu’elle ne l’efface.

Newsletters : la CNIL s’attaque aux pixels invisibles

Les nombreux messages reçus par les abonnés français s’expliquent par les nouvelles recommandations de la CNIL sur les pixels de suivi intégrés aux courriels. Ces images invisibles d’un pixel permettent notamment de savoir si une newsletter a été ouverte ; les éditeurs doivent désormais mieux informer les destinataires et, selon les usages, recueillir leur consentement.

Netflix réinvente la télévision linéaire

Netflix envisagerait de lancer des chaînes thématiques diffusées en continu, afin de permettre aux abonnés de regarder un programme sans avoir à le choisir. Ce retour au flux télévisé traditionnel pourrait renforcer la bataille pour l’attention et les revenus publicitaires, au moment où Netflix doit également intégrer les chaînes et contenus de TF1 à son offre française.

Les rendez-vous de l’été

Dans Mon Carnet, Guillaume Roger, Ekumen, présente des outils d’intelligence artificielle destinés au monde agricole, tandis que Sacha Rubel, AWS, analyse les usages de l’IA en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Sur Monde Numérique, la série « Tout comprendre » se poursuit avec un épisode consacré au Bluetooth, accompagnée de rediffusions d’entretiens avec Marion Carré, autrice du Paradoxe du tapis roulant, et le directeur du laboratoire Kyutai.


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Jérôme : [0:07] Salut Bruno Guglielminetti à Montréal. Bruno : [0:09] Salut Jérôme Colombain à Paris. Jérôme : [0:11] Ravi de te recevoir pour ce débrief transat de l'été. On est en plein été. Bruno : [0:16] D'ailleurs, tu n'es pas en vacances, toi ? Jérôme : [0:19] Alors, je suis presque en vacances. C'est mon tout dernier jour véritablement opérationnel, même si on se retrouvera tout l'été, on l'a déjà annoncé. Désormais, le débrief transat, c'est le rendez-vous phare de la semaine, tout l'été, chaque samedi sur Monde Numérique. Tiens, avant qu'on parle d'actu, parce qu'on a plein de choses, on a du OpenAI, du Apple, on a du Netflix, on a une pétition à propos de l'IA aussi. Mais dis-moi, est-ce que tu t'es préparé, est-ce que tu te prépares pour le CES de Las Vegas ? Bruno : [0:51] Ben écoute, je ne peux pas te confirmer par rapport à mes valises. Il n'y en a aucune de faite. Et je peux dire que l'hôtel et l'avion, c'est réglé. Jérôme : [0:59] Il faut dire que c'est en janvier quand même, donc on a un peu le temps. Bruno : [1:01] Oui, j'ai un peu le temps. Mais toi aussi, c'est fait, là. Jérôme : [1:04] Oui, moi aussi, c'est fait. Pour une fois, je m'y suis pris tôt, parce que c'est toujours un peu compliqué, le CES. Puis plus on attend, plus les billets d'avion coûtent une fortune, les hôtels coûtent cher, etc. On ne trouve pas ce qu'on veut. Donc là, on est prêts, on est bookés, les amis. En plus, on sera dans le même hôtel cette année. Bruno : [1:19] Oui, mais justement, moi, j'ai entendu, tu parles d'hôtel, moi, je te parlerai de couloir. J'ai entendu une rumeur comme quoi il y aurait peut-être des briefs quotidiens. Jérôme : [1:31] Moi, je lance le projet. Je dis : on sera dans le même hôtel au même moment à Las Vegas pour le CES. Tiens, si on faisait un débrief quotidien. Bruno : [1:40] Et pourquoi pas ? Jérôme : [1:41] Pourquoi pas ? Bon, écoute, il faut que ça mûrisse un peu, cette idée-là. Il faut qu'on voie si dans... Voilà, il faut que tu en parles à tes équipes, j'en parle à mes équipes. Bruno : [1:49] Mais si la tendance se maintient et qu'on arrive à s'entendre. Jérôme : [1:52] Oui. Oui, il faut qu'on voie si c'est faisable, tout ça. Bon, enfin, bref, donc on est ravis de retrouver nos... Bruno : [1:59] On attend vos commentaires. Ça a bien répondu à ta question. Moi, j'ai reçu un paquet de courriels en disant : le vendredi, le samedi, le mercredi. Finalement, il y a tout le monde. Il y avait des gens pour tous les jours. Jérôme : [2:12] C'est très difficile de satisfaire tout le monde. C'est toute la difficulté de notre métier. Merci de nous écouter, en tout cas, d'être fidèles. Merci de nous regarder aussi, parce que cette émission est disponible en vidéo. D'ailleurs, on a mis les petits plats dans les grands. On a de nouveaux décors, de nouveaux studios. Toi, c'est Hollywood. Bruno : [2:28] Moi, je suis pris dans mon 120 secondes. Jérôme : [2:31] C'est incroyable. Voilà, moi, j'ai fait aussi dans le style un peu... C'est un peu plus cosy, mais quand même. Bruno : [2:37] On voit que, d'ailleurs, il y a ton assistant qui est parti, parce que d'habitude, quand je me... Jérôme : [2:41] ...branche, je le vois travailler. La chaise est vide, là. Effectivement, Bruno, cette semaine, l'actu, c'est en Californie. Et alors, c'est quand même un gros coup. Ça pourrait faire beaucoup, beaucoup de bruit. Apple attaque OpenAI en justice. Le choc des titans, peut-être un choc des titans à venir. Tu peux nous résumer l'affaire ? Bruno : [3:06] Oui. Écoute, je te laisserai nommer les noms des gens parce que tout est très bon dans cette mémoire fine des noms. Moi, je ne suis pas capable. Mais donc, c'est ça. C'est un employé, un ancien, un ex-employé d'Apple qui quitte l'entreprise et s'en va chez... Tang Tan. Jérôme : [3:21] Il s'appelle Tang Tan. Tu vois. Bruno : [3:24] La preuve. Et donc, il quitte Apple pour aller chez OpenAI, mais sans dire où il s'en va. Et sans surtout avoir cette dernière rencontre chez Apple qu'on a avant de quitter un emploi. Il ne répond pas aux invitations des ressources humaines et il s'en va. Donc, il quitte son boulot, il s'en va chez OpenAI. Et pourquoi ? Pour travailler sur un dossier qui est sensible et qui fait appel à son savoir-faire qu'il a développé au fil des années chez Apple. Mais ça pourrait s'arrêter là, comme bon nombre de gens qui partent d'Apple ou de grands joueurs pour aller dans une autre entreprise. Mais là, ce qu'on est en train de se rendre compte, c'est qu'une fois qu'il a quitté l'entreprise d'Apple, le monsieur s'est rebranché au système parce qu'il y avait une faille dans le système informatique. Et donc, il a été capable de retourner dans des dossiers sur lesquels... Au système d'Apple. Exactement, oui, merci de le préciser. Et donc, il a été capable de retrouver chez son employeur des informations sensibles quant au développement de nouveaux produits sur lesquels il avait travaillé. Et donc, cette information-là, on se dit : est-ce qu'il a pris cette information-là et l'a donnée à OpenAI, ou est-ce qu'il l'a prise pour son propre bénéfice, pour s'inspirer ou se remettre à l'époque d'eux et d'aider sa création ? Ça, il n'y a rien de prouvé pour le moment, et c'est pour ça qu'il y aura une poursuite de la part d'Apple vers OpenAI en disant : bien là, on veut savoir... Le fin fond de l'histoire. Jérôme : [4:47] Oui. Est-ce qu'il est parti avec des projets, avec des idées, et surtout s'il les a utilisés. Bruno : [4:52] C'est ça, l'histoire. Jérôme : [4:53] Et surtout s'il les a utilisés. Oui. Alors, je compléterais ton exposé des faits, d'ailleurs, en disant que, alors oui, donc il y a une plainte, donc il y a des suites judiciaires. Et surtout, ce monsieur, ensuite, il a recruté des gens. Et alors moi, je suis tombé de ma chaise quand j'ai vu le chiffre. Il y a 400 employés d'Apple qui sont partis chez OpenAI. Bruno : [5:14] Quand même. Jérôme : [5:16] C'est ça. C'est dingue. Et pour une bonne part, c'est lui, c'est Tang Tan qui les a recrutés. Et il paraît que même pendant les entretiens d'embauche, il avait eu une attitude un peu étrange en leur faisant cracher des noms de code de projets d'Apple, des choses comme ça, pour savoir s'ils avaient des infos intéressantes qui pourraient possiblement... A priori, on peut penser que ce n'était pas ce que ça pourrait intéresser OpenAI. Donc, ce n'est pas joli, joli, cette histoire. Alors, pour l'instant, c'est la version d'Apple. Il faudra attendre de voir la version d'OpenAI et puis du principal intéressé, Tang Tan. Alors, il y a eu quand même un commentaire d'OpenAI, c'est le porte-parole qui dit : « Mais pas du tout, ça ne nous intéresse pas du tout d'aller voir ce que font nos concurrents. Nous, on est concentrés sur notre innovation et on s'en fout. » Bon, ce n'est pas très argumenté comme défense. Et surtout, ce monsieur qui est parti, on revient à lui, c'était quand même un des poids lourds du hardware chez Apple. Et il avait travaillé sur le design de l'iPhone et de l'Apple Watch. Et aujourd'hui, il est Chief Hardware Officer chez OpenAI. Bruno : [6:27] Quelle coïncidence. Jérôme : [6:28] Et voilà, donc c'est une division qui, pour l'instant, n'a rien sorti, mais qui, on le sait, a de gros projets dans ses cartons, notamment depuis le rachat de la startup. Alors, j'espère que les gens nous suivent, mais voilà, c'est les quelques noms de cette belle histoire. C'est le rachat de la startup de Jony Ive, lui aussi ancien d'Apple, ancien chef du design chez Apple. Et on le sait, OpenAI a en projet de créer un appareil avec de l'intelligence artificielle dedans, avec du ChatGPT dedans, puisqu'ils n'ont pour l'instant aucun hardware. Bruno : [7:01] Et justement, l'acquisition de cette entreprise-là servait donc à développer ce produit-là. Parallèlement à cette histoire de procès qui va avoir lieu, dû à la poursuite d'Apple contre OpenAI, et justement dans le sens où tu parlais d'objets connectés qui carbureraient au ChatGPT, on apprend qu'OpenAI serait en train de préparer un haut-parleur intelligent. Alors, on a parlé d'un téléphone, on a parlé d'un pendentif, et là, maintenant, on parle d'un haut-parleur intelligent. On a parlé d'écouteurs aussi. Oui, aussi. Et donc, haut-parleur intelligent sans écran, donc basé uniquement sur l'interface de la voix. Ce serait pour aujourd'hui, on parle de 2027, avec peut-être une présentation fin 2026 pour nous mettre en appétit. Sauf que, et ça, c'est soulevé par plusieurs analystes, et moi, je veux te relancer ça, c'est que dans cette poursuite d'Apple contre OpenAI, il risque quand même... Les gens d'OpenAI risquent de peut-être mettre un peu la pédale sur le frein quant au développement de produits, ne sachant pas comment ça va sortir dans le résultat de ce procès-là. Parce qu'on se dit : bon, bien là, s'il commence à y avoir des interdictions d'utilisation de XYZ... Bruno : [8:18] Ou la personne, ou carrément qu'on s'adresse à cet ingénieur-là qui a été, qui est un peu ciblé avec cette histoire-là, on se dit : bien là, à un moment donné, est-ce que la décision du juge irait jusqu'à interdire tel ou tel produit parce qu'il y a peut-être des chances que l'information qui a été, entre guillemets, volée chez Apple ait servi au développement de cet outil-là. Et c'est pour ça que j'ai hâte de voir, moi, dans le calendrier d'OpenAI, si on va mettre la pédale douce, quitte même à freiner le développement, ou si on va poursuivre, sachant qu'OpenAI l'a dit, il y a eu des communications là-dessus, on s'en va vers une entrée en Bourse. Alors, on ne veut pas... On continue à tambour battant pour être sûrs d'avoir une belle histoire à raconter aux investisseurs. Jérôme : [9:01] Bon, alors là, je ne sais pas, tu vas loin parce que tu dis que ça pourrait peut-être retarder. Oui, pourquoi pas, ce serait tout à fait plausible que ça perturbe en tout cas leur roadmap et leur projet. Et je pense qu'en tout cas, ils doivent en ce moment essayer de sérieusement voir s'ils ont fait des bêtises, comment ils peuvent le masquer, comment est-ce qu'ils peuvent quand même poursuivre ce projet. Pour revenir à l'appareil en question, donc tu dis un haut-parleur intelligent. En fait, c'est comme un assistant, Alexa ou Google. La seule différence, je crois, c'est qu'ils parlent d'un truc qui serait autonome, donc il y aurait des batteries, que tu pourrais transporter dans la maison. Ou je l'ai inventé, ça ? Non, j'ai vu quelque chose. Tu pourrais le poser et puis aussi, un truc intéressant, il y aurait des parties mobiles. C'est-à-dire que ce serait une espèce aussi un petit peu de petit robot et qu'il y aurait une caméra. Il y aurait une caméra. Bruno : [10:03] Et là, on est en train de revenir au petit Ballie de Samsung. Jérôme : [10:06] Oui, exactement. Ton fameux Ballie, là, dont tu es tombé fou amoureux et qui n'est jamais sorti. Bruno : [10:10] Dont j'ai une obsession depuis 2020. Jérôme : [10:12] Tu as une obsession et puis, il faut le dire, c'est une histoire d'amour tragique puisque tu n'avais jamais pu l'adopter. Non. Puisqu'il n'est jamais sorti. Bruno : [10:21] On va changer de sujet parce que je vais me mettre à pleurer. Jérôme : [10:23] Oui, je sais. Tu t'es bien fait avoir sur ce coup. Bruno : [10:26] Je le sais, mais ça, bon, j'en veux à Samsung. Jérôme : [10:28] Tu y as cru. Bruno : [10:28] Oui, oui. Jérôme : [10:31] Bon, enfin, c'est quand même pas rien, à la fois, parce que si, comme tu le dis, ça peut perturber les plans d'OpenAI en matière de hardware, c'est aussi la compétition entre deux titans, deux mastodontes sur le sujet de l'intelligence artificielle, sur la prochaine étape de l'intelligence artificielle, qui est : comment est-ce qu'on fait converger le hardware et le software ? Bruno : [10:57] Puis, souviens-toi qu'OpenAI, avec son ChatGPT, il est quand même jusqu'à aujourd'hui un fournisseur de services pour Apple. Parce que jusqu'à aujourd'hui, quand on utilise Apple Intelligence ou Siri, dans la version juillet 2026, on a accès à ChatGPT par l'interface de Siri pour travailler sur de l'information. On s'entend. À partir de septembre, quand le nouveau système sera dévoilé, là, tout sera misé sur Gemini, Google. Alors, peut-être que là, on peut faire un pied de nez à OpenAI et dire : « Non, non, nous, on y va à fond dans ce procès-là et on va vous écorcher sérieusement. » Mais pour le moment, ils sont à la fois en train de poursuivre les gens d'OpenAI et ils utilisent quand même leurs services. Jérôme : [11:48] Très intéressant parce qu'il pourrait vraiment y avoir des conséquences lourdes, en fait. Bon, si vraiment cette faute est avérée, ce serait une sacrée tache sur OpenAI. Il faut savoir que Sam Altman, le patron d'OpenAI... Bruno : [12:07] Un peu carabouille. Jérôme : [12:07] Je ne vais pas l'accuser, mais c'est un peu un cow-boy. Ce n'est pas un enfant de cœur. Il n'est pas forcément super apprécié. Il y avait eu ce portrait au vitriol dans le New York Times pour mettre en avant tous ses défauts, à la fois relationnels, mais aussi business et tout. En gros, les gens disaient que c'est un type sur lequel on ne peut pas compter, qui dit oui à tout le monde. Si en plus il pique les secrets d'Apple, à mon avis, il va se prendre un retour de bâton. Ça va faire très mal. Après, cela dit, si on prend un petit peu de recul aussi, juste pour boucler sur ce sujet-là, c'est tout le problème des transferts de personnel d'une entreprise à une autre, et en particulier dans la tech, et en particulier dans la Silicon Valley, où ils sont tous très proches les uns des autres. Comment tu veux aller dans une autre boîte, qui plus est pour faire un peu la même chose ou travailler sur le même genre de sujet, en faisant totalement abstraction de ce que tu as fait avant ? Là où ça devient gênant, c'est si tu pars avec vraiment des brevets, des trucs. Apparemment, il aurait mis OpenAI en contact avec un fabricant d'un métal très particulier ou d'une technologie très particulière. Bruno : [13:17] Mais qu'il aurait rencontré à l'époque d'Apple. Jérôme : [13:20] Et qu'il aurait rencontré à l'époque d'Apple. Donc il joue un peu sur ses contacts, etc. Bruno : [13:27] C'est difficile aussi. C'est ce qui fait la valeur des gens. Et c'est pour ça que Google se les arrache, Apple se les arrache. Apple n'est pas blanc comme neige là-dedans. Combien d'entreprises, combien de gens il a été chercher de cette façon-là pour travailler sur des dossiers ? Jérôme : [13:43] En général, ils rachètent. Donc, ils font un très gros chèque. Ils tuent la boîte. Mais ils font ça proprement, quoi. Je t'assassine, mais je te demande pardon et puis je paye des obsèques très, très chères. Mais dimanche. N'est-ce pas ? Bon, enfin, voilà. Bruno : [14:04] On clôt pour cette semaine ce dossier-là ? Jérôme : [14:06] Oui, on s'arrête là pour ce dossier, mais c'est vrai que c'est un très gros dossier. Bruno : [14:09] Non, mais c'est vrai. Puis moi, j'ai l'impression que ça va débouler assez rapidement. Alors, c'est sûr que d'ici le mois d'août, on en reparle. Jérôme : [14:18] Bruno, qu'est-ce que c'est que ce nouveau manifeste des inquiets de l'IA, si je puis dire ? Bruno : [14:24] Un nouveau manifeste des inquiets de l'IA. Jérôme : [14:27] Donc, une espèce de pétition, en tout cas un appel qui a été signé le 13 juillet 2026 par plus de 200 experts, dont 16 prix Nobel. Alors, on retrouve des tas de gens qu'on connaît, Yoshua Bengio, ton Canadien. On a également l'économiste français, prix Nobel d'économie, comment s'appelle-t-il, Aghion, bref, du beau monde à propos de l'intelligence artificielle pour dire : eh bien maintenant, il faut agir. Il faut agir, même si on ne sait pas où on va, mais il faut agir. Bruno : [15:03] Puis, dans les gens que tu nommes, je veux même rajouter le fait que dans les signataires, on trouve le nom de l'économiste d'Anthropic et de l'économiste qui est à l'emploi d'OpenAI. Donc, même les économistes qui travaillent pour les deux grandes boîtes, les deux grands protagonistes qui sont au cœur de ce malheur-là, ils sont interpellés par la chose. Et donc, ce « We must act now », donc « Nous devons agir maintenant », c'est un appel aux gouvernements de la planète. Un peu comme il y a trois ans environ, il y avait Yoshua Bengio et des gens du MIT, ils étaient 2 000 à l'époque, qui avaient levé le drapeau blanc en disant : « Il faut faire attention, l'IA, il faut l'encadrer. » Bruno : [15:55] Et dans le monde du travail de bureau, tout ce qui est col blanc, parce qu'il va y avoir d'ici dix ans un grand chambardement. Il faut s'assurer que les mesures qui sont prises par les gouvernements, d'une part pour encadrer la chose, pour stimuler aussi l'économie et la création d'emplois qui vont en profiter. Mais de l'autre côté, il va y avoir une réalité sur le marché du travail. Et donc, il faut se préparer là-dessus et ça va jusqu'à développer une nouvelle génération de travailleurs qui vont être mieux adaptés à cette nouvelle réalité. Mais par rapport à cette histoire-là, je t'en ai parlé et j'ai dit : j'aimerais bien qu'on en parle. Mais toi aussi, ça t'a intéressé parce que tu as cherché un petit peu plus loin, là. Jérôme : [16:39] Oui, il faut voir un peu ce qu'il y a derrière. Ce qui est intéressant, c'est que c'est vraiment... C'est plus l'idée de : « Oh là là, attention, c'est la fin du monde, il faut limiter, il faut empêcher. » Non, c'est : l'IA est là, ou en tout cas elle arrive dans les entreprises. Ça va être comme la révolution industrielle, donc ça va absolument tout changer en profondeur. La différence, c'est que ça va aller beaucoup plus vite que la révolution industrielle. Donc, la question, c'est celle-là : c'est comment on accompagne les entreprises pour que les entreprises accompagnent les salariés, aussi bien ceux qui sont déjà en poste, ceux qui se feront embaucher ou ceux qui ne se feront pas embaucher. On a déjà parlé ensemble de ces espèces d'allers-retours, des entreprises comme Ford qui avaient licencié des wagons de collaborateurs, pensant pouvoir augmenter leur productivité grâce à l'IA. Et puis hop, qui rappellent 350 ingénieurs parce que finalement, ça ne suffit pas. Moi, j'ai d'autres exemples aussi, principalement aux États-Unis, comme ça, où on s'aperçoit qu'on ne peut pas se passer des gens facilement. Mais en même temps, il y a beaucoup de choses qui changent. Jérôme : [17:45] La formation n'est plus forcément adaptée, les diplômes ne sont plus forcément adaptés, ne sont plus forcément le principal, ce qui fait le plus la valeur de quelqu'un. Mais on va plus aller voir, non pas s'il sait utiliser une IA et s'il sait prompter, parce que ça, ça s'apprend très vite, mais un peu caler, ça substantifie que moi. C'est comment il aborde les projets, comment il peut driver des IA. En fait, un travailleur aujourd'hui ou demain, c'est un gars face à un ou plusieurs agents IA et c'est comment il manage son IA. Bruno : [18:20] Et d'ailleurs, tu dis ça, ça me fait penser à une entrevue que j'ai vue de Tim Cook cette semaine passée. Ça date peut-être, mais c'est la première fois que je la voyais, et qui disait que maintenant, chez Apple, on revient à Apple, on n'embauche plus nécessairement des gens qui savent faire de la programmation, mais on embauche des gens qui sont créatifs, qui savent travailler en équipe, parce que maintenant, les outils, bien, ils sont capables de vous aider à coder. Jérôme : [18:44] Exactement. C'est exactement les retours, moi aussi, que j'ai eus, pour tout dire, de dirigeants d'entreprises. Ils disent : « Mais les gars qu'on cherche, les gars ou les filles qu'on cherche, il faut que ce soit des gens qui aient l'IA, qui comprennent vite et qui sachent avancer en utilisant l'IA. » Mais ce n'est pas uniquement l'aspect technique. Jérôme : [19:05] Et tout ça, il va falloir accompagner, parce qu'il y a des gens qui vont rester sur le bord de la route. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? Comment on les indemnise ou comment on les aide à se former pour se mettre à niveau, etc. Enfin, on va vraiment vers une transformation. Comme tu le disais au début, c'est ce qu'on appelle les cols blancs. Donc, c'est plutôt du travail intellectuel. On n'est pas sur le travail manuel, mais c'est ce qui occupe majoritairement dans les sociétés aujourd'hui. Donc, voilà, c'est un vrai défi politique. Et c'est vrai que, tu vois, nous, on est en train de rentrer dans une période de campagne électorale en France. Bon, autant te dire que le sujet, il est vaguement effleuré de temps en temps. C'est toujours : « Et puis aussi, il faut qu'on s'occupe de l'IA. » OK, d'accord. Et sinon, la petite phrase de la semaine, contre qui vous êtes, avec qui vous allez vous associer, etc. C'est des enjeux qui sont hyper compliqués, qui sont hyper anxiogènes, donc on ne peut pas non plus, quelque part, tout dire tout de suite parce qu'on ne maîtrise pas tout. Mais il est urgent, me semble-t-il, qu'on y réfléchisse. Moi, je le dis depuis longtemps, je ne comprends pas qu'on n'ait pas une espèce de... Comme il y a eu au moment du Covid, il y avait un comité scientifique, qu'il n'y ait pas aujourd'hui un comité qui se réunit. Chez nous, les comités, on adore ça. On en a même qui tournent à vide. Il y aurait peut-être de quoi les occuper, essayer de se pencher sérieusement sur la question. Mais en plus, la question, elle est internationale. Elle n'est pas à l'échelle d'un pays. Donc voilà, intéressant. Bruno : [20:34] Je trouve ça intéressant, puis le bel exemple là-dedans, c'est que ça permet de ramener le sujet sur la table. Bon, ça va durer pendant une semaine, pas plus, mais au moins, on en parle. Et comme tu le dis, dans un contexte où vous êtes en campagne présidentielle, de l'autre côté, ici au Québec, cet automne, il va y avoir une élection du gouvernement provincial. Ça permet de ramener ce type de questionnement-là sur la table et de challenger les gens qui sont intéressés. Jérôme : [21:03] « We must act now », ça s'appelle. Si ça vous intéresse, vous pouvez rechercher, aller lire ça. Bruno : [21:08] Vous pouvez même aller rajouter votre signature si vous voulez. Jérôme : [21:10] Oui, bien sûr. Surtout si vous êtes prix Nobel de chimie ou d'économie. Bruno : [21:14] Et que vous nous écoutez, on vous salue. Jérôme, là, je veux te relancer sur quelque chose de vraiment franchouillard. Jérôme : [21:22] Oh là ! Bruno : [21:22] Et c'est cette histoire... Écoute, moi, j'en ai reçu cette semaine, mais je me disais : mais pourquoi ? En premier, c'est un télédiffuseur qui m'écrit. Après, c'est une autre entreprise. Jérôme : [21:31] Un télédiffuseur ? C'est quoi, un télédiffuseur, Bruno ? Bruno : [21:34] C'est une grande chaîne de télé française dont je n'ai pas nommé le nom. Et donc, et puis après, c'est d'autres publications françaises. Je me suis dit : mais qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi cette idée-là que maintenant, toutes les infolettres, ce que vous appelez des newsletters françaises, ont décidé de rappeler aux gens qu'ils sont abonnés à leur service ? Jérôme : [21:54] Oui, exactement. Et c'est vrai que ça s'est accéléré juste avant le 14 juillet. Tu n'es pas le seul, évidemment, à avoir reçu ça. Moi, j'en ai reçu plein aussi, comme des millions de gens, en fait. Et en réalité, c'est quoi ? C'est tout simple. Le truc, ça concerne ce qu'on appelle le pixel invisible. Le pixel invisible, c'est un petit marqueur qui est souvent utilisé dans les newsletters pour permettre, et qui est invisible, et qui est complètement invisible, qui s'appelle pixel parce que c'est une image qui fait un pixel sur un pixel de dimension. Et en fait, ce truc-là, ça permet à l'expéditeur de la newsletter d'avoir des infos sur si sa newsletter a été lue, quand elle a été ouverte, etc., etc. Et désormais, eh bien, nous avons un règlement pour ça en France. C'est la séquence règlement de la semaine. Et oui, en fait, c'est la CNIL, la Commission nationale de l'informatique et des libertés, qui a émis une... C'est plus qu'un avis parce que c'est... Bruno : [22:55] Non, mais c'est devenu un règlement. Jérôme : [22:56] Oui, oui. Enfin, la CNIL ne fait pas de règlement. Voilà, on ne va pas jouer les subtilités juridiques, mais ce n'est pas son travail de faire des règlements. Mais elle fait des trucs qui sont un peu obligatoires quand même. Bruno : [23:05] On va dire des règles. Jérôme : [23:06] Oui, des règles, des guidelines, on dit en français. Bruno : [23:10] Ah oui, c'est plus clair. Jérôme : [23:11] Oui, tu vois, c'est plus français, c'est plus clair. Mais en fait, ce truc-là avait été fait au mois d'avril. Au mois d'avril, ils avaient dit : bon, maintenant, il faut prévenir les gens quand vous utilisez un pixel invisible pour leur permettre, s'ils ne sont pas d'accord, de se désabonner. Et il y avait une date butoir qui était le 14 juillet. Donc, évidemment, tous les éditeurs de newsletters ont attendu. Et c'est le 11, 12, 13 juillet qu'ils se sont dit : « Oh mince, on a oublié ça, vite, vite, il faut envoyer des trucs. » Donc, ils ont tous envoyé par rafales des tas de mails comme ça. Alors voilà, la question, c'est : est-ce qu'il faut refuser, se déconnecter de ce pixel invisible ? Je ne sais pas ce que tu en penses. Ça fait partie... C'est un peu comme les cookies. Ça fait partie de ces choses où, quand ça va trop loin, évidemment, on est contre. Mais pour un service minimum qui est de permettre à l'émetteur de savoir que sa newsletter est lue ou pas lue, voilà, je ne sais pas ce que tu en penses. Bruno : [24:05] Non. Bien, moi, je partage, je pense, ton point de vue, à savoir que, quelque part, c'est la moindre des choses de laisser savoir à l'expéditeur qu'on parle d'une infolettre, pas d'un courriel, mais donc d'une infolettre à laquelle tu es abonné, tu la reçois, de lui dire : bien oui, je l'ai ouverte, je ne l'ai pas ouverte, ou à la limite, ça ne m'intéresse plus depuis un certain moment, parce qu'on peut voir ce type d'information-là. Et pour la personne qui est en public. Jérôme : [24:31] Comme moi, par exemple. Oui, bien voilà. Juste parenthèse, le pixel invisible qui sert à savoir si la newsletter n'est pas lue, celui-là, on n'a pas besoin de consentement. C'est pour les autres. C'est subtil. Les règlements, c'est subtil. Bruno : [24:45] Non, non, mais c'est bien fait. Mais donc, c'est ça. Pardon, je t'ai interrompu. Ce type d'information-là, c'est précieux pour quelqu'un qui envoie ce type de communication à des gens qui se sont abonnés pour recevoir. Et donc, l'idée, c'est que, j'aime bien utiliser le truc de : quand c'est gratuit, c'est vous le produit. C'est un peu ça. L'idée là-dedans, c'est que moi, je vous envoie de l'information, mais je suis content de savoir si c'est lu ou si c'est pas lu et qu'est-ce qui vous intéresse et à quel moment vous l'avez lu. Bien sûr. Parce que ça me permet de programmer mes envois en fonction de ça pour aller rechercher le plus de gens possible. Et pour ça, c'est des informations qui sont précieuses. Mais bon, je comprends que par demande de transparence, les Français vont faire ça aux Français et aux abonnés, même étrangers, de publications françaises. Jérôme : [25:35] C'est amusant d'ailleurs, parce qu'en fait, tu l'as reçu, alors que normalement, tu n'es pas concerné. Je veux dire, la loi n'oblige pas à ce que toi... Bruno : [25:49] ...tu sois informé de ça. À un étrange de l'Hexagone. Oui, j'ai l'impression qu'eux, ils ont tiré la salle volage. Jérôme : [25:55] Et ils ont dit : on envoie. Bruno : [25:57] Tous les abonnés, puis ça finit. Jérôme : [25:58] Bien sûr. Ouais, mais aussi, dans la mesure où l'éditeur est français, l'expéditeur de la newsletter, à ce moment-là, lui, il doit se tenir à cette obligation. C'est ça, le truc. Voilà, donc si vous avez reçu ces e-mails, c'est à vous de voir. Ce qu'il faut retenir, c'est que si ça vous dérange et si ça vous énerve, vous pouvez effectivement aller désactiver ce paramètre et vous ne recevrez plus le fameux pixel invisible. Il est invisible, donc vous ne le voyez pas, mais vous ne le verrez plus. Bruno : [26:30] Et ça ne fait pas un courriel plus lourd pour autant, donc il ne vous coûte rien de le recevoir. Jérôme : [26:36] Non, mais c'est un peu une question de principe. Et si ça ne vous dérange pas, vous pouvez jeter l'e-mail, en fait. Informé, et on passe à autre chose. Bruno : [26:43] Le seul truc pratique que je trouve à ce genre de courriel-là, c'est que ça te permet de te rappeler que tu es abonné à ça. Jérôme : [26:50] Oui, c'est vrai. Bruno : [26:51] Et j'ai vu cette semaine que j'étais abonné à pas mal de publications. Jérôme : [26:55] À pas mal de... C'est vrai. Moi, je me désabonne régulièrement, surtout pour les newsletters marketing, en fait, parce qu'au bout d'un moment, il y en a trop. Mais bon, évidemment, il ne faut pas vous désabonner ni à Mon Carnet, ni à Monde Numérique. Bruno : [27:11] C'est pour ça qu'on vous en parle. Jérôme : [27:12] D'ailleurs, vous êtes toujours plus nombreux à vous abonner à ces deux newsletters. Bruno : [27:18] Merci, je t'apprécie. Jérôme : [27:21] Bruno, dernier sujet qu'on voulait évoquer ensemble. Il ne t'a pas échappé, et c'est même toi qui m'as donné l'info parce que moi, ça m'avait échappé. Netflix veut jouer dans la cour des grands. Bruno : [27:34] Écoute, j'ai tellement souri quand j'ai lu cette histoire-là. C'est Netflix qui envisage de créer des chaînes de programmation continue. Alors, tu te souviendras, il y a très longtemps, quand Netflix est arrivé dans le paysage avec son offre de services en ligne de vidéo, ça avait changé le paysage parce qu'ils disaient : « Nous, maintenant, on vous permet de regarder ce qui vous intéresse, quand ça vous intéresse. » Sauf qu'à un moment donné, les années passent et les gens sont habitués, l'offre maintenant, c'est comme ça partout. Et ce qu'ils sont en train de se rendre compte quand ils font des discussions avec leur clientèle, c'est qu'il y a des gens qui commencent à être fatigués de devoir choisir. Parce qu'ils viennent... Et là, on parle parfois d'une époque où les télédiffuseurs, pour parler des chaînes de télé, leur faisaient une programmation. Et donc, le lundi à telle heure, c'est ça, puis le mardi à telle heure, c'est ça. Nous, de notre âge, on est habitués à ça. Donc, c'était comme un vent de libération. Mais il y a toute une nouvelle génération qui, elle, a décroché de la télé traditionnelle, s'est retrouvée dans la programmation qui était présentée par Netflix. Mais là, ces gens-là commencent à trouver ça compliqué de devoir choisir ce qu'ils vont regarder. Pourquoi vous ne pourriez pas organiser une chaîne dans laquelle... C'est vous qui choisissez. Jérôme : [28:52] La liberté, c'est super chiant. Bruno : [28:54] Mais imagine, donc Netflix est en train de revenir à un modèle qui était en place depuis les tout débuts de la télévision. Bon. Parce qu'il y a une génération qui a décroché de la télévision traditionnelle pour maintenant être fatiguée de décider. Finalement, ce n'est pas trop mauvais que vous décidiez qu'est-ce qu'on allait regarder. Alors là, ce qu'ils vont faire, c'est qu'ils sont en train de... Donc. Jérôme : [29:15] Ils vont faire des chaînes de flux, en fait. Bruno : [29:17] Exactement. Et donc, une sur la comédie, l'autre sur le thriller, l'autre sur la peur, l'autre sur autant de styles qu'il y a de films. Et donc, vous pourrez vous brancher à l'heure que vous voulez devant votre téléviseur et vous allez regarder ce qui est en cours. Mais ça soulève quand même des questions sur l'évolution des habitudes de consommation de la vidéo par les gens. Jérôme : [29:43] T'as raison et on ne perçoit pas les choses suivant la génération, comme tu l'as expliqué. Nous, on a connu l'avant, donc ça nous fait réagir. C'est un peu... Moi, je trouve que c'est un peu comparable, tu sais, au fait de revenir à du feuilletonnage pour les séries. Le binge, t'avais le binge. C'est Netflix qui a inventé le binge-watching, le fait de balancer toute une saison d'une série en même temps. Et puis ensuite, tu pouvais te filer, t'enfiler tout... Voilà, toute la série 24 heures en une nuit, par exemple, si ça te plaisait. Et aujourd'hui, tout le monde, toutes les plateformes se remettent à feuilletonner. Moi, ça m'énerve. Ça m'énerve énormément. Toi aussi ? Bruno : [30:23] Moi, je ne suis pas capable. J'attends qu'ils aient terminé de feuilletonner pour commencer à regarder la série parce que sinon, ce n'est pas vrai. J'ai fait ça pendant tout le début de ma vie, d'attendre une semaine après l'autre que l'émission arrive. Vous n'allez pas me faire chier en disant : « Non, non, là, tu vas attendre, tu vas patienter. » Non, je paie, monsieur ou madame. Alors, j'aimerais ça le regarder quand je veux. Jérôme : [30:45] Parce que pour nous, c'est un retour en arrière. Mais pour les jeunes, moi, j'en ai déjà parlé à des plus jeunes que moi, ils trouvent ça génial. Bruno : [30:50] Non, c'est ça. Jérôme : [30:52] Ça suscite l'envie et tout, et moi, j'aime pas parce qu'en plus, je veux dire, tu regardes... En ce moment, je suis sur la série Silo, que je recommande d'ailleurs, qui est plutôt pas mal. Et c'est un épisode tous les vendredis. Non, je dis des bêtises, Silo est disponible, c'est une autre. Tu vois, le problème, c'est que tu commences une série, tu regardes un épisode et le suivant, il est huit jours plus tard. Alors, tu commences une autre série entre-temps, tu commences une autre série. Du coup, au mieux, tu reviens sur la série d'origine, mais tu ne sais plus où tu en es. Et au pire, tu oublies que tu étais en train de regarder une série. Bruno : [31:24] Mais c'est pour ça que les « earlier on », les petits rappels au début de la série, de l'épisode, ça prend toute son importance. Jérôme : [31:33] Oui, les « previously », etc. Non, tiens, c'était Star City. C'est Star City qui feuilletonne comme ça. Excellente série, Star City. Je m'en régale. Bruno : [31:41] Et tu vois, moi, j'ai trouvé un remède à ça. Avec ma conjointe, maintenant, ce qu'on fait, c'est que de ce temps-ci, on est en train de se retrouver... Jérôme : [31:47] Vous ne regardez plus la télé. Bruno : [31:48] Non, on se tape des vieilles séries. Par exemple, on a entamé The Office, qui a duré pendant dix saisons, si je ne me trompe pas. Alors là, on a du temps, puis on sait qu'on ne va pas se faire interrompre le plaisir de regarder parce qu'il faut attendre la semaine prochaine. Non, non. Jérôme : [32:05] C'est comme ça qu'il y a des vieilles séries qui reviennent. J'ai vu qu'il y a une vieille série, comment ça s'appelait, un truc de science-fiction qui va revenir, etc. Mais pour revenir au choix de Netflix, alors ça, c'est le point de vue utilisateur dont on va parler, dont on vient de parler. C'est le côté un peu... Jérôme : [32:22] ...usage presque sociologique. Mais il y a l'aspect économique et je disais en introduisant le sujet : Netflix veut jouer dans la cour des grands. C'est une idiotie, parce qu'ils sont déjà dans la cour des grands, même eux. Jérôme : [32:36] Eux, c'est-à-dire Netflix, Amazon Prime, Apple TV, etc. C'est eux, les grands. Et cette histoire-là de vouloir maintenant faire des chaînes de flux, mais c'est une claque pour les chaînes de télé traditionnelles. Chez nous, France Télévisions, TF1, etc., ils sont en PLS. Alors, TF1 vient de passer un accord avec Netflix pour être diffusé sur Netflix. Bon, et à mon avis, c'est très malin, parce que ça y est, ça y est, ce qu'on annonce depuis des années est en train de se produire. Il y a une érosion de l'audience petit à petit sur ces chaînes traditionnelles. Alors finalement, si on revient à un principe de flux, l'érosion n'ira peut-être pas si loin que ça. Mais n'empêche qu'il y a une certaine inquiétude. Et pour preuve, le grand patron de TF1, qui tout récemment vient de demander l'autorisation au gouvernement de mettre plus de publicité. Parce que légère érosion de l'audience et puis concurrence accrue, les annonceurs se bousculent peut-être moins. Du coup, on ne peut pas vendre la pub aussi chère qu'avant. Et si tu peux plus... Si tu as une baisse du prix de la publicité, il faut en mettre plus pour maintenir les niveaux de revenus. Et ça, c'est catastrophique pour un média qui se met à faire, à se mettre plus de publicité. Surtout si le concurrent en face, c'est un concurrent payant qui, lui, n'a pas de pub. Alors, ce n'est pas le cas d'Amazon, qui te fait payer. En plus, tu mets de la pub. Mais les autres, non. Bruno : [33:53] Sauf que dans ce scénario-là, appuyons là-dessus. Netflix, en développant des chaînes en continu, qu'est-ce qu'il va faire ? Entre les émissions, il va mettre des pubs. Alors ça, ça va aller chercher encore de l'argent de la tarte publicitaire française parce qu'il va y avoir de la pub entre les émissions et probablement qu'ils ne vont pas se gêner. Il faut commencer peut-être à en mettre pendant les séries que tu regardes, où il y avait des bonnes vieilles pauses publicitaires qui étaient insérées à l'époque quand ça a été créé. Jérôme : [34:21] C'est pour ça que TF1... Bruno : [34:24] Ils vont pédaler longtemps. Jérôme : [34:26] Ouais, ouais, ouais. Après, TF1, ils sont malins, ils sont forts, je pense qu'ils anticipent les choses, etc., mais ils s'inquiètent beaucoup. Moi, je me fais plus de soucis pour France Télévisions, parce que France Télévisions n'aura pas les moyens d'un groupe privé comme TF1. Comme, par ailleurs, il y a un vent qui souffle pour appeler à la privatisation de France Télé, etc. Et ça fait des années que Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions, dit : « Mais attention, nous, notre concurrent aujourd'hui, c'est les plateformes, et on va se faire manger tout cru. » Et elle le voit arriver. Voilà. En tout cas, c'est super intéressant, et on voit que c'est amusant, effectivement, que le monde du numérique revienne à des bonnes vieilles recettes du monde d'avant. C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. Bruno : [35:11] Mais il y a sûrement des directeurs de programmes de l'époque qui disent : « Ah, finalement, c'était pas tellement con », ce qu'on avait développé. Jérôme : [35:16] Ouais, bien sûr. Mais après, moi, je vais te dire, la vraie concurrence, elle est déjà là. Et c'est presque déjà les anciens acteurs dont on est en train de parler. Parce que qu'est-ce qui prend du temps de cerveau aujourd'hui, du temps de cerveau disponible ? Ce n'est pas TF1 ou France Télévisions, ce n'est même pas forcément tout le temps et autant qu'avant Netflix, Amazon, Apple. C'est Instagram, Instagram, X, Instagram, et puis TikTok, bien sûr, j'allais oublier. C'est tous les réseaux sociaux et c'est le scroll. Voilà, on se met devant la télé pour regarder les séries, mais aussi, on se met de plus en plus dans le canapé et on scrolle, et on scrolle, et on scrolle. Bruno : [35:59] Mais je me souviens, moi, d'une entrevue que le grand patron de Netflix avait donnée, puis en disant : « Vous savez, moi, ma compétition, c'est pas tellement les télédiffuseurs publics, mais c'est beaucoup plus les consoles de jeux comme Xbox ou YouTube. Parce que pendant que tu es en train de jouer à ton jeu vidéo, tu n'es pas en train de regarder mes émissions. » Et c'est ça. Alors, l'écosystème qui permet de te divertir, peu importe l'écran sur lequel tu le regardes, l'offre est tellement grande et il ne reste encore que 24 heures par jour. Puis je vous souhaite de dormir quelques-unes de celles-là. À un moment donné, c'est ça. Quand tu es interpellé et que tu es en train de jouer ou en train de scroller sur ton TikTok, tu n'es pas en train de regarder de la télé. Puis après, quand tu décides de regarder de la télé, par réflexe, tu vas peut-être cliquer sur Netflix. Là, le bon coup de TF1, c'est d'être dans l'interface de Netflix en se disant que c'est un autre point de contact avec le téléspectateur. Mais ceux qui ne sont pas là, ils ne seront plus là. Jérôme : [37:00] Non, non, c'est sûr. Bruno : [37:00] Ah non, c'est... Ben, n'est pas. Jérôme : [37:03] C'est l'éternelle mutation des médias. De toute façon, les médias ont toujours été un domaine en transformation permanente et en évolution permanente. Donc finalement, tout ce qui se passe est assez logique. Jérôme : [37:15] Voilà, mon cher Bruno, écoute, à part ça, de quoi parles-tu cette semaine dans ton carnet ? Bruno : [37:22] C'est si gentiment demandé. Écoute, puisque toi, tu as décidé de prendre le congé, je me suis dit : je vais quand même en profiter pour occuper des intervenants français. Jérôme : [37:32] Pour occuper le terrain ? Oui. Du coup, tu vas multiplier, tu vas tripler les productions. Bruno : [37:39] Du coup, oui. Et donc, je parle avec une boîte qui s'appelle Ekumen et qui fait dans l'agriculture, mais à l'intelligence artificielle. Et eux, ils s'intéressent, ils travaillent avec des agriculteurs, avec des conseillers agricoles. Et c'est vraiment intéressant. Ils ont vraiment développé des outils pour aider ces gens-là dans ce domaine-là, très précisément. Alors, je parle avec Guillaume Roger, qui est un des patrons de la boîte. Et puis sinon, j'en ai profité récemment, comme tu le sais, j'étais à Paris, à VivaTech, et j'ai rencontré des gens. Et il y a quelqu'un que j'avais raté, et c'était Sacha Rubel de AWS Europe, qui, elle, est en charge de l'intelligence artificielle, de vous vendre l'utilisation de l'intelligence artificielle, mais en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Trois parties du monde qui ont des besoins bien différents, des réalités bien différentes. Et donc, avec Sacha Rubel, ça a été intéressant de voir où en est, de son point de vue d'Américaine, si on veut, où en sont ces trois endroits du monde par rapport à leur utilisation et leurs besoins. C'est une fascinante discussion que j'ai avec elle par rapport à l'IA et ces trois endroits dans le monde. Voilà. Jérôme : [38:54] Très bien, très bien, pour tes interviews dans ton carnet. Bruno : [38:58] Exactement. Jérôme : [38:59] Ben écoute, je vais te donner à mon tour un petit aperçu des prochains jours sur Monde Numérique. Bruno : [39:07] Écoute, tu fais bien de le dire parce que j'allais te le demander. Parce que, bon, c'est pas vraiment vrai que tu vas laisser tes auditeurs en plan. Jérôme : [39:13] Ah non, je ne laisse pas mes auditeurs tout seuls comme ça, là. Je vais les occuper avec deux choses principalement. D'abord, une nouvelle série, Tout comprendre. C'est la reprise de la série que je proposais déjà l'été dernier. Donc ça, c'est tous les mercredis, un sujet décrypté. Mercredi dernier, c'était le GPS et mercredi prochain, donc ce sera le 22 juillet, ce sera le Bluetooth. Donc c'est très technico-technique. Voilà, il y aura un épisode chaque mercredi. Et puis sinon, également des rediffusions d'interviews. Donc les meilleures interviews que j'ai pu faire ces derniers mois. Je sais que j'en ai fait, des interviews. Alors, quand même pas, mais voilà. Lundi, on retrouvera Marion Carré, que j'avais trouvée il y a quelques mois, qui a écrit un bouquin super intéressant sur une réflexion sur l'usage de l'intelligence artificielle. Tu sais, elle a intitulé son livre Le paradoxe du tapis roulant, c'est-à-dire qu'on a tendance à se laisser aller. Donc, comment faire face à cette tendance ? Et puis, en fin de semaine, une autre interview. On retournera, puisque c'est une interview qui avait été diffusée il y a également plusieurs mois, au laboratoire Kyutai. C'est ce laboratoire français, financé notamment par Xavier Niel, et qui est spécialisé dans les IA vocales et dans les IA conversationnelles. Et ils ont monté notamment un modèle qui est super performant dans ce domaine. Et donc, j'avais rencontré le directeur de Kyutai. Donc, interview à réécouter prochainement pour les auditeurs qui ne l'auraient pas entendue. C'est toujours bien pour apprendre des choses. Jérôme : [40:41] En flemmardant au bord de la piscine ou de la plage ou à la montagne. Bruno : [40:45] Non, puis moi, je dirais, pour avoir réentendu ta série, il y a des choses qu'on entend à la première écoute qui, un, qui nous échappent de l'esprit. Et deuxièmement, il y a des choses, quand on réécoute ta série, il y a des choses qu'on n'avait pas nécessairement captées la première fois qu'on l'avait écoutée, justement parce qu'on était au bord de la piscine et il y avait le ballon qui dérivait. On était plus concentrés sur le ballon que sur tes propos. Alors, moi, j'incite fortement les gens à réécouter la série, d'autant plus que leur réalité... Jérôme : [41:13] C'est gentil, merci Bruno. Bruno : [41:14] Non, mais c'est sérieux. D'autant plus que leur réalité d'utilisateur d'appareils a changé. Alors, il y a peut-être des gens qui ne se préoccupaient pas de Bluetooth qui vont être plus sensibles à ce sujet-là cette année. Juste pour ça, ça vaut la peine. Jérôme : [41:27] Oui, mais la série... Alors, le Bluetooth, ce n'est pas une rediffusion. Tu vois, encore plus. Non, non, non, tous les épisodes de Tout comprendre, ce n'est pas une rediffusion, ce n'est que des nouveaux épisodes. Bruno : [41:37] Ben voilà. Jérôme : [41:39] C'est que du frais, mon ami. Oui, oui, et puis j'ai d'autres trucs dans les tiroirs. Bruno : [41:43] C'est selon l'arrivage du marché. Jérôme : [41:45] C'est ça ? Exactement. Non, non, c'est les interviews qui sont des rediffusions. Bruno : [41:50] Bon. Jérôme : [41:51] Donc, vous pouvez rester connectés à Monde Numérique et à Mon Carnet, bien entendu, plutôt que de regarder Netflix ou TF1. Franchement, écoutez les podcasts, c'est beaucoup mieux. Bruno : [41:59] Alors, Jérôme, avec le volume de choses que tu es en train de préparer, je ne te souhaite pas de bonnes vacances parce que ce n'est pas vrai, tu ne seras pas en vacances. Puis, on se retrouve quoi, la semaine prochaine ? Jérôme : [42:08] On se retrouve la semaine prochaine. Ça, c'est la promesse. Donc, écoute, tout l'été et, en ce qui me concerne, donc diffusion chaque samedi sur Monde Numérique de notre débrief transat. Bruno : [42:19] Allez ! Jérôme : [42:20] Passe un bon été, toi aussi, Bruno. Bruno : [42:22] Arrête. D'abord, passez une bonne semaine, puis on se retrouve la semaine prochaine. Jérôme : [42:27] Déjà, il fait beau à Montréal. Profite-en. Ça n'arrive jamais. Allez, salut. Bruno : [42:30] Je te souhaite du beau temps. Un peu de chaleur en France. Salut.
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