Gaël Prudhomme:
[
0:01] Une des tendances qu'on a vues aussi à Sant'Expo, c'est finalement ces agents IA, grands publics, qui vont venir finalement en amont, par exemple, d'une consultation, préparer celle-ci et faire gagner du coup du temps aux professionnels
Gaël Prudhomme:
[
0:18] de santé pendant la consultation. Pourquoi ? Parce que celle-ci aura été bien préparée avec le patient, donc il va pouvoir finalement vraiment dédier son temps sur des sujets les plus complexes à gérer.
Monde Numérique :
[
0:38] Bonjour Gaël Prudhomme.
Gaël Prudhomme:
[
0:40] Bonjour Jérôme.
Monde Numérique :
[
0:41] Vous êtes responsable du Centre d'innovation en santé de Capgemini, basé à Bordeaux. On se retrouve dans le cadre du partenariat entre Monde Numérique et Capgemini pour parler de santé, car se tenait récemment à Paris le salon Sant'Expo. Alors, grand déballage d'innovation au service de la santé. Vous étiez sur place, vous avez arpenté les allées avec l'œil d'expert qui est le vôtre. Qu'est-ce que vous avez observé comme tendance cette année ?
Gaël Prudhomme:
[
1:08] Oui, en effet, Jérôme, on avait la chance côté Capgemini d'être nombreux sur le salon. Effectivement, ce qu'on voit, de la continuité par rapport aux éditions précédentes, mais en termes de nouveautés, ce que j'ai pu noter de mon côté,
Gaël Prudhomme:
[
1:25] c'est peut-être quatre choses qui m'ont marqué un petit peu. Il y avait la partie robot humanoïde. Robo, forcément, on en voit partout en ce moment, mais côté santé, le virage qu'on voit un petit peu c'était des expérimentations qui étaient assez isolées jusqu'à présent, se font maintenant finalement on voit des plateformes pour gérer des flottes de robots, donc on est plus sur justement de l'expérimentation mais on commence à passer à l'échelle et ça c'est une chose qui était quand même assez visible et derrière mais des.
Monde Numérique :
[
2:02] Robots pour faire quoi en santé.
Gaël Prudhomme:
[
2:03] ? alors effectivement des robots généralement c'est plutôt pour de l'interaction avec le patient donc on voit pas mal effectivement de choses autour de comment rassurer mon patient en amont par exemple d'une opération ou d'une prise en charge on va avoir aussi des robots pour l'orientation, donc comment finalement mieux orienter le patient au sein d'un établissement de santé, donc voilà deux choses qui là où apporte vraiment de la valeur à un robot.
Monde Numérique :
[
2:36] Mais c'est encore de la science-fiction, non ? Les robots humanoïdes dans le domaine de la santé ?
Gaël Prudhomme:
[
2:41] Plus ou moins. Je pense que là, on est justement en train de passer des expérimentations, des preuves de valeur, des preuves de concept qu'on voyait de toute façon depuis un ou deux ans, vraiment à la mise à l'échelle. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on a atteint une maturité aussi sur la gestion de flotte. Donc, on va être un petit peu mieux outillé, finalement, pour gérer ces robots et pour pouvoir, finalement, les interconnecter entre eux et, du coup, avoir non pas juste une expérimentation,
Gaël Prudhomme:
[
3:15] mais cette flotte qui va être au service de l'établissement.
Monde Numérique :
[
3:18] Alors aujourd'hui, il y a aussi beaucoup d'objets connectés dédiés à la santé, à porter sur soi ou à avoir à la maison, des montres, capteurs sous le matelas, toutes sortes de choses, ne pèse personne, intelligent et tout. Qu'est-ce que ça change ça concrètement ? Est-ce que ça a un impact sur la manière de soigner les gens ou bien c'est encore un peu gadget ?
Gaël Prudhomme:
[
3:40] Oui, alors effectivement, il y a de tout, mais c'est quand même quelque chose qui est de plus en plus utilisé aujourd'hui. Donc, on voit beaucoup de personnes porter justement ces wearables, ces objets connectés. Derrière, effectivement, ça a un impact fort sur la donnée. Pourquoi ? Parce que tous ces wearables, du coup, produisent de la donnée. Mais la difficulté et le gros enjeu, c'est comment on va l'exploiter, cette donnée ? Est-ce que, justement, on va pouvoir la faire communiquer entre différents objets connectés ? Est-ce qu'on peut la faire communiquer aussi avec les logiciels qui sont utilisés, que ce soit à l'hôpital ou chez un médecin de ville, pourquoi pas à la pharmacie ? Donc le vrai enjeu, il est là. Il n'est pas aujourd'hui sur les objets connectés. Il y en a plein, ils sont plus ou moins matures, ils sont déployés. Mais finalement, c'est qu'est-ce qu'on fait des données et comment on fait en sorte finalement que ces données soient vraiment utiles ?
Monde Numérique :
[
4:40] Et comment on les fait circuler, du patient au médecin, etc.
Gaël Prudhomme:
[
4:43] ? Oui, complètement. Et là, il y a des vrais enjeux. Il y a des enjeux, ce qu'on appelle l'interopérabilité. Donc, comment finalement, on fait communiquer des données entre différents systèmes qui peuvent provenir de différents éditeurs de solutions. Donc là, forcément, c'était le cas à Santexpo. on parlait beaucoup finalement de la communication entre le dossier patient informatisé, donc le DPI avec le DMP, le dossier médical partagé, etc. Donc, comment finalement toutes ces données transitent entre les différents services et comment on assure aussi la sécurité derrière pour que, in fine, le patient soit confiant dans l'utilisation après de ces données. Parce que c'est le cœur du système, c'est le patient.
Gaël Prudhomme:
[
5:33] Et si le patient, lui, n'a pas confiance dans ce système-là, ça ne va pas marcher.
Monde Numérique :
[
5:38] Gaël, le patient qui devient de plus en plus expert, en fait, avec les objets connectés, mais aussi avec l'IA générative, on sait qu'il y a beaucoup de gens qui vont consulter ChatGPT ou Gemini pour avoir des informations médicales. Ensuite, ils arrivent chez le médecin, d'ailleurs, ça énerve un peu les médecins, les patients qui arrivent en disant, mais moi, je crois que c'est ci, je crois que c'est ça, etc. Mais en même temps, c'est une réalité aujourd'hui.
Gaël Prudhomme:
[
6:02] Complètement. Et je pense que ça a évolué aussi de par les discussions que j'ai pu avoir.
Gaël Prudhomme:
[
6:09] Il y a quand même aujourd'hui une majorité des professionnels de santé qui voient ces nouvelles innovations technologiques, dont l'IA générative, effectivement, d'un bon oeil, si c'est bien utilisé. Donc, on revient finalement au numérique utile.
Gaël Prudhomme:
[
6:26] Exactement. Et là, c'était une des tendances qu'on a vues aussi à Sant'Expo. C'est finalement ces agents IA, grand public, qui vont venir finalement en amont, par exemple, d'une consultation, préparer celle-ci et faire gagner du coup du temps aux professionnels de santé pendant la consultation. Pourquoi ? Parce que celle-ci aura été bien préparée avec le patient. Donc, il va pouvoir finalement vraiment dédier son temps sur des sujets les plus complexes à gérer. Et c'est là où, en fait, on arrive à répondre à l'enjeu qui est finalement comment ces innovations technologiques libèrent du temps. Aux soignants, aux professionnels de santé, pour qu'eux puissent se concentrer vraiment sur leur cœur de métier. Et si on y arrive, là, l'adoption forcément va se faire naturellement. Et c'est là où on va différencier effectivement des outils comme ChatGPT, qui sont très grands publics et pas forcément très utiles ou très pertinents quand on parle de questions de santé, par rapport à des outils. Alors, on en a vu pas mal présentés à Sant'Expo de différentes startups qui vont être spécialisés justement sur le médical et donc beaucoup plus sécurisés comme environnement quand on parle de santé.
Monde Numérique :
[
7:45] Donc, le patient devient expert en quelque sorte ?
Gaël Prudhomme:
[
7:48] Complètement. Le patient devient un peu plus expert. Alors, toujours avec... Il faut le nuancer parce qu'il peut du coup se tromper et être persuadé d'avoir raison. Alors que non, il n'a pas raison. Et c'est là où, justement, cette relation, elle est repensée entre le patient et le professionnel de santé. Et c'est là où il faut qu'il y ait, finalement, cette confiance. Et cette confiance, finalement, elle ne peut venir que s'il y a une vraie maîtrise de ces outils et de cette technologie des deux côtés. Et pour qu'il y ait maîtrise, il faut comprendre comment ça marche. Et donc, il y a vraiment un enjeu autour, finalement, de la formation. Donc on en parle beaucoup aujourd'hui, comment on forme nos professionnels de santé justement à l'utilisation de ces outils pour comprendre comment ça marche, les biais qu'il peut y avoir pour être capable de les identifier et de faire face lorsqu'un patient pense justement à arriver avec une information finalement qui s'avère fausse d'un système ou d'un outil utilisant de liage génératif. Donc il y a tous ces enjeux autour de la formation, vont permettre finalement de créer cette nouvelle confiance qui va être nécessaire et cette relation entre le soignant et son patient.
Monde Numérique :
[
9:02] Alors à propos de confiance, aussi de responsabilité, d'éthique, on parle de plus en plus d'e-santé éthique.
Gaël Prudhomme:
[
9:10] Oui, complètement. Alors je suis bien placé pour le savoir parce qu'on a la chance à Bordeaux justement, et donc en Nouvelle-Aquitaine plus précisément, d'avoir un pôle de compétitivité autour du numérique responsable. C'est le premier pôle de compétitivité sur le territoire français qui traite de ce sujet-là, avec justement pas mal de groupes de travail qui réfléchissent au numérique responsable appliqué à la santé. Et donc, oui, c'est un sujet qui est très important. Pourquoi ? Parce que qui dit innovation technologique dans le domaine de la santé dit forcément une volonté d'aller mieux soigner, de garder nos patients dans un meilleur état de santé. Et pour ça si on fait des innovations technologiques qui par contre vont avoir un impact environnemental négatif donc qui vont consommer trop de ressources en eau par exemple ou qui vont émettre des émissions carbone d'une façon complètement indécente c'est un petit peu contradictoire parce qu'on essaie de garder les gens en meilleure santé mais de l'autre côté.
Gaël Prudhomme:
[
10:19] On puise toute l'eau alors qu'il y a des tensions sur l'eau aujourd'hui etc donc Ça, c'est quelque chose qui, justement, pour l'acceptabilité des innovations numériques, notamment en santé, est très important. Donc, il y a la partie environnementale, mais il y a aussi la partie accessibilité. Donc, comment finalement ces outils technologiques sont accessibles pour tout le monde ? On sait aujourd'hui qu'il y a une fracture numérique. Tout le monde n'est pas aussi à l'aise avec le numérique, finalement, qu'un jeune qui peut avoir 25 ans, qui habite dans une grande ville. Donc, comment je fais en sorte aussi que dans des zones où on ne va pas avoir un accès au haut débit aussi facile qu'en grande ville, mon outil va être quand même réactif et je vais pouvoir l'utiliser. Et donc là, ça demande finalement à ces éditeurs de solutions de s'adapter et de proposer des systèmes qui finalement ne mettent de côté personne.
Monde Numérique :
[
11:12] Alors, si on continue un peu de dérouler les innovations tendances du moment, je crois qu'il y a aussi beaucoup de choses en ce qui concerne la santé, spécifiquement pour les femmes, ce qu'on appelle les femtechs.
Gaël Prudhomme:
[
11:24] C'est ça exactement de l'anglais female technology. Et du coup, c'est vrai que c'est quelque chose qui est assez émergent, mais assez sous les feux des projecteurs. Alors, pourquoi ? Parce que simplement, c'est vrai que c'était un public qui était un peu mis de côté pendant plusieurs années. Et donc aujourd'hui, il y a une vraie scène en France et qui je pense même au niveau européen, la France est quand même assez bien représentée à ce niveau-là pour justement... Développer des innovations, notamment technologiques, pour la santé féminine. Donc là, on va effectivement parler, par exemple, d'applications autour de la contraception, d'applications spécifiques pour le suivi de maladies telles que l'endométriose ou autres.
Gaël Prudhomme:
[
12:14] Donc là-dessus, il y a effectivement un vrai développement.
Monde Numérique :
[
12:18] Et puis, si on parle santé et technologie, on ne peut pas passer à côté de cette thématique de la longévité. Avec la promesse de vivre jusqu'à 150 ans peut-être un jour. Alors où est-ce qu'on en est ? C'est sérieux ou pas ?
Gaël Prudhomme:
[
12:34] Non, alors effectivement, c'est vrai que c'est une tendance qui émerge et qui est très présente, et en France aussi, et on voit que ça commence à être une réalité. Pourquoi ? Parce qu'on revient finalement aux enjeux des objets connectés, de la donnée, et aujourd'hui, de par la maturité de ces objets connectés, Et de par la capacité de l'intelligence artificielle notamment d'aider à traiter, à exploiter des nombres de données très importantes, on arrive finalement à en faire des bilans plus facilement et du coup à anticiper. Donc ça va vraiment dans le sens où on va vers cette médecine qui se veut de plus en plus préventive. et donc forcément ces cliniques autour de la longévité grâce à ces outils accélèrent et se développent et sont de plus en plus matures.
Monde Numérique :
[
13:28] C'est quel type d'outils ?
Gaël Prudhomme:
[
13:29] Alors, il y a beaucoup de choses. Aujourd'hui, moi, ce que j'ai pu voir, c'est pas mal d'outils, finalement, qui vont être un peu invisibles pour le patient parce que c'est des outils de traitement de la donnée. Donc, ils vont plutôt permettre, finalement, de faire des corrélations entre les différents biomarqueurs, donc les marqueurs biologiques qui peuvent être étudiés dans une prise de sang, typiquement. Et donc, ça va être toutes ces formules algorithmiques qui vont aller beaucoup plus vite pour, derrière, pouvoir tirer des conséquences et finalement anticiper une potentielle pathologie. Donc, tout ça, c'est finalement des innovations un petit peu invisibles. Et après on va avoir des choses, des outils qui sont un peu plus visibles qui vont être là, des mondes connectés forcément qui vont donner des alertes dès lors qu'il y a un risque par exemple ou qu'elle détecte une mauvaise hygiène de vie etc. Donc tout ça c'est des choses qu'on voyait pas mal depuis de nombreuses années mais qui sont de plus en plus fiables finalement.
Monde Numérique :
[
14:37] Et alors fiables au point de se dire que oui il y a des trucs à connaître pour vivre jusqu'à 150 ans ?
Gaël Prudhomme:
[
14:43] Alors ça, je ne saurais pas dire. Je ne vais pas m'avancer là-dessus. Je pense que c'est toujours un équilibre et ça ne remplace pas aussi la vie des professionnels de santé. Donc, il faut faire aussi attention aux outils qui nous promettent la Lune et bien voir un petit peu avec les vrais experts.
Monde Numérique :
[
15:03] Merci beaucoup Gaël Prudhomme, responsable du Centre d'Innovation Santé de Capgemini.