Julien Grouès:
[
0:01] Notre approche dans l'IA, c'était de fournir à nos clients le plus grand choix possible de modèles.
Julien Grouès:
[
0:06] En fait, on est persuadé qu'il faut utiliser plusieurs modèles dans les entreprises pour répondre aux bons cas d'usage. Des gros modèles lorsqu'on en a besoin, des plus petits spécifiques lorsqu'on en a besoin aussi. Ça permet d'aller plus vite, ça coûte moins cher et ça permet de développer ces cas d'usage. Donc, on a décidé de développer l'année dernière Nova avec quatre modèles qui permettaient de répondre à certains cas d'usage. et ce qu'on cherche, c'est le rapport puissance-coût.
Monde Numérique :
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0:40] Bonjour Julien Grouès.
Julien Grouès:
[
0:41] Bonjour.
Monde Numérique :
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0:42] CEO de AWS France et Europe du Sud, AWS filiale du groupe Amazon spécialisé dans le cloud. C'est vous qui faites tourner environ un tiers des entreprises du monde entier. Nous sommes à Las Vegas où se déroule le grand événement ReInvent, organisé chaque année par AWS. De quoi s'agit-il exactement ReInvent ?
Julien Grouès:
[
1:03] C'est vrai que c'est chaque année. Moi, c'est mon sixième, je crois. Donc, c'est un événement. On réunit nos clients, nos partenaires. On fait le point sur l'année écoulée. On fait le point sur ce qui s'est passé en 2025. On a les témoignages de nos clients qui montrent comment ils utilisent le cloud pour se transformer, pour inventer le futur. Ça nous permet aussi d'échanger sur nos annonces, dévoiler ce vers quoi on va en 2026.
Monde Numérique :
[
1:25] On va en parler, il y en a beaucoup.
Julien Grouès:
[
1:27] Et puis, ça permet de réunir tout cet écosystème autour de ces technologies-là. Donc, il y a évidemment AWS qui est là, représenté. On a nos clients qui viennent du monde entier. On a plusieurs centaines de clients français qui sont là aussi. Et puis, évidemment, nos partenaires qui aident les entreprises aussi à se transformer.
Monde Numérique :
[
1:44] Oui, alors c'est vrai que c'est un salon qui se déroule exactement à l'endroit où a lieu chaque année le CES. Le grand Consumer Electronics Show qui se déroule en janvier. Moi, je viens régulièrement et le CES, c'est gigantesque. Alors, ReInvance, ce n'est pas exactement le CES, mais c'est quand même impressionnant. Il faut le dire, c'est, je crois, 60 000 participants cette année.
Julien Grouès:
[
2:04] C'est surtout une énergie. On voit, en fait, comment les technologies transforment les entreprises, les organisations et l'énergie qui s'en dégage. Et donc, c'est vrai que c'est agréable d'être ici parce qu'on voit tout ce qui
Julien Grouès:
[
2:16] se passe autour des services d'AWS.
Monde Numérique :
[
2:18] Alors, une pluie d'annonces, évidemment, pour la plupart, très technique. Elle s'adresse aux entreprises, aux directions informatiques des entreprises, aux développeurs, etc. euh, Mais un mot-clé, c'est l'intelligence artificielle. Parce qu'il faut rappeler que le cloud, à une époque, c'était surtout du stockage. Aujourd'hui, ça devient de la puissance de calcul à part entière. Et ça devient aussi, surtout des outils pour faire de l'IA. Donc l'an dernier, vous dévoyez les modèles Nova, vos propres modèles, c'est-à-dire vos GPT ou vos Lama à vous, en fait. Cette année, évidemment, logiquement, c'est la suite. Nova 2, à qui ça se destine ces outils ?
Julien Grouès:
[
2:59] Alors, depuis le début, notre approche dans l'IA, c'était de fournir à nos clients le plus grand choix possible de modèles. En fait, on est persuadé qu'il faut utiliser plusieurs modèles dans les entreprises pour répondre aux bons cas d'usage. Des gros modèles lorsqu'on en a besoin, des plus petits spécifiques lorsqu'on en a besoin aussi. Ça permet d'aller plus vite, ça coûte moins cher et ça permet de développer ces cas d'usage. Donc, on a décidé de développer l'année dernière Nova avec quatre modèles qui permettaient de répondre à certains cas d'usage. Et ce qu'on cherche, c'est le rapport puissance-coût pour offrir à nos clients des solutions peu chères avec des résultats extrêmement fiables. Effectivement, cette année, on est dans la continuité avec Nova 2. Mais il y a deux annonces à mon avis, surtout sur Nova 2, qui sont impressionnantes.
Julien Grouès:
[
3:45] C'est toujours, on se concentre sur le rapport qualité-coût, mais aussi maintenant avec des modèles multimodaux qui permettent de traiter la voix, le texte, la vidéo. Et aussi avec nos modèles maintenant Nova qu'on peut entraîner avec les données des entreprises NovaForge. Et donc, on utilise les données des entreprises qui restent chez elles les modèles leur appartiennent, pour former leur modèle, sans avoir plus besoin de ce qu'on appelait avant les fine-tunés. Donc avant, on prenait un modèle et on l'entraînait avec des données de l'entreprise. Maintenant, les entreprises peuvent prendre leurs données, les intégrer dans les datasets de la recherche du modèle et avoir un modèle spécifique. Pour eux, basé sur Nova, mais avec leurs propres données. Et ensuite, elles le déploient dans leurs propres infrastructures cloud. Et ça, ça va être extrêmement performant.
Monde Numérique :
[
4:31] C'est ce qu'on appelle des modèles fondations, c'est ça ? Oui, exactement. Qui sont entraînés avec les données des entreprises.
Julien Grouès:
[
4:38] Parce qu'avant, on avait deux approches pour les entreprises. Soit vous créez votre propre modèle.
Monde Numérique :
[
4:42] Ça coûte très cher. Ce que certains essayent de faire et pas forcément avec bonheur.
Julien Grouès:
[
4:45] Non, ça coûte très cher.
Monde Numérique :
[
4:46] Ça coûte cher.
Julien Grouès:
[
4:47] Il faut les mettre à jour fréquemment. On voit déjà l'évolution de tous les modèles sur les dernières années. Si vous travaillez encore avec un modèle qui a trois ans, il n'y aura pas les mêmes performances que ceux d'aujourd'hui. Ou sinon, l'approche était de prendre un modèle existant, de le réentraîner un peu sur ses propres données. Et là, maintenant, on a combiné les deux.
Julien Grouès:
[
5:02] Et je pense que les résultats vont être vraiment impressionnants.
Monde Numérique :
[
5:04] Alors, malgré tout, et malgré toute l'énergie, la puissance financière que vous pouvez mettre là-dedans, ce n'était pas votre cœur de métier, initialement, de faire des modèles d'IA. Est-ce que, Est-ce que ce n'est pas risqué de vouloir trop en faire ?
Julien Grouès:
[
5:17] Alors moi, je pense que ça répond aux besoins des clients. Et dans ce domaine-là, il y aura plein de modèles qui vont réussir.
Julien Grouès:
[
5:23] Nous, ça permet d'offrir un modèle aux clients qui souhaitent les utiliser. Mais à côté de ça, on a annoncé aussi les nouveaux modèles Mistral qui sont disponibles sur Bedrock.
Monde Numérique :
[
5:32] Bedrock, c'est une espèce de place de marché interne sur laquelle on va trouver tous les modèles du marché.
Julien Grouès:
[
5:38] Oui, c'est une plateforme de développement d'applications à base d'IA dans laquelle vous choisissez les modèles que vous allez utiliser. La plupart des entreprises qui utilisent Bedrock, et c'est un de nos services les plus utilisés en ce moment, choisissent et utilisent différents modèles en fonction de leur cas d'usage.
Monde Numérique :
[
5:53] C'est des modèles open source ?
Julien Grouès:
[
5:54] Alors, il y a des modèles open source et d'autres qui ne le sont pas. Par exemple, ceux d'Entropic ne sont pas open source. Donc, ça permet de choisir les modèles les plus adaptés. Ça permet aussi de les comparer et tout ça de manière sécurisée et d'opérer ces modèles dans son propre environnement cloud parce que la sécurité est primordiale, comme toujours. Donc, vous déployez Bedrock dans votre environnement cloud à vous. Tout ce qui s'y passe, ça reste chez vous. C'est vos données, vos comptes, vos modèles, vos résultats. Et rien retourne sur Internet. Et c'est ça que cherchent les entreprises.
Monde Numérique :
[
6:22] L'autre mot-clé, c'est agent. Les fameux agents, l'IA agentique. Votre PDG, Matt Garman, a parlé d'une société à venir avec des milliers, un milliard d'agents. Ça veut dire quoi, concrètement ?
Julien Grouès:
[
6:39] En fait, on voit aujourd'hui que tout ce qui est IA agentique arrive à l'échelle, arrive à maturité, alors que ce sont des technologies quand même assez récentes. Mais on voit les entreprises qui déploient des agents. Alors, on a trois grands cas d'usage aujourd'hui dans le déploiement des agents. Le premier, c'est les call centers et la transformation de l'expérience client. On l'a vu avec des exemples comme Lyft, qui utilise des agents pour gérer les relations avec les chauffeurs. Donc, Lyft, service type Uber aux États-Unis. Et donc ça, on est sur la transformation du call center, où effectivement, c'est assez envisageable que des agents répondent à des questions des clients.
Monde Numérique :
[
7:17] Les agences, c'est-à-dire, pardon, excusez-moi de vous interrompre, mais c'est-à-dire qu'avant l'IA, elle se contentait de nous conseiller, les agences, c'est l'IA qui fait elle-même le boulot.
Julien Grouès:
[
7:23] En fait. Donc, elle est capable d'analyser, de prendre des actions, et ça, dans la durée, en gardant la mémoire de ce qui s'est passé. Donc, ça permet d'avancer sur des tâches. Donc, c'est pour ça que dans un call center, ça fonctionne. L'autre, et c'est surtout là où on a eu beaucoup d'annonces cette semaine, c'est autour du développement logiciel. Donc là, les agents qui aident à transformer le code et arrivent à les moderniser, qui gèrent la sécurité, qui gèrent le pen test. Aujourd'hui, on a l'agent qui s'appelle Kiro, qui est absolument fantastique, qui permet de développer des applications à partir des specs. On a les agents de sécurité qui permettent de tester, les agents de DevOps qui permettent de s'assurer que ça fonctionne. Donc aujourd'hui...
Monde Numérique :
[
8:03] De vrais ingénieurs virtuels.
Julien Grouès:
[
8:04] En fait. Des ingénieurs virtuels qui sont toujours en veille. Qui accompagnent, qui sont en veille, qui peut faire des tâches sur plusieurs jours, sur plusieurs semaines, sur plusieurs mois et qui accompagne. Et donc, on voit cette transformation. Et ce qui m'a frappé, moi, dans toutes les annonces aujourd'hui, c'est comment déjà ces technologies sont utilisées par les entreprises. Elles en tirent de la valeur. Adjun Core, qui est la plateforme sur laquelle les entreprises développent les agents pour les gérer. Parce qu'encore une fois, il faut mettre la gouvernance, la sécurité en place. Tout ça, c'est fait avec Adjuncore. Aujourd'hui, c'est plus d'un million d'utilisateurs déjà.
Monde Numérique :
[
8:34] Alors, ça fait rêver. En même temps, qu'est-ce que vous répondez aux entreprises qui disent « Oui, mais bon, moi, l'IA générative, on a fait une tête comme ça. » Il y avait un article dans Les Echos il y a quelques jours qui disait qu'après avoir dépensé beaucoup d'argent, un certain nombre d'entreprises se disaient « Mais je ne vois pas le retour sur investissement.
Julien Grouès:
[
8:51] » Alors, il ne faut pas se tromper dans l'approche du déploiement de l'IA générative. Il faut, quand on part du problème en se disant, tiens, j'ai l'IA générative, je vais essayer de l'appliquer, ça ne marche pas. Ce qu'il faut, c'est dire, voilà les problèmes que j'ai, voilà mes cas d'usage. Quels sont les cas d'usage sur lesquels je peux appliquer l'IA générative et avoir de la valeur ? Les entreprises qui le déploient et qui le déploient correctement voient une amélioration, une augmentation de leur chiffre d'affaires et de leurs bénéfices aux alentours de 7-10% d'après les dernières études que nous avons faites. Mais pour ça, il faut le faire correctement. Donc, il faut partir du problème et trouver la solution. Ce n'est pas parce qu'on a un marteau que tout est incroyable. Par contre, on peut, en repartant des problèmes, on voit les cas d'usage qui ont été démontrés ici. Les exemples sont absolument fantastiques, que ce soit Visa, Adobe ou ces entreprises qui témoignent de comment elles l'utilisent, il y a de la valeur à aller chercher, mais il faut partir des problèmes et leur apporter des solutions via l'IA.
Monde Numérique :
[
9:46] Autre point un peu d'inquiétude par moment, l'éternelle question de la souveraineté numérique. Vous offrez une batterie d'outils aux entreprises, etc. Mais vous savez aussi bien que moi que vu de France, c'est schizophrénique comme position. C'est-à-dire qu'on a envie, évidemment, d'utiliser tout ça. Et puis, en même temps, il y a une espèce de crainte par rapport aux plateformes américaines. Une crainte qui se traduit même avec des conséquences, puisque l'Union européenne a ouvert une enquête concernant AWS et Microsoft qui pourrait vous placer sous le régime du DMA. Donc, ça vous imposera des contraintes supplémentaires, toujours pour essayer de protéger un peu la concurrence européenne et les intérêts européens. Comment est-ce que vous répondez à cette problématique, ces inquiétudes par rapport à la souveraineté numérique. Je suis une start-up française. Il est légitime aussi que je me demande si j'ai tout intérêt à aller directement chez Amazon ou à trouver un autre acteur plus européen ?
Julien Grouès:
[
10:41] Alors, les objectifs des start-up aujourd'hui, c'est de se créer, de se développer, d'aller très vite.
Monde Numérique :
[
10:47] La start-up n'est pas forcément le bon exemple. Ce serait plutôt le problème pour les grosses entreprises.
Julien Grouès:
[
10:50] Alors, je termine sur la start-up quand même parce que c'est intéressant, parce que ça répond aussi au sujet des entreprises. Je développe et je veux me déployer mondialement. Et donc, les entreprises, les start-up, elles ne sont pas spécifiquement dans un pays. ce qu'elles veulent, c'est se déployer extrêmement rapidement et donc l'utilisation de la technologie du cloud d'AWS, ça les aide. Nous, Moi, je suis persuadé que pour que les entreprises françaises soient souveraines, elles doivent être performantes. Pour être performantes, elles doivent avoir accès au meilleur de la technologie, au meilleur prix, mais elles doivent le faire en conscience et en confiance. Et nous, notre approche, c'est d'offrir aux entreprises la souveraineté parce que c'est elles qui choisissent leurs données, où est-ce qu'elles sont stockées, qui est-ce qui a accès. Nous, on n'a pas accès aux données de nos clients, on ne sait pas ce que font nos clients.
Monde Numérique :
[
11:33] Oui, mais vous restez un acteur américain. On sait qu'il y a le clair d'actes.
Julien Grouès:
[
11:36] On est effectivement une entreprise américaine, mais le Cloud Act, les données qu'un client nous fournit et qu'il stocke chez nous, il choisit dans quelle région il veut la stocker ou quel data center, par exemple en France ou en Allemagne. Les données sont chiffrées. Nous, on n'a pas accès aux clés de chiffrement de nos clients, donc ces données seraient inutilisables. Et grâce à une technologie qui s'appelle Nitro, qui est une carte physique qui est dans nos serveurs, même nos administrateurs systèmes n'ont pas accès aux données de nos clients. Donc, on considère que le design de nos infrastructures est souverain, mais en plus de ça, on lance en décembre, donc ce mois-ci, dans les jours qui viennent, une nouvelle région qu'on appelle le European Sovereign Cloud, qui est un ensemble de data centers en Europe, dans une entreprise européenne qui est filiale d'AWS, qui est gérée par des Européens et des employés européens, qui est déconnectée de nos autres régions et qui permet à nos clients qui ont vraiment besoin d'aller au-delà de ce qu'on offre normalement. Ça leur permet d'avoir cette région European Sovereign Cloud en Europe.
Monde Numérique :
[
12:34] Donc ça veut dire qu'on peut bénéficier des technologies de la WS, mais en coupant le cordon obélicat avec les États-Unis ?
Julien Grouès:
[
12:40] Exactement.
Monde Numérique :
[
12:41] Il est complètement coupé, la justice américaine ne peut pas les mettre son nez là-dedans pour une raison ou pour une honte ?
Julien Grouès:
[
12:46] Non, parce qu'elle est gérée par des employés européens, sous contrat européen, qui doivent répondre aux lois européennes, et donc nos employés auraient des vrais problèmes.
Monde Numérique :
[
12:56] Julien Groès, dernière question. Comment vous voyez 2026 avec des étoiles plein les yeux ?
Julien Grouès:
[
13:01] Je pense que ça va être encore une année incroyable. Je pense que les entreprises françaises, on a beaucoup de chance parce que nos startups en France sont les plus grosses utilisatrices d'IA en Europe. Donc, elles sont vraiment avec un leadership sur l'utilisation de l'IA qui dépasse tout ce qu'on aurait pu attendre. Et donc, bravo à toutes nos startups françaises. Par contre, l'opposé, c'est que les grandes entreprises, elles sont plutôt en retard. Mais comme toujours, on prend un peu plus de temps, ça va accélérer. Je pense que en 2026, on va encore voir une accélération de l'adoption de ces technologies dans les grandes entreprises, puis aussi dans les plus petites, qui, elles, ont besoin de se transformer également. Donc, ça va être une belle année 2026.
Monde Numérique :
[
13:38] Merci beaucoup, Julien Groès, CEO de AWS France et Europe du Sud. Nous étions ici à Las Vegas, au cœur de l'événement ReInvent 2025.
Julien Grouès:
[
13:47] Merci d'être là.