Jean-Louis Constanza:
[
0:01] Il a dit, on va faire un robot humanoïde. L'innovation, c'est super difficile. Ces robots vont créer ou remplacer des emplois. Je dis bien créer et remplacer. Il n'y a pas de leader technologique européen. Dario Amodei, Sam Altman et d'autres, ils ont un truc à vendre, tous. Je les trouve trop péremptoires pour être crédibles.
Monde Numérique :
[
0:23] Ils ou elles sont ingénieurs, entrepreneurs, inventeurs. Quel est leur parcours ? Quelles sont leurs motivations et quel est leur regard sur l'innovation technologique ? C'est l'objet de cette émission et bienvenue dans ce nouveau numéro d'Innovateur, un format long de monde numérique disponible en audio et en vidéo. Et mon invité du jour est un innovateur. Il est entrepreneur, manager, il a plein de casquettes. Salut Jean-Louis Constanza.
Jean-Louis Constanza:
[
0:46] Bonjour.
Monde Numérique :
[
0:47] Co-fondateur de la société Wandercraft. Wandercraft qui est l'une des rares pépites startup européennes qui fabrique des robots, robots humanoïdes. Au départ exosquelettes et aujourd'hui robots, c'est bien ça ?
Jean-Louis Constanza:
[
1:01] Oui, c'est exactement ça. En fait, nous avons commencé à faire des exosquelettes parce que parmi les trois cofondateurs, on est deux, Nicolas, Simon et moi-même, avec lui, son frère et moi, mon fils Oscar, qui ne marchent pas, qui ont perdu la marche. D'ailleurs, avec la même pathologie génétique.
Monde Numérique :
[
1:18] Tu vas justement nous raconter ça parce que c'est un élément très important
Monde Numérique :
[
1:22] dans la création de Vendercraft, c'est ça. Mais avant, l'idée de cette émission, c'est aussi de faire un peu ton portrait, ton parcours pour comprendre ce qui motive les innovateurs comme toi. On va faire un petit flashback. Tu as commencé dans les télécoms, pas du tout dans les robots.
Jean-Louis Constanza:
[
1:40] Oui, même avant, j'ai commencé dans l'aéronautique. C'était il y a longtemps. temps. Et après, exactement, j'ai fait des télécoms, de l'Internet, du haut débit, du mobile, toute l'épopée des télécoms à partir de 1993-14. Les premiers navigateurs Internet.
Monde Numérique :
[
1:54] C'est là qu'on s'est connu pour te dire.
Jean-Louis Constanza:
[
1:55] Oui, le Minitel. À cette époque-là. Exactement.
Monde Numérique :
[
1:58] Notamment l'opérateur TEN, l'opérateur virtuel TEN, c'est ça ?
Jean-Louis Constanza:
[
2:02] Oui. Alors j'avais fait Télé 2 d'abord. J'avais contribué à faire Télé 2 en Europe, en Italie, en France, en Espagne, qui était un opérateur qui vendait de la voix et ça existait à l'époque. donc téléphone longue distance, puis de l'Internet, puis du mobile. Je suis sorti de Télé 2 pour faire un opérateur mobile qui était le premier opérateur mobile vraiment focalisé sur Internet. Donc, à l'époque, c'était les messageries, c'était MSN et le mail, etc. Juste avant l'iPhone et après l'iPhone. Et Orange a récupéré TEN très vite et m'a récupéré aussi puisque je suis allé chez Orange.
Monde Numérique :
[
2:39] Vous avez passé chez Orange ?
Jean-Louis Constanza:
[
2:40] Oui, faire de l'innovation chez Orange. C'était une bonne aventure. En fait, lorsque j'étais chez Orange, mon fils Oscar m'a dit, « Papa, tu es ingénieur en robotique. Pourquoi tu ne fais pas un robot ? », pour m'aider à marcher.
Monde Numérique :
[
2:57] Oscar ne peut pas marcher.
Jean-Louis Constanza:
[
2:59] Oui, voilà. Il m'a dit qu'il a perdu la marche très jeune. J'en savais assez. Effectivement, j'avais une formation en robotique, mais c'était il y a longtemps. Je savais juste assez pour savoir que la marche, c'était à l'époque, et ça reste une des choses les plus difficiles à faire en robotique. Il n'y avait pas encore Boston Dynamics, il n'y avait pas encore Wandercraft. La marche était un objet de laboratoire universitaire et de thèse. Mais pas de réalisation. Et j'ai rencontré Nicolas Simon, qui est le fondateur, un peu et beaucoup même visionnaire, technologique, scientifique, polymath, comme on dit en américain, c'est-à-dire qui connaît à peu près toutes les technologies. C'est en plus un formidable manager. Et je me suis dit, celui-là, il va y arriver. Donc, avec son ami Mathieu, qui sortait à l'Uosilix, qui est lui aussi un très bon roboticien, super leader, lui est chef, Nicolas est visionnaire technologique, et puis moi je m'occupe des humanoïdes j'ai fait plusieurs choses chez Wandercraft.
Monde Numérique :
[
4:02] Donc vous êtes trois associés ?
Jean-Louis Constanza:
[
4:04] Ouais, on est trois cofondateurs, on est 150 maintenant dans l'entreprise, on va être plus bientôt.
Monde Numérique :
[
4:09] Et ça se passe toujours bien entre vous trois ?
Jean-Louis Constanza:
[
4:12] Oui, c'est un des secrets de la réussite de Wandercraft, c'est qu'effectivement, les cofondateurs jouent ensemble. Quand on va jouer l'équipe de France de rugby, en fait, on a la même impression. C'est qu'on est arrivé à un point, on n'a pas trop besoin de se regarder pour passer le ballon et réussir des trucs.
Monde Numérique :
[
4:28] Toi, tu as un parcours de quoi au départ ? Scientifique, ingénieur ?
Jean-Louis Constanza:
[
4:33] Oui, je suis ingénieur en robotique, d'ailleurs, dans une école d'aéronautique qui s'appelait Supero. Et puis j'ai fait d'autres diplômes mais vraiment la rencontre de Nicolas a permis de faire émerger un exosquelette qui est le seul au monde à marcher de façon autonome et pourquoi ? Parce que l'idée de Nicolas dès le début c'était pas de dire on va faire une sorte de mécanique médicale qui fait bouger les jambes et qu'il faut stabiliser avec des béquilles etc il a dit on va faire un robot humanoïde auto-équilibré qui marche tout seul, et qui permet à la personne de parler avec la personne à qui dans la rue, de boire un verre avec quelqu'un sans penser, en fait, qu'il a un robot autour de lui.
Monde Numérique :
[
5:11] C'est ça qu'il faut bien comprendre. C'est-à-dire qu'en fait, il y a pas mal d'exosquelettes qui sont des outils qui amplifient les mouvements, qui les accompagnent, etc.
Monde Numérique :
[
5:19] Mais vous, c'est vraiment un truc qui est quasiment autonome, qui est autorisé.
Jean-Louis Constanza:
[
5:25] Voilà, qui se lève, qui marche, qui fait ce qu'on appelle la locomotion, en suivant les désirs de la personne, de façon très simple, et qui est arrivé après 12 ans. On a sorti un premier modèle qui sert aux hôpitaux, donc on est dans 150 hôpitaux dans le monde.
Monde Numérique :
[
5:38] Donc ça, il y a des hôpitaux dans le monde qui sont équipés. Il y a plein d'hôpitaux.
Jean-Louis Constanza:
[
5:40] C'est l'outil de référence maintenant pour soigner les gens qui ont un AVC, une laissure de la moelle épinière. Et en parallèle, on développait l'exoscalade personnel qui va aller dans la rue avec des gens. Et voilà, en prime, le coup est parti. Il est remboursé aux Etats-Unis alors qu'il n'existe pas encore. Il est remboursé plein tarif par Medicare.
Monde Numérique :
[
6:02] C'est fou ça.
Jean-Louis Constanza:
[
6:03] C'est étonnant, les Etats-Unis ou le pays où la santé est laissée de côté. Pendant ce cas-là, en tout cas, et pas toujours, en fait, Medicare a décidé qu'il y aurait tellement d'économies sur les coûts de la santé parce que les gens vont être en meilleure santé. Et ils ont fait une évaluation rapide, ils ont dit plutôt que de faire des analyses médicales pendant très longtemps et des études cliniques qui vont durer 5 ans, on va mettre ça sur le marché et on va mesurer en réel et j'attends avec impatience que les autorités européennes de santé, fassent la même chose parce que pour l'instant les exosquelettes on va les vendre aux US à partir de, alors je ne crois pas que je puisse le dire mais quand je dis très bientôt, les dernières fois qu'on s'est vus je t'ai dit ça se compte en années, après je t'ai dit ça se compte en mois et maintenant ça se compte en semaines, On va déployer EVE, c'est son nom, aux États-Unis pour les personnes dans une certaine catégorie de lésions médulaires, mais très large en fait. Et on espère vendre des dizaines, plus des centaines, plus des milliers de lèvres.
Monde Numérique :
[
7:00] Il n'y a pas d'équivalent de cet exosquelette ?
Jean-Louis Constanza:
[
7:02] Non, non, il est seul, oui.
Monde Numérique :
[
7:02] Vous êtes les seuls à faire ce type de produit ?
Jean-Louis Constanza:
[
7:04] En fait, il fallait que se rencontre une technologie robotique super avancée à l'époque où l'IA ne permettait pas encore de faire bouger des robots. Et des gens qui avaient vraiment une motivation très forte pour arriver à produire un objet aussi technologique pour un segment qui, finalement, ne concerne que quelques dizaines ou quelques millions de personnes dans le monde. Donc, c'était nous, forcément. Deux fondateurs avec leurs familles proches et des compétences qui matchaient. Mais là où Wandercraft a eu, je ne crois pas la chance, mais où la vision de Nicolas qui était de faire un robot humanoïde pour faire marcher les gens était tellement forte, c'est que quand on a sorti même notre premier exosquelette Atalante qui sert aux hôpitaux, on s'est dit, waouh, on est en 2021 et le premier robot humanoïde qui est sur le marché, qui est un produit commercial, c'est Atalante, c'était le nôtre.
Monde Numérique :
[
7:53] C'est un produit français.
Jean-Louis Constanza:
[
7:54] Un produit français et puis c'est vraiment un robot humanoïde, sauf qu'il n'y a pas les bras, il n'y a pas l'eau, il n'y a pas les bras, il n'y a pas la tête. Mais il y a les jambes et la plateforme. Et par rapport à ce qu'on voit aujourd'hui, et c'est un des points très forts de Kelvin, notre robot humanoïde, la plateforme est super forte. En ce sens que dans un exosquelette, on va emmener une personne de 50 kilos ou une personne de 110 kilos. Donc on peut emmener des charges très, très lourdes et très variables. Et un exosquelette, on a vraiment envie, et les régulateurs aussi, et les patients aussi, qui ne tombent pas. Donc on a une plateforme qui est très fiable. Si elle ne tombe en panne, elle tombe. Et qui est très stable. Donc elle est capable de porter des poids très lourds, elle est très fiable, et quand on arrive avec ce discours d'une plateforme qui a déjà 12 ans, qui a été éprouvée sur 50 millions de pas, avec 7000 patients, je crois, et qu'eux, ils pensent à leur vie en se disant « je n'ai pas intérêt à laisser tomber le truc que je suis en train de porter », on a un discours qui touche vraiment.
Monde Numérique :
[
8:53] On vous a vu pendant les Jeux Olympiques ? C'est ça ? Cérémonie d'ouverture ?
Jean-Louis Constanza:
[
8:59] Oui, et Thibaut, le frère du Nicolas pour les Jeux paralympiques. Kevin, notre pilote d'essai chez Wandercraft pour les Jeux olympiques. Kevin, qui est un sportif de haut niveau d'ailleurs, puisqu'il est tennisman au niveau national. Ont porté la flamme, donc des deux jeux. Et ça a fait, effectivement, on a pu voir Ève, l'exosquelette personnel a été vue par plus d'un milliard de personnes.
Monde Numérique :
[
9:21] Et Oscar, il l'utilise ?
Jean-Louis Constanza:
[
9:23] Et Oscar, il vient toutes les semaines marcher chez Wandercraft. Il va falloir que je trouve... Il n'est pas remboursé en France, donc je trouve le moyen de lui acheter un exosquelette, mais il faut mieux ça qu'une voiture. Puisque c'est en gros le même prix.
Monde Numérique :
[
9:36] Combien ça coûte, un produit comme ça ?
Jean-Louis Constanza:
[
9:38] Alors aux Etats-Unis, il est remboursé 94 000 dollars, donc le prix de vente, c'est 94 000 dollars. En Europe, en particulier parce qu'on va monter en volume aux Etats-Unis donc faire baisser les coûts. Et en particulier aussi grâce à notre accord avec Renaud, dont on parlera peut-être plus tard parce qu'il est important pour nous. On va baisser les coûts de façon à baisser les prix le plus vite possible et pouvoir le vendre moins cher que ça.
Monde Numérique :
[
10:03] Donc, robot humanoïde et puis, enfin, exosquelette et aujourd'hui, robot humanoïde qui occupe le plus clair de ton temps, je crois. Donc, Calvin 40, c'est comme ça qu'il s'appelait quand il était présent.
Jean-Louis Constanza:
[
10:17] Calvin 40, c'est le premier.
Monde Numérique :
[
10:18] C'est le premier, oui.
Jean-Louis Constanza:
[
10:18] Parce qu'on a voulu fêter le fait que... En fait, je remonte un peu dans l'histoire. Donc, on a cette idée de faire un robot humanoïde il y a trois ans. On commence à travailler dessus.
Monde Numérique :
[
10:28] Vous avez l'exosquelette et vous vous dites, on va aller vers l'humanoïde.
Jean-Louis Constanza:
[
10:31] C'est une plateforme à partir de laquelle on peut monter un humanoïde. Et il n'y avait pas encore... Tesla commençait à parler de l'humanoïde. Les Chinois bougeaient un petit peu. c'était vraiment l'émergence du marché, et puis on avance un peu et à ce moment-là Renault vient nous voir il y a deux ans à peu près en disant, en fait on a envie de maîtriser cette technologie c'était de la part de Renault c'était archi visionnaire personne ne pensait encore à ça mais la maîtrise de la technologie te permet déjà de te fournir toi-même c'est vrai à l'échelle d'une grande entreprise, Il ne faut pas toujours fabriquer un objet dont on a besoin quand on est dans une entreprise. Mais là, c'est tellement stratégique. Et c'est vrai à l'échelle d'une entreprise, et c'est vrai à l'échelle d'un pays ou d'un continent ou d'une union. Ceux qui n'auront pas de robots humanoïdes, qui n'auront pas la maîtrise de la technologie, la maîtrise de l'industrie, sont voués à être définitivement déclassés. Pourquoi ? Parce que ces robots vont créer ou remplacer des emplois. Je dis bien créer et remplacer. Et s'il faut payer 40 000 euros à une entreprise chinoise pour aller remplacer un emploi dont je n'ai plus le contrôle parce que ce n'est pas moi qui fais le robot. Donc, je ne peux pas dire ce que j'ai envie que le robot fasse. Je perds la contrôle de ma politique d'emploi et très largement de ma politique économique.
Monde Numérique :
[
11:42] Oui, mais on peut quand même... Par exemple, les robots humanoïdes chinois aujourd'hui sont exportés. On en fait venir en France des Unitary ou autres. Et on les prend comme ça, brutes, on prend la machine et puis on leur met le software qu'on veut à l'intérieur.
Jean-Louis Constanza:
[
11:55] Oui, alors il n'y a pas un robot qui marche ni qui marchera dans les douze mois qui viennent, selon ce schéma-là. En plus, les robots de unitriques, ils sont fabuleux, c'est une chouette boîte, ils ne portent pas des charges.
Monde Numérique :
[
12:06] Ils ne peuvent pas porter. Ils dansent bien, mais ils ne portent rien.
Jean-Louis Constanza:
[
12:08] Oui, parce qu'en fait, je reprends l'histoire de Calvin ? Ou tu veux qu'on continue dans cet axe ?
Monde Numérique :
[
12:17] Bon, alors, revenons à Calvin.
Jean-Louis Constanza:
[
12:18] Donc, l'histoire de Calvin, 40, parce qu'on l'a développé en 40 jours, ce qui prouve qu'on avait vraiment la plateforme. On a vraiment développé du 13 février de l'an dernier, 2025, à partir de Ève, qui est un exosquelette. Et 40 jours plus tard, on faisait la démonstration à Luca De Meo, qui était le président de Renault à l'époque. Et on portait des pneus. Et ils portaient 40 kilos. Donc 40, c'est à la fois les 40 jours et les 40 kilos. Et les 40 kilos, c'est vraiment important, parce que porter des charges lourdes en usine, c'est vraiment important. Pourquoi ? Les charges sont dimensionnées au maximum qu'un humain peut porter, selon la réglementation. C'est pareil pour les bagagères France, c'est 23 kilos. D'accord ? 23 ou 25 selon les pays. Et 25 kilos pendant 8 heures, plusieurs fois par minute, Je ne sais pas s'il y a un autre robot que Calvin sait le faire. Donc, c'est une perf, en fait. On est vraiment positionné en haut de gamme sur les robots costauds. Et donc, on a développé Calvin au fur et à mesure. Pour Renault, les différents cas d'usage chez Renault. Porter les pneus, porter des caisses.
Monde Numérique :
[
13:23] Ça y est, il est en activité.
Jean-Louis Constanza:
[
13:24] Et Renault a montré, le 10 mars, a montré une vidéo lors de son Investor Day, a montré une vidéo de Kelvin qui porte les pneus dans l'usine d'Odway en production et alors qui porte deux pneus à la fois, ce qu'un humain ne peut pas faire, ce qui permet de rattraper la cadence parce que le robot est un peu plus long que l'humain, mais comme on en prend deux à la fois, et c'est très spectaculaire parce que c'est deux pneus de 21 pouces qui pèsent 14 kg chacun, donc on a 28 kg, comme ça, 4 fois par minute, enfin 2 fois par minute dans notre cas, Et pendant huit heures d'affilée. C'est vraiment le travail du robot pour les prochaines années. Prendre un job dangereux, parce que les gens restent très peu dans ces jobs-là. Ils font mal au dos.
Monde Numérique :
[
14:07] Pénible.
Jean-Louis Constanza:
[
14:08] C'est super pénible, ce n'est pas drôle du tout. Que ce soit des pneus, des pièces métalliques, des caisses, etc. Prendre un job dangereux, pénible et améliorer au passage la productivité et ne plus avoir de risque humain dans les usines.
Monde Numérique :
[
14:22] Mais alors tu dis qu'il tient plusieurs heures, mais on sait qu'un robot, il faut lui changer ses batteries, enfin, il faut le recharger, il chauffe aussi. En fait, c'est une machine, c'est une machine.
Jean-Louis Constanza:
[
14:32] Oui, exactement, il chauffe, oui. Alors, changer les batteries, on ne le fait pas encore parce que ce n'est pas super utile, mais notre bloc batterie est devant ou derrière, d'ailleurs, le corps du robot. Et nos exosquelettes ont déjà des batteries soppables, c'est-à-dire on peut retirer la batterie, en mettre une autre. Et donc, il n'y a rien de plus simple, en fait, que de changer les batteries. Le robot change ses batteries, on lui change ses batteries. Parmi toutes les tâches que fait le robot, honnêtement, ça sera la plus simple. Et comme toujours, on le repousse dans le calendrier. Parce qu'on sait qu'il faut trois ingénieurs, trois mois, et on le fera le moment venu. Donc ça, les batteries ne sont vraiment pas un problème. Il y a d'autres questions de stratégie, de souveraineté, de contrôle de la chaîne de valeur. On peut en parler si tu veux. Oui. Et le robot chauffe, donc il faut effectivement, je ne vais pas encore dire quoi faire, mais il faut gérer cet échauffement des moteurs. Toutes les machines chauffent, donc toutes les machines ont un refroidissement, que ce soit un PC, un ventilateur, ou un refroidissement liquide, une voiture, un avion.
Monde Numérique :
[
15:39] On a vu lors de la course qui a eu lieu.
Jean-Louis Constanza:
[
15:41] Il n'y a pas longtemps.
Monde Numérique :
[
15:43] On leur met des glaçons dans le dos exactement pour refroidir. On n'y pense pas spontanément.
Jean-Louis Constanza:
[
15:48] Alors ça, c'est parce que c'est un marathon. On ne va pas s'amuser à mettre des glaçons dans le dos d'un robot industriel ou d'un robot qu'on aura à la maison. Il faut qu'il y ait un refroidissement et on sait comment faire, oui, bien sûr.
Monde Numérique :
[
15:57] Oui, mais ça, on ne le dit pas, c'est un secret de fabrication pour l'instant.
Jean-Louis Constanza:
[
16:00] Non, on ne le dit pas pour le moment. Je ne sais pas si c'est un secret de fabrication, mais en tout cas, c'est confidentiel. Voilà, donc on a développé Kelvin sur maintenant plusieurs tâches progressivement. La plateforme reste à peu près la même. On lui donne des préhenseurs. C'est le mot de jargon pour dire des mains, en fait, différents. Le plus simple possible. On n'est pas encore capable dans l'industrie, même si on voit plein de tests, d'utiliser en production toujours des mains dextres avec quatre ou cinq doigts qui prennent des petites pièces et qui font des choses pointues. Mais encore une fois, en production, il n'y a pas de robot. Et c'est la vidéo qu'a montrée Renault le 10 mars. C'est pour moi une des premières, la première que je vois d'un robot qui est sur une chaîne de production en train de produire des voitures.
Monde Numérique :
[
16:43] Mais alors ça y est, il est en service ?
Jean-Louis Constanza:
[
16:44] J'ai entendu dire que des concurrents produisaient des voitures. Je n'ai pas vu les vidéos. Et ils rentrent en service, oui, bien sûr, oui.
Monde Numérique :
[
16:51] D'accord.
Jean-Louis Constanza:
[
16:51] Et puis, on va en mettre… Alors, Renault a annoncé qu'ils allaient mettre 350 robots humanoïdes dans les 18 prochains mois sur leur chaîne. Le besoin chez Renault, à terme, se compte en milliers. Le besoin dans des grandes entreprises de logistique se compte en dizaines de milliers, rien qu'en Europe. Donc, on a, en Europe, des centaines de milliers de robots à fabriquer sur les tâches qu'on connaît déjà.
Monde Numérique :
[
17:12] Il y a d'autres secteurs industriels où il est implanté ?
Jean-Louis Constanza:
[
17:19] Où il est en test, oui, dans la logistique, beaucoup logistique, beaucoup équipementiers automobiles, et de plus en plus des industries diversifiées qui viennent nous voir et avec qui on prévoit de faire des tests. Dès qu'en fait, on a une tâche difficile de manipulation, enfin difficile parce que pénible, de manipulation relativement simple dans des chaînes ou dans des usines diversifiées.
Monde Numérique :
[
17:46] Donc en fait, votre robot, votre particularité, c'est vraiment d'avoir fait une baraque.
Jean-Louis Constanza:
[
17:51] Oui, c'est une baraque.
Monde Numérique :
[
17:52] Un truc qui peut porter, transporter, bouger, etc.
Jean-Louis Constanza:
[
17:57] Oui, c'est ça notre positionnement. C'est ça.
Monde Numérique :
[
17:58] Ce n'est pas le petit robot avec des petites mains délicates qui va porter le café ou autre.
Jean-Louis Constanza:
[
18:04] On m'a proposé de distribuer un robot chinois qui coûte cher et qui fait partie des robots les plus connus et qui porte 8 kilos. C'est son max.
Monde Numérique :
[
18:13] C'est son max.
Jean-Louis Constanza:
[
18:14] Oui, et il est pourtant très lourd et cher. Voilà, c'est l'héritage. En fait, c'est un tour magnifique de l'histoire que des personnes qui ne peuvent pas marcher retrouvent la marche grâce à une plateforme robotique qui évolue pour déjà aller chercher toutes les tâches dangereuses, etc. Et nous, notre point d'arrivée, c'est de servir à nouveau les personnes qui ne peuvent pas marcher, parce que souvent, elles ne peuvent pas aussi faire des tâches à la maison, au travail, etc. Et elles ont besoin d'aidants, des aidants, 3 heures, 4 heures d'aidants, pour toutes les personnes tétraparaitiques, par exemple, qui ont les bras faibles. Mais toutes les personnes âgées qui sont encore en forme, mais qui perdent de l'autonomie parce qu'elles deviennent faibles des mains et des bras.
Jean-Louis Constanza:
[
18:58] Et donc, elles ont du mal à faire la cuisine, à porter leurs courses, à utiliser la douche, etc. Et ça, c'est, pour le coup, un marché colossal. Une centaine de millions de robots à faire entre l'Europe et les Etats-Unis seulement. Centaines de millions. Très difficile à faire. On en est encore très loin.
Monde Numérique :
[
19:16] C'est quoi la difficulté ? Qu'est-ce qui est le plus délicat ?
Jean-Louis Constanza:
[
19:19] Je vois deux choses. Pour être utile à la maison, un robot doit être fort. Parce qu'un jour, on va lui demander de bouger le frigo, de porter les courses. Mais surtout de soulever un humain. Pour aider une personne âgée à sortir de sa douche, à sortir de son bain, à se lever, quelqu'un à se lever de son lit, à transférer sur son fauteuil roulant. Il faut à peu près la force d'un humain. Et on n'y est pas encore, même nous. Oui, parce que 40 kilos.
Monde Numérique :
[
19:43] C'est bien.
Jean-Louis Constanza:
[
19:44] Alors qu'on imagine à la maison un robot plutôt fin. Donc, comment on fait un robot qui peut porter 70-70 kilos en étant fin ? Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est la sécurité. À ma connaissance encore, on est les premiers chez Wondercrath à faire une solution de sécurité certifiée. C'est-à-dire qu'il y a vraiment le droit d'opérer dans une usine c'est pas simplement une caméra avec un réseau neuronal qui analyse une scène et qui dit il y a un humain je vais m'arrêter, ça c'est pas certifié ça passe par les normes et les certifications.
Monde Numérique :
[
20:12] Et le vôtre il.
Jean-Louis Constanza:
[
20:13] Peut pas faire de.
Monde Numérique :
[
20:14] Mal à un humain.
Jean-Louis Constanza:
[
20:15] ? Nous on le fait il s'arrête quand il y a un humain et on le fait, alors là c'est un des apports du partenariat avec Renault, ils connaissent leur processus de fabrication comme personne, ils savent comment sécuriser un processus donc on a travaillé avec eux, très rapidement on a mis en place une chaîne de sécurité certifiée pour arrêter le robot quand il y a un humain. Mais là, à la maison, c'est plus compliqué parce que l'humain, il surgit de la droite, le chat passe par la gauche, il y a un berceau un peu devant, si le robot se retourne, il va casser une fenêtre et assurer la sécurité dans un environnement aussi complexe qu'un domicile, ça va prendre au moins entre 3 et 4 ans.
Monde Numérique :
[
20:50] Donc c'est ça qui fait que les robots humanoïdes à la maison, ça reste encore complètement du fantasme, malgré tout ce qu'on voit, toutes les vidéos attractives.
Jean-Louis Constanza:
[
20:58] Comment les faire. On sait comment les faire. C'est juste qu'il y a un chemin de développement. Ce n'est pas un fantasme au sens que...
Monde Numérique :
[
21:04] Non, mais sur le temps qui reste à...
Jean-Louis Constanza:
[
21:07] Mais ce n'est pas cette année.
Monde Numérique :
[
21:09] Mais il faut encore du temps.
Jean-Louis Constanza:
[
21:10] Ce n'est pas cette année.
Monde Numérique :
[
21:11] Tu dis combien ? Quelques années ?
Jean-Louis Constanza:
[
21:13] 3-4 ans.
Monde Numérique :
[
21:14] 3-4 ans.
Jean-Louis Constanza:
[
21:14] Oui, pour commencer à faire des tests sérieux avec des machines crédibles.
Monde Numérique :
[
21:18] C'est optimiste parce que moi, j'ai entendu parler de 5 ans, 10 ans, même plus tôt.
Jean-Louis Constanza:
[
21:22] C'est assez difficile de prévoir. Mais ce que je sais, en revanche, c'est que, Chez Wandercraft, notre devise un petit peu, c'est fais ce que tu n'arrives pas à faire. Do what you can't do. Vendre un robot domestique qui coûtera quand même entre 20 000, 30 000, 40 000 euros pour passer l'aspirateur chez moi et faire ma cuisine, ok, c'est sympa, mais c'est quand même énormément d'argent pour faire un truc que je fais déjà. Pour Thibaut, Oscar et ma maman, en revanche, c'est des tâches qu'ils ne peuvent lui faire. Là, ça a une énorme valeur. Et les aidants humains, la démographie est telle qu'ils sont en train de disparaître. Ce n'est pas qu'on veut les remplacer. Ils font très bien leur boulot. C'est un boulot pénible, difficile, mais il n'y en a plus. Et il n'y en aura plus. Parce que les personnes âgées augmentent. La démographie, c'est un mur dans lequel on est rentré. On n'arrive pas dans le mur. On tape dans le mur de la démographie. On perd des ouvriers dans les usines. Il y a, rien qu'en Europe, 5 millions d'emplois non pourvus en usine. Et le chiffre augmente d'un million tous les ans, trimestres. Donc, on est dedans. Et je ne vois pas comment on va aider les personnes à autonomie réduite, dans mon jargon, sans robot. Je ne vois pas.
Monde Numérique :
[
22:33] C'est un peu la même problématique que l'intelligence artificielle. C'est-à-dire qu'on dit que ça va remplacer. Mais en fait, c'est surtout que ça va combler des manques. L'IA qui joue au docteur, vu comment évolue le système de soins, y compris dans des pays comme la France et autres, que ça va devenir une nécessité d'avoir une IA qui sait répondre à des questions médicales, qui sait répondre à des questions juridiques, etc.
Jean-Louis Constanza:
[
23:00] C'est vraiment une grande question. On essaye en ce moment de développer un modèle économique. On va travailler avec des économistes là-dessus pour répondre un peu hors idéologie et hors fantasme, justement, sur ces questions. Mais absolument fondamentales. C'est probablement la question la plus importante du siècle, avec le climat. C'est, Qu'est-ce qui va se passer avec les robots ? Est-ce que... On a dit il y a cinq ans, et je suis très neutre dans la question tant qu'on n'a pas vraiment travaillé les modèles économiques. On a dit il y a cinq ans, voilà, l'IA analyse une radio beaucoup mieux qu'un radiologue. Donc, il n'y aura plus de radiologue dans cinq ans. Et là, il y a plus de radiologue qu'il y a cinq ans.
Monde Numérique :
[
23:36] Oui, c'est fou, ça.
Jean-Louis Constanza:
[
23:38] On a dit, il y a deux ans, on a commencé à dire, l'IA va tuer les métiers juridiques parce qu'elle est incroyablement rapide et compétente. Il y a plus de juristes, même aux États-Unis, où ils vont beaucoup plus vite que nous dans l'intégration de l'IA dans les entreprises ? Donc, la réponse n'est pas si simple. Je ne suis pas en train de dire qu'elle est fausse. Je ne suis pas en train de dire les robots vont remplacer les humains ou les robots ne vont pas remplacer les humains, mais créer d'autres métiers, etc. Je dis, il faut vraiment réfléchir à cette question rapidement parce que si, et de toute façon, la réponse apportera un risque pour les organisations des États et des pays et de nos économies, c'est certain, il va falloir faire des choses. Que si on ne les fait pas, on va vers des crises économiques, sociales et géopolitiques graves. En fait, géopolitique, pourquoi ? Parce que si on ne fait pas de robots en Europe, le fait d'acheter nos robots en Chine et aux États-Unis posera encore plus de problèmes que d'acheter du pétrole dans des pays non européens. Et on voit que beaucoup de guerres se déclenchent à cause du pétrole. Le fait qu'une nation étrangère puisse interrompre le flux des pièces détachées ou arrêter tes usines à distance, oui, c'est une menace colossale.
Jean-Louis Constanza:
[
24:43] Donc, il y a un aspect géopolitique, il y a un aspect social, il y a un aspect économique. Et puis, il y a un aspect fondamentalement qui est que si on réalise ce paradis du robot qui va se mettre à fabriquer plein de choses pour beaucoup moins cher, tout en respectant les ressources de la planète.
Monde Numérique :
[
24:58] Oui, c'est Elon Musk, l'ère de la profusion.
Jean-Louis Constanza:
[
25:01] Alors, il y a deux questions qui sont sans réponse. C'est comment tous les gens, puisque le robot travaille pour pas cher, il y a des gens qui ne font plus ce travail là. On les paye à quoi ? Comment est-ce qu'ils gagnent leur argent ? Et deuxièmement, qu'est-ce qu'on va faire de tout ce temps libre incroyable ? L'histoire montre que...
Monde Numérique :
[
25:20] On va concevoir d'autres robots.
Jean-Louis Constanza:
[
25:21] Oui, mais l'histoire montre que, dans la masse, nous, je ne dis pas les gens, je dis nous, parce que je suis le premier concerné, on va plutôt se mettre devant Netflix ou la version IA de GTA.
Monde Numérique :
[
25:35] Plutôt que de se mettre à la peinture comme Picasso.
Jean-Louis Constanza:
[
25:37] Plutôt que de se mettre à la peinture, à faire de la musique, à aller à la pêche et à parcourir les forêts. Et ça, c'est une... Évidemment, c'est une potentialité. Donc, voilà. L'ensemble de ces facteurs, en tout cas sur le plan économique, après les aspects philosophiques, on les laissera à des philosophes, mais doit être analysé rapidement. Je pense que ce n'est pas si compliqué que ça, analyser, de faire des hypothèses pour que les administrations, les États, les partis politiques, tout ce que tu veux, prennent en compte cette révolution auprès de laquelle
Jean-Louis Constanza:
[
26:07] l'imprimerie, ça sera juste un petit chaos sur la route.
Monde Numérique :
[
26:09] Mais est-ce que tu as l'impression que cette réalité est prise en compte aujourd'hui ?
Jean-Louis Constanza:
[
26:13] Non, pas du tout. Ce n'est pas une découverte. Elle n'est même pas comprise et elle n'est même pas connue.
Monde Numérique :
[
26:19] Vous, vous vous sentez soutenu, reconnu, encouragé chez Wandercraft ?
Jean-Louis Constanza:
[
26:24] Avec les moyens qu'a le pays, notre pays, la France, pas mal.
Monde Numérique :
[
26:29] Pas mal ?
Jean-Louis Constanza:
[
26:29] Oui. BPI France a été là à tous les carrefours, donc avec des aides qui étaient relativement petites sur le plan financier, mais qui nous ont permis de franchir des étapes clés. En plus, ils sont rentrés à notre capital. Et avoir à son capital un opérateur qui est depuis 12 ans avec nous, ça fait un témoin de moralité. Donc, quand un investisseur vient, il dit « Ah, quand même ! » Ils ont dû délivrer des résultats. C'est des gens qui doivent faire ce qu'ils disent, puisque BPI est toujours là. Donc, BPI est précieux. On attend un certain nombre de décisions. Mais il faut avoir des instances édatiques pour nous apporter un petit peu d'aide. En même temps, une entreprise va vivre des aides d'État. Ça, c'est mortel. Il ne faut surtout pas ça. Mais il faut faire venir des investisseurs
Jean-Louis Constanza:
[
27:13] sur la base de ce que peut apporter. Le problème, c'est qu'en France et en Europe, on a une ambition qui est très réduite et que là où des Américains vont mettre 500 millions ou 1 milliard dans une entreprise nous on va mettre 10 fois moins oui, Le résultat de ça, c'est que la tech européenne a raté tous ces virages depuis 40 ans. Tous. Mais tous. On a raté tous les virages technologiques.
Monde Numérique :
[
27:33] On continue.
Jean-Louis Constanza:
[
27:34] À part Mistral et peut-être Wundercraft.
Monde Numérique :
[
27:37] Et Mistral, ce n'est pas gagné en plus.
Jean-Louis Constanza:
[
27:38] Non, et Wundercraft non plus. Mais en fait, on est au niveau. On est dans la course, en fait. Il n'y a pas de leader technologique européen. Il y a ASML et SAP. Si tu retires ASML et SAP, l'ensemble de la technologie européenne, toute la technologie européenne, high tech, vaut 50 fois moins que les 8 premiers américains. 50 fois moins. Donc, on n'est pas là. La robotique, c'est un, il y en a peut-être deux ou trois autres, peut-être qu'il y a la fusion, peut-être qu'il y a l'espace, mais même dans ces deux domaines, je ne suis pas sûr que les moyens soient à l'auteur. La robotique, c'est le dernier train parce qu'après, les robots vont fabriquer les trucs.
Monde Numérique :
[
28:13] Oui, c'est ça. Il y a des équivalents de vos robots ailleurs en Europe, dans d'autres pays d'Europe ?
Jean-Louis Constanza:
[
28:21] Alors, il y a une entreprise au Royaume-Uni qui s'appelle Humanoid, par exemple, des anciennes Google qui n'ont pas tout notre historique et toute notre plateforme, notre expérience de hardware en fait, et du software intermédiaire qui contrôle le hardware, Et puis, voilà, c'est assez désertique, en fait. Donc, on a quelques champions. Il y en a peut-être un en Allemagne, il y en a peut-être un en Italie en émergence.
Monde Numérique :
[
28:45] Tu dis peut-être, c'est-à-dire qu'en fait.
Jean-Louis Constanza:
[
28:46] Il n'y a pas de... Ils sont encore très jeunes, donc il n'y a pas encore de
Jean-Louis Constanza:
[
28:48] déploiement. Nous, on a la chance d'avoir déployé des outils. Et maintenant, on déploie des robots. Déployer, c'est vraiment le terme clé. Si on veut les données, tout le monde dit les données, c'est génial. Si on veut des données, il faut avoir déployé un robot dans une usine ou dans un lieu de production, quel qu'il soit.
Monde Numérique :
[
29:03] Pour qu'il apprenne, qu'il sache faire ce qu'il a à faire.
Jean-Louis Constanza:
[
29:05] Les autres données, elles valent dix fois moins. Parce que c'est des données synthétiques qu'on met dans un simulateur. C'est des données, on nous fait imiter la tâche par un humain. Mais quand on met le robot qui est formé comme ça, qui a été entraîné comme ça devant une tâche, il y a encore des mois de travail. Donc ça ne suffit pas, on ne peut pas avoir des mois de travail. Quand on ouvre la boîte du robot, il doit dire, tiens, c'est un pneu, je vais le porter. Et c'est ça sur quoi on pense être assez en avance dans un certain nombre de tâches, c'est qu'on est déjà déployé depuis un moment.
Monde Numérique :
[
29:34] Par contre, l'industrie européenne.
Jean-Louis Constanza:
[
29:35] Elle, tu vois, elle n'est pas en retard. Les clients, ils ont tout autant besoin de robots et ils sont tout autant là à nous appeler que les clients américains nous appellent. Donc, on est dans un cas où il y a un besoin super clair. Il y a une demande qui est très exigeante et qui sait exactement ce qu'elle veut, à commencer par Renault. Et qu'est-ce qui manque ? Des entreprises et du financement pour fournir.
Monde Numérique :
[
29:58] Et sur la donnée comment vous faites pour collecter générer cette donnée justement parce que tu dis chez Renault quand Calvin est arrivé il savait pas faire grand chose finalement.
Jean-Louis Constanza:
[
30:09] Il ne savait quand même pas trop mal porter son pneu. Il savait déjà porter un pneu. Calvin a commencé avec un pneu, donc c'est assez légendaire le pneu chez nous. C'est d'ailleurs la tâche que Renault a montrée lors de son Investor Day. On voit Calvin, on voit Thierry Charvet, qui est le patron de toute la production chez Renault, qui présente Calvin, qui dit d'ailleurs qu'il va acheter 350 robots de ce type, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour nous. Et Calvin, il ne prend pas le pneu un par un, il les prend deux par deux. C'est assez spectaculaire et ça montre bien que les robots vont pouvoir justement, porter deux caisses à la fois, faire des tâches plus lourdes encore que les humains et puis si le robot se casse.
Monde Numérique :
[
30:46] C'est vraiment pas grave. Mais pour passer des pneus aux caisses par exemple, là il faut qu'ils apprennent ?
Jean-Louis Constanza:
[
30:50] Oui, alors le temps d'apprentissage est de plus en plus court parce que les modèles sont de plus en plus intelligents donc nous on a un objectif de, ça va être du jargon mais de clusteriser des cas d'usage, c'est-à-dire que progressivement, on peut porter on ne peut pas porter une caisse, on peut porter toutes les caisses. Mon robot, il a appris à porter toutes les caisses. Donc, il sait reconnaître la caisse, savoir comment il va la prendre, comprendre très vite combien elle pèse, avant même de l'avoir vraiment soulevée, savoir où il doit la mettre, etc. Et à ce moment-là, on a ce graal qui va arriver dans quelques mois, du zéro day. C'est-à-dire, je n'ai pas six mois d'entraînement, quatre mois d'entraînement, trois mois d'entraînement. Et on va le faire cas d'usage, par cas d'usage, progressivement, en suivant les besoins des clients. en fait. Et on pense que c'est un des crédos qu'on a chez Onda Craft, c'est la généralisation, c'est-à-dire la capacité du robot à faire de plus en plus de tâches, voire toutes, parce qu'il devient très intelligent. J'aime pas trop les métaphores comme intelligence, etc. La généralisation va venir du déploiement, Et non pas, dans l'autre sens, que font beaucoup de nos concurrents, on va faire un robot général pour pouvoir le déployer.
Jean-Louis Constanza:
[
31:59] On croit beaucoup plus à l'apprentissage un peu darwinien, pas à pas, tâche après tâche, qui permet au robot d'avoir une capacité à généraliser d'ici quelques années.
Monde Numérique :
[
32:10] Bon alors, lâche-toi Jean-Louis, qu'est-ce que tu penses des robots américains ou chinois qu'on voit essentiellement en vidéo, qui, certains courent, d'autres portent le café, c'est quoi ? c'est de la com c'est du bullshit c'est super ils sont beaux ces robots ?
Jean-Louis Constanza:
[
32:32] C'est d'abord des entreprises qui ont du temps, Parce que, en fait, faire le marathon, à quoi ça sert ? Immédiatement, là, comme ça. Bien sûr, on montre qu'on a des capacités formidables, des compétences.
Monde Numérique :
[
32:46] À condition de ne pas s'écrouler sur la ligne de départ.
Jean-Louis Constanza:
[
32:49] Oui, mais bon, il y en a un qui est tombé, mais les autres, ils arrivent bien.
Monde Numérique :
[
32:51] Ils ne compuitent que les humains.
Jean-Louis Constanza:
[
32:52] Il faut leur mettre des glaçons dans le dos, mais c'est normal, c'est un peu de la performance.
Monde Numérique :
[
32:55] Oui, ils ont fait mieux que les humains. 50 minutes, je crois, pour un semi.
Jean-Louis Constanza:
[
32:59] Oui, ils ont 5 ou 6 minutes d'avance. Non, c'est très bien. Mais nous ça nous intéresse pas on a, si on a quelqu'un qui peut faire le marathon on va plutôt lui faire un nouveau cas d'usage dans une usine ou commencer à travailler sur le robot qui va aider les humains à la maison c'est je vois pas la priorité et ça ça va on pourrait dire oui mais ça fait avancer la performance, je suis pas sûr donc c'est quoi c'est.
Monde Numérique :
[
33:23] De la communication et de l'affichage.
Jean-Louis Constanza:
[
33:25] Ça peut être je sais pas et on a pas passé énormément de temps même à deviner pourquoi ça peut être quand même pour rechercher une meilleure performance sur les plateformes qu'ils utilisent. Généralement, c'est des plateformes plus légères et moins puissantes que les nôtres. Donc, ça ne se transvase pas vraiment. On ne va pas faire courir Calvin. C'est comme un marathonien. Il est fin. Il est puissant, fin et endurant. Nous, c'est un boxeur ou un catcheur. Donc, c'est un joueur de sumo presque. Donc, il va faire autre chose. C'est peut-être aussi comment attirer les meilleurs talents en faisant des trucs spectaculaires. Et en Chine en particulier, il doit y avoir certainement une course au talent. Et il y a beaucoup de boîtes de robotique, en fait. Il y en a vraiment beaucoup.
Monde Numérique :
[
34:05] Oui, il y a eu une impulsion gouvernementale.
Jean-Louis Constanza:
[
34:08] Voilà, l'État a financé plein de boîtes de robotique, mais il comprend que c'est les demi-finales maintenant. Ils ne vont pas tous rester.
Monde Numérique :
[
34:13] Non, bien sûr.
Jean-Louis Constanza:
[
34:14] Donc, il va y avoir un filtrage darwinien. Comment on reste ? Peut-être en attirant les meilleurs talents, peut-être en montrant des choses que l'État peut comprendre, une performance sportive extraordinaire, etc. Ça, c'est une hypothèse. Encore une fois, un robot qui recourt comme ça dans une usine, dans une usine à vitesse max, c'est un mètre par seconde. Donc, ça ne sert à rien parce qu'un objet qui va trop vite est dangereux. Alors, les carafourches peuvent aller plus vite, mais il y a des conditions de sécurité très draconiennes. Les véhicules automatiques aussi ont leur propre règlement. Mais aujourd'hui, un robot, il sera limité de toute façon à un mètre par seconde, qu'on atteint très facilement avec une performance de marge que nous, on fait déjà en labo. On va le transposer bientôt dans les robots quand c'est nécessaire c'est pas là qu'est le... rappelle-toi le 999 99,9% de taux de succès sur les tâches ça c'est important.
Monde Numérique :
[
35:04] C'est ça le plus important.
Jean-Louis Constanza:
[
35:05] Mais c'est ça bien sûr parce que si je laisse tomber un pneu Renault a une voiture de moins qui va sortir la perte est colossale on peut pas se permettre et puis la pièce qu'on porte elle va être abîmée elle va retourner enfin non, il faut être au moins aussi performant que l'humain et rappelle-toi encore que si on atteint pas ce niveau de performance c'est on oublie la maison parce qu'il y a 200 tâches par jour entre 200 et 1000 tâches par jour dans la maison combien de fois je vais laisser tomber un verre, Non, enfin, à la maison, on va être un sur un million.
Monde Numérique :
[
35:36] Mais est-ce que Calvin pourrait, oui, il pourrait du coup un jour faire son entrée dans un environnement domestique ?
Jean-Louis Constanza:
[
35:45] Alors oui, il n'a vraiment pas la tête de l'emploi.
Monde Numérique :
[
35:48] Il est trop costaud.
Jean-Louis Constanza:
[
35:50] Trop puissant, il n'est pas fait pour ça. Et pourtant, il faudra que le robot domestique, à mon avis, en tout cas, celui qui sera utile pour les gens, pour qui c'est vraiment utile, c'est-à-dire les personnes qui ont besoin d'aide à domicile, pas pour qui c'est du confort, il faudra qu'ils puissent les soulever. Donc, il faudra qu'ils puissent les soulever. Donc, il faut qu'ils soient forts et plus fins. Donc là, il y a un petit peu de boulot d'intégration mécanique, oui.
Monde Numérique :
[
36:16] À t'entendre, on a l'impression que, ok, du coup, la France, l'Europe est un peu en retard par rapport à tout ce qu'on peut voir aux États-Unis, en Chine. Mais en même temps, si on te suit, on est plus sur la bonne voie.
Jean-Louis Constanza:
[
36:30] Mais attends, regarde un truc très simple. Combien on a acheté de cartes Nvidia et on a investi sur OpenAI ? 600 milliards ? Ils en sont à combien de levées de fonds ? Des centaines de milliards. Anthropique, des dizaines de milliards. La richesse d'Apple, ou la valeur d'Apple, 4000 milliards, etc. Même OpenEA, ils passent les 1000 milliards de valeur. Là, on parle de centaines de millions. Aujourd'hui, l'industrie des robots, c'est l'automobile en 1905. C'est-à-dire qu'avec relativement peu d'argent et une ou deux centaines d'ingénieurs ont fait les meilleurs robots du monde. Enfin, on peut faire les meilleurs robots du monde. Donc, c'est un métier qui, paradoxalement, ne coûte pas très cher parce qu'il peut débuter par des tâches simples. OpenAI, ChatGPT, Claude, Mistral ne peuvent pas se contenter des tâches simples. Il faut qu'ils attaquent tout de suite les tâches sur lesquelles ils vont être comparés aux autres, benchmarkés. Et les benches, c'est des tâches compliquées. Donc, il faut aller à fond. Ils sont forcés de les entraîner sur des masses de données qu'on n'imaginait même pas, dans des data centers gigantesques, etc. Le robot, lui, Il commence en ce moment sur des tâches simples. Il va se déployer là-dessus. Et c'est là-dessus que les plateformes vont gagner leurs économies d'échelle, vont diminuer leurs coûts, vont peaufiner leur fiabilité. C'est très différent.
Monde Numérique :
[
37:56] Donc, ce n'est pas du tout les mêmes modèles.
Jean-Louis Constanza:
[
37:57] Ce n'est pas du tout les mêmes modèles, mais il faut quand même des centaines de millions d'euros. Ça, il est faux. Il faut les mettre. Et l'Europe n'a pas l'habitude, l'Europe en général, n'a pas l'habitude d'investir des centaines de millions d'euros là où il faut. C'est tragique à dire, mais ça n'a pas été le cas. Il faudrait décrypter pourquoi les entreprises comme par hasard n'existaient pas en Europe mais en tout cas si elles existaient elles n'ont pas été financées je pense à l'espace je pense que, alors il y en a maintenant, Dieu merci, mais pas assez tôt là les robots on est dans la course.
Monde Numérique :
[
38:28] Au moins nous t'as l'impression de prêcher dans le désert un peu parfois ou t'es face à des gens qui disent oui oui c'est bien les robots il.
Jean-Louis Constanza:
[
38:35] N'y a plus d'argent, ils font trouver mais il n'y en a plus quoi déjà Ce n'est pas une question de volonté.
Monde Numérique :
[
38:41] C'est du... Oui, il faut pouvoir...
Jean-Louis Constanza:
[
38:44] Ce n'est pas compliqué. Les fonds de capitalisme aux Etats-Unis sont 50 fois plus gros qu'en France. Pourquoi ? Parce que la retraite des dentistes californiens et des instituteurs du Wisconsin part en partie dans le capitalisme. Elle part dans les fonds d'investissement, dont une partie de ce capitalisme. Donc, il y a 50 fois plus d'argent. C'est assez simple. Logique.
Monde Numérique :
[
39:03] Mais si demain, des Américains investissent dans Vondercraft et vous...
Jean-Louis Constanza:
[
39:07] Et même beaucoup, On est assez cocorico chez Wondarkov.
Monde Numérique :
[
39:10] On parlait de souveraineté, bon là, c'est la fin de la souveraineté.
Jean-Louis Constanza:
[
39:13] On est assez souverain. On a un très bon investisseur américain qui a 6% du capital. Le reste, c'est très largement français et en tout cas européen. Si on ne trouve pas d'investisseur autre qu'américain, japonais ou chinois, demandez-vous ce qui s'est passé.
Monde Numérique :
[
39:32] Oui.
Monde Numérique :
[
39:38] Jean-Louis, on va passer un peu à une deuxième partie de cette émission, en laissant cette question-là en suspens. Pour prendre un peu de hauteur et évoquer ta vision de l'innovation au sens large, avec un petit questionnaire très basique, qu'est-ce que c'est que pour toi l'innovation ?
Jean-Louis Constanza:
[
39:57] L'innovation, c'est d'apporter aux gens quelque chose qui est très utile et qu'ils ne connaissaient pas, en gros, qu'ils n'ont jamais vu, et qui leur paraît magique. C'est pas de moi c'est de Arthur C. Clarke toute technologie suffisamment avancée n'est pas discernable de la magie et donc Richard Feynman a ajouté, toute technologie qu'on peut discerner facilement de la magie n'est pas suffisamment avancée c'est vrai qu'un écran d'iPhone au moment où il est arrivé c'était magique, un robot humanoïde qui fait une tâche dans une usine ouais ça pose plein de questions c'est un peu magique, le haut débit c'était un peu magique d'un seul coup on avait la télé sur le téléphone enfin c'était fou c'est ce qui surprend en fait, on ne comprend pas très bien comment c'est arrivé donc c'est l'innovation alors après il y a l'innovation qu'on appelle incrémentale qui est plus douce puis il y a l'innovation qu'on ne voit pas mais qui peut être magique dans des process de fabrication l'innovation du produit tu.
Monde Numérique :
[
40:57] As un exemple en tête.
Jean-Louis Constanza:
[
40:57] Mettre un robot humaniste dans une usine pour remplacer des tâches où les gens tombent malades au bout de 4 mois ça c'est de la magie et on ne la verra jamais. Il faut qu'entrer dans l'usine. Euh... Donc, il y a plusieurs éléments dans cette réponse. D'abord, c'est apporté à des gens. Il y a une vieille distinction entre l'invention et l'innovation. L'innovation, c'est super difficile. Ce n'est pas l'invention. C'est de faire de l'invention quelque chose qui est largement diffusé. C'est ça, l'innovation, qui change la vie des gens un petit peu, ou beaucoup. Donc, l'innovation, c'est ça. L'imprimerie, c'était magique. les gens qui savaient lire, qui étaient souvent des ecclésiastiques en 1465 quand ils avaient eu l'imprimerie ils ont vu des risques, ils n'ont pas vu les bons d'ailleurs ils ont vu, un truc il y a une lettre célèbre de quelqu'un qui ne sera pas plus tard et qui dit c'est génial on va pouvoir lire sans lunettes mais non, c'est génial sauf que ça va créer la réforme puisqu'on va imprimer des bibles et qui va casser ton histoire ton histoire à toi.
Monde Numérique :
[
42:03] Ça va provoquer le chaos.
Jean-Louis Constanza:
[
42:04] Donc c'est très difficile, deuxième caractéristique de l'innovation c'est très difficile de voir au travers. Elle arrive, même quand on est en train de la fabriquer, même Gutenberg, il n'avait pas vu ce qu'il allait faire. Et c'est très difficile de prédire ce qui va se passer. C'est pour ça que c'est très difficile de répondre à la question, de savoir si on aura plus d'emplois ou moins d'emplois.
Monde Numérique :
[
42:21] Voilà, exactement.
Jean-Louis Constanza:
[
42:22] Et ceux qui croient savoir, ceux qui croient savoir, ils se trompent, parce qu'ils ne peuvent pas le savoir. Il va se créer des usages, oui, ils en créent toujours, mais on ne sait pas, en fait, ce que ça va donner. Et c'est pour ça, je reviens sur cette histoire de modèles économiques de ce qui va se passer avec les robots, il faut prévoir des hypothèses et si possible, planifier pour la plus dangereuse. Au pire, ça va passer. Mais si ça ne passe pas, il faut vraiment se préparer.
Monde Numérique :
[
42:50] Est-ce que les gens comme toi qui font, qui innovent, qui sont au cœur de ces mouvements-là, sont les mieux placés pour envisager ce qui va se passer ? On a vu dans l'IA, par exemple, Dario Amodei, Sam Altman, etc., ont un discours très alarmiste en disant « ça va remplacer tant d'emplois, ça va faire ceci, ça va faire cela ». Et il y avait un post sur X il y a quelque temps de Yann Lequin, le français, qui dit mais ne croyez pas tous ces gens-là. Ils n'en savent rien. Croyez plutôt tel ou tel économiste, tel prospectiviste, etc. Qu'est-ce que tu en penses ?
Jean-Louis Constanza:
[
43:27] Je serais encore plus sévère que Yann Lequin. Je pense que Dario Amodei, Samal Tlan et d'autres, ils ont un truc à vendre tous. Et où ils ont des préjugés qu'ils ont créés. Je les trouve trop péremptoires pour être crédibles. Parce qu'encore une fois, beaucoup d'innovateurs, des grands innovateurs, n'ont pas prévu ce qui allait se passer. Et ils ont essayé. Donc, je ne suis pas sûr. Je suis certain des choses, c'est qu'essayer de prédire ce qui va se passer après l'innovation sans les gens qui la font, c'est juste une plaisanterie. Ça ne marchera pas. Simplement parce qu'on a même un bon économiste, même un économiste qui est dénué d'une idéologie qui lui donnerait des préjugés. Il y en a beaucoup encore qui sont des vrais scientifiques de l'économie pure. Il a besoin de connaître la roadmap. Il a besoin de savoir de quoi sera le robot.
Monde Numérique :
[
44:28] Oui, il a besoin d'avoir les mains.
Jean-Louis Constanza:
[
44:29] De quoi sera le robot à un instant T. Et il a besoin donc de le faire avec quelqu'un qui fait des robots et qui est capable de ne pas avoir quelque chose à vendre ce jour-là, au moins pour faire le modèle. Donc, qu'est-ce que le robot sera capable de faire ? À quel prix ? C'est les deux questions clés, en fait, qui vont déclencher les...
Monde Numérique :
[
44:50] Mais c'est ça qui permet de mesurer et d'envisager les impacts sur la société.
Jean-Louis Constanza:
[
44:54] Et pour moi, on ne pourra faire que des hypothèses. Parce qu'encore une fois, oui, on va créer des nouveaux emplois, c'est sûr. Mais est-ce qu'ils seront plus nombreux ou moins que ceux qu'on remplace ? Dans l'histoire, et ça, c'est un argument qu'on retrouve chez Elon Musk, etc., on a toujours créé plus d'emplois qu'on en remplacait. Il faut savoir que l'imprimerie a tué des millions d'emplois de scripteurs, des gens qui écrivaient des livres, qui les recopiaient. Et c'était la deuxième population active après les agriculteurs, des millions. Et à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de millions d'Européens. Mais immédiatement, ils se sont créés d'autres emplois, de scientifiques, d'auteurs, de professeurs à l'école, puisqu'ils ont besoin de livres pour enseigner, à lire ou à écrire, etc. Et effectivement, la création nette a été colossale. Est-ce que c'est une loi éternelle ? Est-ce que devant l'IA et les robots, elle va toujours marcher ? Il faut travailler avec des hypothèses, la plus grave, la moins grave, et s'outiller pour la plus grave. Je ne vois pas d'autres démarches. Je ne pense pas qu'on puisse prédire aujourd'hui ce qui va advenir de nos sociétés avec les robots. On peut prédire le risque max, le risque minimum, et s'armer. De préférence, pour le pire, c'est un peu plus responsable que d'espérer que ça va passer.
Monde Numérique :
[
46:16] Et ce qui est quand même sacrément problématique pour les entreprises, pour savoir dans quelle direction aller, et puis même pour les individus, et notamment pour les étudiants, pour se former. Je ne sais pas, des élèves ingénieurs aujourd'hui, ils commencent à se demander si ce qu'ils sont en train d'apprendre est réellement utile.
Jean-Louis Constanza:
[
46:35] Oui, ce n'est pas facile. Parce qu'évidemment, sur n'importe quel réseau social, il y a des centaines de postes par jour sur « voilà les métiers qui vont perdurer, voilà ceux qui ne vont pas perdurer ». Ok, super. On y croit. Il y a des métiers où c'est assez évident. On dit souvent le plombier. C'est vrai que le plombier, c'est assez compliqué. Faire un robot plombier, c'est compliqué parce qu'il faut suivre le tuyau dans le mur. Il y a plein de gestes. Il y a beaucoup de gestes différents et inventifs. Un plombier ou un dentiste, alors je ne veux pas du tout comparer, mes parents étaient dentistes, donc je suis très respectueux des dentistes, c'est des gestes un peu inventifs, on va créer une nouvelle petite méthode à chaque fois. Moi je suis très admiratif des plombiers. Oui, moi je suis très admiratif des dentistes, et ce sont des professions où on va créer des gestes nouveaux à chaque fois, parce que la situation est légèrement différente. Ça c'est pas facile pour le robot, donc peut-être oui dans 20 ans, mais pas maintenant.
Monde Numérique :
[
47:25] Mais même les développeurs aujourd'hui avec l'IA ont dit bon allez c'est fini, on n'a pas besoin de développeurs, et c'est complètement faux, c'est ce que tu disais tout à l'heure avec les les radiologues. Alors oui, on a l'impression qu'on n'a plus besoin à certains endroits, etc. Mais en fait, on en a encore besoin pour mener les projets à bien, pour corriger les IA. On fait travailler les IA et puis elles font des bêtises que les humains doivent corriger.
Jean-Louis Constanza:
[
47:47] Moi, je suis en train d'automatiser chez Evidemment, je suis en Accrafe, on utilise l'IA à fond, y compris dans le travail. Je suis en train d'automatiser toutes mes tâches que j'ai faites depuis cinq ans. Je les prends une par une et puis j'essaie de les passer au cri de l'IA et je bosse plutôt plus parce que, d'une part, je fais plus de choses. D'autre part, je monte d'un cran. Donc, ça me permet de me détacher un petit peu, de questionner les hypothèses. Et... Mais est-ce que c'est un cas général ? Honnêtement, ce n'est pas facile à prédire. La qualité des IA plafonne un peu.
Monde Numérique :
[
48:18] Je pense.
Jean-Louis Constanza:
[
48:19] Les langages modèles, les modèles de langage, donc les IA dont on parle en général, on entend plein de gens dire « ça y est, dans trois mois, c'est l'AGI, c'est l'intelligence générale, c'est-à-dire aussi intelligente qu'un humain.
Monde Numérique :
[
48:36] » « L'académie, mais elle est déjà là. » « D'autres disaient déjà là.
Jean-Louis Constanza:
[
48:39] » D'abord, cette histoire est complètement débile. C'est scandaleux de parler comme ça, parce qu'un humain, moi-même, le matin, quand je me réveille, mon QI est à 50. Et après, je peux avoir un éclair de génie. Et entre les humains, les intelligences sont très différentes. Les niveaux de l'intelligence, ça n'a aucun sens. Et ensuite, on essaie d'avoir des définitions pour l'intelligence générale. On s'en fiche. Ce qu'on veut, c'est d'avoir des robots utiles. Donc, ils vont avoir leur intelligence de robot. Est-ce qu'elle va converger avec celle de l'humain ? Est-ce que les gens qui parlent de ça, je crois qu'il y a une lequin qui dit ça aussi. Les gens qui parlent de ça utilisent des termes dont ils ne connaissent même pas le sens. Le robot doit avoir des émotions pour être intelligent. Alors déjà, on ne sait pas ce que c'est qu'une émotion chez nous. On ne sait pas du tout si un robot ne pourrait pas avoir des émotions ou un simulacre d'émotions. Et puis, on ne sait pas trop ce que veut dire intelligence et pourquoi on en aurait besoin. Parce que mon robot, il va aider à faire des tâches. Il ne va pas forcément avoir besoin d'être intelligent comme nous. J'aimerais bien qu'il soit intelligent comme un robot qui est utile.
Monde Numérique :
[
49:38] Alors justement, j'allais te demander, quelle qualité faut-il pour innover ? Mais j'ai plutôt envie de te demander, finalement pour toi, l'innovation c'est plutôt faire quelque chose parce que c'est possible, on va essayer de le faire, ou bien toujours partir du pourquoi et de la fonction ?
Jean-Louis Constanza:
[
49:54] J'ai longtemps réfléchi à cette question, mais je ne suis pas non plus un théoricien de l'innovation, ou en tout cas pas tout à fait. Et donc, je pense que l'innovation part souvent d'endroits différents. Il y a celui qui a un besoin et qui se trouve être au bon endroit. Typiquement, Nicolas Simon, il a besoin de faire marcher quelqu'un et il est un ingénieur très doué.
Monde Numérique :
[
50:17] Donc, c'est la conjonction de deux choses.
Jean-Louis Constanza:
[
50:18] Oui, donc il y a un croisement statistiquement plausible et ça se produit comme ça. Il y a celui qui est obsédé par une idée, Ferna von Braun, probablement Elon Musk et qui va essayer de tout faire pour mettre en place du haut de la chaîne en bas de la chaîne ce qu'il faut pour que ça marche. Les deux exemples sont dans l'espace mais on peut parler des gens qui ont créé les premières automobiles aussi. Il y a celui qui veut un peu tout ça mais il veut mettre du beau. Alors du bien ou du beau. Steve Jobs, il voulait mettre du beau. Il voulait mettre du goût et du beau. C'est deux mots très importants pour lui. Le goût est un truc très à la mode dans l'IA. Il va falloir que l'IA et du goût. C'est quoi le goût de l'arrière ? Je ne suis pas sûr de savoir exactement ce que ça veut dire, mais je connais la définition de Steve Jobs sur le goût, c'est des idées originales et de la culture. Il parlait de Microsoft dans une magnifique vidéo. Il parle de Microsoft, il dit, c'est super Microsoft, mais c'est très cruel cette vidéo. Mais le seul problème de Microsoft, c'est qu'ils n'ont pas d'idée originale, ils ne mettent pas de culture dans leur produit.
Monde Numérique :
[
51:23] Donc, ils n'ont pas de goût.
Jean-Louis Constanza:
[
51:24] Ils n'ont pas de goût. Cela dit, les valeurs d'Apple et de Microsoft, donc probablement leur utilité sociale, sont à peu près les mêmes. Donc, les deux chemins étaient possibles en fait. Et Microsoft n'est pas forcément un très grand innovateur, quoique de temps en temps Apple était un très grand innovateur ça c'est sûr, le redeviendra peut-être hum, Voilà, il y a des chemins différents. Il y a plusieurs chemins qui mènent à la maison de mon maître, comme je disais. Donc, savoir d'où ça part, ce n'est pas évident. En revanche, les ingrédients, il y en a qui sont assez connus. Le premier, c'est la résilience. Je n'aime pas ce mot. La résistance, la volonté, la force de volonté. Parce que du début à la fin, on va dire que ce n'est pas possible, que ce n'est pas souhaitable, que ce n'est pas utile, que ce n'est pas bien. Tout le temps. Tout le temps. Ça commence par ce n'est pas possible. Après, on dit que ce n'est pas possible, mais ça ne sert à rien. Après, oui, ça sert à quelque chose, mais ce n'est pas souhaitable, en général. Ou on prend un air cynique et supérieur en disant que tout ça, c'est des enfantillages. L'industrie européenne de l'espace par rapport aux fusées récupérables, par exemple, que j'ai entendues de mes oreilles dans des dîners. Tout ça, c'est assez français, ça. Mais on le retrouve partout dans le monde.
Monde Numérique :
[
52:39] C'est-à-dire que les fusées récupérables, c'est de l'enfantillage ?
Jean-Louis Constanza:
[
52:41] Oui, plus généralement, le cynisme arrogant.
Monde Numérique :
[
52:45] Oui, mais là, on n'est plus dans l'innovation. Est-ce que ce n'est pas le problème des grandes entreprises, des très grands groupes ? C'était un peu l'objet du livre, le dilemme de l'innovateur, c'est que les grosses boîtes ne peuvent plus innover. Toi, tu as travaillé dans un groupe relativement important chez Orange.
Jean-Louis Constanza:
[
53:00] C'est vrai que l'innovation, en fait, une grande boîte, elle a passé des années à régler tous les process pour délivrer le même produit. De façon, avec une très bonne qualité. Une bonne pub, un produit qui marche, des clients qui sont contents.
Monde Numérique :
[
53:15] Elle ne va pas s'auto-usuriser.
Jean-Louis Constanza:
[
53:17] Et donc, elle est réglée pour ça. Elle n'est pas du tout réglée pour écouter une fille super brillante, mais on ne comprend pas très bien ce qu'elle dit, ou un garçon qui arrive avec une nouvelle idée, et qui casse en partie, non seulement le process de l'entreprise, mais les positions acquises par les managers. Forcément.
Monde Numérique :
[
53:36] C'est Kodak qui invente la photo numérique et qui ne la développe pas.
Jean-Louis Constanza:
[
53:40] C'est un des exemples les plus... Il y a des entreprises qui savent se gérer comme des entreprises innovantes. Il y a des cas très célèbres depuis des décennies, comme Gore-Tex, par exemple, qui est un cas à Harvard et à l'INSEAD que j'avais fait là-bas. Apple était vraiment une entreprise d'innovation à l'époque Jobs. Et peut-être que maintenant, ils innovent beaucoup dans le process, parce qu'il faut quand même se rappeler que certes, ils n'ont pas sorti l'iPhone depuis 2007, parce que c'est le même depuis 2007, mais ils font les meilleurs processeurs du monde.
Monde Numérique :
[
54:08] Utiliser aujourd'hui pour l'IA.
Jean-Louis Constanza:
[
54:10] Mais maintenant, on peut faire tourner un modèle complet sur un Mac Mini ou un MacBook Air. Mon fils a acheté Oscar qui fait l'IA, justement. Il va rentrer dans un master. Il a acheté un MacBook Air avec la puce M5. On ne peut pas dire que ce n'est pas de l'innovation. C'est Apple qui la design, sa puce. Donc, c'est d'une puissance extraordinaire. Donc, ils ont peut-être choisi d'innover ailleurs et ça marche aussi très bien. Donc, l'innovation, il faut énormément de résistance. Et il faut quand même garder, alors on dit garder cette idée, mais aussi il faut savoir ne pas faire d'erreur au fur et à mesure. C'est la chance de Wandercraft, c'est qu'en particulier avec Nicolas Simon et toute l'équipe qu'il a recruté, on a fait les bons choix techniques au fur et à mesure. Et certains de ses choix techniques sont forcément un peu révolutionnaires. Je repense à Elon Musk. Alors, tout le monde dit, oui, mais ce n'est pas lui, c'est un autre ingénieur, etc. Je n'en sais rien. Mais il a vraiment cassé, par exemple, le moteur de fusée, c'est le même depuis le V2, en gros. Et il est, comme on dit maintenant, il est parti des premiers principes. Il est remonté en haut de la chaîne pour dire comment on peut faire. Beaucoup mieux, beaucoup plus simple, beaucoup moins cher. Il est arrivé quand même. On peut critiquer autant qu'on veut, mais il est arrivé.
Monde Numérique :
[
55:25] Donc, ton modèle, c'était plutôt Elon Musk ou Tim Cook ?
Jean-Louis Constanza:
[
55:32] Je ne sais pas, justement, je crois que la définition de l'innovateur, c'est qu'il n'a pas de modèle. Surtout, il ne va pas s'embêter à avoir un modèle. Il ou elle va avoir une idée, peut-être parce qu'il y a un truc à améliorer dans la société, dans les produits. Ça peut être dans un shampoing comme dans une fusée spatiale. Et il ou elle va changer la manière de faire et pas seulement changer les produits, forcément. Et pour ça il faut bien s'entourer il ne faut pas trop écouter les gens mais il faut quand même être drôlement à l'écoute des utilisateurs manque de bol, les utilisateurs c'est la vieille histoire, quand on demande à mon arrière-grand-père, qu'est-ce qu'il veut pour labourer son champ, il ne va jamais dire un tracteur il va dire un deuxième cheval, et forcément parce qu'il ne peut pas se projeter dans le tracteur et donc l'élévateur il n'a pas de point d'appui s'il fait une étude de marché, il est cuit, c'est pour ça que c'était interdit chez Apple à l'époque de Jobs, soit disant interdit mais c'est quand même pas la méthode de recherche mais si on n'écoute pas les clients on écue aussi, il y a quand même toujours un côté bricoleur chez Innovateur c'est-à-dire, il faut trouver un chemin là où il n'y en a pas dans toutes ces questions, comment je vais produire industriellement qu'est-ce que les gens vont vouloir pourquoi mon truc va finir par ne pas coûter trop cher etc, et puis à la fin il y en a un ou une qui réussit mais il faut savoir qu'il y en a 20 qui se sont plantés en route. C'est darwinien aussi.
Monde Numérique :
[
56:59] Une décision dont tu es le plus fier ?
Jean-Louis Constanza:
[
57:05] Je ne sais pas si j'ai pris une décision dont je suis très fier. Je vois tous les jours dans l'équipe de Wandercraft des ingénieurs, soit des leads, soit vraiment des ingénieurs, même pas seniors, qui prennent des décisions, qui changent le dessin de la boîte. Ce n'est pas seulement Nicolas, c'est assez souvent. Et ça caractérise une entreprise innovante. C'est qu'il y a beaucoup de gens qui prennent des décisions, qui engagent pas mal l'entreprise et qui sont bonnes. Sinon, la boîte est morte. et je peux donner plein d'exemples sur ces dernières années comment.
Jean-Louis Constanza:
[
57:44] Sur, voilà la décision c'est pas moi qui l'ai prise de dire le 13 février 2025 on va développer on a 40 jours pour développer un humanoïde, ça a été plus une décision collective mais je vois bien la personne qui l'a prise et, c'était super engageant parce qu'on avait vraiment autre chose à faire on était en train de pousser Eve, l'exosquelette personnel qui est aussi un produit super important pour nous parce qu'on va en vendre des milliers voire des dizaines de milliers, et de le faire approuver par la FDA et donc on a mis une partie significative de l'équipe sur ce développement qui eux eux-mêmes ont pris des choix, au cours d'une nuit de travail qui ont fait que ça a marché moi c'est ces décisions-là que je respecte les grandes décisions j'y crois pas trop je crois beaucoup, aux choix qui font qu'à la fin on se dit waouh on a fait un chemin qui était vraiment le bon alors il y en a peut-être un autre de bon mais on saura jamais mais on voit très bien comment on serait planté.
Monde Numérique :
[
58:48] Alors à l'inverse est-ce qu'il y a une décision que tu regrettes ?
Jean-Louis Constanza:
[
58:52] ... ... Dans mes carrières précédentes, oui, chez Wandercraft, pas trop, non. On a remarquablement évité les grosses erreurs, je pense, et toujours délivré ce qu'on devait délivrer à nos clients, à nos investisseurs. Il n'y a rien dont on dirait que ça, quand même, on n'est passé pas loin du gouffre avec cette histoire-là. C'est plutôt une histoire assez heureuse, Wandercraft, pour l'instant. Donc, collectivement, on n'a pas fait de mauvais choix, en fait.
Monde Numérique :
[
59:30] Le conseil que tu aurais aimé recevoir quand tu as commencé, si on peut relier ça à l'innovation, bien sûr.
Jean-Louis Constanza:
[
59:36] Oui, bien sûr. Euh... Va à Poudlard, achète une boule de cristal et tu sauras ce qui se vendra dans dix ans. Ça, ça serait pas mal. Et je fais une incidente, mais j'essaierai de répondre au texte de ton heure. Le visionnaire, celui qu'on appelle le visionnaire ou la visionnaire, c'est pas quelqu'un qui est assis là à côté de toi et qui tend son doigt majestueux en disant le futur est comme ça. Ça, ça marche jamais.
Monde Numérique :
[
1:00:07] C'est pas ça, Maltman. Non, c'est...
Jean-Louis Constanza:
[
1:00:09] Ah, je ne sais pas si... Mais c'est quelqu'un qui vit dans le futur, le visionnaire. Il y est déjà.
Monde Numérique :
[
1:00:13] C'est Elon Musk.
Jean-Louis Constanza:
[
1:00:14] Il se demande, mais les gars, pourquoi vous n'êtes pas avec moi ? Et il est capable, ou elle est capable, de retracer le chemin qu'il a amené là. C'est ça, être visionnaire. C'est quelqu'un qui est les pieds dans la boue à dire, mais comment on va faire dans le détail pour arriver de là à là ?
Jean-Louis Constanza:
[
1:00:31] Et ce point, je le connais parce que j'y suis, en fait. Je comprends très bien. Je me rappelle, c'était il y a très longtemps, l'ingénieur qui avait créé la Renault Espace qui était un des exemples des visionnaires comment s'appelait-il, il avait alors il racontait toute l'histoire avec ça il avait dit il y aura des voitures comme ça et maintenant il y a toujours les monospaces qui ont un peu muté en 4x4 ou je ne sais quoi mais des voitures on peut mettre la famille en fait et pas tous serrés comme des sardines.
Jean-Louis Constanza:
[
1:00:56] La Renault Espace bon c'est pas des lanceurs réutilisables mais n'empêche qu'il y en a des millions de vendus ça a bien rendu service et Guédon, Philippe Guédon, qui est rentré après chez Matra Automobile avec son concept et que Renault a pris en étant un peu visionnaire aussi, donc le visionnaire est au moins aussi intéressant qu'innovateur c'est pas forcément le même mais souvent l'innovateur est visionnaire donc c'est quelqu'un qui vit un peu plus loin, Il ne prétend pas voir l'avenir dans la boule de cristal de Poudlard. Il vit un peu plus loin. Et il se dit, OK, je vais assembler trois bouts de ficelle. Il faut que j'arrive à faire ce produit. Donc, il faut que j'invente une nouvelle technologie pour faire les moteurs des robots, par exemple. Il faut que je mette tout ça en place pour tirer mon chemin. C'est vraiment, ouais, Musk, Jobs, etc. Mais même dans la vie de toujours, on en rend compte. Et chez Wandercraft, on est comme ça. On est capable de dire, là, il va falloir maîtriser les moteurs. Là, il faut développer tel type de logiciel. parce que leur histoire d'imitation learning, ça ne va pas marcher pour mes tâches, ou ce n'est pas utile, etc. Voilà, l'innovateur est visionnaire. Ça, c'est une réponse à la question. Maintenant, l'autre question, c'était... Je suis désolé.
Monde Numérique :
[
1:02:07] Non, écoute, on en a passé pas mal. Mais là, j'allais t'en poser encore une.
Monde Numérique :
[
1:02:12] Quelle innovation qui t'intéresse ou te fascine le plus aujourd'hui, qui t'éblouit le plus ?
Jean-Louis Constanza:
[
1:02:18] Comme j'y passe, je ne sais pas, 14 heures par jour, facilement, tous les jours. Quand je m'occupe pas des enfants, j'essaie de faire que... d'aider Wandercraft qui en ferait 100 mois à faire des humanoïdes. Je pense que les humanoïdes, c'est l'innovation la plus fascinante parce que c'est un humanoïde, justement. Et beaucoup de gens disent « Oui, mais pourquoi on ne lui met pas des roues ? Pourquoi il n'y a pas quatre bras ? » Ceux que ça intéresse, je leur envoie le document qu'on a fait chez Wandercraft pour dire pourquoi l'humanoïde est le form-facteur qu'il faut faire. En résumé...
Monde Numérique :
[
1:02:48] Comme un humain, avec des jambes...
Jean-Louis Constanza:
[
1:02:49] En gros, avec des jambes de bras. En résumé, ce que disait Asimov, c'est qu'on a fait le monde à notre image. Tu vois, ce micro, je peux le prendre avec deux mains.
Monde Numérique :
[
1:02:58] Le verre...
Jean-Louis Constanza:
[
1:02:59] Tout est fait pour un humain. Mais plus profondément, l'humanoïde, il est parfois pas optimal dans certaines tâches parfois on pourrait lui mettre des roulettes ça mais il est globalement super optimal pour tout faire tout ce qu'on peut imaginer puisque c'est des tâches qu'on imagine elles sont faites pour nous et donc tous les effets d'échelle vont aller vers lui les moteurs vont être faits pour les humanoïdes les logiciels pour les humanoïdes etc et ça va être très difficile de faire un robot pas cher qui est un autre facteur de forme, sauf dans des cas très spéciaux tu as besoin de faire marcher quelqu'un, tu fais un demi-humanoïde tu as besoin de, nettoyer un pipeline, tu fais plutôt un verre de terre qu'un humanoïde. T'as besoin de faire un sous-marin, tu fais une sorte de poisson. Il n'y a pas besoin de jambe. Mais dans le cas général, c'est l'humanoïde. Et ça, c'est une raison très, très forte. Donc, c'est un attracteur. C'est un système où tout converge.
Monde Numérique :
[
1:03:49] C'était un gadget, c'était un produit de science-fiction. Et c'est aujourd'hui le grave.
Jean-Louis Constanza:
[
1:03:54] Ça n'a jamais été un produit de science-fiction. C'est un peu ce que je désignais comme le manque d'ambition, d'arrogance, cynique qu'on peut avoir en Europe et pas dans d'autres pays où on a considéré ça comme un produit de science-fiction. Le raisonnement qui conduit à dire « Oui, tu peux mettre des roues à tes robots, mais il va basculer dès qu'il prend une charge lourde. » Ou alors, tu lui fais une base très large, mais il ne peut plus prendre la charge lourde. Ou elle est très loin, donc elle le fait basculer. Et quand il tourne très vite avec l'inertie de cette charge lourde, il va basculer. Par exemple, c'est très, très rationnel le choix de l'immanoïde. Ce n'est pas du tout un fantasme appliqué. Mais ça l'était déjà pour Asimov. Je ne sais pas si c'était pour Léonard de Vinci qui a créé le premier robot humanité. Mais ça l'était... Ça fait longtemps qu'on y réfléchit et que ce n'est pas... Ce n'est pas de la rigolade, quoi.
Monde Numérique :
[
1:04:42] Non, je ne dis pas que c'était...
Jean-Louis Constanza:
[
1:04:44] Mais ce n'est pas un fantasme. C'est une réalité appliquée.
Monde Numérique :
[
1:04:47] C'est un fantasme au sens où on l'imaginait, mais on ne le voyait pas du tout apparaître.
Jean-Louis Constanza:
[
1:04:51] Oui, donc tu me posais la question de ce qui me fascine.
Monde Numérique :
[
1:04:54] Et on se disait que ce ne serait pas demain la veille.
Jean-Louis Constanza:
[
1:04:56] Qu'est-ce qui me fascine, c'est l'idée que mon fils, ma maman, pourront être aidés à la maison alors que là, ils ne peuvent plus parce qu'il n'y a plus d'aide, et qui pourront avoir une vie tranquille et heureuse et de toute façon, elle sera heureuse mais facilitée par le fait qu'un robot les aidera à s'habiller, les aidera à mettre leur lacet sur leurs chaussures, etc. C'est fascinant et qu'on va faire des robots et je pense, je ne suis pas loin de soupçonner ce qui est d'ailleurs assez public, que le goût de Musk pour les robots, ce n'est pas de faire équer des voitures, c'est de les mettre sur une planète parce que tout le monde sait qu'emmener un humain sur une planète, ça pèse, 5 tonnes ou 50 tonnes ? Emmener un humain sur Mars, c'est 5 tonnes. Parce qu'il y a l'humain, 70 kilos, et il y a toute la nourriture, l'oxygène, tout ce qui est le support de vie de l'humain. Un robot, c'est 50 kilos. Enfin, plutôt 80, mais c'est tout. Et puis après, il y a une pile électrique dont l'humain a besoin, enfin, une centrale électrique, pour alimenter le robot, et il va bosser. Et puis, les rayons cosmiques, c'est pas trop grave. Et puis, etc. Donc, on va aller dans l'espace avec des robots. C'est ça qu'il pense. À mon avis, c'est sa seule obsession. C'est le seul truc qu'il a mis. Il fait des machines à creuser, c'est pour creuser sur Mars. Je n'ai pas lu le bouquin, mais je suis sûr qu'il pense à ça.
Jean-Louis Constanza:
[
1:06:14] Et pourquoi on va faire un humanoïde sur Mars ? Parce que c'est super pratique. Pourquoi tu fais un quadrupède qui ne peut pas voir loin et qui ne peut pas porter tant que ça et qui n'est pas si pratique ? Pourquoi tu en feras ? Mais pourquoi tu feras un robot à roues alors que c'est un sol poussiéreux et caillouteux ? Non. Pourquoi ? L'humanoïde, il ne marche pas très vite, mais il peut prendre un chariot. Le principe de l'humanoïde, c'est qu'on ne va pas le lâcher dans les rues de Paris à 20 km heure. C'est beaucoup trop dangereux. Il va prendre le bus. Puisque c'est un humanoïde, il peut monter les marches du bus et s'asseoir.
Monde Numérique :
[
1:06:44] Donc demain, on partagera les transports en commun avec ces humanoïdes ?
Jean-Louis Constanza:
[
1:06:48] Ouais, enfin pas demain matin, mais d'ici 18h, c'est pour moi, c'est sûr. Le transport du robot, c'est pas d'aller plus vite, c'est pour moi.
Monde Numérique :
[
1:06:56] Merci Jean-Louis Constanza.
Jean-Louis Constanza:
[
1:06:59] Merci, merci du remercie.
Monde Numérique :
[
1:07:00] C'était super. Co-fondateur de Wandercraft. Merci d'avoir été dans mon mairie.
Monde Numérique :
[
1:07:28] Innovateur, la série qui s'intéresse à ceux qui font véritablement l'innovation.
Monde Numérique :
[
1:07:34] Retrouvez les autres épisodes de cette série sur le fil du podcast Monde Numérique.
Monde Numérique :
[
1:07:37] Et aussi sur la chaîne YouTube de Monde Numérique et sur le site mondenumérique.info.