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0:01] Il voulait impressionner le monde, mais il a trébuché et il s'est écroulé. Les images ont fait le tour du monde sur les réseaux sociaux, vous les avez peut-être vues, et ça n'a pas dû faire plaisir à Vladimir Poutine. Le 10 novembre, à Moscou, a donc eu lieu la présentation en grande pompe de
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0:18] A.I.Dol, un robot humanoïde russe censé incarner la performance et le renouveau technologique du pays. Mais à peine entré sur scène, sur la musique de Rocky, pourtant surveillé comme le lait sur le feu par deux techniciens, l'humanoïde a levé le bras pour saluer, et puis il a titubé, il a trébuché, et il s'est écroulé lamentablement sur le sol. La sortie d'ailleurs derrière un drap noir qu'on n'arrivait pas à déplier était encore plus tragique. La séquence filmée par les caméras officielles l'a donc tourné en boucle sur les réseaux sociaux. Sur X, les internautes se sont largement moqués de ce robot russe, rebaptisé Aïedol, aïe, aïe, aïe, symbole involontaire d'une technologie qui trébuche avant même de savoir se tenir debout. Mais cette séquence tragique en termes d'images est néanmoins révélatrice d'une réalité. La Russie, comme les autres pays, s'intéresse donc de près aux robots humanoïdes.
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1:12] Ces robots de forme humaine, qui seront, on l'espère, un jour capables d'évoluer naturellement dans notre environnement humain. L'année 2025, qui s'achèvera bientôt, aura marqué un tournant, celui du passage des démonstrations théoriques à la mise en situation réelle. Même si aucun humanoïde n'est encore véritablement opérationnel, ni commercialisé à grande échelle, au point de pouvoir vraiment se rendre utile, la robotique humanoïde apparaît quand même comme la nouvelle frontière de la technologie. Aux Etats-Unis, l'année a été marquée par les démonstrations des prototypes de Tesla, le fameux Optimus, qui s'exerce maintenant dans les ateliers du constructeur automobile à Fremont. Elon Musk assure que ces robots pourront bientôt manipuler des pièces sur les lignes de production.
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1:59] Chez Figure AI, une start-up californienne soutenue par OpenAI, le robot Figure 03 a impressionné il y a quelques semaines par son potentiel en termes d'aide ménagère pour porter les courses, les ranger dans le réfrigérateur ou remplir le lave-vaisselle. Alors, des démonstrations laborieuses, on en avait parlé dans le monde numérique, mais prometteuses autant qu'ambitieuses. Et puis en Chine, la mobilisation est nationale, avec d'innombrables sociétés spécialisées, UbiTech, Unitree, Fourier Intelligence, qui bénéficient en plus d'un soutien public massif et qui multiplient les démonstrations. Le premier marathon des robots a eu lieu à Pékin. Beaucoup de chutes, c'est vrai, comme en Russie, mais beaucoup de promesses aussi. Pékin veut développer rapidement ses robots dans l'industrie, les services et la santé, dans le cadre d'une stratégie baptisée « Made in China 2025 ».
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2:52] Et l'Europe dans tout ça ? Eh bien l'Europe, elle avance malgré tout à petits pas et de manière plus réfléchie. L'entreprise française Vandercraft, connue pour ses exosquelettes médicaux, mise sur Calvin 40, un robot humanoïde pensé pour les usines. Au Royaume-Uni, Engineered Arts perfectionne Ameca, un robot social dont le visage expressif fascine les visiteurs sur les différents salons où il s'est exposé depuis un an ou deux. En Espagne aussi, Pal Robotics poursuit sa recherche sur la locomotion et la manipulation. Tandis qu'en Norvège, la société One X Technologies, soutenue par OpenAI, vient de lancer la commercialisation d'un véritable humanoïde domestique, Iron. Alors, en réalité, pas encore capable de faire grand-chose, mais l'entreprise compte sur les premiers acheteurs, les premiers utilisateurs.
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3:42] Pour entraîner l'intelligence artificielle de son robot, afin de le rendre réellement efficient. Il ne faut pas s'y tromper, aucun de ces robots n'agit encore de manière totalement autonome. La plupart sont pilotés ou supervisés à distance par des opérateurs humains qui guident leurs mouvements, qui corrigent leurs gestes ou qui anticipent les imprévus. L'intelligence artificielle embarquée progresse à grands pas, mais les humanoïdes de 2025 sont encore largement télécommandés, assistés et donc perfectibles. Cette prudence n'empêche pas la course d'être bel et bien lancée. Les Etats-Unis, forts de leur géant technologique, dominent l'attention médiatique. Tesla figure Agility aussi, Abtronic, Sanctuary et AI, enfin on pourrait en citer beaucoup. Toutes ces entreprises qui promettent de livrer prochainement des robots humanoïdes productifs d'ici deux à trois ans. On commencera alors à voir dans quelle direction chacun entend aller. L'industrie, les services ou la maison ?
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4:38] L'approche européenne se veut prudente et humaniste. Les robots européens devront assister plutôt que remplacer, cohabiter plutôt que concurrencer. Ce souci éthique, qui se traduira certainement de manière réglementaire, car c'est ce qui nous caractérise, pourrait devenir un atout sur le long terme. Mais dans un premier temps, cela risque aussi de ralentir la prise de position
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5:03] industrielle face à la rapidité américaine ou à la discipline chinoise. Car la grande course de la robotique humanoïde n'en est qu'à son coup d'envoi. Les robots d'aujourd'hui trébuchent, oui, mais ils apprennent. Et chaque démonstration, chaque chute, alimente les bases de données des mouvements et des erreurs qui forment les cerveaux artificiels de demain. Alors le fiasco de AI Doll, le robot russe.
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5:28] Loin de ridiculiser complètement la robotique en réalité, illustre, c'est vrai, la fragilité de ces machines, aujourd'hui encore, mais aussi la réalité de ce moment charnière dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui, celui où la fiction commence à rejoindre la réalité.
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5:44] 2025 n'est pas encore l'année des humanoïdes autonomes, mais c'est bel et bien l'année du coup d'envoi de la course à la robotique. Et comme souvent dans l'histoire des technologies, celui qui part au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard, c'est sans doute lui qui remportera la course.