L'IA s'apprête à révolutionner l'industrie musicale (Edito)
20 avril 202306:15

L'IA s'apprête à révolutionner l'industrie musicale (Edito)

Un duo « factice » des rappeurs Drake et The Weeknd, généré par intelligence artificielle, affole le monde de la musique. S’agit-il d’une nouvelle révolution technologique pour l'industrie musicale ? 

On le voyait arriver gros comme une maison. Après la photo, la vidéo et l’information, la musique est à son tour confronté au bulldozer des intelligences artificielles génératives. Le duo de Drake et The Weeknd, intitulé « Heart of my sleeve », a enregistré plus de 15 millions de vues sur TikTok et un bon nombre d’écoutes sur les plateformes de musique, comme Spotify ou Apple Music, alors qu’il s’agit d’une création par intelligence artificielle mise en ligne par un certain Ghostwriter977. La maison de disques des deux artistes, Universal Music, a tiré la sonnette d’alarme et réclamé retrait immédiat du morceau pour violation de la propriété intellectuelle.

Il existe aujourd’hui toutes sortes d’outils permettent de générer de la musique mais aussi de cloner des voix de chanteurs avec un résultat incroyable. David Guetta lui-même s’est amusé récemment lors d’un concert à diffuser un extrait de ce qui ressemblait à un morceau du rappeur Eminem. Un morceau qu’il avait en fait lui-même généré avec une application d’intelligence artificielle. 

A la manière de…

Les IA qui font de la musique et qui chantent, cependant, ce n’est pas très nouveau. Des chercheurs travaillent là-dessus depuis presque 10 ans. En 2016, une IA avait créé une chanson « à la manière des Beatles » qui n’était pas mal du tout. Mais ce qui est nouveau aujourd’hui, comme avec ChatGPT, c’est la démocratisation de ces outils, la mise à disposition de tout le monde de ces logiciels hyper puissants.

Les sites qui permettent de générer de la musique au kilomètre de manière artificielle, comme Beatoven.ai ou Aiva risquent de bouleverser l’économie de la musique. Le résultat le plus spectaculaire actuellement

Le résultat le plus spectaculaire actuellement est celui produit par l'intelligence artificielle MusicLM de Google, qui permet de générer n'importe quel type de musique à partir d'un « prompt », c'est-à-dire une requête en langage naturel, comme ChatGPT. MusicLM n'est pas en libre accès. Pas encore.

Absence de cadre juridique

Cette petite révolution risque de frapper en premier lieu les plateformes qui proposent de la musique d'illustration pour les entreprises ou les créateurs de contenus. Mais derrière cela, il y a les artistes qui composent et créent tout au long de l'année, et qui pourraient bien se faire concurrencer, comme les dessinateurs illustrateurs se font concurrencer aujourd'hui par les IA génératives du style MidJourney ou Stable Diffusion. Si l'on ajoute à cela les voix clonées plus vraies que nature, le champ des victimes potentielles paraît encore plus vaste.

On peut parier que les maisons de disques vont s'engager dans un nouveau combat pour faire valoir les droits de leurs artistes. Et les plateformes, comme Spotify ou YouTube, vont également devoir traquer la « vraie fausse musique ». Mais ce ne sera pas simple. Comme le rappelle la newsletter Cafetech, « l'industrie du disque apparaît démunie. Les droits d'auteur, tels qu'ils sont aujourd'hui définis, n'empêchent pas un robot de s'inspirer d'un artiste pour écrire des paroles ou composer une mélodie. La voix d'un chanteur n'entre, par ailleurs, pas dans le champ d'application de la propriété intellectuelle ».

Voilà donc un nouveau chantier pour les professionnels de la musique et pour le législateur européen (qui ne manque pas de sujets actuellement) afin de créer un cadre législatif. D’ici là, les faussaires de la musique risquent de s'en donner à cœur joie.

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