🎤 Interview - L’IA, fil rouge de VivaTech 2025 (Florent Roulier, Niji)
Maison Connectée11 juin 202515:03

🎤 Interview - L’IA, fil rouge de VivaTech 2025 (Florent Roulier, Niji)

L’intelligence artificielle sera encore une fois la grande vedette de VivaTech 2025, où l’Europe veut affirmer sa vision de l’innovation, entre IA souveraine, cybersécurité et French Tech en transition, selon le cabinet spécialisé en transformation numérique Niji.

L’intelligence artificielle sera encore une fois la grande vedette de VivaTech 2025, où l’Europe veut affirmer sa vision de l’innovation, entre IA souveraine, cybersécurité et French Tech en transition, selon le cabinet spécialisé en transformation numérique Niji.

Florent Roulier, responsable innovation chez Niji

Comment voyez-vous cette édition 2025 de VivaTech ?

Cette édition s’annonce dans la continuité de l’an dernier, avec une surface d’exposition stable (55 000 m²) et environ 2 500 exposants. Ce qui distingue vraiment VivaTech, c’est son ancrage européen : 60 % des exposants viennent d’Europe. C’est un vrai baromètre de l’innovation européenne. L’intelligence artificielle sera, sans surprise, la tendance dominante du salon. On retrouve également la cybersécurité en forte progression, avec des solutions pour détecter les documents falsifiés par IA, ou encore la robotique, qui sort des labos pour s’installer dans les entrepôts et établissements de santé. Les lunettes connectées et bagues intelligentes font aussi partie des objets en plein essor.

Quelles sont les spécificités de VivaTech par rapport à d’autres salons ?

VivaTech se distingue par la place qu’y occupent les grands groupes non-tech, comme LVMH ou L’Oréal. Ceux-ci hébergent leurs écosystèmes de start-up, ce qui permet de montrer que l’innovation touche tous les secteurs. C’est à la fois une force – cela rend la tech plus accessible – et une faiblesse, car les petites structures peuvent se retrouver invisibilisées sous la bannière des grands. Autre particularité notable : l’ouverture au grand public, avec une journée dédiée le samedi, chose rare pour un salon technologique.

Souveraineté, French Tech… Le contexte n’est-il pas défavorable ?

La souveraineté numérique est une préoccupation croissante, notamment avec les tensions géopolitiques et la réélection de Donald Trump. Des acteurs comme Mistral AI cherchent à développer des IA souveraines, tandis que d’autres startups proposent des solutions de confidentialité intermédiaire entre les utilisateurs et les IA non-européennes. Mais les obstacles sont nombreux : réglementation européenne très contraignante, difficulté d’accès aux données d’entraînement, et investissements fragmentés. Face à cela, les États-Unis et la Chine avancent plus vite.

Quant à la French Tech, elle traverse clairement une période difficile, marquée par une crise de financement inédite. Beaucoup de start-ups ne sont plus là cette année. Pourtant, 53 % des exposants à VivaTech sont français, preuve que l’écosystème reste dynamique. Le vrai défi aujourd’hui, c’est le passage à l’échelle : il est plus simple de lancer une start-up que de la faire grandir durablement.

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Invité : [0:01] L'intelligence artificielle va être le buzzword le plus récurrent sur ce salon, Invité : [0:06] la tendance la plus forte, ça c'est certain. Il y a d'autres tendances qui sont assez fortes, notamment la cybersécurité, Invité : [0:17] parce que c'est un enjeu vraiment croissant. Si on met de l'IA partout et des objets connectés partout, il faut qu'on sécurise cet accès constant au numérique. Monde Numérique : [0:36] Bonjour Florent Roulier. Invité : [0:37] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [0:39] Vous êtes responsable d'innovation chez Niji, qui est un cabinet de conseil en transformation numérique. Vous êtes un grand habitué des salons de technologie de par le monde, le CES de Las Vegas, le Jitex. Alors, comment voyez-vous ce VivaTech 2025 ? Invité : [0:55] Alors, cette édition de VivaTech 2025, donc la neuvième édition, on la pressent, on va dire, conforme à l'an dernier, parce que tout d'abord, il n'y a pas d'augmentation de superficie annoncée par les organisateurs, on va toujours être sur à peu près 55 000 m², on va toujours être sur à peu près le même nombre d'exposants, sur à peu près 2500 exposants, donc ça c'est assez stable par rapport à l'an dernier. Il reste bien sûr beaucoup plus modeste que le CES de Las Vegas, parce que le CES de Las Vegas, c'est 230 000 m² d'espaces d'exposition. Donc là, Vivatech, seulement 55 000 m². Il y a 4600 exposants au CES de Las Vegas versus 2400. Donc, les chiffres sont beaucoup plus gros sur ce salon qui est le CES de Las Vegas, qui reste la référence. Mais le Vivatec a une vraie emprise sur l'innovation européenne. Si vous allez au CES de Las Vegas, vous allez voir de l'innovation américaine, asiatique et en partie européenne. Mais si vous allez au Vivatec, vous allez voir beaucoup d'innovation européenne. Si on regarde les chiffres sur l'origine des exposants cette année, ils sont à 60% d'origine européenne. Donc, ça donne une vraie vision, un vrai thermomètre, une vraie température de l'innovation en Europe, ce salon. Et c'est ça qui est intéressant, c'est de mesurer et de détecter l'innovation en Europe. Monde Numérique : [2:18] Alors, même s'il y a quand même aussi des exposants étrangers, notamment américains. Et puis la particularité, c'est que ce sont beaucoup des entreprises qui ne sont pas vraiment des entreprises de technologie. Invité : [2:31] Alors, c'est effectivement la particularité de VivaTech, c'est de mettre en avant l'innovation à travers des grands groupes. Donc, on a des grands groupes français qui ne sont pas liés au numérique, comme par exemple LVMH ou L'Oréal, qui viennent et qui prennent de l'espace sur ce salon et qui vont héberger leur écosystème de startups sur ce salon. Donc c'est vraiment la particularité de ce salon, parce que si on compare à d'autres salons d'innovation, ça ne se passe pas comme ça. Chaque startup a son corner dans des zones thématiques, tandis qu'au VivaTech, le regroupement se fait plutôt autour de marques mères. Ils vont chacune présenter leurs dernières innovations sur le numérique. et autres. Donc, c'est une vraie particularité de ce salon. C'est à la fois une force, parce que ça montre que l'innovation, ça concerne tous les secteurs, tous les acteurs, qu'ils soient dans la beauté, dans l'énergie, dans le transport, dans la banque. Mais c'est aussi un de ses défauts, c'est que parfois, le grand groupe qui a un gros espace d'exposition écrase un peu la visibilité de la petite start-up qui l'héberge. Donc, c'est à la fois une particularité et une force et à la fois, peut-être, un reproche qu'on peut faire à Vivatec. Monde Numérique : [3:42] Une particularité aussi, c'est qu'il y a une journée ouverte au grand public. Invité : [3:47] Exactement, ça c'est assez rare pour le souligner, c'est un salon d'innovation qui s'adresse aussi au grand public avec la journée du samedi qui est accessible au grand public. Monde Numérique : [3:58] Florent Roulier, maintenant sur le fond, d'après vous, est-ce que c'est l'intelligence artificielle cette année encore qui va dominer le salon ? Invité : [4:08] Alors oui, ça c'est sûr que l'intelligence artificielle va être le buzzword le plus récurrent sur ce salon, la tendance la plus forte. Ça c'est certain parce qu'on a fait les autres salons cette année qui sont de Gaitex Europe, qui étaient il y a quelques semaines à Berlin et le CES en janvier à Las Vegas. L'IA était partout, donc de la même manière, au VivaTech cette année, l'IA sera prépondérant. Donc ça on est à peu près sûr et certain que ça sera le cas il y a d'autres tendances qui sont assez fortes notamment. Invité : [4:46] La cybersécurité parce que c'est un enjeu vraiment croissant, si on met de l'IA partout et des objets connectés partout il faut qu'on, sécurise cet accès constant au numérique et donc ça se fait par la cyber donc il va y avoir aussi beaucoup de choses Par exemple, il y a des sociétés qui sont spécialisées aussi dans la reconnaissance de documents d'identité falsifiés par l'IA. Et donc, elles utilisent l'IA pour détecter qu'une carte d'identité n'a pas été générée par de l'IA ou qu'un document administratif n'a pas été falsifié par l'IA. Donc voilà, l'IA entraîne aussi des enjeux de sécurité. Donc, ça sera aussi une tendance. Sur les autres salons, il y a aussi beaucoup de robotique. Les robots sortent un peu des laboratoires et sont désormais commercialisés pour être une aide dans les entrepôts, dans certaines entreprises, dans certains lieux de santé. Et ça, on en voit de plus en plus aussi, c'est une tendance qui revient beaucoup. Et ensuite, on a aussi beaucoup de choses, généralement, autour des bagues connectées, des lunettes connectées. Donc, on l'a vu d'ailleurs au dernier Google I.O., il y a de plus en plus d'initiatives pour mettre des écrans très légers dans des lunettes très fines, ou alors de mettre de l'IA dans des lunettes pour voir et interagir. Ça aussi, c'est une grande tendance qu'à mon avis, on va retrouver au VivaTech. Monde Numérique : [6:07] Il y a une thématique qui revient chaque année, c'est celle de la souveraineté numérique. Comment ces grandes entreprises françaises peuvent adopter les technologies sans se retrouver sous la coupe uniquement des géants américains ? C'est un thème évidemment qui est encore plus... Est-ce que vous pensez que ce thème sera encore plus d'actualité cette semaine, vu les tensions qu'on peut constater entre l'Europe et les Etats-Unis depuis la réélection de Donald Trump. Invité : [6:39] Alors, oui, il y a beaucoup d'entreprises qui ont à cœur de protéger leurs données et qui sont demandeuses d'outils souverains, notamment en IA. Donc, face à cette demande, il y a des initiatives qu'il faut noter, comme Mistral et AI, qui s'associent avec différents groupes pour proposer de l'IA souveraine. Il y a aussi des startups qui agissent un peu comme un filtre, un intermédiaire, qui vont confidentialiser toutes les données que vous pouvez envoyer à ChatGPT et d'autres outils qui ne sont pas en Europe. Ça permet aux entreprises de laisser leurs employés utiliser ces IA non souveraines, mais en conservant la confidentialité. Et quand le flux revient en Europe, Invité : [7:28] les données sont restaurées. Donc, c'est d'autres mécanismes qui permettent d'utiliser ces données-là. Ensuite, on a beaucoup de freins en Europe pour faire de la souveraineté. J'étais récemment sur un salon avec le ministère de l'Intérieur. On avait un échange assez intéressant sur la réglementation européenne concernant l'IA. La musée I.I. Monde Numérique : [7:51] Act. Invité : [7:51] I.I. Act, qui est contraignante et qui malheureusement met des bâtons dans les roues finalement au développement des I.I.A. Souveraines puisqu'il y a plus de réglementations à respecter, puisqu'elle évolue, elle change tout le temps, donc c'est beaucoup de contraintes pour nos acteurs. Et le problème, c'est que face à ça, on a des I.A. Chinoises et américaines qui ont beaucoup moins de contraintes et donc qui vont beaucoup plus vite dans ce qu'elles proposent. Très, très vite. Monde Numérique : [8:19] Notamment dans l'accès aux données pour les entraînements, les apprentissages, etc. Invité : [8:23] Exactement, elles accèdent à beaucoup plus de données, à toutes les données qu'elles peuvent acheter d'ailleurs. Elles vont beaucoup plus vite pour les entraînements, elles vont plus vite aussi dans les fonctionnalités qu'elles proposent. Encore une fois, le GPT vous permet de faire des deep search, vous permet de faire de l'automation, etc. Toutes les semaines, il y a des nouveautés, parce qu'il n'y a pas de frein à leur développement, parce qu'il y a aussi beaucoup d'investissements, Ce qui est aussi plus compliqué en Europe, de faire de l'investissement à grande échelle, parce que le marché est fragmenté, parce que les investissements sont compliqués en Europe. Donc voilà, il y a beaucoup de freins en Europe à proposer un développement aussi rapide de l'IA que dans d'autres pays. Mais il y a des initiatives intéressantes et il y a des outils qui permettent de garder la confidentialité des données, quoi qu'il arrive. Monde Numérique : [9:15] VivaTech chaque année, depuis le début, c'est aussi un petit peu la fête de la French Tech. Or, la French Tech, ces derniers mois, n'a pas vraiment brillé. Elle ne va pas très bien. Pas mal de faillites, une baisse des investissements. Il y a beaucoup de startups qu'on a pu voir les années précédentes qui ne seront Monde Numérique : [9:34] pas là cette année parce qu'elles ont mis la clé sous la porte. Est-ce que la French Tech vit toujours ? Invité : [9:42] Alors, la French Tech vit toujours parce que dans l'origine, encore une fois, des startups qui vont exposer, il y a quand même 53% des exposants qui sont français cette année à Vivatech. Donc, il y a encore un très grand vivier de startups en France. Mais effectivement, comme vous le dites, elles font face à une crise de financement sans précédent. La levée des fonds est extrêmement compliquée désormais. C'est facile quelque part de lancer sa startup, mais c'est beaucoup plus compliqué qu'avant d'obtenir des fonds pour la faire se développer et la maintenir en vie jusqu'au niveau de développement recherché. Donc, beaucoup de faillites, beaucoup de problèmes de stagnation. C'est très compliqué de scaler pour les startups en France et en Europe, mais il y a tout de même un écosystème... Monde Numérique : [10:36] Donc, de montée en puissance. Invité : [10:37] Voilà. Là maintenant en puissance, c'est très compliqué. D'ailleurs, on le voit sur le CES de Las Vegas, les startups françaises, elles sont dans l'espace des petites startups qui s'appellent Eureka Park. On part dans les espaces d'expositions plus grands et plus luxueux et plus coûteux. Monde Numérique : [10:53] Alors, il y en a quelques-unes. Invité : [10:55] Il y en a quelques-unes. Monde Numérique : [10:56] Mais qui souvent finissent par être rachetées par des Américains en plus. Par d'autres. Invité : [11:02] Exactement. Donc, il y a un problème pour ce qu'elle est, parce que la crise du financement en Europe, « funding return » aussi, on dit, beaucoup de problématiques sur le financement. Mais 53% des exposants à Vivatech sont français, donc l'écosystème est toujours très riche en France concernant l'innovation. Monde Numérique : [11:23] Il faut le rappeler, vous avez raison. Encore une question. Donc, on l'a dit, ce sont de grandes entreprises pas forcément versées dans le numérique au départ qui sont là. Est-ce que vous avez l'impression, vous, d'une manière générale, même au-delà de VivaTech, qu'aujourd'hui, les entreprises françaises ont pris complètement le virage du numérique ou en tout cas, est-ce qu'elles savent le prendre ? Aujourd'hui, c'est le virage de l'IA. Est-ce qu'elles savent l'aborder ? Est-ce qu'elles silencent ou elles sont encore un peu dubitatifs face à tout ça ? Invité : [11:54] Alors, on est bien placé chez Niji pour effectivement mesurer à quel point les entreprises françaises ont adopté l'IA, puisqu'on fait de l'IA et on accompagne les entreprises pour les aider à adopter l'IA. Donc, il y a beaucoup d'initiatives en ce moment pour mettre en place des POC, des expérimentations. Le passage à l'échelle et déployer l'IA à de grandes échelles met encore un peu de temps par rapport à d'autres sociétés en dehors de France. Invité : [12:27] Mais voilà c'est tout l'enjeu des sociétés aujourd'hui c'est passer de l'étape de j'ai testé l'IA j'ai fait un prototype une expérimentation, passer de cette échelle à l'échelle je généralise un outil d'IA à un service ou un département ou à l'ensemble de nos collaborateurs ce passage à l'échelle là c'est justement ce que nous faisons chez NEG parce que l'IA est suffisamment mature aujourd'hui pour proposer effectivement une massification de son usage dans les entreprises. Donc, ça nécessite des entreprises, des investissements, des décisions. Donc, tout ça, c'est un peu plus lent à se mettre en place, mais c'est en cours actuellement. Et on déploie aujourd'hui, de manière progressive, ces solutions-là à l'échelle. Invité : [13:11] Et c'est très intéressant de voir comment ça transforme la façon de faire du business. Nous, on a réussi, pour certains de nos clients, à leur faire des économies d'échelle. Invité : [13:25] De 20% de leur coût d'opération sur certains départements, jusqu'à 40% de l'économie sur leur coût d'opération, grâce au déploiement d'outils d'IA à l'échelle. Donc, ça modifie vraiment comment les entreprises font du business et elles s'emparent du sujet. Et vraiment, la problématique en ce moment, c'est le passage à l'échelle. Monde Numérique : [13:45] D'accord. Donc, finalement, vous vous inscrivez un peu en faux par rapport à certaines études qu'on peut voir passer, disant que l'IA dans les entreprises ne tiendrait pas forcément ses promesses ? Invité : [13:59] Elle tient ses promesses si c'est bien fait, si c'est fait avec les bons outils. Effectivement, parfois, il y a des mauvais choix d'outils ou des mauvaises implémentations de l'IA. Donc, si c'est fait de manière concertée avec les métiers pour vraiment bien choisir les briques et les outils pour bien entraîner les modèles, il y a un vrai retour sur investissement. Donc moi, j'ai plus ce type d'exemple-là chez Niji, c'est-à-dire de l'IA qui fonctionne, qui permet de faire des économies sur les coûts, de faire gagner du temps, de décharger certains services de tâches répétitives et de leur permettre de mieux se concentrer sur des tâches à fortes de la rajouter. Monde Numérique : [14:42] Merci beaucoup, Florent Roulier, responsable d'innovation chez Niji. À propos donc de VivaTech, du 11 au 14 juin 2025 à vivre évidemment sur Monde Numérique.
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