Écrire un livre avec ChatGPT : est-ce vraiment un scandale ? (📆 L'HEBDO 26/09/26)
Monde Numérique26 septembre 202601:00:42

Écrire un livre avec ChatGPT : est-ce vraiment un scandale ? (📆 L'HEBDO 26/09/26)

L'affaire Thélyson Orélien met la littérature face au défi de l'IA • Les détecteurs d'IA sont-ils fiables ? • Meta lance de nouvelles lunettes connectées et mise sur son agent Muse • Trump rebaptise l’IA • Les appels à une gouvernance mondiale de l’IA se multiplient • Les robots humanoïdes s’essayent au ménage • EDF explore les technologies pour mieux gérer l’eau • Withings mise sur la prévention avec sa nouvelle balance connectée.

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Affaire Thélyson Orélien : que prouvent les détecteurs d’IA ?

Le roman C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, se retrouve au cœur d’un scandale après des analyses réalisées avec le détecteur Pangram. Thomas Jacquesson, président de Lucide.ai, explique comment ces outils apprennent à distinguer les textes humains des productions automatiques et pourquoi ils peuvent se tromper. Son message est clair : un résultat de détection constitue un indice à examiner, pas une preuve suffisante pour accuser un auteur ou un étudiant.

Écrire avec l’IA : assistance ou tromperie ?

Avec Bruno Guglielminetti, de Mon Carnet, on élargit le débat et on s'interroge sur l'usage de l'IA dans la création artistique. Assistance intellectuelle, correction, réécriture ou génération de passages entiers : où placer la frontière, et un label permettrait-il réellement d’y voir plus clair ?

Meta veut installer l’IA sur votre nez

À l’occasion de Meta Connect 2026, Meta multiplie les annonces : Meta VR Glasses, Ray-Ban Meta Audio sans caméra, troisième génération de Ray-Ban Meta et arrivée des Display en France. Le groupe mise également sur son agent personnel Muse et sur le médaillon Muse Charm pour rendre l’intelligence artificielle accessible sans sortir son smartphone.

Even Realities : un écran dans les lunettes, sans caméra

Les G2 d’Even Realities illustrent une autre approche des lunettes connectées, avec un affichage intégré et des microphones, mais sans caméra. Traductions, assistance pendant les conversations et comptes rendus de réunions figurent parmi les usages évoqués, sur un marché où des produits très différents cohabitent sous la même appellation.

Trump invent la « super intelligence »

Donald Trump veut remplacer l’expression « intelligence artificielle » par « super intelligence » dans la communication officielle américaine. Un changement de vocabulaire qui soulève une question de fond : faut-il présenter ces systèmes comme une intelligence supérieure à celle des humains ?

Vers une gouvernance mondiale de l’IA ?

Des interventions de Sam Altman et Dario Amodei à l’ONU aux prises de position du pape Léon XIV et d’Emmanuel Macron, l’encadrement de l’IA s’impose dans le débat international. Derrière ces appels, une même préoccupation : préserver le contrôle humain et éviter que cette technologie ne se concentre entre quelques mains.

Quand une hallucination d’IA déclenche un incident militaire

L’émission revient sur un rapport du renseignement américain généré avec l’aide d’une IA, qui aurait attribué à tort à un navire chinois le transport de composants nucléaires. Ce mélange d’informations réelles et d’éléments erronés illustre les risques d’une confiance excessive dans les systèmes utilisés pour éclairer des décisions militaires.

Les robots humanoïdes à l’épreuve du ménage non programmé

Ranger une pièce, plier des serviettes et faire un lit : Figure confronte ses robots humanoïdes à des logements qu’ils ne connaissent pas. Avec un taux de réussite annoncé de 56 %, cette expérience montre les progrès de l’apprentissage par observation, mais aussi le chemin restant avant une véritable autonomie domestique.

iOS 27 : l’IA fait évoluer votre iPhone

Avec iOS 27, Apple enrichit les possibilités de modification des images, de la suppression d’éléments à l’extension du cadre et au repositionnement du point de vue. L’épisode fait également le point sur les évolutions de Photos, de Messages et du contrôle parental, ainsi que sur les restrictions européennes évoquées pour certaines fonctions d’IA.

Eau, data centers et nucléaire : les pistes technologiques d’EDF

Recyclage des eaux industrielles avec Chemdoc Water Technologies, refroidissement des data centers et adaptation des centrales aux températures des cours d’eau : plusieurs innovations cherchent à réduire la pression sur la ressource. L’entretien aborde aussi les invasions de méduses et les outils permettant d’anticiper leur arrivée près des prises d’eau des centrales, avec Julien Villeret, directeur de l’innovation d’EDF [PARTENARIAT]

Withings : une balance pour mieux anticiper les risques de santé

Éric Carreel, cofondateur et président de Withings, présente la Body Scan 2 et ses mesures de composition corporelle, de santé cardiovasculaire et nerveuse. Il explique comment leur combinaison permet d’établir un score de risque de dérégulation glycémique et défend une prévention fondée sur un suivi régulier à domicile. Pour prolonger le sujet, retrouvez notre précédent entretien avec Éric Carreel sur les objets connectés et l’IA en santé.


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Monde Numérique : [0:11] Écrire un livre avec l'intelligence artificielle, est-ce que c'est bien ? Est-ce que c'est mal ? L'affaire Thélyson Orélien provoque un tremblement de terre dans le monde de l'édition. Les détecteurs d'IA sont-ils fiables ? Réponse dans cet épisode. Et puis on va plus loin : on se pose la question, est-ce vraiment choquant aujourd'hui d'écrire un livre en se faisant aider par Claude ou ChatGPT ? L'actu de la semaine, c'est aussi le groupe Meta qui lance de nouvelles lunettes connectées. Il y en a pour tous les goûts, mais surtout, elles sont boostées à l'intelligence artificielle. L'IA qui interpelle les grands de ce monde : le pape, Donald Trump et Emmanuel Macron. Chacun y va de son appel à la modération et à une régulation, peut-être à l'échelle planétaire. Les robots humanoïdes, le ménage, ça les attaque. Ils sauront bientôt faire votre lit et ranger votre linge. Mais bon, ils ont encore besoin de s'entraîner un peu. Monde Numérique : [1:09] Dans la deuxième partie de cette émission, les interviews de la semaine, vous entendrez donc un spécialiste de la détection d'intelligence artificielle, pour comprendre exactement comment ça marche. Je reçois le président de la société Lucide.ai. Avec Julien Villeret d'EDF, on se penche sur les innovations technologiques au service de la gestion de l'eau dans le cadre de l'adaptation au changement climatique grâce à la tech. Et puis coup d'œil sur les nouveaux appareils connectés pour la santé de la marque Withings. Je reçois son fondateur et président, Éric Carreel. Bienvenue à l'écoute de Monde Numérique, l'hebdo du 26 septembre 2026. Invité : [1:52] Monde Numérique, Jérôme Colombain. Monde Numérique : [1:57] Bienvenue à l'écoute de ce nouvel épisode de l'hebdo de Monde Numérique. Comme chaque samedi, 50 minutes de news, de décryptage, d'interviews, un épisode 100 % humain, quasiment. Même si l'IA, nous, on aime ça et on pourrait en mettre ici et là. Merci de nous suivre, merci pour vos messages sur les réseaux sociaux et puis surtout merci d'être abonné à ce podcast et de le faire connaître à vos amis pour les inciter à écouter eux aussi. Monde Numérique : [2:24] L'actu de la semaine, c'est donc cette polémique, ce séisme, ce tremblement de terre dans le monde de l'édition, affaire technico-littéraire : un roman soi-disant écrit par intelligence artificielle, un auteur visiblement sans scrupule pour diverses raisons, et derrière ça, plein de questions, des questions à la fois techniques et des questions un peu de principe. Alors on va d'ailleurs un petit peu perturber la structure habituelle de l'hebdo, et je vous proposerai dans un instant un vrai petit dossier sur le sujet avec Monde Numérique : [2:59] une interview et puis aussi avec une discussion avec mon camarade Bruno Guglielminetti. Juste avant cela, on va donc passer en revue l'actu de la semaine, et tout d'abord Meta, qui a fait le show à l'occasion de son événement Meta Connect 2026 : présentation par Mark Zuckerberg lui-même de nombreux modèles de lunettes connectées et des évolutions des modèles existants. On ne sait pas trop par quel bout prendre la chose. On va commencer peut-être par le produit le plus waouh. Ce sont des lunettes de réalité virtuelle. On en parle d'ailleurs dans le Débrief Transat, version longue, avec Bruno Guglielminetti cette semaine, qui a été mise en ligne vendredi. Monde Numérique : [3:34] Ce sont les Meta VR Glasses, un vrai nouveau produit, de vraies lunettes de réalité virtuelle. Déclinées visiblement des fameuses lunettes Oculus, enfin du masque Oculus, mais avec cette fois quasiment une allure de lunettes. Bon, il y a toujours un câble, mais en tout cas elles sont beaucoup plus légères, on est un peu plus ouvert sur l'extérieur, même si le but du jeu, c'est quand même d'enfermer l'utilisateur dans une espèce de monde parallèle pour regarder des films, travailler, jouer, etc. Pilotage avec les mains ou avec le regard. Le prix : 1 300 dollars annoncés, et ça devrait sortir au printemps prochain. Autre modèle de lunettes, alors les classiques désormais, Ray-Ban Meta, c'est-à-dire ces lunettes qui permettent de prendre des photos, qui ont aussi des écouteurs pour faire toutes sortes de choses, pour passer des appels, écouter de la musique, écouter des podcasts, etc. Monde Numérique : [4:24] Sauf qu'on le sait, la présence d'une petite caméra en façade commence à poser des problèmes. En France, plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes après des harcèlements de rue avec des lunettes connectées et la diffusion non autorisée d'images de personnes, souvent des jeunes filles, filmées plus ou moins à leur insu dans la rue. Du coup, Meta, pour peut-être calmer un petit peu les choses, sort des lunettes sans caméra. Mais en conservant la principale caractéristique de ce produit, qui est d'ailleurs très appréciée par les utilisateurs : la partie audio. Donc, en fait, sans avoir des écouteurs à l'intérieur des oreilles, juste dans les branches qui sont posées par-dessus les oreilles, on a une véritable paire d'écouteurs pour faire toutes sortes de choses. Ça fait des lunettes qui sont assez légères, 42 grammes, avec plus d'autonomie, 12 heures d'autonomie. Et puis, la force de Meta, il faut bien le dire, depuis le début, depuis qu'il s'est lancé sur ses lunettes, c'est de s'être associé notamment au géant EssilorLuxottica, qui sait faire vraiment des lunettes. Donc ce sont des montures qui sont assez élégantes. Il y en a pour tous les goûts, toutes les formes, toutes les couleurs, etc. Donc elles s'appellent les lunettes audio Ray-Ban Meta, ces lunettes sans caméra. Monde Numérique : [5:35] Et elles seront proposées à partir de 349 euros. Parallèlement, Meta met à jour ses modèles plus classiques, les Ray-Ban Meta 3e génération, celles qui ont une caméra, donc avec de nouveaux modèles, un bouton d'action configurable, une meilleure autonomie, un peu plus chères, à partir de 449 euros. Et puis il y a celles qui ont un écran à l'intérieur, les Meta Ray-Ban Display, écran pour, par exemple, recevoir et lire des notifications, suivre un itinéraire, etc. Monde Numérique : [6:03] Elles n'étaient pas disponibles en France ? Eh bien, elles arrivent le 13 octobre, elles seront commercialisées en France à environ 900 euros. Elles arrivent aussi au Canada, au Royaume-Uni. Jusque-là, elles étaient uniquement disponibles aux États-Unis. Monde Numérique : [6:16] Et puis, une vraie tendance commune à tous ces nouveaux produits, c'est l'intelligence artificielle de Meta. On connaissait le chatbot Meta AI, là ça va plus loin. Meta a lancé il y a quelque temps un agent IA baptisé Muse. Il a été lancé en test aux États-Unis et au Canada. D'ailleurs, Bruno, qui l'a testé au Canada, nous en parle, pas dans cet épisode, mais si vous voulez l'écouter, dans l'autre épisode du Débrief Transat intégral. Monde Numérique : [6:43] Et ce Muse arrive, alors pour l'instant pas en France, mais il sera disponible et il va vraiment servir de base à ces lunettes pour interagir directement avec l'appareil. À tel point que Meta — ce n'est pas terminé — lance aussi un objet connecté qui n'est pas une paire de lunettes, cette fois : un petit médaillon, le Muse Charm. Voilà, c'est le genre de produit dont on parle depuis pas mal de temps : ni un smartphone, ni une paire de lunettes, quelque chose de différent pour interagir au quotidien, de manière vocale, avec l'intelligence artificielle, sans sortir son téléphone. Donc c'est le Muse Charm. Ça fait furieusement penser au AI Pin, qui s'était planté lamentablement. Donc on souhaite plus de chance à ce Muse Charm. En fait, Meta teste visiblement le marché pour voir si ce type de produit peut avoir réellement un avenir. Monde Numérique : [7:36] Ce n'est pas fini côté lunettes. Tiens, je voulais vous dire un mot aussi d'une autre marque, pas du tout connue, mais qui arrive en France, qui s'appelle Even Realities, avec un nouveau modèle baptisé G2 : des lunettes connectées qui n'ont pas de caméra, mais qui ont, elles, un écran intégré à l'intérieur, et aussi des micros, bien entendu. Donc on est plus sur ce concept d'affichage tête haute, comme les Ray-Ban Display, et avec, bien sûr, un agent d'intelligence artificielle pour discuter. Il y a notamment la fonction Conversate, pour suivre et enregistrer des réunions, faire des comptes rendus, des traductions, etc. Lunettes G2 de Even Realities, disponibles à partir de 700 euros. Alors j'avoue que je ne les ai pas essayées, je ne sais pas trop ce qu'elles valent, mais en tout cas ça montre que ce marché commence à frémir visiblement. Et ce qui est un peu confusant, c'est que quand on dit « lunettes connectées », en fait, ça regroupe des tas de réalités différentes puisque, vous l'avez compris, il y a celles avec caméra, celles sans caméra, celles avec écran intérieur, celles sans écran intérieur. Voilà, donc ça dépend vraiment des usages que l'on souhaite. Monde Numérique : [8:44] Ne dites plus « intelligence artificielle », mais dites « super intelligence ». En tout cas, si vous êtes américain, c'est Donald Trump lui-même qui l'a décidé et il l'a annoncé. Le gouvernement américain va désormais utiliser officiellement le terme « super intelligence » à la place d'intelligence artificielle dans tout ce qui est communication officielle. Alors, le président américain espère que le reste du monde adoptera également cette nouvelle terminologie. Selon lui, ça sonne beaucoup mieux et c'est beaucoup plus approprié, paraît-il. Bon, moi, je ne suis pas du tout d'accord, personnellement. Je trouve que faire passer l'IA pour de l'intelligence comme si c'était de l'intelligence humaine, mais qui serait supérieure, c'est exactement le contraire du concept de l'intelligence artificielle. Mais je sais que tout le monde ne partage pas ce point de vue. Donc, voilà, vous l'appelez comme vous voulez. En gros, c'est des algos, de la data, de l'entraînement et des data centers. Évidemment, c'est plus court de dire « super intelligence ». Monde Numérique : [9:42] La superintelligence, ou en tout cas l'IA, qui devient bel et bien un sujet éthique et géopolitique. Cette semaine, en effet, il a été question de l'IA aux Nations unies, avec tout d'abord deux figures majeures du secteur, Sam Altman d'OpenAI et Dario Amodei d'Anthropic, qui sont intervenus, qui ont pris la parole officiellement à l'ONU à New York. L'IA a également été abordée par le pape Léon XIV, en visite en France, avec son appel à désarmer l'IA, c'est-à-dire, en gros, une IA, oui, pour tout ce que ça peut apporter, mais qui laisse l'humain dominer. Voilà, ça fait suite à son encyclique Magnifica Humanitas, dont on avait beaucoup parlé en mai dernier. Puis Emmanuel Macron aussi a pris la parole sur ce sujet en prônant la création d'une organisation internationale pour éviter une IA concentrée entre quelques mains. Et en fait, c'est justement vers cela que convergent toutes les prises de parole, avec les nouvelles mises en garde, les appels à ralentir, les alertes aussi parfois un peu anxiogènes dont on parlait la semaine dernière. Donc, à voir maintenant si ces appels, si ces incantations se traduiront par la création, peut-être, d'une sorte d'organisation internationale de l'intelligence artificielle. Monde Numérique : [11:00] Et le fait est que l'IA a quand même besoin d'être surveillée comme le lait sur le feu. Pour preuve, cet incident qui s'est produit il y a quelques jours : l'IA qui, quasiment, a failli déclencher une guerre entre les États-Unis et la Chine. En fait, c'est un rapport du renseignement américain généré par intelligence artificielle, sans doute sous la conduite d'officiers et de personnes humaines, mais qui se sont un peu laissés piéger, car le rapport indiquait la présence d'un navire chinois transportant des composants nucléaires à travers le Moyen-Orient. L'armée américaine a failli entrer en action et l'intercepter pour l'arraisonner. Sauf que voilà : c'était faux. Le chatbot avait fusionné des renseignements réels, des infos secrètes officielles, avec des renseignements dits de sources ouvertes, c'est-à-dire venant de l'extérieur. Il avait un peu mélangé tout ça. Un bel exemple d'hallucination. Ce qui pourrait encore se reproduire, puisqu'on sait que l'IA est déployée massivement au sein de l'administration américaine, et notamment du département de la Défense, qui a décidé d'utiliser notamment Gemini et Grok. Monde Numérique : [12:13] Imaginez une trentaine de robots humanoïdes lâchés dans des appartements pour y faire le ménage. C'est l'expérience que vient de mener l'entreprise californienne Figure pour tester son nouveau modèle d'intelligence artificielle baptisé Helix 2.5. C'était le 17 septembre. La start-up a ensuite partagé les résultats de ce test en vidéo sur les réseaux sociaux. Ça s'est passé à San Francisco. Le robot Figure 03 devait accomplir trois missions précises et hautement importantes : ranger des pièces dans la maison, plier des serviettes et faire le lit. Alors la particularité de cet essai, c'est que ça résidait vraiment dans l'absence totale de préparation, c'est-à-dire que les robots ne connaissaient pas les logements, qu'ils n'avaient pas été cartographiés, et donc les machines devaient découvrir Monde Numérique : [13:05] toutes seules comment s'en sortir. Alors pour cela, elles s'appuyaient sur un système qui s'appelle Index, qui est une base de données composée de vidéos qui montrent des humains en train d'effectuer ces mêmes tâches. Et alors, les robots, comment est-ce qu'ils s'en sortent ? Il faut bien avouer que le bilan est un peu contrasté. Sur l'ensemble des tests, le taux de réussite s'élèverait à 56 %, sachant que chaque lit mal fait ou chaque serviette mal pliée entraînait une perte de points pour le robot. Donc 56 %, ça veut dire que le robot n'est pas opérationnel, il ne ferait que la moitié du boulot, en quelque sorte, si on le lâchait vraiment dans le monde réel. Mais ce n'est pas très grave, c'était une première expérience, et le fondateur de Figure, Brett Adcock, a expliqué que l'objectif était vraiment de vérifier si un humanoïde pouvait être immédiatement opérationnel dans un environnement qu'il n'avait jamais vu. Donc ce score de 56 % montre que ce n'est pas gagné, mais quand même, on approche de choses pas forcément inintéressantes. Monde Numérique : [14:04] Avant de conclure, un petit mot pour les utilisateurs d'iPhone à propos d'iOS 27, qui arrive. Il est disponible. Après trois mois de test en version bêta, la mise à jour est arrivée. Vous pouvez faire cette mise à jour si vous possédez au moins un iPhone 11 ou un iPhone SE de deuxième génération. Parmi les changements visibles, on note le retour de la photothèque sous forme classique, des outils d'édition d'images boostés par l'intelligence artificielle. Alors c'est assez impressionnant, ils font des trucs assez géniaux, notamment pour retirer des éléments d'images. Vous faites une photo, il y a quelqu'un qui n'était pas prévu, ou un objet mal placé, hop, en deux clics, on peut l'enlever. Évidemment, ça se fait sur tous les appareils. Ce n'était pas très bon sur iOS, il faut bien l'avouer, ils ont considérablement amélioré la chose. Il y a d'autres fonctionnalités aussi. Une, notamment, qui m'a pas mal impressionné, que j'ai pu voir cette semaine lors d'une démonstration presse chez Apple, c'est la fonction « étendre » une photo. C'est-à-dire que vous prenez quelqu'un en photo et puis vous vous apercevez que c'est trop serré. Bon, ça aurait pu être mieux si vous aviez eu un peu de recul. Eh bien, vous pouvez l'étendre grâce à l'intelligence artificielle. Et l'IA va rajouter ce qui manque. Si les jambes de la personne que vous avez prise en photo étaient coupées au-dessus du genou, elle va vous rajouter des jambes. C'est assez incroyable. Pareil, surtout pour l'arrière-plan, pour les décors, c'est pas mal. Alors ça s'appelle « élargir » ou « étendre », je crois, en français. Et puis autre fonction : « repositionner ». Monde Numérique : [15:33] Là, on rentre dans le monde de la 3D, où vous prenez une photo, un personnage dans un décor, et vous pouvez, si vous trouvez que l'axe n'est pas très bon, faire pivoter en quelque sorte la photo, et il va reconstruire l'arrière-plan. Enfin, c'est incroyable. Et c'est comme ça qu'on va fabriquer de magnifiques images qui n'existent pas réellement. Donc ça, c'est dans iOS 27, disponible notamment sur le nouvel iPhone 18 Pro, bien sûr, mais pas seulement, sur les autres appareils, grâce à cette mise à jour d'iOS. Le contrôle parental a été amélioré, des changements un peu cosmétiques aussi au niveau de l'application Messages, de nombreuses fonctionnalités liées à Siri et à l'intelligence artificielle, sauf que — et là, ça ne vous surprendra pas — ces fonctions-là ne sont pas disponibles en Europe en raison des régulations de la Commission européenne. Monde Numérique : [16:27] Cet épisode de Monde Numérique vous est proposé en partenariat avec Froganz, le pionnier de l'informatique spatialisée. Comme les inventions dont je vous parle dans ce podcast, Froganz ouvre une nouvelle voie. C'est une manière innovante de diffuser du contenu sur Internet, à travers des sites d'un nouveau genre, plus visuel et plus libre, qui sortent du cadre du web traditionnel. Les sites Froganz sont optimisés pour tous les écrans, y compris les casques de réalité augmentée, grâce à une technologie ouverte, respectueuse de la vie privée. C'est un véritable outil de création propulsé par un nouveau langage basé sur le XML, accessible en bêta à tous les développeurs professionnels. Froganz est un projet français tourné vers l'Internet de demain. Pour en savoir plus, rendez-vous sur f2r2.fr. F2r2.fr Et merci à Froganz de soutenir Monde Numérique. Monde Numérique : [17:35] C'est le roman par lequel le scandale est arrivé. C'était ça ou mourir. C'est le titre de ce livre que maintenant tout le monde connaît, écrit par l'auteur québécois d'origine haïtienne Thélyson Orélien. Et un livre qui a déclenché un véritable tremblement de terre dans le monde de l'édition en France, mais pas seulement. Ce livre, en effet, aurait été écrit par intelligence artificielle, au moins en partie ou entièrement, on ne sait pas exactement. Et pourtant, il rencontrait un très grand succès en cette rentrée. Il venait d'être primé par le prix Fnac, il était en piste pour des prix littéraires prestigieux, le Goncourt, le Renaudot, etc. Et là, scandale, tout d'un coup : c'est venu de révélations sur X d'un compte totalement inconnu intitulé Balance ton Claude, allusion à Claude d'Anthropic, qui expliquait avoir passé plusieurs extraits du livre au détecteur spécialisé américain Pangram. Résultat : tous les passages testés obtiendraient un score de 100 % IA. Autrement dit, ce bouquin aurait été écrit par l'IA. Le compte Balance ton Claude, on l'a appris un peu plus tard, est en fait tenu par un chroniqueur littéraire du Figaro, Samuel Fitoussi, qui entend lutter contre l'« AI slop », c'est-à-dire la soupe produite par intelligence artificielle. Alors, dans les médias, les réseaux sociaux, tout le monde s'est affolé, avec deux camps principalement, ceux qui, en tout cas au début… Monde Numérique : [19:04] Ceux qui n'y croyaient pas et qui prennent la défense de l'auteur, et notamment beaucoup d'écrivains. Monde Numérique : [19:10] Et en expliquant notamment que c'était dû à son style très particulier, et puis ceux qui, immédiatement, sont allés faire parfois leurs propres tests, vrais ou faux, et qui arrivent à la conclusion aussi que c'est de l'IA et qui s'en indignent. Sachant qu'à l'heure où on enregistre ce podcast, en tout cas, l'auteur et la maison d'édition démentent totalement avoir utilisé l'IA. Bon, l'affaire est un peu compliquée après, parce qu'on a appris qu'en réalité Thélyson Orélien s'était par ailleurs plusieurs fois livré à des plagiats, de véritables plagiats, notamment un texte de l'auteur français des années 60, Louis Pauwels. Ça, c'est un peu un autre problème que je ne veux pas du tout traiter dans ce podcast, parce que ce n'est pas un podcast littéraire. On va rester focus sur l'intelligence artificielle. Parce qu'en réalité, cette affaire, qui aurait pu rester un simple scandale littéraire, comme le monde de l'édition parisienne en a déjà connu beaucoup, pose plein de questions, des questions intéressantes, des questions liées à notre époque. D'abord, est-ce que c'est vrai ? Pareil, ce n'est pas ici qu'on va y répondre. On ne va pas trancher, ce n'est pas notre sujet. En revanche, ce qui est complètement notre sujet, ce sont les fameux détecteurs d'IA dont on a beaucoup parlé ces derniers jours. Sont-ils fiables ? Eh bien, c'est la question que j'ai posée à un spécialiste. Bonjour Thomas Jacquesson. Invité : [20:22] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [20:23] Vous êtes président de Lucide.ai, qui se présente comme le détecteur d'IA made in France le plus fiable. Comment ça marche ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu comment ça fonctionne ? Invité : [20:34] Donc, ce qu'ont fait les premiers détecteurs IA, et encore certains aujourd'hui, c'est qu'ils ont créé en fait des sortes de fichiers de règles, en analysant quantité de textes générés par des IA. C'est vrai que, souvent, on peut retrouver des façons de faire, des façons de rédiger, de s'exprimer de l'IA. Il y a deux exemples assez populaires. Il y a le tiret cadratin, le « em dash » en anglais. Monde Numérique : [21:02] C'est ce tiret qui est à mi-hauteur et qui est plus long même que ce qu'on fait manuellement. Invité : [21:07] Exactement. Donc ça, c'est vrai que c'est très utilisé par les IA. Il y a un autre exemple, c'est dans la manière de s'exprimer, le « ce n'est pas ceci, c'est cela ». Ce que font les meilleurs détecteurs aujourd'hui, en fait, c'est qu'on entraîne une IA avec des centaines de milliers de textes, tout en connaissant à chaque fois l'origine du texte. Donc on lui dit : ce texte, c'est de l'IA ; ce texte est humain ; ce texte est IA ; ce texte est humain. D'accord ? En faisant ça des centaines de milliers de fois, on arrive finalement à entraîner une IA de sorte à ce qu'elle soit assez fiable, et à avoir une IA, finalement, qui, cette fois-ci, est capable de répondre à la question : ce texte est-il généré avec une IA ? Monde Numérique : [21:55] Donc on n'est pas sur de l'analyse, je veux dire, il n'y a pas de marque secrète à l'intérieur d'un texte généré par IA, il n'y a pas de watermark comme on dit ? Mais c'est vraiment sur la structure du texte lui-même que vous vous basez. Invité : [22:12] Et ce qui est intéressant, c'est qu'aucun humain n'est vraiment capable d'expliquer pourquoi un texte est IA. Et l'IA elle-même, qui a pourtant appris, n'est pas vraiment capable de l'expliquer, de dire que c'est précisément ce critère-là, dans la manière de rédiger, qui fait qu'elle a su. C'est simplement qu'elle a vu 10 millions de textes humains, 10 millions de textes machines, et est capable, du coup, de faire la distinction, mathématiquement si je puis dire. Mais il n'y a pas un effet de style en particulier qui déclenche à chaque fois, il n'y a pas un watermark. Monde Numérique : [22:47] Alors, en ce qui concerne ce livre qui fait polémique, ou en tout cas qui soulève beaucoup de questions en ce moment et ces dernières semaines, on a parlé principalement du détecteur Pangram, qui est un concurrent à vous, américain, qui assure que c'est de l'IA, en tout cas en ce qui concerne les passages qui lui ont été soumis. Vous-même, vous avez, je crois, soumis le livre ou une partie du livre. Donc vous, vous êtes catégorique, d'une certaine manière : le livre a été écrit par IA. Invité : [23:17] Je ne le formulerai pas comme ça, parce que c'est un petit peu difficile. C'est aussi un sujet clairement sensible. Ce que je peux dire, c'est que notre détecteur, qui est relativement fiable, pense qu'effectivement, c'est de l'IA. Monde Numérique : [23:31] L'auteur a quand même un style qui est très particulier. Il avait déjà des écrits comme ça. Ce livre est dans le même style, c'est dans la même veine. Pourquoi est-ce que, dans un cas, ce ne serait pas de l'IA et dans l'autre, ce serait de l'IA ? C'est la question à laquelle vous ne savez pas répondre, en fait. Invité : [23:48] Oui, parce qu'en fait, on n'est pas en mesure d'expliquer ce qui fait qu'un texte est de l'IA ou pas. Monde Numérique : [23:54] C'est fou, ça, quand même. Invité : [23:55] Oui, je comprends que ça puisse paraître assez dingue, mais il n'y a que l'IA qui est capable de faire cette catégorisation. Monde Numérique : [24:05] Mais on a dit aussi que tous les écrits de style non commun, on va dire, risquaient plus facilement de tomber sous le coup et d'être considérés comme de l'IA. Invité : [24:16] Oui, c'est très juste. Ça fait partie, des faiblesses des détecteurs d'IA. En fait, pour qu'un détecteur d'IA soit juste à 100 %, c'est très simple. Il faudrait qu'on absorbe tous les écrits de l'histoire de l'humanité. Il faudrait que la langue elle-même cesse d'évoluer. Qu'on parle toujours pareil. Monde Numérique : [24:39] Ça fait beaucoup de « si ». Invité : [24:41] Et en plus, il faudrait — c'est peut-être le plus dur — il faudrait que les IA elles-mêmes cessent d'évoluer. On n'est pas partis pour, même s'il y a des discussions. Donc toutes ces petites choses-là, ce sont des biais qui font qu'un détecteur d'IA ne sera, selon moi, jamais à 100 %, parce que la langue n'est pas fiable à 100 %. Ça ne pourra pas l'être, parce que la langue évolue constamment, parce qu'on n'a pas accès à tous les écrits de l'histoire du monde. Et du coup, l'auteur peut toujours dire… Monde Numérique : [25:14] On peut toujours contester les résultats. Invité : [25:16] Absolument. Mais d'ailleurs, ils le font, et je pense qu'ils ont raison de le faire. Je ne pense pas, malheureusement, qu'on aura le vrai fin mot de l'histoire là-dessus, parce que 99 % de fiabilité, c'est génial, mais ce n'est pas 100 %. Et de l'autre côté, comment prouver qu'on n'a pas utilisé l'IA ? C'est aussi un vrai sujet. Monde Numérique : [25:43] Alors, c'est un peu le problème. C'est que finalement, est-ce que ces détecteurs d'IA ne créent pas une suspicion qui sera utilisée pour un oui, pour un non ? Invité : [25:51] Oui, tout à fait. Monde Numérique : [25:52] Dans tous les domaines. Là, on parle de littérature, mais vous, j'imagine que vos clients, ce n'est pas seulement des auteurs ou ce n'est pas seulement le monde de l'édition. Ça peut troubler tout le monde. Invité : [26:02] Alors, tout à fait. Je pense qu'il y a un doute qui va s'installer en chacun de nous, quand on va consommer un contenu ou utiliser un site. Voilà. Moi, ce que je pense fondamentalement, c'est que dans le cas des écrits, ce qui est intéressant, c'est ensuite d'aller challenger la personne qui a écrit. S'il y a quelque chose qui indique qu'il y a une forte probabilité qu'un texte ait été rédigé par l'IA, il faut aller challenger la personne qui l'a écrit, lui poser des questions, aller creuser. Pour moi, c'est un indice, ce n'est pas une preuve. Et typiquement, on a pas mal de personnes dans le monde de l'éducation qui utilisent notre outil. On recommande fortement d'aller interroger l'étudiant, l'élève, qui a peut-être utilisé l'IA. Monde Numérique : [27:00] Du moins, d'après le détecteur. Invité : [27:01] OK, est-ce qu'en fait, vous connaissez vraiment votre sujet ? Est-ce que vous l'avez bossé ? Est-ce que... Monde Numérique : [27:10] Il y a eu des cas terribles dans l'éducation notamment, et il y en a régulièrement, de jeunes qui rentrent des devoirs, on les soupçonne d'avoir utilisé l'IA, et qui disent mais pas du tout. Invité : [27:21] Et d'ailleurs, c'est assez marrant, parce que nous, on a pas mal d'étudiants qui utilisent aussi notre outil, et on a les deux catégories, on a ceux qui ont utilisé l'IA et qui veulent voir si ça se voit. Monde Numérique : [27:37] Oui, c'est ça, voilà. C'est d'utiliser votre outil pour vérifier son propre texte, pour ne pas avoir de mauvaises surprises après. Invité : [27:43] Absolument. Et on a aussi ceux qui n'ont pas utilisé l'IA, mais qui ont peur que ça soit quand même de l'IA. Monde Numérique : [27:48] Ça, c'est terrible. Invité : [27:49] Les deux existent. Le doute, malheureusement, a été installé par cette arrivée d'une technologie qu'on ne maîtrise pas très bien et qui fait beaucoup de choses. Monde Numérique : [28:01] Merci beaucoup, Thomas Jacquesson, président de Lucide.ai. Invité : [28:05] Merci à vous Jérôme. Monde Numérique : [28:12] Salut Bruno Guglielminetti, à Montréal. Invité : [28:14] Salut Jérôme Colombain à Paris. Monde Numérique : [28:16] On va donc parler de ce sujet de la semaine, la polémique autour du livre de l'auteur québécois — d'ailleurs il est de chez toi — Thélyson Orélien. Avec une question, Bruno, d'entrée de jeu : d'après toi, si c'est vrai, est-ce qu'il aurait fallu le dire, l'annoncer clairement ? Invité : [28:35] Il y a ça, mais même avant de se poser la question de le dire ou pas, il y a le degré d'utilisation qu'on en fait. Monde Numérique : [28:42] Oui, alors tu as raison, ça c'est plus sur l'aspect technique. Invité : [28:45] Oui, bien sûr. Mais même au niveau de l'éthique, moi, je parle avec des auteurs de temps en temps, puis il y en a qui me disent que ça va de : « Oui, j'ai généré le livre à partir de l'intelligence artificielle, j'ai envoyé des prompts, on a discuté ensemble, puis elle a écrit le livre. » Ça, c'est une chose. De l'autre bout, il y a les personnes qui vont utiliser l'intelligence artificielle pour revisiter un texte, parce qu'ils travaillent au quotidien avec une IA, alors ils sont curieux de savoir ce que l'IA pense de leur bouquin. Ça, c'est un autre truc. Puis, parallèlement, tu as les gens qui vont utiliser l'IA pour faire de la correction, pour s'assurer qu'il n'y a pas de problème de temporalité à travers le bouquin. Invité : [29:26] Essentiellement, écoute, ce n'est pas compliqué : c'est du travail qu'on demanderait à quelqu'un qui fait la relecture, à un éditeur, mais plutôt que de demander à un tiers humain, on demande à l'IA de le faire. Et ça, j'en ai, je dirais que dans la dernière année, une bonne trentaine d'auteurs de tout acabit qui m'ont parlé de ça. Alors je me dis : on est en 2026 et, dans toutes les industries, on utilise l'intelligence artificielle. Alors pourquoi un auteur n'aurait pas le droit d'utiliser l'IA ? Ça, c'est ma première conclusion. Puis après, maintenant, est-ce qu'on doit le dire ? Est-ce qu'on ne doit pas le dire ? Moi, j'aime bien quand les auteurs le disent. Puis récemment, j'avais fait encore des entrevues avec des auteurs, et il y en a qui disent très ouvertement, en entrevue, qu'ils l'ont utilisée. Puis il y en a d'autres qui ne le diront pas. Puis je me dis : bon, bien, c'est leur choix. Mais ultimement, qui est garant du contenu ? C'est le nom de l'auteur qui est là. Après, sa démarche d'écriture… Monde Numérique : [30:23] Elle est évaluée. Invité : [30:23] 100 % d'accord. Puis on ne réinvente pas la roue. depuis que la littérature existe, il y a des gens qui ont écrit pour d'autres personnes. Monde Numérique : [30:30] Oui, je suis entièrement d'accord avec toi. Invité : [30:32] Je ne donnerai pas de nom, mais je me souviens d'un éditeur qui m'avait approché en disant : « Vous, j'aime bien ce que vous faites, vous avez plein de bonnes idées. Peut-être qu'un jour, on pourrait travailler ensemble, puis vous pourriez me donner une idée, et je trouverais quelqu'un pour l'écrire, puis après, vous mettriez votre nom dessus, puis on le publierait. » Et j'ai un malaise par rapport à ça. Monde Numérique : [30:52] Non, mais souvent, c'est des œuvres collectives, que ce soit pour des essais ou pour de la fiction. Invité : [30:58] Etc. Monde Numérique : [30:59] Ce qu'on appelle les ghostwriters, ou les plumes qui écrivent pour le compte d'autres personnes. Ça a toujours existé. Se faire aider, faire relire un chapitre. Et tu as tout à fait raison. C'est-à-dire que le rêve, le mythe de « il a écrit par l'IA », ça veut dire qu'il a prompté, il a dit à l'IA : « Allez, fais-moi un livre de 200 pages, in extenso. » Il a fait un copier-coller. Invité : [31:23] Cinq minutes après, le livre était sorti. Monde Numérique : [31:24] Voilà. Mais ça, c'est n'importe quoi. Ça n'existe pas. Donc il y a beaucoup de travail, et moi je suis d'accord qu'en 2026, écrire et recourir à l'IA à différentes étapes du processus d'écriture, mais à chaque fois en intervenant ensuite, en revalidant, c'est logique d'une certaine manière. Pour moi, il y a deux choses fondamentales qui correspondent au fait… Monde Numérique : [31:51] On peut dire qu'écrire un livre, c'est, un : l'intention. C'est-à-dire que c'est l'humain qui a donné l'input de base : « Je veux écrire un livre sur ça. » Ou même s'il se fait aider : « Tiens, j'aimerais écrire un livre, je ne sais pas quoi, sur la musique en ce moment, donne-moi des idées. » OK, donc ChatGPT va te sortir dix idées, mais c'est l'auteur qui va choisir : « Ah oui, ça me plaît, je vais y aller. » Et il se met à travailler. Et deuxièmement, après l'intention, c'est la responsabilité. C'est-à-dire qu'il envoie ça à un éditeur, il signe, il engage sa gueule, tu vois. Et que ce soit l'IA qui ait tout fait, ou lui, ou lui et l'IA, c'est son bouquin. Et c'est ça, l'écriture aujourd'hui. Alors oui, il s'est évité — et comme ça a toujours existé — le travail parfois fastidieux, je dirais presque, de consacrer de l'énergie à des petites choses pour écrire des histoires. Parfois, les dialogues, c'est ce qui peut te poser problème quand tu crées une fiction, un roman. Les dialogues, ce n'est pas toujours évident. Monde Numérique : [32:55] Soit tu fais appel à quelqu'un qui est très talentueux pour ça. Tu dis : « Allez, ce passage-là, là, il me gonfle et tout, tu me fais les dialogues. » Mais oui, mais ça paraît tellement logique. Invité : [33:04] Oui, puis ça se fait, j'allais dire, ça se fait dans le vrai monde. Monde Numérique : [33:08] Oui. Invité : [33:09] Il y a combien de séries, il y a combien de films que les gens ont regardés sans savoir que l'histoire de base, c'était, oui, la personne qui signait le film. Sauf qu'il y a une équipe de rédacteurs qui est passée là-dessus, qui a travaillé des scènes, qui a travaillé des trucs. Mais bon, il y a comme une naïveté, des lunettes roses, qui font en sorte qu'il y a des personnes qui sont hyper strictes. Puis, tu vois, Jérôme, quand j'ai vu ça arriver, ça m'a rappelé un souvenir. Peut-être que tu en as rencontré à l'époque. Tu sais, quand l'ordinateur est arrivé dans le décor et que là, les auteurs, c'était : « Non, mais moi, j'écris encore à la main. » Monde Numérique : [33:51] Oui, voilà. Invité : [33:52] Moi, j'écris encore à la dactylo. Le traitement de texte… Monde Numérique : [33:53] Non, non, pas le traitement de texte. Vous rigolez ou quoi? Invité : [33:55] C'est ça, exactement. Monde Numérique : [33:56] C'est exactement ça. Invité : [33:57] Ce n'était plus à la main. Monde Numérique : [33:58] C'était à la machine, mais c'était pareil. Invité : [34:00] Mais encore, les gens utilisaient le Liquid Paper sur la dactylo, par-dessus, pour faire des corrections plutôt que… Puis je me souviens, moi, il y en a… C'est exactement le même combat. Oui, bien, je suis passé à deux doigts de nommer des noms. Mais il y a des auteurs connus. Monde Numérique : [34:15] Je sens que tu te retiens, là. Invité : [34:16] Je ne sais pas. Monde Numérique : [34:16] Mais là, tu te retiens, à mon avis. Invité : [34:18] Oui, je me retiens. Il y a des dossiers. Il y a deux auteurs très connus québécois, qui sont connus en France, qui me disaient, oh non, non, non, moi, l'ordinateur, ce n'est pas pour moi. Moi, j'écris sur le papier. La dernière fois que je l'ai croisé, toujours sur le papier? Non, non, non, non. Mais tu sais, on n'en a pas parlé. C'est l'évolution des choses. Et si les gens-là, s'ils sont encore vivants et qu'ils écrivent dans 10 ans, dans 20 ans, ils vont utiliser l'intelligence artificielle pour certaines tâches. Monde Numérique : [34:47] Mais tu sais, moi, je me suis souvent posé la question. Un jour, j'étais tombé… Je visitais le château de Montesquieu et il y avait des écrits manuscrits de Montesquieu. Et c'est… Monde Numérique : [35:06] complètement raturé dans tous les sens et tout. Et tu te dis : mais si ces gens-là avaient eu un traitement de texte, ou même a fortiori l'IA, leurs écrits n'auraient pas été les mêmes. Mais est-ce qu'ils auraient été mieux ou est-ce qu'ils auraient été moins bien ? Franchement, je pense que c'étaient des gens de grand talent, parce qu'arriver simplement, à la plume, à faire des choses comme ça — et encore, c'étaient plus des essais, Montesquieu et Rousseau, mais même Victor Hugo — pour arriver à faire à la plume de la prose comme ça, ils avaient un talent incroyable. Mais peut-être qu'ils auraient été décuplés avec un traitement de texte ou de l'intelligence artificielle. Alors cela dit, il faut être très honnête, Bruno : je pense qu'on est, toi et moi, du même avis, mais beaucoup de gens ne partagent pas ce point de vue-là. Et c'est intéressant quand même d'évoquer… Moi, j'ai vu sur les réseaux sociaux des remarques. Tu as les gens qui te disent : « Non, mais lire un livre, c'est une relation directe entre un lecteur et un auteur. S'il y a de l'IA au milieu, le pacte est faussé », etc. Bon, OK, voilà. Et puis tu as ceux qui disent : « C'est de la fraude, c'est de la fraude, c'est limite du plagiat », tu vois. Ah bon, OK. Et c'est d'autant plus sensible en France, mon ami, qu'en France, tu sais que nous, la littérature, on la met là-haut, quoi. C'est absolument… Monde Numérique : [36:23] Et donc il y a quelque chose de brisé si on casse la chaîne de confiance. Et puis alors, après, il y a d'autres considérations. Bon, je ne vais peut-être pas me risquer à ça, mais quand même, ça a été évoqué. J'ai vu pareil sur les réseaux sociaux, parce que c'était passionnant, en fait, ce débat sur les réseaux sociaux. Des gens qui disent : « Mais en fait, tu as une espèce d'intelligentsia qui se sent dépossédée. » Parce qu'ils se disent : « Mais ça veut dire qu'avec l'IA, n'importe qui peut écrire un livre, n'importe qui peut écrire un succès. Mais c'est affreux ! » À Saint-Germain-des-Prés, c'est la panique en ce moment. Invité : [36:53] Oui, mais c'est un peu comme les musiciens qui ont paniqué quand ils ont vu l'IA arriver dans la création musicale, ou les acteurs qui ont vu l'IA arriver, capable de générer des rôles, de faire des trucs. Alors là, c'est le monde de l'écriture qui se sent bousculé. Monde Numérique : [37:11] Et puis effectivement, les jurés qui ont décerné ce prix, si ça ne leur est même pas venu à l'esprit, c'est peut-être aussi qu'eux ne doivent pas pratiquer beaucoup l'IA. Parce que toi et moi, quand on lit des trucs, assez vite, on se dit : « Mais attends, c'est ChatGPT, ça, on reconnaît un peu. » Et même quand ça ne saute pas aux yeux, tu t'interroges, tu te poses la question. Après, sur l'écriture de l'IA, moi, ce que je dis, c'est que l'IA, oui, elle va peut-être permettre à des auteurs moyens de paraître de bons auteurs. On le voit sur X : il y a un Français qui tweete beaucoup, qui a été retweeté par Elon Musk, etc. Ce n'est pas de la littérature, ce sont des posts, mais c'est aussi de l'écriture. Et tous ces posts sont écrits par IA. Et ils sont vachement bien. Ils sont ciselés et tout. Enfin, toutes les idées sont là et tout. Lui, il ne s'en cache pas. Il dit : « Mais oui, moi, je raccourcis le temps comme ça. » Il s'appelle Brivael, cet internaute. Et moi, je pense que l'IA va peut-être transformer des auteurs moyens — je ne dirais pas médiocres, mais moyens — en auteurs brillants. Mais en revanche, si c'est un imbécile qui est aux commandes, ça ne fera jamais un génie, quoi. Invité : [38:35] Mais tu vois, je te lance la question dans un autre domaine : la peinture. J'ai rencontré une entreprise québécoise qui est en train de faire parler d'elle en Amérique du Nord, dans le domaine de l'art graphique, parce que ce qu'elle permet de faire, c'est de numériser toute la production d'un artiste et puis, après, de lui dire, dans une IA ou par un modèle : « Eh bien, écoute, poursuis la création. » Ça veut dire que moi, je vais avoir une nouvelle peinture de tel artiste. Ce n'est plus l'artiste qui va le faire, c'est un bras mécanisé qui va reproduire dans le style de cet artiste-là parce que lui a donné accès à son ADN de création. Alors cette peinture-là, est-ce qu'elle vaut moins ? Ou est-ce que c'est la même chose ? Ou est-ce que c'est une œuvre au même titre qu'une autre qu'il a faite dans sa collection ? C'est là où il y a des questions d'éthique qui sont intéressantes. Monde Numérique : [39:26] Et c'est très difficile d'avoir un point de vue tranché. Parce qu'on commence à dire : oui, alors il faut mettre un label « fait avec de l'IA ». Pourquoi pas ? Moi, je trouve qu'en 2026, encore aujourd'hui, ça choque tellement, c'est tellement nouveau, que ça pourrait être justifié de mettre un label. Mais tu vois, je me dis qu'en 2030, ça n'aura plus de sens, parce que tout sera fait en partie avec de l'IA. Alors après, tu peux aussi envisager l'effet inverse, mais ça, on en avait déjà parlé, je suis sûr, il me semble bien, il y a déjà un an ou deux. C'est l'inverse : c'est de dire, de mettre un label quand ça a été fait uniquement par un humain. Tu vois, genre un label bio. Invité : [40:01] De facto, de facto, la prémisse, c'est que ce sont les humains qui produisent le plus... Monde Numérique : [40:05] Oui, non, mais je veux dire, seulement, si c'est fait seulement par un humain, mais c'est ridicule, mais ce sera un label bio mais qui ne sera pas du tout un gage de qualité. Ça veut dire que le mec, il aura ramé, ça lui aura pris plus de temps, à l'arrivée, ce sera peut-être moins bien que ce qu'il aurait aimé faire, etc. Invité : [40:19] Puis Jérôme, qui va passer une éternité à côté d'un auteur pour voir qu'il n'a pas touché au Robert numérique ou je ne sais pas trop quoi. Monde Numérique : [40:28] On va lui mettre une caméra pour surveiller s'il respecte bien toutes les règles de l'écriture, etc. Invité : [40:34] Non, c'est ça. Monde Numérique : [40:36] C'est un combat perdu d'avance. C'est un combat perdu d'avance et je pense qu'il faut accepter quand on lit un livre, de se dire qu'il y a des passages qui ont été générés par l'IA. Ce n'est pas un scandale. Le scandale, c'est si vraiment l'auteur n'a rien compris à ce qu'il a écrit. Là, il y a un problème. Invité : [40:53] Oui, exactement. Monde Numérique : [40:54] Là, il y a un problème. Invité : [40:55] Parce que tant qu'il est porteur de son propos, on s'entend, à un moment, libre à lui de se faire aider. Monde Numérique : [41:00] C'est la responsabilité. L'intention, la responsabilité. Invité : [41:04] Oui, puis un livre qui serait complètement écrit par l'IA, il a quand même mis un prompt au début. Puis il a quand même choisi vers où l'IA allait partir. Donc il y a un début de responsabilité. Après, il y a le geste de le prendre et de l'envoyer à un éditeur. Donc on décuple. Non, non, mais je vais à la base. Monde Numérique : [41:22] Non, mais ouais. On est peut-être un peu naïfs. C'est-à-dire que nous, on voit ça uniquement pratiqué par des gens honnêtes. Mais il y a des escrocs qui vont faire des saloperies avec ça. C'est évident. Des fraudeurs, des plagieurs, des... Invité : [41:36] Tu parles de ceux qui détroussent les pauvres gens avec des armes sur Internet, là? Monde Numérique : [41:41] Par exemple, par exemple. Enfin, bon, voilà, gros dossier, c'est super intéressant parce que ça remet en cause, c'est à la fois très pointu, c'est la littérature, bon, ça concerne qu'un petit milieu, mais non, pas du tout, en fait. Ça va vraiment bien au-delà. Invité : [41:54] Puis, Jérôme, si tu me permets, parce que j'ai l'impression que c'est le genre de sujet qui va intéresser les gens : si vous nous regardez, gênez-vous pas, sous la vidéo sur YouTube, laissez vos commentaires. C'est quoi votre point de vue ? Comment vous réagissez par rapport à ça ? Évidemment, si vous nous écoutez sur des plateformes audio, envoyez un courriel, laissez un message en dessous. Mais moi, je serais curieux de savoir ce que pensent les gens qui nous écoutent. Monde Numérique : [42:19] Dites-nous ce que vous pensez de tout ça. Bruno, de quoi tu parles dans ton carnet cette semaine? Invité : [42:24] Écoute, c'est simple. Après t'avoir parlé à toi, il y a tout le reste de l'équipe de mon carnet qui vient nous rejoindre. Monde Numérique : [42:29] Ah, je peux venir? Invité : [42:30] Oui, oui, non, je t'attends. On va faire une courte pause, puis après, tout de suite après, on retrouve tout le reste de l'équipe de Mon Carnet. Je sais que je suis invité. Bien, j'espère bien ! Et donc ça fait dix ans, cette semaine, que Mon Carnet existe. Alors je me suis dit : tiens, pour les Européens, pour les Français qui nous écoutent, on va faire une grosse tête avec la bande de collègues pour revenir sur les dix ans de la tech dans Mon Carnet. Monde Numérique : [42:52] Génial. Merci, mon cher Bruno, pour cette rencontre hebdomadaire. Et puis on se retrouve tout de suite dans ton Carnet, et puis sinon, la semaine… Invité : [43:02] prochaine. À la semaine prochaine. Salut. Monde Numérique : [43:03] Et retrouvez le débrief Transat intégral, où on parle de plein d'autres sujets, puisque maintenant c'est une émission à part entière, de plus en plus longue, Monde Numérique : [43:12] ce Débrief Transat avec Bruno, à retrouver sur le fil du podcast Monde Numérique. On parle tout de suite, tiens, de santé connectée, dans un instant avec Withings, et juste avant d'environnement et de technologie au service de l'environnement, notamment au service de l'eau. Bonjour Julien Villeret, directeur de l'innovation d'EDF. Invité : [43:35] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [43:36] On se retrouve comme chaque mois en partenariat avec EDF pour parler d'innovation au service de l'énergie et du climat. Alors on a beaucoup parlé cet été lors des canicules, notamment de la question de la gestion de l'eau en France et notamment à propos des fameux data centers. Où en sommes-nous dans ce domaine ? Invité : [43:54] Alors oui, en l'occurrence, sur la question de l'eau, il y a la question de son utilisation, de sa consommation et de son recyclage ou de sa réutilisation. Il y a beaucoup de process qui utilisent de l'eau. Utiliser, ça veut dire quoi ? C'est que je prends de l'eau, je l'utilise pour mon process, mais je la rejette à peu près à l'identique. Donc ça veut dire que globalement, je vais refroidir mon data center, je vais refroidir ma centrale, etc. Mais l'eau est rejetée, propre, dans la nature. Ça, c'est de l'utilisation. Il y a de la consommation d'eau. Invité : [44:22] Il y a de l'eau qui est consommée, c'est-à-dire qui ne réapparaît pas dans le cycle classique que l'on connaît tous de l'eau. Et cette eau consommée, on le voit par exemple dans certains domaines, en particulier en agriculture. Ça peut être aussi le cas, dans une certaine mesure, de l'eau potable, puisqu'une fois qu'on l'a bue, elle ressort comme un déchet et plus comme de l'eau potable. Donc bref, il y a cette consommation. Et puis il y a la question de la circularité de l'eau. Et c'est peut-être là-dessus que je voudrais insister, parce que là-dessus, on a beaucoup, beaucoup d'innovations technologiques qui se développent autour de la réutilisation de l'eau. Nous, on a investi, par exemple, chez EDF Pulse, dans une start-up qui s'appelle Chemdoc Water Technologies, Chemdoc pour les intimes. Et eux, ils font quoi ? Ils recyclent des eaux industrielles pour leur donner une seconde vie. C'est-à-dire que quand on utilise de l'eau dans le cadre d'un processus industriel — et l'industrie, toutes les industries, utilisent évidemment beaucoup d'eau — plutôt que de la rejeter, on la retraite et on va la réutiliser. C'est-à-dire qu'on crée des boucles les plus fermées possible pour ne pas justement aller utiliser ou consommer de l'eau qui pourrait être utilisée ou consommée ailleurs de façon plus utile pour la vie humaine, par exemple, mais aussi pour produire de l'hydroélectricité avec des barrages. Donc l'idée, c'est de créer de plus en plus de boucles fermées et vertueuses dans la consommation d'eau. Les data centers aussi travaillent beaucoup à ça. Il y a aujourd'hui de plus en plus de développements de technologies qui permettent de faire du refroidissement de data centers sans eau ou avec des boucles d'eau fermées. Invité : [45:52] Ou avec des technologies différentes. Par exemple des bains de silicone, c'est très impressionnant. On a des serveurs qui, au lieu d'être refroidis par des ventilateurs ou par des systèmes de refroidissement liquide, sont en fait plongés dans des bains de silicone. C'est de l'huile, en fait, c'est une huile de silicone conductrice. On a l'impression que ce sont des bains d'eau, vus de loin, notamment. Et donc ça permet de refroidir les serveurs directement dans ce bain de silicone sans avoir à les refroidir par air ou par eau. C'est très impressionnant. Je vous invite à regarder des images sur YouTube, par exemple, de ce type de système de refroidissement. On a l'impression qu'on va abîmer les machines, mais pas du tout. Et c'est fait pour ça. Monde Numérique : [46:29] Et ce qui fait que, contrairement aux idées reçues, les data centers, en tout cas en France, ne sont pas si consommateurs d'eau que ça ? Invité : [46:37] Non, alors les data centers sont utilisateurs. Monde Numérique : [46:39] Yann LeCun a même dit : « Pas du tout. » Alors je ne sais pas si ce n'est pas un peu avancé, mais bon. Invité : [46:44] Alors, en fait, ça dépend des technologies utilisées. Mais effectivement, en France. Monde Numérique : [46:47] C'est pas la même chose. Invité : [46:49] Voilà, peu utilisateurs et très peu, quasiment pas consommateurs. Je faisais la distinction tout à l'heure, c'est la même qui s'applique ici. Et surtout, en France, les data centers, ils sont refroidis avec de l'électricité décarbonée. Et on revient toujours à ce même sujet : c'est que si on utilise une électricité propre pour son process, de fait, le process, à la fin, est décarboné. Donc un data center alimenté par une électricité renouvelable ou nucléaire, de fait, il ne pose pas de problème pour le réchauffement climatique. Et un data center qui est refroidi autrement qu'avec de l'eau, évidemment, il ne pose pas de problème sur le cycle de l'eau. Si on est dans un pays qui produit son électricité avec du charbon, avec du gaz — et suivez mon regard, il y en a plein dans le monde — évidemment, là, ce n'est pas du tout le même sujet. Mais, une fois de plus, sur ce sujet-là, en France, on est plutôt très, très bien placés. Monde Numérique : [47:40] Encore faut-il que les centrales nucléaires fonctionnent non-stop. On sait que quand il fait chaud, notamment quand il y a des problèmes d'eau ou de température d'eau, régulièrement on entend dire que telle ou telle centrale nucléaire est obligée de s'arrêter. Qu'est-ce qu'il en est ? Invité : [47:59] Il faut juste démonter une idée reçue. Les centrales nucléaires ne s'arrêtent pas parce qu'il fait chaud. Les centrales nucléaires peuvent fonctionner par des niveaux de chaleur bien supérieurs à ceux que l'on connaît pour une simple raison. C'est qu'à l'intérieur même d'une réaction nucléaire, vous imaginez bien la température qu'il fait. Monde Numérique : [48:16] De toute façon, il fait chaud. Invité : [48:17] Ce n'est pas 50 degrés, c'est des centaines et des centaines et des centaines. Donc le sujet n'est pas tant la chaleur qui empêcherait l'installation de fonctionner. C'est justement le respect de l'environnement. Les centrales nucléaires qui sont au bord de cours d'eau aspirent de l'eau pour leur refroidissement. Cette eau, derrière, est rejetée, et c'est une eau qui n'est pas du tout radioactive, évidemment, qui ne passe pas du tout par le circuit radioactif. Mais cette eau-là, quand on la rejette, elle doit respecter une température de rejet pour ne pas venir abîmer la biodiversité. Donc, en fait, c'est ça le sujet. C'est que pour ne pas rejeter une eau qui viendrait déranger les poissons, qui serait un peu trop chaude par rapport à celle que les poissons pourraient tolérer dans les rivières, par exemple, eh bien on arrête la centrale plutôt que de rejeter de l'eau trop chaude. Donc c'est ça, en fait, le sujet. Monde Numérique : [48:57] Mais c'est quand même lié à l'augmentation de la température. Invité : [49:01] Et c'est évidemment lié à la température des cours d'eau. Donc, quand le cours d'eau est plus chaud en entrée, forcément, quand il est réchauffé par le process industriel, il sera encore plus chaud. Et là aussi, on développe des technologies de refroidissement de l'eau qui nous permettent d'aspirer une eau qui serait trop chaude, de la rafraîchir pour pouvoir l'utiliser et la rejeter à une température qui serait plus faible que celle d'entrée. Et donc ça, évidemment, ce serait — parce que ce sont encore des adaptations que nous sommes en train de faire sur certaines centrales, des expérimentations — mais ce serait vertueux parce que, pour le coup, on rafraîchirait finalement un cours d'eau qui est trop chaud aujourd'hui pour la biodiversité. Donc on travaille aussi en adaptation à ce genre de choses. Monde Numérique : [49:38] Puisqu'on est dans les centrales nucléaires, je crois que... Cet été à Gravelines, il y a eu, un petit problème, mais ce n'était pas la sécheresse, c'était les méduses, c'est ça ? Invité : [49:50] Et oui. Alors, le réchauffement climatique, c'est le réchauffement des océans. Et le réchauffement des océans ou des mers, ça crée plein de problèmes, de biodiversité pour le coup invasive. Et donc on a connu, nous, chez EDF, mais évidemment tout le monde a connu ça cet été. D'ailleurs les baigneurs aussi, hélas, l'ont souvent subi. Mais y compris en mer du Nord, il y a eu des invasions de méduses. Donc des invasions de méduses qui perturbent les systèmes, en l'occurrence de filtration des centrales, les prises d'eau qui sont donc ponctionnées. Et donc il y a eu effectivement énormément de méduses cet été. Alors les protections ont très bien fonctionné. Il n'y a pas eu de conséquences pour la sûreté du tout. Mais c'est quelque chose qui est totalement nouveau et qui est totalement créé par le réchauffement climatique. Et tous nos confrères électriciens de toute l'Europe, en tout cas, ont connu ça. Monde Numérique : [50:39] Oui, mais là, c'est l'eau qui est pompée dans la mer, pas dans les rivières. Invité : [50:42] Exactement. Là, c'est de l'eau pompée dans la mer. Et donc là, le sujet, ce n'est pas du tout le réchauffement de l'eau. C'est le fait qu'en fait il y a des bancs de méduses en quantité industrielle, des tonnes, des tonnes, des tonnes et des tonnes, qui viennent boucher les infrastructures. Et donc là aussi, il y a des réponses technologiques qu'on développe, certaines en propre, certaines avec des start-up, d'abord pour anticiper l'arrivée des bancs de méduses. Et donc là, je reviens aux capteurs, aux modèles de jumeaux numériques dont je parlais tout à l'heure, qui nous permettent d'anticiper plusieurs jours à l'avance l'arrivée de ces bancs de méduses. On travaille aussi avec des réseaux de pêcheurs, enfin bref, avec tout un tas de capteurs technologiques ou humains d'ailleurs, et d'informateurs, pour les voir arriver. Et puis derrière, des systèmes de protection. On est en particulier en train de travailler avec une start-up. Je ne peux pas donner son nom puisque c'est un travail un peu confidentiel pour le moment, mais qui, grâce à des systèmes très robustes de captation dans l'eau — en l'occurrence, là, ce serait pour des méduses, mais ça fonctionne aussi pour d'autres types de déchets flottants, par exemple — permettent d'empêcher l'arrivée de ces méduses sur le littoral et de venir à la fois embêter les vacanciers, mais aussi boucher les tuyaux. Monde Numérique : [51:52] Merci Julien Villeret, directeur de l'innovation d'EDF. Merci. Monde Numérique : [51:58] Surveiller sa santé au quotidien grâce aux objets connectés, c'est aujourd'hui une réalité, et ça évolue en permanence avec des nouveautés, notamment du côté de la pépite française Withings. Bonjour Éric Carreel. Invité : [52:11] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [52:12] Cofondateur et président de Withings, je voulais vous recevoir dans Monde Numérique pour faire un peu le point sur vos différentes actualités, vos nouveautés récentes sorties ces dernières semaines, ces derniers mois, et notamment votre produit phare, en quelque sorte, le pèse-personne connecté, le BodyScan 2, qui est désormais disponible et qui intègre toute une panoplie de fonctionnalités, notamment pour la détection du diabète de type 2. On va en parler. Mais donc, le BodyScan, en fait, à quoi sert-il ? Invité : [52:46] En fait, ce pèse-personne intègre pas mal de mesures nouvelles. Donc, bien sûr, on mesure le poids, on mesure la composition corporelle segmentale, c'est-à-dire qu'on va analyser quelle est la part de muscles et de graisses dans les différentes parties de notre corps, pas uniquement d'un point de vue global. On va pouvoir séparer, par exemple, la graisse viscérale, qui n'est pas la meilleure pour notre santé, de la graisse qui est sur nos membres supérieurs ou nos membres inférieurs. On va mesurer énormément aussi de paramètres cardiaques, donc… Invité : [53:18] Bien sûr, le rythme cardiaque, la saturation en oxygène, mais aussi ce qu'on appelle la période de pré-éjection, c'est-à-dire le temps pendant lequel le cœur se contracte sous l'impulsion électrique. Et ensuite, le « left ventricular ejection time », qui est le temps pendant lequel le ventricule gauche va éjecter le sang à travers les artères. Et une fois qu'il est éjecté dans les artères, on va pouvoir mesurer la rigidité de ces artères. Et donc, à travers ça, on a tout le flux du système cardiovasculaire, auquel on ajoute ce qu'on faisait déjà sur les précédents modèles, qui est la mesure de la santé nerveuse. Et donc quand on intègre toutes ces mesures et qu'on fait des études cliniques, en comparant des patients qui font ces mesures et qui ont d'autres moyens de mesurer cette glycémie, on arrive à construire ce qu'on appelle des scores qui vont pouvoir donner un risque de dérégulation glycémique et donc de diabète. Monde Numérique : [54:24] Ça s'adresse à qui ? À des personnes qui se sentent en bonne santé et puis on va détecter quelque chose qu'on n'avait pas vu ou bien c'est pour le suivi de personnes qui ont déjà été diagnostiquées avec ce type de problème ? Invité : [54:36] Alors, ça s'adresse un peu à tout le monde, mais effectivement, c'est très important pour les personnes qui n'ont pas encore été détectées, ou qui peuvent avoir du diabète mais qui ne le savent pas. Et alors la situation est un peu différente aux États-Unis et en Europe. Mais aux États-Unis, vous savez qu'il y a un nombre de personnes qui souffrent du diabète qui est énorme. Enfin, pour les maladies chroniques, chez les plus de 40 ans, la majorité des gens ont des maladies chroniques, et même de 20 à 40 ans, il y en a 44 %, ce qui est notamment lié au surpoids, au fait de se coucher à des heures irrégulières, etc. Mais en Europe, on est, entre guillemets, en retard. On a la chance d'être en retard sur ce coup-là, mais on y va. C'est-à-dire que l'explosion de ces maladies chroniques est très importante, et il y a encore énormément de gens qui ne sont pas diagnostiqués et qui, du coup, quelque part, s'enfoncent dans cette maladie chronique. Et plus on la détecte tôt, plus elle est réversible. C'est-à-dire qu'à partir d'un moment, elle devient chronique, c'est-à-dire qu'elle n'est plus réversible. Mais si on la prend suffisamment tôt, elle peut être réversible. Monde Numérique : [55:51] Donc c'est vraiment un outil de médecine préventive, en fait. Invité : [55:59] C'est un outil de médecine préventive et c'est un outil d'accompagnement à la maison. Parce qu'il faut bien voir que la santé, elle est obligée de se transformer. Aujourd'hui, on va vivre effectivement avec des maladies qui vont durer très, très longtemps. Et ce n'est pas uniquement une visite une fois tous les six mois chez le médecin qui permet de gérer cette maladie. Alors, pour deux raisons : un, parce qu'il peut y avoir des complications entre deux visites ; deux, parce que si nous n'avons pas de motivation à nous mesurer, à faire attention à nous, on est tous un peu fainéants quelque part, et même pour notre santé, on a tendance à ne pas la suivre suffisamment. Et donc on a besoin d'être accompagné quand on est en vie réelle et qu'on n'est pas dans le cabinet médical. Monde Numérique : [56:45] Donc la « Glucose Resilience », c'est ça ? On peut traduire ça comme ça en français ? Résilience glycémique. Sur ce BodyScan 2 qui est sorti récemment, je l'ai dit, au mois de mai 2026. Invité : [57:00] Exactement. Monde Numérique : [57:04] Qui coûte combien ? Invité : [57:06] Qui coûte 499. Monde Numérique : [57:07] On est dans les 500 euros, je crois. Oui, c'est ça. Invité : [57:09] 499. Monde Numérique : [57:10] Environ 500 euros. D'accord. Éric Carreel, du coup, c'est un véritable examen médical qu'on passe quand on met les pieds sur cette balance. Ça dure combien de temps ? Invité : [57:20] Exactement. C'est un examen médical. C'est une espèce de check-up. Et d'ailleurs, c'est un produit qu'on va demain pousser aussi dans les cabinets médicaux, dans les salles de sport, etc., parce que justement, ça aide les personnes à prendre conscience qu'il y a un suivi à faire, et peut-être à décider d'en avoir un chez soi pour que ce suivi soit régulier. Monde Numérique : [57:42] Est-ce que le public a compris tout ça ? Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir trouvé votre public aujourd'hui avec ce type de produit ? Invité : [57:50] Alors, on a le sentiment que la compréhension est de plus en plus forte. C'est-à-dire qu'il y a bien sûr, en France, des difficultés particulières, parce qu'en France on a à la fois cette chance d'avoir un système de santé extrêmement bien remboursé, mais qui a des conséquences psychologiques sur la santé des Français : quelque part, on considère qu'on a sous-traité la santé au monde médical. Notre santé, on l'a sous-traitée au monde médical. Du coup, on a tendance à ne pas en prendre soin, c'est-à-dire qu'on attend que ça aille vraiment mal, et quand ça va mal, on va voir un médecin. Et là, on voit qu'on est un peu à la limite de notre système, alors que les Américains, pour qui ça fait mal au portefeuille, la santé, prennent en charge plus proactivement leur santé. Et donc on a un travail, vous, monde de la communication, et nous, à faire pour dire : la santé, c'est d'abord mon capital et c'est à moi de le prendre en charge. Et ce n'est pas le médecin tout seul qui peut tout faire si je ne m'en occupe pas dans ma vie de tous les jours. Monde Numérique : [58:55] Merci beaucoup, Éric Carreel, cofondateur et président de Withings. Et retrouvez l'intégralité de cette interview la semaine prochaine sur le fil du podcast Monde Numérique. Monde Numérique : [59:17] Et voilà, je sais, les meilleures choses ont une fin, mais on arrive à la fin de Monde Numérique, l'hebdo du 26 septembre 2026. Merci d'avoir écouté jusqu'au bout cette émission. Merci d'écouter régulièrement et quotidiennement, puisque Monde Numérique, c'est quasiment un épisode par jour. Retrouvez les interviews en épisodes séparés, en version intégrale, la semaine prochaine sur le fil du podcast Monde Numérique. Vous trouvez aussi les vidéos de Monde Numérique — pas mal de vidéos ces derniers temps, de sujets pas forcément traités tous en audio dans le podcast — donc c'est sur la chaîne YouTube de Monde Numérique et sur le site également, mondenumerique.info. Cette rentrée 2026 se fait sur les chapeaux de roue en matière d'actualité technologique, donc je pense qu'on aura encore plein de choses à se raconter la semaine prochaine. Je vous souhaite une très bonne semaine, pleine de tech. Salut !
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