Pourquoi l’Europe est privée des nouveautés high-tech (🔎 Zoom Tech)
Monde Numérique29 octobre 202607:54

Pourquoi l’Europe est privée des nouveautés high-tech (🔎 Zoom Tech)

Siri, Gemini, les agents IA de Meta ou d’OpenAI… Pourquoi tant d’innovations restent-elles absentes en Europe ?

Des innovations qui s’arrêtent aux frontières européennes

Le nouveau Siri, certaines fonctions avancées de Google Gemini, l’agent Muse de Meta ou encore l’agent Dot d’OpenAI : de plus en plus d’innovations numériques sont absentes du marché européen. Des fonctionnalités parfois très concrètes, comme la recopie de l’iPhone sur Mac, l’enregistrement et la transcription des appels ou l’assistance intelligente dans Chrome, restent inaccessibles aux utilisateurs français.

La réglementation européenne en ligne de mire

RGPD, DSA, AI Act et surtout DMA, le règlement sur les marchés numériques : plusieurs textes européens sont au cœur des tensions entre Bruxelles et les grandes plateformes américaines.

L’objectif de l’Union européenne est de renforcer la concurrence, de protéger les données personnelles et d’empêcher les grandes entreprises de favoriser systématiquement leurs propres services. Mais ces obligations peuvent aussi imposer des adaptations techniques et juridiques aux fabricants.

Apple estime notamment que certaines exigences d’interopérabilité pourraient fragiliser la sécurité de son écosystème. De leur côté, les autorités européennes rappellent que les réglementations n’interdisent pas, en tant que telles, le lancement de ces innovations. Les entreprises peuvent décider de reporter ou de limiter leur déploiement par crainte des conséquences réglementaires.

Apple, Google, Meta : des utilisateurs pris entre deux feux

Les exemples se multiplient. Certaines fonctions du nouvel assistant Siri ne sont pas proposées dans l’Union européenne. Google réserve également plusieurs possibilités de Gemini à d’autres marchés, tandis que Meta déploie ses nouveaux outils d’intelligence artificielle de manière différenciée selon les pays.

Derrière ces choix, les raisons varient : incertitude juridique, coûts d’adaptation, protection des données ou stratégie commerciale. Les entreprises et les institutions européennes se renvoient ainsi la responsabilité, tandis que les utilisateurs doivent patienter, renoncer à certaines fonctions ou chercher des solutions de contournement.

Protéger les citoyens sans freiner l’innovation

Le débat ne se résume pas à une opposition entre une Europe trop réglementée et des géants américains empêchés d'innover. Les intérêts sont divergents, et les responsabilités partagées : Bruxelles défend un modèle numérique plus ouvert, tandis que les plateformes cherchent à préserver leur maîtrise technologique et économique.

Mais les conséquences pourraient dépasser le simple confort d’utilisation. Si les nouveaux outils arrivent systématiquement plus tard en Europe, les particuliers comme les entreprises risquent de prendre du retard dans l’adoption de technologies qui transforment déjà les usages ailleurs.


Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


[0:01] Le nouveau Siri sur iPhone, l'écran domotique Apple Home View, l'agent Muse de Meta ou encore l'agent Dot d'OpenAI, autant d'innovations technologiques [0:11] récentes qui ne sont pas disponibles dans les pays de l'Union Européenne et donc en France. Certaines arriveront peut-être plus tard et d'autres peut-être jamais. Voilà, ce qui était jusque-là anecdotique, voire amusant, commence à devenir un vrai problème. Et la question mérite d'être posée. Devenons-nous un tiers monde du numérique. Car la liste des outils technologiques étrangers qui sont aux abonnés absents sur notre continent ne cesse de s'allonger. Piloter son iPhone depuis son Mac, enregistrer et transcrire un appel avec la fonction intégrée de l'iPhone, utiliser l'assistant Gemini intégré dans le navigateur Chrome, etc. [0:46] Toutes ces petites choses, il faut s'en passer. Alors bon, ce n'est pas bien grave, vous allez me dire. on peut vivre sans, mais n'empêche, ça finit par manquer au quotidien, surtout quand on voit que ça peut rendre des services et que c'est disponible dans d'autres pays. Alors que se passe-t-il ? Eh bien à chaque fois, l'explication est la même, un peu lapidaire, c'est vrai, c'est la faute à l'Europe, la faute de la réglementation européenne, qui par souci de protection des consommateurs, des citoyens et du marché européen, impose toujours plus de contraintes. Prenons le nouveau Siri. Apple vient de lancer iOS 27 et iPadOS 27 avec le fameux Siri AI qui comporte plein de choses intéressantes. Mais la marque a annoncé dès le départ que ce ne serait pas disponible dans l'Union Européenne au lancement sans donner de date pour un éventuel déploiement ultérieur. Autre exemple, la recopie de l'iPhone sur Mac. Une fonction qui permet d'utiliser les applications de son téléphone depuis son ordinateur. Bon certes, ça n'intéressera pas tout le monde, mais n'empêche, ce n'est pas disponible. cela se heurte à des dispositions réglementaires sur l'ouverture à la concurrence. Du côté de Google, l'assistante Gemini, j'en parlais, normalement intégrée à Chrome désormais, pour par exemple résumer une page, comparer des informations qui sont sur plusieurs onglets, c'est arrivé au Royaume-Uni en juillet, mais pas dans les pays de l'Union Européenne. Il y a même des fonctions qui disparaissent, comme par exemple l'accès direct à Google Maps à partir d'une requête de Google. [2:10] Toujours pour des raisons de respect de la concurrence, mais au détriment du confort des utilisateurs. Pareil du côté de Meta, avec Muse, le nouvel agent du groupe californien, lancé récemment aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, mais pas en Europe. Dans le cas présent, et comme dans d'autres d'ailleurs, on ne sait pas si c'est. [2:31] Peut-être à cause d'une volonté de déploiement progressif, notamment pour des questions de montée en charge, c'est le brouillard. [2:39] Mais bien souvent, c'est une question de réglementation européenne. Pourquoi ces restrictions ? À cause du RGPD, du DSA, de l'AI Act. En fait, les raisons ne manquent pas. Souvent aussi, c'est à cause du DMA, le Règlement européen sur les marchés numériques. Pour Bruxelles, la priorité des priorités, c'est l'ouverture à la concurrence, pour permettre à tous les acteurs, y compris européens, de jouer sur ce grand terrain du numérique. Et pour éviter que les plateformes ne réservent, par exemple, leurs outils à leurs propres écosystèmes. Mais dans le cas d'Apple, ouvrir iOS en profondeur aux concurrents serait dangereux pour les données personnelles, affirme la compagnie américaine. Et elle n'en démord pas, elle reste là-dessus. Les négociations durent depuis des mois, chacun campe sur ses positions. Il y a eu des propositions de part et d'autre, mais ça n'avance pas. Et au milieu, l'utilisateur compte les points. En tout cas, il attend, sagement. [3:32] Alors bon, il n'est pas question de faire dans cette chronique de l'Europe bashing, pas du tout, c'est pas le genre de la maison, et puis ce serait trop facile. [3:41] Car il faudrait considérer précisément chaque cas séparément, qui ne sont pas tous exactement les mêmes. Mais les effets, eux, sont très souvent similaires. Et ce que l'on constate aussi, c'est que, oui, il faut l'avouer, les torts sont partagés. D'un côté une Europe qui s'est réveillée face à la domination numérique américaine et qui entend remettre les pendules à l'heure, et de l'autre des géants étrangers qui sont dérangés dans leur manière d'agir, et qui refusent de se plier ou qui jouent la montre en espérant que ça va énerver les citoyens contre leurs propres institutions. Entre les deux, les fameux citoyens, les utilisateurs, eux, sont privés d'innovation. Pour bien comprendre, il faut préciser que les fonctions ou les produits qui ne sortent pas en Europe, en général, ne sont pas interdits. C'est beaucoup plus subtil. C'est la marque qui prend la décision de ne pas les déployer par crainte de poursuites judiciaires. [4:33] Elles ne veulent pas adapter leurs produits, soit pour des raisons de sécurité, comme l'affirme Apple, soit pour des questions budgétaires, soit pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore, parce que ça pourrait faire tâche d'huile à l'échelle de la planète. Et si chaque pays se met à demander des adaptations spécifiques, là encore, c'est leur petit business model qui risque d'être perturbé. Quoi qu'il en soit, nous nous retrouvons donc privés de toutes ces innovations [4:58] et l'Europe devient une sorte de sanctuaire technologique. Alors à une époque lointaine, ça ne choquait personne qu'il y ait un décalage entre les deux rives de l'Atlantique, c'était même la règle dans bien des domaines. Mais ces dernières décennies, au contraire, on s'est habitués à des lancements mondiaux et donc on a vraiment le sentiment aujourd'hui de revenir en arrière. On peut se dire que c'est pour notre bien, pour nous protéger des appétits féroces, des ogres américains, oui. Et puis on peut aussi espérer des équivalents français, allemands ou estoniens, qui pourraient voir le jour. Mais bon, souvent ils ne sont pas aussi bons. Et puis ils arrivent en retard ou ils n'arrivent pas du tout. Et en attendant, ce sont les Européens qui prennent du retard dans l'adoption de ces nouveaux outils et dans les usages qui en découlent. Avec à l'arrivée un risque, celui que l'Europe devienne progressivement l'endroit où les nouvelles technologies arrivent en dernier et ainsi augmente encore son fameux retard technologique. [5:52] Ces restrictions, présentées comme bénéfiques à long terme, sont donc douloureuses [5:55] à court terme et risquent de laisser des séquelles. Le problème aussi, c'est l'absence totale de transparence. Aucun fonctionnaire ou élu européen ne prend jamais la parole pour clarifier ce genre de situation. La communication reste technique, mais personne ne répond clairement à la question « Pourquoi est-ce que telle ou telle fonction est absente de mon smartphone ou de mon ordinateur ? » alors que ce problème ne se posait pas avant. Encore une fois, l'Europe estime que ce n'est pas elle qui est en tort. Et chacun donc se renvoie la balle. Les autorités se réfugient derrière le fait qu'il n'y a pas d'interdiction formelle et qu'à chaque fois, c'est Apple, Google ou Meta qui prend la décision de ne pas lancer tel ou tel produit. [6:33] Quoi qu'il en soit, ce manque de transparence et cette bouillie ajoutent encore au sentiment d'arbitraire. Et quand Apple parle de sécurité des données, c'est un argument qui peut s'entendre. Quand Google parle d'expérience utilisateur altérée, là aussi, c'est un argument audible. Car malheureusement, la prudente réglementation européenne, il faut bien l'avouer, a souvent engendré plus d'inconfort que de confort. Exemple, les bannières de consentement aux cookies sur les sites web qui sont devenues l'un des pires points de friction du quotidien. [7:02] En plus, tout ça n'est pas bon pour la confiance envers les institutions européennes. Alors bien sûr, la raison voudrait que l'on regarde au-delà de l'immédiat et qu'on ne se comporte pas en enfant gâté. Oui, mais on aimerait bien aussi ne pas être considéré comme des enfants. À force de jongler avec des VPN pour contourner ces interdictions, on a parfois un peu l'impression d'être comme en Chine derrière le grand firewall. Alors la question est de savoir jusqu'où on doit céder aux géants américains, mais aussi à quel prix on peut leur résister. Et surtout, la question pour l'Union européenne est de savoir comment imposer son modèle réglementaire sans finir par décourager le lancement de ces innovations, ni nuire au quotidien de ceux qui en ont vraiment besoin.
Technologies,Numérique,