Dans cet épisode rediffusé de la série INNOVATEURS, consacrée à celles et ceux qui font l’innovation, nous vous proposons de réécouter notre rencontre avec Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft, l’une des startups françaises les plus avancées dans le domaine de la robotique humanoïde.
Parti d’un projet profondément personnel — aider son fils à remarcher — Jean‑Louis Constanza raconte comment Wandercraft est devenu un acteur majeur des exosquelettes médicaux avant de se lancer dans les robots humanoïdes industriels. Il revient sur la naissance de Calvin, le robot développé avec Renault, capable de porter des charges lourdes dans les usines, et explique pourquoi la robotique représente selon lui un enjeu stratégique majeur pour l’Europe. Il partage également sa vision de l’innovation, son regard sur l’intelligence artificielle, les bouleversements à venir sur l’emploi et les raisons pour lesquelles il estime que les robots humanoïdes vont transformer profondément notre économie et notre société.
🎤 INVITÉ : Jean-Louis Constanza - Cofondateur de Wandercraft
Punchlines
- Les robots vont créer et remplacer des emplois.
- La robotique, c’est le dernier train européen à prendre.
- On ne voit pas encore ce que cette révolution va produire.
- L’innovation, ce n’est pas l’invention, c’est la diffusion.
- Ceux qui n’auront pas de robots seront déclassés.
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Comment est née Wandercraft ?
L’histoire de Wandercraft est directement liée à mon fils Oscar, qui a perdu la marche très jeune à cause d’une maladie génétique. Un jour, il m’a demandé pourquoi, puisque j’étais ingénieur en robotique, je ne fabriquais pas un robot pour l’aider à marcher. À l’époque, la marche robotique était encore un sujet de laboratoire. J’ai alors rencontré Nicolas Simon, un ingénieur visionnaire, et nous avons décidé de créer un exosquelette totalement auto-équilibré. L’idée n’était pas simplement de faire bouger des jambes, mais de créer un véritable robot humanoïde capable de marcher seul. Douze ans plus tard, Wandercraft équipe aujourd’hui plus de 150 hôpitaux dans le monde avec ses exosquelettes médicaux.
Pourquoi avoir évolué vers les robots humanoïdes industriels ?
Nous avons compris que notre plateforme robotique avait un potentiel bien plus large. Nos exosquelettes étaient déjà capables de porter des charges lourdes avec une stabilité extrême. Quand Renault est venu nous voir, l’idée était claire : utiliser cette technologie pour les tâches pénibles et dangereuses dans les usines. Nous avons alors développé Calvin 40, un robot humanoïde conçu en quarante jours capable de porter quarante kilos. Aujourd’hui, Calvin travaille déjà sur des lignes de production automobile. Il transporte des pneus, des caisses et des charges répétitives que les humains supportent difficilement pendant huit heures d’affilée.
Les robots humanoïdes à la maison sont-ils proches ?
Oui, mais pas immédiatement. On sait déjà comment construire ces robots. Le vrai défi, c’est la sécurité et la fiabilité. Dans une maison, un robot doit pouvoir interagir avec des humains, éviter un enfant, un animal, des objets fragiles et manipuler des charges importantes sans danger. Cela demande un niveau de sécurité extrêmement élevé. Je pense qu’il faudra encore trois à quatre ans avant de voir des tests sérieux dans des environnements domestiques. Mais le véritable enjeu n’est pas de faire un robot qui passe l’aspirateur. Le sujet majeur, ce sont les personnes âgées, les personnes handicapées et la disparition progressive des aidants humains. Sans robots, je ne vois pas comment nos sociétés vont faire face au vieillissement démographique.
Qu’est-ce que l’innovation selon toi ?
L’innovation, c’est apporter quelque chose de profondément utile que les gens n’avaient jamais vu auparavant. Une technologie vraiment innovante ressemble toujours un peu à de la magie. Mais l’innovation ne se limite pas à l’invention. Le plus difficile, c’est de transformer une invention en produit largement diffusé. Et cela demande énormément de résistance. Toute innovation rencontre du scepticisme, du cynisme ou du rejet. On vous explique constamment que ce n’est pas possible, que ce n’est pas utile ou que cela ne marchera jamais. C’est précisément pour cela que l’innovation reste l’une des aventures humaines les plus difficiles.
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[00:00:01] Cet été je vous propose de retrouver quelques-unes des meilleures interviews de Monde Numérique. Innovateurs, experts, observateurs, ils ou elles partagent leurs projets, leurs visions, leurs analyses. Tendez l'oreille, vous ne l'engrapperez pas. Monde Numérique
[00:00:18] Il a dit on va faire un robot humanoïde. L'innovation c'est super difficile. Ces robots vont créer ou remplacer des emplois. Je dis bien créer et remplacer. Il n'y a pas de leader technologique européen. Mario Amodei, Sam Altman et d'autres, ils ont un truc à vendre. Je les trouve trop éremptoires pour être crédibles.
[00:00:39] Ils ou elles sont ingénieurs, entrepreneurs, inventeurs. Quel est leur parcours ? Quelles sont leurs motivations et quel est leur regard sur l'innovation technologique ? C'est l'objet de cette émission. Et bienvenue dans ce nouveau numéro d'Innovateurs, un format long de Monde Numérique disponible en audio et en vidéo. Et mon invité du jour est un innovateur. Il est entrepreneur, manager, il a plein de casquettes. Salut Jérôme Colombain. Bonjour.
[00:01:35] Bonjour. Bonjour. Tu vas justement nous raconter ça parce que c'est un élément très important dans la création de Vendercraft. C'est ça. Mais avant, l'idée de cette émission, c'est aussi de faire un peu ton portrait, ton parcours pour comprendre ce qui motive les innovateurs comme toi. On va faire un petit flashback. Tu as commencé dans les télécoms, pas du tout dans les robots. Oui, même avant, j'ai commencé dans l'aéronautique. C'était il y a longtemps. Et après, exactement, j'ai fait des télécoms, de l'Internet, du haut débit, du mobile.
[00:02:05] Toute l'épopée des télécoms à partir de 1993-14. Les premiers navigateurs Internet. C'est là qu'on s'est connu pour te dire. Oui, le Minitel. À cette époque-là. Exactement. Notamment l'opérateur TEN, l'opérateur virtuel TEN, c'est ça ? Oui. Alors j'avais fait Télé2 d'abord. J'avais contribué à faire Télé2 en Europe, en Italie, en France, en Espagne. C'était un opérateur qui vendait de la voix et ça existait à l'époque.
[00:02:29] C'était du téléphone longue distance, puis de l'Internet, puis du mobile. Je suis sorti de Télé2 pour faire un opérateur mobile qui était le premier opérateur mobile vraiment focalisé sur Internet. Donc à l'époque, c'était les messageries, c'était MSN et le mail, etc. Juste avant l'iPhone et après l'iPhone. Et Orange a récupéré TEN très vite et m'a récupéré aussi puisque je suis allé chez Orange. Du coup, tu es passé chez Orange.
[00:02:56] Oui, faire de l'innovation chez Orange. C'était une bonne aventure. Et j'ai en fait, lorsque j'étais chez Orange, mon fils Oscar m'a dit « Papa, tu es ingénieur en robotique. Pourquoi tu ne fais pas un robot ? » Pour m'aider à marcher. Oscar ne peut pas marcher. Oui, voilà. Il a une maladie qui fait qu'il a perdu la marche très jeune.
[00:03:23] J'en savais assez. Effectivement, j'avais une formation en robotique, mais c'était il y a longtemps. Je savais juste assez pour savoir que la marche, c'était à l'époque. Et ça reste une des choses les plus difficiles à faire en robotique. Il n'y avait pas encore Boston Dynamics, il n'y avait pas encore Wondercraft. La marche était un objet de laboratoire universitaire et de thèse, mais pas de réalisation.
[00:03:45] Et j'ai rencontré Nicolas Simon, qui est le fondateur un peu et beaucoup même visionnaire, technologique, scientifique, polymath, comme on dit en américain. C'est-à-dire qu'il connaît à peu près toutes les technologies. C'est en plus un formidable manager. Et je me suis dit, celui-là, il va y arriver. Donc, avec son ami Mathieu, qui sortait lui aussi d'X, qui est lui aussi un très bon roboticien, un super leader.
[00:04:12] Lui est chef. Nicolas est visionnaire technologique. Et puis moi, je m'occupe des humanoïdes. J'ai fait plusieurs choses chez Wondercraft. Donc, vous êtes trois associés. Oui, on est trois cofondateurs. On est 150 maintenant dans l'entreprise. On va être plus bientôt. Et ça se passe toujours bien entre vous trois. Oui, c'est un des secrets de la réussite de Wondercraft. C'est qu'effectivement, les cofondateurs jouent ensemble. Quand on va jouer l'équipe de France de rugby, en fait, on a la même impression.
[00:04:38] C'est qu'on est arrivé à un point où on n'a pas trop besoin de se regarder pour passer le ballon et réussir des trucs. Toi, tu as un parcours de quoi au départ ? Scientifique, ingénieur ? Oui, je suis ingénieur en robotique, d'ailleurs, dans une école d'aéronautique qui s'appelait Super-Hero. Et puis, j'ai fait d'autres diplômes. Mais vraiment, la rencontre de Nicolas a permis de faire émerger un exosquelette qui est le seul au monde à marcher de façon autonome.
[00:05:07] Et pourquoi ? Parce que l'idée de Nicolas, dès le début, ce n'était pas de dire on va faire une sorte de mécanique médicale qui fait bouger les jambes et qu'il faut stabiliser avec des béquilles, etc. Et il a dit, on va faire un robot humanoïde, auto-équilibré, qui marche tout seul et qui permet à la personne de parler avec la personne à qui il est dans la rue, de boire un verre avec quelqu'un sans penser, en fait, qu'il a un robot autour de lui. Voilà, c'est ça qu'il faut bien comprendre. C'est-à-dire qu'en fait, il y a pas mal d'exosquelettes qui sont des outils qui amplifient les mouvements ou qui les accompagnent, etc.
[00:05:36] Mais vous, c'est vraiment un truc qui est quasiment autonome, qui est autorisé. Voilà, qui se lève, qui marche, qui fait ce qu'on appelle la locomotion en suivant les désirs de la personne de façon très simple et qui est arrivé après 12 ans. On a sorti un premier modèle qui sert aux hôpitaux. Donc, on est dans 150 hôpitaux dans le monde. Donc ça, il y a des hôpitaux dans le monde qui sont équipés. C'est l'outil de référence maintenant pour soigner les gens qui ont un AVC, une blessure de la moelle épinière.
[00:06:03] Et en parallèle, on développait l'exosquelette personnelle qui va aller dans la rue avec des gens. Et voilà, en prime, le coup est parti. Il est remboursé aux États-Unis alors qu'il n'existe pas encore. Il est remboursé plein tarif par Medicare. C'est fou ça. C'est étonnant, les États-Unis ou le pays où la santé est laissée de côté. Pendant ce cas-là, en tout cas, et pas toujours, en fait, Medicare a décidé qu'il y aurait tellement d'économies sur les coûts de la santé parce que les gens vont être en meilleure santé.
[00:06:32] Et ils ont fait une évaluation rapide. Ils ont dit plutôt que de faire des analyses médicales pendant très longtemps et des études cliniques qui vont durer cinq ans, on va mettre ça sur le marché et on va mesurer en réel. Et j'attends avec impatience que les autorités européennes de santé fassent la même chose. Parce que pour l'instant, les exosquelettes, on va les vendre aux US. À partir de... Alors, je ne crois pas que je puisse le dire, mais quand je dis très bientôt, les dernières fois qu'on s'est vus, je t'ai dit ça se compte en années. Après, je t'ai dit ça se compte en mois. Et maintenant, ça se compte en semaines.
[00:07:01] On va déployer EVE, c'est son nom, aux États-Unis pour les personnes dans une certaine catégorie de lésions médulaires, mais très larges en fait. Et on espère vendre des dizaines, plus des centaines, plus des milliers d'euvres. Il n'y a pas d'équivalent de cet exosquelette ? Non, non, on est seul, oui. Vous étiez seul à faire ce type de produit ? En fait, il fallait que se rencontre une technologie robotique super avancée à l'époque où l'IA ne permettait pas encore de faire bouger des robots.
[00:07:28] Et des gens qui avaient vraiment une motivation très forte pour arriver à produire un objet aussi technologique pour un segment qui, finalement, ne concerne que quelques dizaines ou quelques millions de personnes dans le monde. Donc, c'était nous, forcément. Deux fondateurs avec leurs familles proches et des compétences qui matchaient. Mais là où Wondercraft a eu, je ne crois pas la chance, mais où la vision de Nicolas qui était de faire un robot humanoïde pour faire marcher les gens
[00:07:57] était tellement forte, c'est que quand on a sorti même notre premier exosquelette Atalante qui sert aux hôpitaux, on s'est dit, waouh, on est en 2021 et le premier robot humanoïde qui est sur le marché, qui est un produit commercial, c'est Atalante. C'était le nôtre. C'est un produit français. Un produit français. Et puis, c'est vraiment un robot humanoïde, sauf qu'il n'y a pas les bras. Il n'y a pas l'eau du corps, il n'y a pas les bras, il n'y a pas la tête. Mais il y a les jambes et la plateforme. Et par rapport à ce qu'on voit aujourd'hui, et c'est un des points très forts de Kelvin, notre robot humanoïde,
[00:08:27] la plateforme est super forte. En ce sens que dans un exosquelette, on va emmener une personne de 50 kilos ou une personne de 110 kilos. Donc, on peut emmener des charges très, très lourdes et très variables. Et un exosquelette, on a vraiment envie, et les régulateurs aussi, et les patients aussi, qui ne tombent pas. Donc, on a une plateforme qui est très fiable. Si elle tombe en panne, elle tombe. Et qui est très stable. D'accord. Donc, elle est capable de porter des poids très lourds. Elle est très fiable. Et quand on arrive avec ce discours d'une plateforme qui a déjà 12 ans,
[00:08:57] qui a été éprouvée sur 50 millions de pas, avec 7000 patients, je crois, et qu'eux, ils pensent à leur vie en se disant, je n'ai pas intérêt à laisser tomber le truc que je suis en train de porter. On a un discours qui touche vraiment. On vous a vu pendant les Jeux Olympiques ? C'est ça ? Cérémonie d'ouverture ? Oui. Et Thibaut, le frère du Nicolas, pour les Jeux Paralympiques. Kevin, notre pilote d'essai chez Wondercraft, pour les Jeux Olympiques. Kevin, qui est un sportif de haut niveau, d'ailleurs,
[00:09:25] puisqu'il est tennisman au niveau national, ont porté la flamme, donc des deux Jeux. Et ça a fait, effectivement, on a pu voir Ève, l'exosquelette personnel a été vue par plus d'un milliard de personnes. Et Oscar, il l'utilise ? Et Oscar, il vient toutes les semaines marcher chez Wondercraft. Il va falloir que je trouve... Il n'est pas remboursé en France, donc je trouve le moyen de lui acheter un exosquelette, mais il faut mieux ça qu'une voiture, puisque c'est en gros le même prix. Combien ça coûte, un produit comme ça ?
[00:09:54] Alors, aux États-Unis, il est remboursé 94 000 dollars. Donc, le prix de vente, c'est 94 000 dollars. D'accord. En Europe, en particulier parce qu'on va monter en volume aux États-Unis, donc faire baisser les coûts. Et en particulier aussi, grâce à notre accord avec Renaud, dont on parlera peut-être plus tard, parce qu'il est important pour nous, on va baisser les coûts de façon à baisser les prix le plus vite possible et pouvoir le vendre moins cher que ça.
[00:10:20] Donc, robot humanoïde, exosquelette, et aujourd'hui, robot humanoïde, qui occupe le plus clair de ton temps, je crois. Donc, Calvin 40, c'est comme ça qu'il s'appelait quand il était présent. Calvin 40, c'est le premier. C'est le premier, oui. Parce qu'on a voulu fêter le fait que… En fait, je remonte un peu dans l'histoire. Donc, on a cette idée de faire un robot humanoïde il y a trois ans. On commence à travailler dessus. Vous avez l'exosquelette et vous vous dites, on va aller vers l'humanoïde. C'est une plateforme à partir de laquelle on peut monter un humanoïde.
[00:10:50] Et il n'y avait pas encore… Tesla commençait à parler de l'humanoïde. Les Chinois bougeaient un petit peu. C'était vraiment l'émergence du marché. Et puis, on avance un peu. Et à ce moment-là, Renault vient nous voir, il y a deux ans à peu près, en disant… En fait, on a envie de maîtriser cette technologie. De la part de Renault, c'était archi-visionnaire. Personne ne pensait encore à ça. Mais la maîtrise de la technologie te permet déjà de te fournir toi-même. C'est vrai à l'échelle d'une grande entreprise. Alors, il ne faut pas toujours fabriquer un objet dont on a besoin
[00:11:20] quand on est en entreprise. Mais là, c'est tellement stratégique. Et c'est vrai à l'échelle d'une entreprise. Et c'est vrai à l'échelle d'un pays ou d'un continent ou d'une union, ceux qui n'auront pas de robots humanoïdes, qui n'auront pas la maîtrise de la technologie, la maîtrise de l'industrie, sont voués à être définitivement déclassés. Pourquoi ? Parce que ces robots vont créer ou remplacer des emplois. Je dis bien créer et remplacer. Et s'il faut payer 40 000 euros à une entreprise chinoise pour aller remplacer un emploi dont je n'ai plus le contrôle parce que ce n'est pas moi qui fais le robot,
[00:11:50] donc je ne peux pas dire ce que j'ai envie que le robot fasse, je perds la contrôle de ma politique d'emploi. Et très largement de ma politique économique. Oui, mais on peut quand même... Par exemple, les robots humanoïdes chinois, aujourd'hui, sont exportés. On en fait venir en France, des Unitry ou autres. Et on les prend comme ça, brutes. On prend la machine et puis on leur met le software qu'on veut à l'intérieur. Oui, alors il n'y a pas un robot qui marche ni qui marchera dans les 12 mois qui viennent, selon ce schéma-là. En plus, les robots Unitry, qui sont fabuleux,
[00:12:19] c'est une chouette boîte, ils ne portent pas des charges. Ils ne sont pas portés. Voilà. Ils dansent bien, mais ils ne portent rien. Oui, parce qu'en fait... Alors, je reprends l'histoire de Calvin ? Ou tu veux qu'on continue dans cet axe ? Bon, alors revenons à Calvin. Oui, donc l'histoire de Calvin. 40, parce qu'on l'a développé en 40 jours, ce qui prouve qu'on avait vraiment la plateforme. On a vraiment développé du 13 février de l'an dernier, 2025, à partir de Eve, qui est un exosquelette. Et 40 jours plus tard, on faisait la démonstration
[00:12:48] à Luca De Meo, qui était le président de Renault à l'époque. Et on portait des pneus. Donc, et ils portaient 40 kilos. Donc, 40, c'est à la fois les 40 jours et les 40 jours. D'accord. Et les 40 kilos, c'est vraiment important, parce que porter des charges lourdes en usine, c'est vraiment important. Pourquoi ? Les charges sont dimensionnées au maximum qu'un humain peut porter, selon la réglementation. C'est pareil pour les bagagères France, c'est 23 kilos. D'accord ? 23 ou 25, selon les pays.
[00:13:14] Et 25 kilos, pendant 8 heures, plusieurs fois par minute. Je ne sais pas s'il y a un autre robot que Calvin sait le faire. Donc, c'est une perf, en fait. On est vraiment positionnés en haut de gamme sur les robots costauds. Et donc, on a développé Calvin au fur et à mesure. Pour Renault, les différents cas d'usage chez Renault, porter des pneus, porter des caisses. Ça y est, il est en activité ? Et Renault a montré, le 10 mars,
[00:13:44] a montré une vidéo lors de son Investor Day, a montré une vidéo de Calvin qui porte les pneus dans l'usine de Douai, en production. Et alors qu'il porte deux pneus à la fois, ce qu'un humain ne peut pas faire. Ce qui permet d'accélérer, enfin, de rattraper la cadence, parce que le robot est un peu plus long que l'humain. Mais comment on en prend deux à la fois ? Et c'est très spectaculaire, parce que c'est deux pneus de 21 pouces qui pèsent 14 kilos chacun. Donc, on a 28 kilos, comme ça, quatre fois par minute, enfin, deux fois par minute dans notre cas.
[00:14:13] Et pendant huit heures d'affilée. C'est vraiment le travail du robot pour les prochaines années. Prendre un job dangereux, parce que les gens restent très peu dans ce job-là. Ils font mal au dos. Pénible. C'est super pénible, ce n'est pas drôle du tout, que ce soit des pneus, des pièces métalliques, des caisses, etc. Prendre un job dangereux, pénible, et améliorer au passage la productivité et ne plus avoir de risque humain dans les usines. Mais, alors tu dis, il tient plusieurs heures, mais on sait qu'un robot,
[00:14:42] il faut lui changer ses batteries, enfin, il faut le recharger. Il chauffe aussi. En fait, c'est une machine, c'est une machine. Oui, exactement. Il chauffe, oui. Alors, changer les batteries, on ne le fait pas encore parce que ce n'est pas super utile, mais passer notre bloc batterie est devant ou derrière, d'ailleurs, le corps du robot. D'accord. Et nos exosquelettes ont déjà des batteries soappables, c'est-à-dire, on peut retirer la batterie, en mettre une autre. Ok. Et donc, il n'y a rien de plus simple, en fait, que de changer les batteries. Le robot change ses batteries ou on lui change ses batteries. Il le fait lui-même.
[00:15:13] Parmi toutes les tâches que fait le robot, honnêtement, ce sera la plus simple. Et comme toujours, on le repousse dans le calendrier. D'accord. Parce qu'on sait qu'il faut trois ingénieurs, trois mois et on le fera le moment venu. Donc ça, les batteries, ce n'est vraiment pas un problème. Il y a d'autres questions de stratégie, de souveraineté, de contrôle de la chaîne de valeur, on peut en parler si tu veux. Et le robot chauffe, donc il faut effectivement, je ne vais pas encore dire
[00:15:43] quoi faire, mais il faut gérer cet échauffement des moteurs. Toutes les machines chauffent. Donc toutes les machines ont un refroidissement. Que ce soit un PC, un ventilateur ou un refroidissement liquide, une voiture, un avion. On a vu lors de la course qui a eu lieu, il n'y a pas longtemps, on leur met des glaçons dans le dos exactement pour refroidir. On n'y pense pas spontanément. C'est parce que c'est un marathon. On ne va pas s'amuser à mettre des glaçons dans le dos d'un robot industriel ou d'un robot qu'on aura à la maison. Il faut qu'il y ait un refroidissement
[00:16:12] et on sait comment faire. Oui, bien sûr. Mais ça, on ne le dit pas, c'est un secret de fabrication pour l'instant. Non, oui, on ne le dit pas pour le moment. Je ne sais pas si c'est un secret de fabrication, mais dans tous les cas, c'est confidentiel. Voilà, donc on a développé Kelvin sur maintenant plusieurs tâches progressivement. On développe, la plateforme reste à peu près la même. On lui donne des préhenseurs, c'est le mot de jargon pour dire des mains en fait, différents, le plus simple possible. On n'est pas encore capable dans l'industrie, même si on voit plein de tests, d'utiliser en production
[00:16:42] toujours des mains dextres avec quatre ou cinq doigts qui prennent des petites pièces qui font des choses pointues. Mais encore une fois, en production, il n'y a pas de robot. Et c'est la vidéo qu'a montrée Renault le 10 mars. C'est pour moi une des premières et la première que je vois d'un robot qui est sur une chaîne de production en train de produire des voitures. Mais alors ça y est, il est en service ? J'ai entendu dire que des concurrents produisaient des voitures, je n'ai pas vu les vidéos. Et ils rentrent en service, oui, bien sûr. D'accord. Et puis on va en mettre, alors Renault a annoncé qu'ils allaient mettre 350 robots humanoïdes
[00:17:12] dans les 18 prochains mois sur leur chaîne. Le besoin chez Renault à terme se compte en milliers. Le besoin dans des grandes entreprises de logistique se compte en dizaines de milliers, rien qu'en Europe. Donc on a en Europe des centaines de milliers de robots à fabriquer sur les tâches qu'on connaît déjà. Il y a d'autres secteurs industriels où il est implanté ? Tous. Ah, où il est en test, oui, dans la logistique. Beaucoup logistique,
[00:17:42] beaucoup équipementiers automobiles et de plus en plus des industries diversifiées qui viennent nous voir et avec qui on prévoit de faire des tests. Dès qu'en fait, on a une tâche difficile de manipulation, enfin difficile parce que pénible, de manipulation relativement simple dans des chaînes ou dans des usines diversifiées. Donc en fait, votre robot, votre particularité, c'est vraiment d'avoir fait une baraque. Oui, c'est une baraque. Un truc qui peut porter,
[00:18:12] transporter, bouger, etc. Oui, c'est ça notre positionnement. C'est ça. Il peut aussi porter... C'est pas le petit robot avec des petites mains délicates qui va porter le café ou autre. On m'a proposé de distribuer un robot chinois qui coûte cher et qui fait partie des robots les plus connus et qui porte 8 kilos. C'est son max. C'est son max. Oui. Et il est pourtant très lourd et cher. Voilà, c'est l'héritage. En fait, c'est un tour magnifique de l'histoire que des personnes qui ne peuvent pas marcher
[00:18:42] retrouvent la marche grâce à une plateforme robotique qui évolue pour déjà aller chercher toutes les tâches dangereuses, etc. Et nous, notre point d'arrivée, c'est de servir à nouveau les personnes qui ne peuvent pas marcher parce que souvent, elles ne peuvent pas aussi faire des tâches à la maison, au travail, etc. Et elles ont besoin d'aidants. Des aidants, 3 heures, 4 heures d'aidants pour toutes les personnes tétraparaitiques, par exemple, qui ont les bras faibles. Mais toutes les personnes âgées qui sont encore en forme
[00:19:10] mais qui perdent de l'autonomie parce qu'elles deviennent faibles des mains et des bras et donc, elles ont du mal à faire la cuisine, à porter leurs courses, à utiliser la douche, etc. Et ça, c'est pour le coup un marché colossal. Une centaine de millions de robots à faire entre l'Europe et les États-Unis seulement. Centaines de millions. Très difficile à faire. On en est encore très loin. C'est quoi la difficulté ? Qu'est-ce qui est le plus délicieux ? Je vois deux choses. Pour être utile à la maison, un robot doit être fort
[00:19:40] parce qu'un jour, on va lui demander de bouger le frigo, de porter les courses, mais surtout, de soulever un humain. Pour aider une personne âgée à sortir de sa douche, à sortir de son bain, à se lever, quelqu'un à se lever de son lit et à transférer sur son fauteuil roulant, il faut à peu près la force d'un humain. Et on n'y est pas encore, même nous. Oui, parce que 40 kilos, c'est bien, mais... Alors qu'on imagine à la maison un robot plutôt fin. Oui. Donc, comment on fait un robot qui peut porter 60-70 kilos en étant fin ? Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose,
[00:20:10] c'est la sécurité. À ma connaissance encore, on est les premiers chez Wondercraft à faire une solution de sécurité certifiée. C'est-à-dire qu'il y a vraiment le droit d'opérer dans une usine. Ce n'est pas simplement une caméra avec un réseau neuronal qui analyse une scène et qui dit il y a un humain, je vais m'arrêter. Ça, ce n'est pas certifié. Ça ne passe pas les normes et les certifications. Et le vôtre, il ne peut pas faire de mal à un humain ? Nous, on le fait. Il s'arrête quand il y a un humain. D'accord. Et on le fait. Alors là, c'est un des apports du partenariat avec Renaud. Ils connaissent leur processus
[00:20:40] de fabrication comme personne. Ils savent comment sécuriser un processus. Donc, on a travaillé avec eux. Très rapidement, on a mis en place une chaîne de sécurité certifiée pour arrêter le robot quand il y a un humain. Mais là, à la maison, c'est plus compliqué parce que l'humain, il surgit de la droite. Le chat passe par la gauche. Il y a un berceau un peu devant. Si le robot se retourne, il va casser une fenêtre et assurer la sécurité dans un environnement aussi complexe qu'un domicile. Ça va prendre au moins entre trois et quatre ans. Donc, c'est ça qui fait que les robots humanoïdes à la maison, c'est vraiment...
[00:21:10] Ça reste encore complètement du fantasme. Malgré tout ce qu'on voit, toutes les vidéos attractives... Je pense qu'on sait comment les faire. On sait comment les faire, c'est juste qu'il y a un chemin de développement. Ce n'est pas un fantasme au sens que... Non, mais sur le temps qui reste à... Mais ce n'est pas cette année. Mais il faut encore du temps. Ce n'est pas cette année. Tu dis combien ? Quelques années ? Trois, quatre ans. Trois, quatre ans. Oui, pour commencer à faire des tests sérieux avec des machines crédibles. C'est optimiste parce que moi, j'ai entendu parler de cinq ans, dix ans même plus tôt.
[00:21:39] C'est assez difficile de prévoir. Mais ce que je sais, en revanche, c'est que... Chez Wondercraft, notre devise un petit peu, c'est... Fais ce que tu n'arrives pas à faire. Do what you can't do. Vendre un robot domestique qui coûtera quand même entre 20 000, 30 000, 40 000 euros pour passer l'aspirateur chez moi et faire ma cuisine. OK, c'est sympa, mais c'est quand même énormément d'argent pour faire un truc que je fais déjà. Bien sûr. Pour Thibaut, Oscar et ma maman, en revanche, c'est des tâches qu'ils ne peuvent plus faire. Là, ça a une énorme valeur. Bien sûr.
[00:22:10] Et les aidants humains, la démographie est telle qu'ils sont en train de disparaître. Ce n'est pas qu'on veut les remplacer. Ils font très bien leur boulot. C'est un boulot pénible, difficile, mais il n'y en a plus et il n'y en aura plus parce que les personnes âgées augmentent et la démographie, c'est un mur dans lequel on est rentré. On n'arrive pas dans le mur. On tape dans le mur de la démographie, on perd des ouvriers dans les usines. Il y a, rien qu'en Europe, des 5 millions d'emplois non pourvus en usine. Et le chiffre augmente d'un million
[00:22:39] tous les ans, trimestres. Donc, on est dedans et je ne vois pas comment on va aider les personnes à autonomie réduite, dans mon jargon, sans robot. Je ne vois pas. Il n'y a pas de solution. C'est un peu la même problématique que l'intelligence artificielle. C'est-à-dire qu'on dit ça va remplacer, mais en fait, c'est surtout que ça va combler des manques. L'IA qui joue au docteur, vu comment évolue le système de soins, y compris dans des pays
[00:23:09] comme la France et autres, ça va devenir une nécessité d'avoir une IA qui sait répondre à des questions médicales, qui sait répondre à des questions juridiques, etc. C'est vraiment une grande question. On essaye en ce moment de développer un modèle économique. On va travailler avec des économistes là-dessus pour répondre un peu hors idéologie et hors fantasme, justement, sur ces questions, mais absolument fondamentales. C'est probablement la question la plus importante du siècle. avec le climat. C'est qu'est-ce qui va se passer avec les robots ?
[00:23:38] Est-ce que... On a dit il y a 5 ans, et je suis très neutre dans la question tant qu'on n'a pas vraiment travaillé les modèles économiques. On a dit il y a 5 ans, voilà, l'IA analyse une radio beaucoup mieux qu'un radiologue. Donc, il n'y aura plus de radiologue dans 5 ans. Et là, il y a plus de radiologue qu'il y a 5 ans. Oui, c'est fou ça. On a dit, il y a 2 ans, on a commencé à dire l'IA va tuer les métiers juridiques parce qu'elle est incroyablement rapide et compétente. Il y a plus de juristes, même aux Etats-Unis où ils vont beaucoup plus vite que nous dans l'intégration de l'IA dans les entreprises. Donc,
[00:24:08] la réponse n'est pas si simple. Je ne suis pas en train de dire qu'elle est fausse. Je ne suis pas en train de dire les robots vont remplacer l'humain ou les robots ne vont pas remplacer l'humain mais créer d'autres métiers, etc. Je dis, il faut vraiment réfléchir à cette question rapidement parce que si et de toute façon la réponse apportera un risque pour les organisations des États et des pays et de nos économies, c'est certain, il va falloir faire des choses que si on ne les fait pas, on va vers des crises économiques, sociales et géopolitiques graves. Géopolitiques, pourquoi ? Parce que si on ne fait pas de robots en Europe,
[00:24:38] le fait d'acheter nos robots en Chine et aux Etats-Unis posera encore plus de problèmes que d'acheter du pétrole dans des pays non européens. Et on voit que beaucoup de guerres se déclenchent à cause du pétrole. Le fait qu'une nation étrangère puisse interrompre le flux des pièces détachées ou arrêter tes usines à distance, oui, c'est une menace colossale. Donc, il y a un aspect géopolitique, il y a un aspect social, il y a un aspect économique et puis il y a un aspect fondamentalement qui est que si on réalise
[00:25:08] ce paradis du robot qui va se mettre à fabriquer plein de choses pour beaucoup moins cher tout en respectant les ressources de la planète tant qu'on est. C'est Elon Musk, l'ère de la profusion. Alors, il y a deux questions qui sont sans réponse. C'est comment tous les gens, puisque le robot travaille pour pas cher, il y a des gens qui ne font plus ce travail là. On les paye à quoi ? Comment est-ce qu'ils gagnent leur argent ? Et deuxièmement, qu'est-ce qu'on va faire de tout ce temps libre incroyable ? L'histoire montre que... On va concevoir
[00:25:38] d'autres robots. Ouais, mais l'histoire montre que dans la masse, nous, je ne dis pas les gens, je dis nous, parce que je suis le premier concerné, on va plutôt se mettre devant Netflix ou la version IA de GTA. Plutôt que de se mettre à la peinture comme Picasso. Plutôt que de se mettre à la peinture, à faire de la musique, à aller à la pêche et à parcourir les forêts. Et ça, évidemment, c'est une potentialité. Donc, voilà, l'ensemble de ces facteurs, en tout cas sur le plan économique,
[00:26:07] après les aspects philosophiques, on les laissera à des philosophes, mais doit être analysé rapidement. Je pense que ce n'est pas si compliqué que ça, analyser, de faire des hypothèses pour que les administrations, les États, les partis politiques, tout ce que tu veux, prennent en compte cette révolution auprès de laquelle l'imprimerie, ça sera juste un petit chaos sur la route. Mais est-ce que tu as l'impression que cette réalité est prise en compte aujourd'hui ? Non, pas du tout. Ce n'est pas une découverte. Elle n'est même pas comprise et elle n'est même pas connue. Vous,
[00:26:36] vous vous sentez soutenu, reconnu, encouragé chez Wandercraft ? Avec les moyens qu'a le pays, notre pays, la France, pas mal. Pas mal. Oui. BPI France a été là à tous les carrefours, donc avec des aides qui étaient relativement petites sur le plan financier, mais qui nous ont permis de franchir des étapes clés. En plus, ils sont rentrés à notre capital et avoir à son capital un opérateur qui est depuis 12 ans avec nous, ça fait un témoin de moralité. Donc, quand un investisseur vient, il dit
[00:27:06] « Ah, quand même ! » Ils ont dû délivrer des résultats. D'accord. C'est des gens qui doivent faire ce qu'ils disent puisque BPI est toujours là. Donc, BPI est précieux, on attend un certain nombre de décisions, mais il faut voir des instances édatiques pour nous apporter un petit peu d'aide. En même temps, une entreprise ne va pas vivre des aides d'État, ça c'est mortel, il ne faut surtout pas ça, mais il faut faire venir des investisseurs sur la base de ce que peut apporter. Le problème, c'est qu'en France et en Europe, on a une ambition
[00:27:35] qui est très réduite et que là où des Américains vont mettre 500 millions ou 1 milliard dans une entreprise, nous, on va mettre 10 fois moins. Le résultat de ça, c'est que la tech européenne a raté tous ces virages depuis 40 ans, tous, mais tous, on a raté tous les virages technologiques. Mais on continue. À part Mistral et peut-être Wondercraft. Et Mistral, ce n'est pas gagné en plus. Non, et Wondercraft non plus, mais en fait, on est au niveau, on est dans la course en fait. il n'y a pas de leader technologique européen.
[00:28:04] Il y a ASML et SAP. Si tu retires ASML et SAP, l'ensemble de la technologie européenne, toute la technologie européenne, high tech, vaut 50 fois moins que les 8 premiers Américains. 50 fois moins. Donc, on n'est pas là. La robotique, c'est un, il y en a peut-être deux ou trois autres, peut-être qu'il y a la fusion, peut-être qu'il y a l'espace, mais même dans ces deux domaines, je ne suis pas sûr que les moyens soient d'ailleurs. La robotique, c'est le dernier train parce qu'après, les robots vont fabriquer des trucs. Oui, c'est ça. Il y a des équivalents
[00:28:33] de vos robots ailleurs en Europe, dans d'autres pays d'Europe ? Alors, il y a une entreprise au Royaume-Uni qui s'appelle Humanoid, par exemple, des anciennes Google qui n'ont pas tout notre historique et toute notre plateforme, notre expérience de hardware en fait et du software intermédiaire qui contrôle le hardware. Et puis, voilà, c'est assez désertique en fait. Donc, on a quelques champions. Il y en a peut-être en Allemagne, il y en a peut-être en Italie en émergence. Et tu dis peut-être,
[00:29:02] c'est-à-dire qu'en fait, il n'y a pas de déploiement. D'accord. Nous, on a la chance d'avoir déployé des OS et maintenant, on déploie des robots. Déployer, c'est vraiment le terme clé. Si on veut les données, tout le monde dit les données, c'est génial. Si on veut des données, il faut avoir déployé un robot dans une usine ou dans un lieu de production quel qu'il soit. Pour qu'il apprenne, les autres données, elles valent 10 fois moins. Parce que c'est des données synthétiques qu'on met dans un simulateur. C'est des données, on nous fait imiter la tâche par un humain. Mais quand on met le robot qui est formé comme ça, qui a été entraîné comme ça
[00:29:31] devant une tâche, il y a encore des mois de travail. Donc, ça ne suffit pas. On ne peut pas avoir des mois de travail. Quand on ouvre la boîte du robot, il doit dire tiens, c'est un pneu, je vais le porter. Et c'est ça qu'on pense être, sur quoi on pense être assez en avance dans un certain nombre de tâches, c'est qu'on est déjà déployé depuis un moment. Par contre, l'industrie européenne, elle, tu vois, elle n'est pas en retard. Les clients, ils ont tout autant besoin de robots et ils sont tout autant là à nous appeler que les clients américains nous appellent. Donc,
[00:30:01] on est dans un cas où il y a un besoin super clair. Il y a une demande qui est très exigeante et qui sait exactement ce qu'elle veut, à commencer par Renault. Et qu'est-ce qui manque ? Des entreprises et du financement pour fournir. Et sur la donnée comment vous faites pour collecter, générer cette donnée justement ? Parce que tu dis chez Renault, quand Calvin est arrivé, il ne savait pas faire grand-chose finalement. Il ne savait quand même pas trop mal porter son pneu. Il savait déjà porter un pneu. Calvin a commencé avec un pneu.
[00:30:31] Donc, c'est assez légendaire le pneu chez nous. Et c'est d'ailleurs la tâche que Renault a montrée lors de son Investor Day. On voit Calvin, on voit Thierry Charvet qui est le patron de toute la production chez Renault qui présente Calvin qui dit d'ailleurs qu'il va acheter 350 robots de ce type ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour nous. Et Calvin, il ne prend pas le pneu un par un, il les prend deux par deux. C'est assez spectaculaire. Et ça montre bien que les robots vont pouvoir justement porter deux caisses à la fois, faire des tâches plus lourdes encore que les humains.
[00:31:01] Et puis, si le robot se casse, c'est vraiment pas grave. Mais pour passer les pneus aux caisses par exemple, là, il faut qu'ils apprennent ? Oui. Alors, le temps d'apprentissage est de plus en plus court parce que les modèles sont de plus en plus intelligents. Donc, nous, on a un objectif de, ça va être du jargon, mais de clusteriser des cas d'usage. C'est-à-dire que progressivement, on ne peut pas porter une caisse, on peut porter toutes les caisses. Mon robot, il a appris à porter toutes les caisses. Donc, il sait reconnaître la caisse, savoir comment il va l'apprendre, comprendre très vite
[00:31:30] combien elle pèse avant même de l'avoir vraiment soulevée, savoir où il doit la mettre, etc. Et à ce moment-là, on a ce graal qui va arriver dans quelques mois du zéro day. C'est-à-dire, je n'ai pas six mois d'entraînement, quatre mois d'entraînement, trois mois d'entraînement. Et on va le faire cas d'usage par cas d'usage progressivement selon, en suivant les besoins des clients en fait. Et on pense que... Avant de passer à la suite de votre épisode, juste un mot de notre partenaire Deal. Vous le savez, si vous êtes dirigeant d'entreprise ou responsable RH,
[00:32:00] recruter et payer des équipes à l'international, ça peut vite tourner au casse-tête. Il faut jongler avec cinq, six, parfois dix outils différents. Deal est une plateforme propulsée par intelligence artificielle qui remplace toutes les autres pour les RH, l'IT et la paix. Des entreprises comme Shopify, Revolut, Eleven Labs font déjà confiance à Deal. C'est aussi le cas de Airwalex, la plateforme de référence en financière qui gère et paie plus de 1000 employés dans une quinzaine de pays. Alors, pourquoi pas vous ? Pour construire votre équipe internationale
[00:32:30] avec Deal, rendez-vous sur deal.com slash mondenum deal d2el .com slash mondenum et commencez à développer votre entreprise dès aujourd'hui. C'est un des crédos qu'on a chez Onda Craft, c'est la généralisation, c'est-à-dire la capacité du robot à faire de plus en plus de tâches, voire toutes, parce qu'il devient très intelligent. J'aime pas trop les métaphores comme intelligence, etc. La généralisation va venir du déploiement et non pas
[00:33:00] dans l'autre sens que font beaucoup de nos concurrents. On va faire un robot général pour pouvoir le déployer. On croit beaucoup plus à l'apprentissage un peu darwinien, pas à pas, tâche après tâche, qui permet au robot d'avoir une capacité à généraliser d'ici quelques années. Bon alors, lâche-toi Jean-Louis, qu'est-ce que tu penses des robots américains ou chinois qu'on voit essentiellement en vidéo qui, certains cours, d'autres portent le café, d'autres...
[00:33:31] C'est quoi ? C'est de la com', c'est du bullshit, c'est super, c'est... Ils sont beaux ces robots ? Ils sont... C'est d'abord des entreprises qui ont du temps parce que, en fait, faire le marathon, à quoi ça sert ? Immédiatement, là, comme ça. Bien sûr, on montre qu'on a des capacités formidables, des compétences... À condition de ne pas s'écrouler sur la ligne de départ. Oui, mais bon, il y en a un qui est tombé, mais les autres, ils arrivent bien, ils ne compuient que les humains. Il faut leur mettre des glaçons dans le dos, mais c'est normal,
[00:34:00] c'est un peu de la performance. Ah oui, ils ont fait mieux que les humains, 50 minutes, je crois, pour un semi. Oui, ils ont 5 ou 6 minutes d'avance. Non, c'est très bien, mais nous, ça ne nous intéresse pas. Si on a quelqu'un qui peut faire le marathon, on va plutôt lui faire un nouveau cas d'usage dans une usine ou commencer à travailler sur le robot qui va aider les humains à la maison. C'est, je ne vois pas la priorité et ça, ça va, on pourrait dire oui, mais ça fait avancer la performance. Je ne suis pas sûr. Donc, c'est quoi ? C'est de la communication
[00:34:31] et de l'affichage ? Ça peut être, je ne sais pas, et on n'a pas passé énormément de temps même à deviner pourquoi. Ça peut être quand même pour rechercher une meilleure performance sur les plateformes qu'ils utilisent. Généralement, c'est des plateformes plus légères et moins puissantes que les nôtres. Donc, ça ne se transvase pas vraiment. On ne va pas faire courir Calvin. C'est comme un marathonien, il est fin. Il est puissant, fin et endurant. Nous, c'est un boxeur ou un catcheur. Donc, c'est un joueur de sumo presque. Donc, il va faire autre chose. C'est peut-être aussi
[00:35:00] comment attirer les meilleurs talents en faisant des trucs spectaculaires. Et en Chine en particulier, il doit y avoir certainement une course au talent et il y a beaucoup de boîtes de robotique en fait. Il y en a vraiment beaucoup. Et à un moment, il y a eu une impulsion gouvernementale en disant, l'État a financé plein de boîtes de robotique, mais comprend que c'est les demi-finales maintenant. Ils ne vont pas tous rester. Non, bien sûr. Donc, il va y avoir un filtrage darwinien. Comment on reste ? Peut-être en attirant les meilleurs talents, peut-être en montrant des choses que l'État peut comprendre, une performance sportive extraordinaire, etc. Ça,
[00:35:30] c'est une hypothèse. Encore une fois, un robot qui court comme ça dans une usine, dans une usine, la vitesse max, c'est un mètre par seconde. Donc, ça ne sert à rien parce qu'un objet qui va trop vite est dangereux. Alors, les carafourches peuvent aller plus vite, mais il y a des conditions de sécurité très draconiennes. Les véhicules automatiques aussi ont leur propre règlement. Mais aujourd'hui, un robot, il sera limité de toute façon à un mètre par seconde qu'on atteint très facilement avec une performance de marge que nous, on fait déjà en labo.
[00:36:00] On va le transposer bientôt dans les robots quand c'est nécessaire. Quand c'est nécessaire. Ce n'est pas là qu'est le... Rappelle-toi le 999. 99,9% de taux de succès sur les tâches. Ça, c'est important. C'est ça le plus important. Mais c'est ça, bien sûr. Parce que si je laisse tomber un pneu, Renault a une voiture de moins qui va sortir. La perte est colossale. On ne peut pas se permettre. Et puis, la pièce qu'on porte, elle va être abîmée. Elle va retourner. Enfin, non. Il faut être au moins aussi performant que l'humain. Et rappelle-toi encore que si on n'atteint pas ce niveau de performance,
[00:36:30] c'est qu'on oublie la maison. Parce qu'il y a 200 tâches par jour, entre 200 et 1000 tâches par jour dans la maison. Combien de fois je vais laisser tomber un verre ? Non. Enfin, à la maison, on va être un sur un million. Mais est-ce que Calvin pourrait... Oui, il pourrait du coup un jour faire son entrée dans un environnement domestique ? Alors oui, il n'a vraiment pas la tête de l'emploi. Il est trop costaud, trop puissant, trop...
[00:37:00] Il n'est pas fait pour ça. Et pourtant, il faudra que le robot domestique, à mon avis en tout cas, celui qui sera utile pour les gens, pour qui c'est vraiment utile, c'est-à-dire les personnes qui ont besoin d'aide à domicile, pas pour qui c'est du confort, il faudra qu'ils puissent les soulever. Donc, il faudra qu'ils puissent les soulever. Donc, il faut qu'ils soient forts et plus fins. Donc là, il y a un petit peu de boulot d'intégration mécanique, oui. À temps, on a l'impression que, ok, du coup, la France, l'Europe est un peu en retard par rapport à tout ce qu'on peut voir aux États-Unis, en Chine. Mais en même temps,
[00:37:31] si on te suit, on est plus sur la bonne voie. Mais attends, regarde un truc très simple. Combien ils s'est investis sur, combien on a acheté de cartes Nvidia et on a investi sur OpenAI ? Beaucoup. 600 milliards ? Non, ils en sont à combien de levées de fonds ? J'ai même pu... Des centaines de milliards. Anthropique, des dizaines de milliards. Voilà, la richesse d'Apple ou la valeur d'Apple, 4000 milliards, etc. Non, Nvidia.
[00:38:02] Même OpenAI, il passe les 1000 milliards de valeurs. Là, on parle de centaines de millions. Aujourd'hui, l'industrie des robots, c'est l'automobile en 1905. C'est-à-dire qu'avec relativement peu d'argent et une ou deux centaines d'ingénieurs, on fait les meilleurs robots du monde. Enfin, on peut faire les meilleurs robots du monde. Donc, c'est un métier qui, paradoxalement, ne coûte pas très cher parce qu'il peut débuter par des tâches simples. OpenAI, ChatGPT, Cloud, Mistral
[00:38:31] ne peuvent pas se contenter des tâches simples. Il faut qu'ils attaquent tout de suite des tâches sur lesquelles ils vont être comparés aux autres, benchmarkés. Et les benches, c'est des tâches compliquées. Donc, il faut aller à fond. Ils sont forcés de les entraîner sur des masses de données qu'on n'imaginait même pas dans des data centers gigantesques, etc. Le robot, lui, il commence en ce moment sur des tâches simples. Il va se déployer là-dessus. Et c'est là-dessus que les plateformes vont gagner leurs économies d'échelle, vont diminuer leurs coûts, vont peaufiner leur fiabilité.
[00:39:01] C'est très différent. ce n'est pas du tout les mêmes modèles. Ce n'est pas du tout les mêmes modèles, mais il faut quand même des centaines de millions d'euros. Ça, il est faux. Il faut les mettre. Et l'Europe n'a pas l'habitude, l'Europe en général, n'a pas l'habitude d'investir des centaines de millions d'euros là où il faut. C'est tragique à dire, mais ça n'a pas été le cas. Il faudrait décrypter pourquoi les entreprises, comme par hasard, n'existaient pas en Europe. Mais en tout cas, si elles existaient, elles n'ont pas été financées. Je pense à l'espace. Je pense que... Alors, il y en a maintenant, Dieu merci,
[00:39:31] mais pas assez tôt. Là, les robots, on est dans la course. Au moins nous. Tu as l'impression de prêcher dans le désert un peu, parfois ? Ou tu es face à des gens qui disent, oui, oui, c'est bien, les robots... Il n'y a plus d'argent, il faut en trouver, mais il n'y en a plus. Déjà. Il ne faut pas qu'il y ait son volonté, c'est du... Oui, il faut pouvoir... Ce n'est pas compliqué. Les fonds de capitalisme aux Etats-Unis sont 50 fois plus gros qu'en France. Pourquoi ? Parce que la retraite des dentistes californiens et des instituteurs du Wisconsin part en partie
[00:40:00] dans le capitalisme. Elle part dans les fonds d'investissement, dont une partie se capitalise. Donc, il y a 50 fois plus d'argent. C'est assez simple. Logique. Mais si demain, des Américains investissent dans Wondercraft et vous... Et même beaucoup, qu'est-ce qui se passe ? On est assez cocoricaux chez Wondercraft. On parlait de souveraineté. Bon, là, c'est la fin de la souveraineté. On est assez souverains. On a un très bon investisseur américain qui a 6% du capital. Le reste, c'est très largement français et en tout cas européen.
[00:40:32] Si on ne trouve pas d'investisseur autre qu'américain, japonais ou chinois, demandez-vous ce qui s'est passé. Jean-Louis, on va passer un peu à une deuxième partie de cette émission en laissant cette question-là en suspens. Pour prendre un peu de hauteur et évoquer ta vision de l'innovation au sens large avec un petit questionnaire très basique. Qu'est-ce que c'est pour toi l'innovation ?
[00:41:03] L'innovation, c'est d'apporter aux gens quelque chose qui est très utile et qu'ils ne connaissaient pas, en gros, qu'ils n'ont jamais vu et qui leur paraît magique. Ce n'est pas de moi, c'est de Arthur C. Clarke. Toute technologie suffisamment avancée n'est pas discernable de la magie. Et donc, Richard Feynman a ajouté donc, toute technologie qu'on peut discerner facilement de la magie n'est pas suffisamment avancée. C'est vrai qu'un écran d'iPhone, au moment où il est arrivé, c'était magique.
[00:41:35] Un robot humanoïde qui fait une tâche dans une usine, ouais, ça pose plein de questions, c'est un peu magique. Le haut débit, c'était un peu magique. D'un seul coup, on avait la télé sur le téléphone. C'était fou. C'est ce qui surprend, en fait. On ne comprend pas très bien comment c'est arrivé. Donc, c'est l'innovation. Après, il y a l'innovation qu'on appelle incrémentale, qui est plus douce. Puis, il y a l'innovation qu'on ne voit pas, mais qui peut être magique dans des process de fabrication. L'innovation du produit, tu as un exemple en tête ?
[00:42:04] Mettre un robot humanoïde dans une usine pour remplacer des tâches où les gens tombent malades au bout de quatre mois. Ça, c'est de la magie et on ne la verra jamais. Il faut entrer dans l'usine. Donc, il y a plusieurs éléments dans cette réponse. D'abord, c'est apporter à des gens. Il y a une vieille distinction entre l'invention et l'innovation. L'innovation, c'est super difficile. Ce n'est pas l'invention. C'est de faire de l'invention quelque chose qui est largement diffusé. C'est ça, l'innovation,
[00:42:34] qui change la vie des gens un petit peu ou beaucoup. Donc, l'innovation, c'est ça. C'est l'imprimerie. C'était magique. Les gens qui savaient lire qui étaient souvent des ecclésiastiques en 1465 quand ils ont vu l'imprimerie, ils ont vu des risques. Ils n'ont pas vu les bons, d'ailleurs. Ils ont vu un truc où il y a une lettre célèbre de quelqu'un qui ne sera pas plus tard et qui dit c'est génial, on va pouvoir lire sans lunettes. Mais non, c'est génial,
[00:43:03] sauf que ça va créer la réforme puisqu'on va imprimer des bibles et qui va casser ton histoire à toi. Ça va provoquer le chaos. Donc, c'est très difficile. Deuxième caractéristique de l'innovation, c'est très difficile de voir au travers. Elle arrive, même quand on est en train de la fabriquer, même Gutenberg, il n'avait pas vu ce qu'il allait faire. Et c'est très difficile de prédire ce qui va se passer. C'est pour ça que c'est très difficile de répondre à la question de savoir si on aura plus d'emplois ou moins d'emplois. Voilà, exactement. Et ceux qui croient savoir, ceux qui croient savoir,
[00:43:33] ils se trompent parce qu'ils ne peuvent pas le savoir. Il va se créer des usages, oui, il s'en crée toujours, mais on ne sait pas en fait ce que ça va donner. Et c'est pour ça, je reviens sur cette histoire de modèle économique de ce qui va se passer avec les robots. Il faut prévoir des hypothèses et si possible planifier pour la plus dangereuse. Au pire, ça va passer. Mais si ça ne passe pas, il faut vraiment se préparer. Est-ce que les gens comme toi qui font, qui innovent, qui sont au cœur de ces mouvements-là,
[00:44:02] sont les mieux placés pour envisager ce qui va se passer ? On a vu dans l'IA, par exemple, Dario Amodei, Sam Altman, etc., ont un discours très alarmiste en disant ça va remplacer tant d'emplois, ça va faire ceci, ça va faire cela. Et il y avait un post sur X il y a quelque temps de Yann Lequin, le français, qui dit mais ne croyez pas tous ces gens-là. Ils n'en savent rien. Croyez plutôt tel ou tel économiste,
[00:44:30] tel prospectiviste, etc. Qu'est-ce que tu en penses ? Je serais encore plus sévère que Yann Lequin. Je pense que Dario Amodei, Sam Altman et d'autres, ils ont un truc à vendre tous et où ils ont des préjugés qu'ils ont créés. Je les trouve trop péremptoires pour être crédibles parce que, encore une fois, beaucoup d'innovateurs, des grands innovateurs, n'ont pas prévu ce qui allait se passer
[00:45:00] et ils ont essayé. Donc, je ne suis pas sûr. Je suis certain des choses, c'est que essayer de prédire ce qui va se passer après l'innovation sans les gens qui la font, c'est juste une plaisanterie, ça ne marchera pas. simplement parce qu'on a même un bon économiste, même un économiste qui est dénué d'une idéologie qui lui donnerait des préjugés, il y en a beaucoup encore qui sont des vrais scientifiques de l'économie pure,
[00:45:31] il a besoin de connaître la roadmap. Il a besoin de savoir de quoi sera le robot. Oui, il a besoin d'avoir les mains de quoi sera capable le robot à un instant T et il a besoin de le faire avec quelqu'un qui fait des robots et qui est capable de ne pas avoir quelque chose à vendre ce jour-là, au moins pour faire le modèle. Donc, qu'est-ce que le robot sera capable de faire ? À quel prix ? C'est les deux questions clés en fait qui vont déclencher les... Mais c'est ça qui permet de mesurer et d'envisager les impacts sur la société. Et pour moi,
[00:46:00] on ne pourra faire que des hypothèses parce qu'encore une fois, oui, on va créer des nouveaux emplois, c'est sûr, mais est-ce qu'ils seront plus nombreux ou moins que ceux qu'on remplace ? Dans l'histoire, et ça, c'est un argument qu'on retrouve chez Elon Musk, etc., on a toujours créé plus d'emplois qu'on en remplacait. Il faut savoir que l'imprimerie a tué des millions d'emplois de scripteurs, des gens qui écrivaient des livres, qui les recopiaient. Et c'était la deuxième population active après les agriculteurs, des millions. Et à l'époque, il n'y avait pas
[00:46:30] beaucoup de millions d'Européens. Mais immédiatement, ils se sont créés d'autres emplois, de scientifiques, d'auteurs, de professeurs à l'école, puisqu'ils ont besoin de livres pour enseigner à lire ou à écrire, etc. Et effectivement, la création nette a été colossale. Est-ce que c'est une loi éternelle ? Est-ce que devant l'IA et les robots, elle va toujours marcher ? Il faut travailler avec des hypothèses, la plus grave, la moins grave, et s'outiller
[00:47:00] pour la plus grave. Je ne vois pas d'autres démarches. Je ne pense pas qu'on puisse prédire aujourd'hui ce qui va advenir de nos sociétés avec les robots. On peut prédire le risque max, le risque minimum et s'armer de préférence pour le pire. C'est un peu plus responsable que d'espérer que ça va passer. Et ce qui est quand même sacrément problématique pour les entreprises, pour savoir dans quelle direction aller et puis même pour les individus
[00:47:29] et notamment pour les étudiants, pour se former. Je ne sais pas, des élèves ingénieurs aujourd'hui. Comment ça se demandait si ce qu'ils sont en train d'apprendre est réellement utile ? Oui, ce n'est pas facile parce qu'évidemment, sur n'importe quel réseau social, il y a des centaines de postes par jour sur voilà les métiers qui vont perdurer, voilà ceux qui ne vont pas perdurer. Ok, super. On y croit. Il y a des métiers où c'est assez évident. On dit souvent le plombier. C'est vrai que le plombier,
[00:47:58] c'est assez compliqué. Faire un robot plombier, c'est compliqué parce qu'il faut suivre le tuyau dans le mur. Il y a plein de gestes et il y a beaucoup de gestes différents et inventifs. Un plombier ou un dentiste, alors je ne veux pas du tout comparer. Mes parents étaient dentistes donc je suis très respectueux des dentistes. C'est des gestes un peu inventifs où on va créer une nouvelle petite méthode à chaque fois. Moi je suis très amératif des dentistes et ce sont des professions où on va créer des gestes nouveaux à chaque fois parce que la situation est légèrement différente. Ça, ce n'est pas facile pour le robot.
[00:48:28] Peut-être, oui, dans 20 ans, mais pas maintenant. Mais même les développeurs aujourd'hui avec l'IA ont dit bon allez c'est fini, on n'a pas besoin de développeurs et c'est complètement faux. C'est ce que tu disais tout à l'heure avec les radiologues. Alors oui, on a l'impression qu'on n'a plus besoin à certains endroits, etc. Mais en fait, on en a encore besoin pour mener les projets à bien, pour corriger les IA. On fait travailler les IA et puis elles font des bêtises que les humains doivent corriger. Moi je suis en train d'automatiser, évidemment je suis en accrafe, on utilise l'IA à fond, y compris dans notre travail.
[00:48:59] Je suis en train d'automatiser toutes mes tâches que j'ai faites depuis 5 ans. Donc je les prends une par une et puis j'essaie de les passer au cri de l'IA et je bosse plutôt plus parce que d'une part je fais plus de choses, d'autre part je monte d'un cran. Donc ça me permet de me détacher un petit peu, de questionner les hypothèses. Mais est-ce que c'est un cas général ? Honnêtement, ce n'est pas facile à prédire. La qualité des IA plafonne un peu, je pense. Les langages modèles, les modèles de langage,
[00:49:27] donc les IA dont on parle en général, on entend plein de gens dire ça y est, dans 3 mois c'est l'AGI, l'AGI, c'est l'intelligence générale, c'est-à-dire aussi intelligente qu'un humain. Elle est déjà là. D'autres disaient déjà là. D'abord, cette histoire est complètement débile, c'est scandaleux de parler comme ça parce qu'un humain, moi-même le matin, quand je me réveille, mon QI est à 50 et après je peux avoir un éclair de génie
[00:49:56] et entre les humains les intelligences sont très différentes, les niveaux d'intelligence sont... ça n'a aucun sens. Et ensuite, alors on essaie d'avoir des définitions pour l'intelligence générale. On s'en fiche, ce qu'on veut, c'est d'avoir des robots utiles. Donc ils vont avoir leur intelligence de robot. Est-ce qu'elle va converger avec celle de l'humain ? Est-ce que... Les gens qui parlent de ça, je crois qu'il y a une lequin qui dit ça aussi, les gens qui parlent de ça utilisent des termes dont ils ne connaissent même pas le sens. Le robot doit avoir des émotions pour être intelligent. Alors déjà, on ne sait pas ce que c'est qu'une émotion chez nous, on ne sait pas du tout
[00:50:26] si un robot ne pourrait pas avoir des émotions ou un simulacre d'émotions. Et puis, on ne sait pas trop ce que veut dire l'intelligence et pourquoi on en aurait besoin. Parce que mon robot, il va aider à faire des tâches. Il ne va pas forcément avoir besoin d'être intelligent comme nous. J'aimerais bien qu'il soit intelligent comme un robot qui est utile. Ouais. Alors justement, j'allais te demander quelle qualité faut-il pour innover ? Mais j'ai plutôt envie de te demander, finalement pour toi, l'innovation, c'est plutôt faire quelque chose parce que c'est possible,
[00:50:55] on va essayer de le faire. Ou bien, toujours partir du pourquoi et de la fonction ? J'ai longtemps réfléchi à cette question, mais je ne suis pas non plus un théoricien de l'innovation ou en tout cas, pas tout à fait. Et donc, je pense que l'innovation part souvent d'endroits différents. Il y a celui qui a un besoin et qui se trouve être au bon endroit. Typiquement, Nicolas Simon, il a besoin de faire marcher quelqu'un et il est un ingénieur très doué. Donc, c'est la conjonction de deux choses. il y a un croisement
[00:51:26] statistiquement plausible et ça se produit comme ça. Il y a celui qui est obsédé par une idée, Ferna von Braun, probablement Elon Musk, et qui va essayer de tout faire pour mettre en place du haut de la chaîne en bas de la chaîne ce qu'il faut pour que ça marche. Les deux exemples sont dans l'espace, mais on peut parler des gens qui ont créé les premières automobiles aussi. Il y a celui qui veut un peu tout ça, mais il veut mettre du beau. Alors, du bien ou du beau.
[00:51:56] Steve Jobs, il voulait mettre du goût et du beau. C'est deux mots très importants pour lui. Le goût est un truc qui est très à la mode dans l'IA. Il va falloir qu'il y ait du goût. C'est quoi le goût dans l'IA ? Je ne suis pas sûr de savoir exactement ce que ça veut dire, mais je connais la définition de Steve Jobs sur le goût. C'est des idées originales et de la culture. D'accord. Il parlait de Microsoft dans une magnifique vidéo. Il parle de Microsoft, il dit c'est super Microsoft, mais c'est très cruel cette vidéo. Mais le seul problème de Microsoft,
[00:52:25] c'est qu'ils n'ont pas d'idées originales et ils ne mettent pas de culture dans leur produit. Donc, ils n'ont pas de goût. Ils n'ont pas de goût. Cela dit, les valeurs d'Apple et de Microsoft, donc probablement leur utilité sociale sont à peu près les mêmes. Donc, les deux chemins étaient possibles en fait. Et Microsoft n'est pas forcément un très grand innovateur, quoique de temps en temps. Apple était un très grand innovateur, ça c'est sûr, le redeviendra peut-être. Voilà, il y a des chemins différents.
[00:52:55] Il y a plusieurs chemins qui mènent à la maison de mon maître, comme je disais. Donc, savoir d'où ça part, ce n'est pas évident. En revanche, les ingrédients, il y en a qui sont assez connus. Le premier, c'est la résilience. Je n'aime pas ce mot, la résistance, la volonté, la force de volonté. Parce que du début à la fin, on va dire que ce n'est pas possible, que ce n'est pas souhaitable, que ce n'est pas utile, que ce n'est pas bien. Tout le temps. Tout le temps. Ça commence par ce n'est pas possible. Après, on dit ce n'est pas possible, mais ça ne sert à rien.
[00:53:25] Après, oui, ça sert à quelque chose, mais ce n'est pas souhaitable, en général. Ou on prend un air cynique et supérieur en disant mais tout ça, c'est des enfantillages. L'industrie européenne de l'espace par rapport aux fusées récupérables, par exemple, que j'ai entendues de mes oreilles dans des dîners. Tout ça, c'est assez français, mais on le retrouve partout. C'est-à-dire que les fusées récupérables, c'est de l'enfantillage ? Oui, plus généralement, le cynisme arrogant. Oui, mais là, on n'est plus dans l'innovation. Est-ce que ce n'est pas le problème
[00:53:54] des grandes entreprises, des très grands groupes ? C'était un peu l'objet du livre, le dilemme de l'innovateur, c'est que les grosses boîtes ne peuvent plus innover. Toi, tu as travaillé dans un groupe relativement important. J'ai fait un peu de tout et c'est vrai que l'innovation, en fait, une grande boîte, elle a passé des années à régler tous les process pour délivrer le même produit de façon avec une très bonne qualité. Une bonne pub, un produit qui marche, des clients qui sont contents. Elle ne va pas s'auto-hygériser. Et donc,
[00:54:24] elle est réglée pour ça. Elle n'est pas du tout réglée pour écouter une fille super brillante, mais on ne comprend pas très bien ce qu'elle dit. Ou un garçon qui arrive avec une nouvelle idée et qui casse en partie non seulement le process de l'entreprise, mais les positions acquises par les managers. Forcément. C'est Kodak qui invente la photo numérique et qui ne la développe pas et qui pourra sa perdre. C'est un des exemples les plus... Des entreprises qui savent se gérer comme des entreprises innovantes. Il y a des cas très célèbres depuis des décennies
[00:54:54] comme Gore-Tex, par exemple, qui est un cas à Harvard et à l'INSEAD que j'avais fait là-bas. Apple était vraiment une entreprise d'innovation à l'époque Jobs et peut-être que maintenant ils innovent beaucoup dans le process parce qu'il faut quand même se rappeler que certes, ils n'ont pas sorti l'iPhone depuis 2007 parce que c'est le même depuis 2007, mais ils font les meilleurs processeurs du monde. Utilisé aujourd'hui pour l'IA. Mais maintenant, on peut faire tourner un modèle complet sur un Mac Mini ou un MacBook Air. Mon fils a acheté Oscar qui fait l'IA justement.
[00:55:25] Il va rentrer dans un master. il a acheté un MacBook Air avec la puce M5. On ne peut pas dire que ce n'est pas de l'innovation. C'est Apple qui la design sa puce. Donc, c'est d'une puissance extraordinaire. Donc, ils ont peut-être choisi d'innover ailleurs et ça marche aussi très bien. Donc, l'innovation, il faut énormément de résistance et il faut quand même garder. Alors, on dit garder cette idée, mais aussi, il faut savoir ne pas faire d'erreur au fur et à mesure. C'est la chance de Wondercraft.
[00:55:55] C'est qu'en particulier avec Nicolas Simon et toute l'équipe qui l'a recrutée, on a fait les bons choix techniques au fur et à mesure. Et certains de ces choix techniques sont forcément un peu révolutionnaires. Je repense à Elon Musk. Il a vraiment... Alors, tout le monde dit oui, mais ce n'est pas lui, c'est un autre ingénieur, etc. Je n'en sais rien, mais il a vraiment cassé. Par exemple, le moteur de fusée, c'est le même depuis le V2, en gros. Et il a... Comme on dit maintenant, il est parti des premiers principes. Il a remonté en haut de la chaîne pour dire comment on peut faire beaucoup mieux, beaucoup plus simple,
[00:56:25] beaucoup moins cher. Il est arrivé quand même. On peut critiquer autant qu'on veut, mais il est arrivé. Donc, tu es plutôt... Ton modèle, si ton texte soit un modèle, mais c'était plutôt Elon Musk ou Tim Cook ? Je ne sais pas. Justement, je crois que la définition de l'innovateur, c'est qu'il n'a pas de modèle. Surtout, il ne va pas s'embêter à avoir un modèle. Il ou elle va avoir une idée, peut-être parce qu'il y a un truc à améliorer dans la société, dans les produits. Ça peut être dans un shampoing
[00:56:55] comme dans une fusée spatiale. Et il ou elle va changer la manière de faire et pas seulement changer les produits, forcément. Et pour ça, il faut bien s'entourer. Il ne faut pas trop écouter les gens, mais il faut quand même être drôlement à l'écoute des utilisateurs. Manque de bol, les utilisateurs, c'est la vieille histoire. Quand on demande à mon arrière-grand-père qu'est-ce qu'il veut pour labourer son champ, il ne va jamais dire un tracteur, il va dire un deuxième cheval. Et forcément, parce qu'il ne peut pas
[00:57:24] se projeter dans le tracteur. Bien sûr. Et donc, l'innovateur, il n'a pas de point d'appui. S'il fait une étude de marché, il est cuisse. C'est pour ça que c'était interdit chez Apple à l'époque de Jobs. Enfin, soit disant interdit, mais ce n'est quand même pas la méthode de recherche. Mais si on n'écoute pas les clients, on écue aussi. Il y a quand même toujours un côté bricoleur chez l'innovateur. C'est-à-dire, il faut trouver un chemin là où il n'y en a pas dans toutes ces questions. Comment je vais produire industriellement ? Qu'est-ce que les gens vont vouloir ? Pourquoi mon truc va finir
[00:57:54] par ne pas coûter trop cher ? Etc. Et puis à la fin, il y en a un ou une qui réussit, mais il faut savoir qu'il y en a 20 qui se sont plantés en route. C'est darwinien aussi. Une décision dont tu es le plus fier ? Je ne sais pas si j'ai pris une décision dont je suis très fier. Je vois tous les jours dans l'équipe de Wondercraft des ingénieurs, soit des leads, soit vraiment des ingénieurs, même pas seniors, qui prennent des décisions
[00:58:25] qui changent le destin de la boîte. Ce n'est pas seulement Nicolas, c'est assez souvent. Et ça caractérise une entreprise innovante. C'est qu'il y a beaucoup de gens qui prennent décisions, qui engagent pas mal l'entreprise et qui sont bonnes. Sinon, la boîte est morte. Et je peux donner plein d'exemples sur ces dernières années. Par exemple ? Sur... Voilà,
[00:58:55] la décision, ce n'est pas moi qui l'ai prise, de dire le 13 février 2025, on va développer, on a 40 jours pour développer un humanoïde. Ça aurait été plus une décision collective, mais je vois bien la personne qui l'a prise. et c'était super engageant parce qu'on avait vraiment autre chose à faire. On était en train de pousser Ève, l'exosquelette personnel, qui est aussi un produit super important pour nous, parce qu'on va en vendre des milliers, voire des dizaines de milliers,
[00:59:25] et de le faire approuver par la FDA. On avait... Et donc, on a mis une partie significative de l'équipe sur ce développement qui, eux, eux-mêmes, ont pris des choix au cours d'une nuit de travail qui ont fait que ça a marché. Moi, c'est ces décisions-là que je respecte. Les grandes décisions, je n'y crois pas trop. Je crois beaucoup aux choix qui font qu'à la fin, on se dit, waouh, on a fait un chemin qui était vraiment le bon. Alors, il y en a peut-être un autre de bon, mais on ne saura jamais. Mais on voit très bien comment on serait planté.
[00:59:55] Alors, à l'inverse, est-ce qu'il y a une décision que tu regrettes ? Ouais, dans mes carrières précédentes, oui. Chez Wondercraft, pas trop, non. On a... On a remarquablement évité les grosses erreurs, je pense, et toujours délivré ce qu'on devait délivrer à nos clients, à nos investisseurs. Il n'y a rien dont on dirait que ça, quand même, on aurait dû...
[01:00:24] On n'est passé pas loin du gouffre avec cette histoire-là. C'est plutôt une histoire assez heureuse, Wondercraft, pour l'instant. Donc, collectivement, on n'a pas fait de mauvais choix, en fait. Le conseil que tu aurais aimé recevoir quand tu as commencé, si on peut relier ça à l'innovation, bien sûr. Ouais, bien sûr. Ben... Va à Poudlard, achète une boule de cristal,
[01:00:53] et tu sauras ce qui se vendra dans dix ans. Ça, ça serait pas mal. Et je fais une incidente, mais j'essaierai de répondre au texte. Le visionnaire, celui qu'on appelle le visionnaire ou la visionnaire, c'est pas quelqu'un qui est assis là à côté de toi et qui tend son doigt majestueux en disant le futur est comme ça. Ça, ça marche jamais. C'est pas ça, Matt Man. Non, c'est... Ah, je sais pas si... Mais c'est quelqu'un qui vit dans le futur, le visionnaire. Il y est déjà. C'est Elon Musk. Il se demande, mais les gars, pourquoi vous n'êtes pas avec moi ?
[01:01:23] Et il est capable ou elle est capable de retracer le chemin qu'il a amené là. C'est ça, être visionnaire. C'est quelqu'un qui est les pieds dans la boue à dire, mais comment on va faire dans le détail pour arriver de là à là ? Et ce point, je le connais parce que j'y suis en fait. Je comprends très bien. Je me rappelle, c'était il y a très longtemps, l'ingénieur qui avait créé la Renault Espace, qui était un des exemples des visionnaires. Comment s'appelait-il ? Il avait... Alors, il racontait toute l'histoire avec ça. Il avait dit, il y aura des voitures comme ça.
[01:01:53] Et maintenant, il y a toujours les monospaces qui ont un peu muté en 4x4 ou je ne sais quoi. Mais des voitures, on peut mettre la famille en fait, et pas tous serrés comme des sardines. La Renault Espace, quoi. Bon, ce n'est pas des lanceurs réutilisables, mais n'empêche qu'il y en a des millions de vendus. Ça a bien rendu service. Et Guédon, Philippe Guédon, qui est rentré après chez Matra Automobile avec son concept et que Renault a pris en étant un peu visionnaire aussi. Donc, le visionnaire
[01:02:22] est au moins aussi intéressant qu'innovateur. Ce n'est pas forcément le même, mais souvent, l'innovateur est visionnaire. Donc, c'est quelqu'un qui vit un peu plus loin. Il ne prétend pas voir l'avenir dans la boule de cristal de Poudlard. Il vit un peu plus loin. Et il se dit, OK, je vais assembler trois bouts de ficelle. Il faut que j'arrive à faire ce produit. Donc, il faut que j'invente une nouvelle technologie pour faire les moteurs des robots, par exemple. Il faut que je mette tout ça en place pour tirer mon chemin. C'est vraiment Musk, Jobs, etc. Mais même dans la vie de toujours, on en rend compte. Et chez Wondercraft,
[01:02:52] on est comme ça. On est capable de dire, là, il va falloir maîtriser les moteurs. Là, il faut développer tel type de logiciel parce que leur histoire d'imitation learning, ça ne va pas marcher pour mes tâches ou ce n'est pas utile, etc. Voilà, l'innovateur est visionnaire. Ça, c'est une réponse à la question. Maintenant, l'autre question, c'était... Je suis désolé. Non, écoute, on en a passé pas mal, t'en pose encore une. Quelle innovation qui t'intéresse ou te fascine le plus
[01:03:22] aujourd'hui, qui t'éblouit le plus ? Comme je n'y passe, je ne sais pas, 14 heures par jour, facilement, tous les jours. Quand je m'occupe des enfants, j'essaie de faire... d'aider Wondercraft qui en ferait 100 mois à faire des humanoïdes. Je pense que les humanoïdes, c'est l'innovation la plus fascinante parce que c'est un humanoïde, justement. Et beaucoup de gens disent oui, mais pourquoi on ne lui met pas des roues ? Pourquoi il n'y a pas quatre bras ? Et ça, ceux que ça intéresse, je leur envoie le document qu'on a fait chez Wondercraft pour dire pourquoi l'humanoïde est le form-facteur
[01:03:52] qu'il faut faire. En résumé... Donc comme un humain, avec des jambes... Oui, en gros, avec des jambes de bras. Deux jambes de bras, oui. En résumé, ce que dit Asimov, c'est qu'on a fait le monde à notre image. Tu vois, ce micro, je peux le prendre avec deux mains. Le verre... Tout est fait pour un humain, mais plus profondément, l'humanoïde, il n'est parfois pas optimal dans certaines tâches. Parfois, on pourrait lui mettre des roulettes, mais il est globalement super optimal pour tout faire. Tout ce qu'on peut imaginer, puisque c'est des tâches qu'on imagine, elles sont faites pour nous.
[01:04:22] Et donc, tous les effets d'échelle vont aller vers lui. Les moteurs vont être faits pour les humanoïdes, les logiciels pour les humanoïdes, etc. Et ça va être très difficile de faire un robot pas cher qui est un autre facteur de forme. Sauf dans des cas très spéciaux. Tu as besoin de faire marcher quelqu'un, tu fais un demi-humanoïde, un exosquelette. Tu as besoin de nettoyer un pipeline, tu fais plutôt un verre de terre qu'un humanoïde. Tu as besoin de faire un sous-marin, tu fais une sorte de poisson. Il n'y a pas besoin de jambe. Mais dans le cas général, c'est humanoïde. Et ça, c'est une raison très très forte. Donc,
[01:04:51] c'est un attracteur. C'est un système où tout converge. C'était un gadget, c'était un produit de science-fiction et c'est aujourd'hui le graal. Ça n'a jamais été un produit de science-fiction. C'est un peu ce que je désignais comme le manque d'ambition, d'arrogance, cynique qu'on peut avoir en Europe et pas dans d'autres pays où on a considéré ça comme un produit de science-fiction. Le raisonnement qui conduit à dire oui, tu peux mettre des roues à tes robots, mais il va basculer dès qu'il prend une charge lourde ou alors tu lui fais une base très large mais il ne peut plus prendre la charge lourde
[01:05:21] ou elle est très loin donc elle le fait basculer. Et quand il tourne très vite avec l'inertie de cette charge lourde, il va basculer. Par exemple, c'est très très rationnel le choix de l'hymanoïde. Ce n'est pas du tout un fantasme appliqué mais ça l'était déjà pour Asimov. Je ne sais pas si ça a été pour Léonard de Vinci qui a créé le premier robot humain de vie mais ça l'était enfin ça fait longtemps qu'on y réfléchit et que ce n'est pas ce n'est pas pour ce n'est pas la rigolade quoi. Non, je ne sais pas que c'était
[01:05:50] mais ce n'est pas un fantasme c'est une réalité c'est un fantasme au sens où on l'imaginait mais on ne le voyait pas du tout apparaître. Oui, donc tu me posais la question qu'est-ce qui me fascine et on se disait que ce ne serait pas demain la veille ? Qu'est-ce qui me fascine c'est l'idée que mon fils ma maman pourront être aidés à la maison alors que là ils ne peuvent plus parce qu'il n'y a plus d'aide et qu'ils pourront avoir une vie tranquille et heureuse et de toute façon elle sera heureuse mais facilitée par le fait qu'un robot les aidera à s'habiller les aidera
[01:06:20] à mettre leur lacet sur leurs chaussures etc. C'est fascinant et qu'on va faire des robots et je pense je ne suis pas loin de soupçonner ce qui est d'ailleurs assez public le goût de Musk pour les robots ce n'est pas de faire avec des voitures c'est de les mettre sur une planète parce que tout le monde sait qu'emmener un humain sur une planète ça pèse ça pèse 5 tonnes ou 50 tonnes emmener un humain sur Mars c'est 5 tonnes parce qu'il y a l'humain 70 kilos et il y a toute la nourriture l'oxygène tout ce qui est le support de vie de l'humain un robot
[01:06:49] c'est 50 kilos enfin plutôt 80 mais c'est tout et puis après il y a une pile électrique dont l'humain a besoin enfin une centrale électrique pour alimenter le robot et il va bosser donc et puis les rayons cosmiques c'est pas trop grave et puis etc donc on va on va aller dans l'espace avec des robots c'est ça qu'il pense à mon avis c'est sa seule obsession c'est le seul truc qu'il amuse il fait des machines à creuser c'est pour creuser sur Mars j'ai pas lu le bouquin mais je suis sûr qu'il pense à ça
[01:07:20] et pourquoi on va faire un humanoniste sur Mars parce que c'est super pratique pourquoi tu fais un quadrupède qui peut pas voir loin et qui peut pas porter tant que ça et qui est pas si pratique pourquoi tu en feras mais pourquoi tu feras un robot à roue alors que c'est un seul poussiéreux et caillouteux non pourquoi l'humanoïde il marche pas très vite mais il peut prendre un chariot le principe de l'humanoïde c'est qu'on va pas le lâcher dans les rues de Paris à 20 km heure c'est beaucoup trop dangereux il va prendre le bus puisque c'est un humanoïde il peut monter les marches du bus
[01:07:50] et s'asseoir donc demain on partage les transports en commun avec ces humanoïdes ouais enfin pas demain matin mais d'ici 18 c'est peut-être le transport du robot c'est pas d'aller plus vite c'est pour merci Jean-Luc Constanza merci merci c'était super cofondateur de Wondercraft merci d'avoir été dans le numérique
[01:08:34] Innovateur la série qui s'intéresse à ceux qui font véritablement l'innovation retrouvez les autres épisodes de cette série sur le fil du podcast Monde Numérique et aussi sur la chaîne YouTube de Monde Numérique et sur le site mondenumérique.info et sur le site

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