L’IA peut-elle nous aider à survivre au changement climatique ? (🎤 Julien Villeret, EDF)
Monde Numérique30 septembre 202617:57

L’IA peut-elle nous aider à survivre au changement climatique ? (🎤 Julien Villeret, EDF)

Face au changement climatique, l’adaptation devient aussi stratégique que la décarbonation. Julien Villeret, directeur de l’innovation d’EDF, détaille les technologies capables d’anticiper les événements extrêmes, de mieux gérer l’eau et de rendre les infrastructures plus résilientes.

🎤 INTERVIEW : Julien Villeret - Directeur de l’innovation d’EDF

En partenariat avec EDF

L'essentiel

  • La technologie permet aujourd’hui d’agir avant l’urgence.

  • Il faut créer de plus en plus de boucles fermées et vertueuses dans la consommation d’eau.

  • On ne peut pas avoir des solutions binaires.

  • On sera tourné vers l’anticipation et l’adaptation.

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Comment les technologies peuvent-elles aider à s’adapter au changement climatique ?

Les technologies permettent d’abord de mieux anticiper les événements climatiques. Nous pouvons croiser les données de capteurs au sol et les images satellites avec l’intelligence artificielle pour améliorer les prévisions. Les jumeaux numériques permettent ensuite de simuler différents scénarios et de voir comment des infrastructures ou des organismes peuvent réagir à une forte chaleur, un grand froid ou une tempête. Même si nous ne pouvons pas prédire l’avenir, détecter tôt permet de simuler les scénarios et d’agir avant l’urgence.

La gestion de l’eau devient-elle un enjeu majeur de l’adaptation ?

Oui, notamment avec la réutilisation et le recyclage de l’eau. L’objectif est de créer des boucles les plus fermées possibles afin de limiter la consommation. Nous avons par exemple investi chez EDF Pulse dans Chemdoc Water Technology, qui recycle des eaux industrielles pour leur donner une seconde vie. Les data centers développent également des solutions de refroidissement sans eau, avec des boucles fermées ou avec d’autres technologies, comme les bains de silicone.

Comment les infrastructures peuvent-elles s’adapter à des phénomènes nouveaux ?

Nous devons anticiper des événements auxquels nous sommes moins habitués, comme les invasions de méduses qui ont affecté certaines infrastructures cet été. Nous travaillons notamment sur des systèmes permettant de prévoir plusieurs jours à l’avance l’arrivée de bancs de méduses, grâce aux capteurs, aux modèles numériques et aux informations de terrain. Nous développons aussi des systèmes de protection capables de limiter leur arrivée sur les infrastructures.

En 2050, comment continuerons-nous à vivre avec la hausse des températures ?

Je pense que nous arriverons à vivre, parce que la résilience de l’espèce humaine est assez formidable. Nous serons davantage tournés vers l’anticipation et l’adaptation, avec notamment la reforestation urbaine, des bâtiments mieux adaptés aux fortes chaleurs, des réseaux plus résilients et des outils numériques permettant de tester différents scénarios avant d’agir. Mais il faudra continuer à lutter contre les énergies fossiles et à électrifier.


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Julien Villeret: [0:01] On est capable maintenant de capter, grâce à des capteurs au sol ou grâce aux Julien Villeret: [0:06] images satellites, beaucoup de ces futurs événements climatiques. Et donc, on est capable d'anticiper beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux aujourd'hui qu'il y a à peu près 4, 5, 6 ans. Pourquoi ? Parce qu'évidemment, les capteurs et les images satellites, on peut les mixer avec de l'intelligence artificielle. L'intelligence artificielle qui, on le voit tous les jours, fait des progrès absolument fascinants dans tous les domaines, mais elle le fait également dans la question des prévisions climatiques, mais aussi des prévisions des événements exceptionnels. Monde Numérique : [0:39] Bonjour Julien Villeret. Julien Villeret: [0:40] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [0:41] Directeur de l'innovation d'EDF. On se retrouve comme chaque mois en partenariat avec EDF pour parler ce mois-ci de l'adaptation au changement climatique et surtout du rôle que peut jouer dans ce cadre-là l'innovation. L'adaptation au changement climatique, on parle de quoi exactement ? Julien Villeret: [1:00] On a beaucoup parlé évidemment cet été de toute la souffrance qu'on a eue en tant qu'être humain et pour les animaux aussi. Pour la biodiversité, ça a été très difficile. Ces températures extrêmes, ces difficultés que l'on peut connaître, que ce soit des tempêtes, que ce soit des événements climatiques exceptionnels, comme on dit, et évidemment tout ça s'est démontré scientifiquement, contrairement à ce que certains disent, c'est lié au réchauffement climatique. Donc le réchauffement climatique, il est là, le changement climatique, il est là, il est de plus en plus là. Et maintenant la question qu'on doit se poser, au-delà de la décarbonation, qui doit continuer évidemment à être un objectif essentiel pour nous tous, c'est l'adaptation. Parce que comme il est là, il va falloir s'adapter. Et il y a des techniques, des technologies qui permettent d'aider à cette adaptation. Certaines qu'on connaît depuis longtemps et qui ont peut-être injustement été décriées, on y reviendra. Puis d'autres plus nouvelles, plus intéressantes finalement dans leur nouveauté. Mais quoi qu'il arrive, il faut qu'on se prépare à un réchauffement important. Très clairement, tous les scientifiques, et jusqu'à présent, ils ne se sont pas trompés, donc on peut leur faire confiance, annoncent que globalement, la France se prépare à un réchauffement de l'ordre de 4 degrés en plus d'ici la fin du siècle. Donc Paris pourrait avoir un climat proche du sud de Montpellier, par exemple. Donc c'est évidemment un changement climatique profond. Et ces 4 degrés qui ne paraissent pas énormes comme ça sur le papier, ça se transforme derrière en événements climatiques exceptionnels, en canicule, en tempête, etc. Donc il faut qu'on se prépare à tout ça. Monde Numérique : [2:24] Voilà, et donc dans des villes qui ne sont pas forcément prêtes à ça, effectivement, on l'a vu cet été. Bon, alors, ce qui nous concerne, nous, ce qui nous intéresse le plus, c'est tout l'aspect technologique. En quoi la tech et le numérique peuvent nous aider dans tout ça ? Julien Villeret: [2:39] Alors, d'abord, la tech, il faut bien voir que c'est quelque chose qui peut effectivement aider, mais qui ne va pas résoudre tous les problèmes. Je disais qu'il faut continuer à décarboner. Il faut évidemment continuer à décarboner parce que le technosolutionnisme, c'est probablement une utopie. Tout solutionner avec la techno, ça n'arrivera pas. Mais il ne faut pas non plus tomber dans le travers inverse, qui est qu'il faut se servir au maximum des technos qu'on a pour nous aider à être plus résilients et nous aider à lutter, finalement, à s'adapter à ce changement climatique. Julien Villeret: [3:08] Et là, la techno permet évidemment de faire beaucoup de choses. D'abord parce qu'on est capable maintenant de capter, grâce à des capteurs au sol ou grâce aux images satellites, beaucoup de ces futurs événements climatiques. Et donc, on est capable d'anticiper beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux aujourd'hui qu'il y a à peu près 4, 5, 6 ans. Pourquoi ? Parce qu'évidemment, les capteurs et les images satellites, on peut les mixer avec de l'intelligence artificielle. L'intelligence artificielle qui, on le voit tous les jours, fait des progrès absolument fascinants dans tous les domaines, mais elle le fait également dans la question des prévisions climatiques, mais aussi des prévisions des événements exceptionnels. Donc ça, c'est quelque chose qui est vraiment en train d'être révolutionné. Par ces technologies. Et puis donc, se préparer, savoir ce qui va nous attendre, mais aussi simuler. Et on a aujourd'hui beaucoup de jumeaux numériques qui permettent de simuler. Julien Villeret: [4:01] Comment vont se comporter certaines infrastructures, comment vont se comporter aussi certains organismes, en l'occurrence l'organisme humain ou animal, dans des cas de figure X, Y ou Z. Donc une très grosse chaleur, un très gros froid, une très grosse tempête. Tout ça, ça permet de simuler informatiquement ce qui va se passer et là aussi se protéger avant que le problème n'arrive. Donc même si on ne peut pas prédire évidemment l'avenir, si on détecte tôt, on peut simuler les scénarios et on peut agir avant l'urgence. C'est pour ça que la technologie, elle est là aujourd'hui et elle progresse Julien Villeret: [4:31] très très vite grâce à l'intelligence artificielle. Monde Numérique : [4:33] Il y a notamment un élément qui est extrêmement prégnant et qu'on a senti pendant l'été mais qui commence aussi à faire son effet à l'automne, c'est l'eau, c'est la gestion de l'eau, trop d'eau dans certains cas pas assez à d'autres moments etc, bon j'imagine qu'il n'y a pas de miracle mais il y a quand même des innovations dans ce domaine. Julien Villeret: [4:56] Alors oui, en l'occurrence, sur la question de l'eau, il y a la question de son utilisation, de sa consommation et de son recyclage ou de sa réutilisation. Il y a beaucoup de process qui utilisent de l'eau. Utiliser, ça veut dire quoi ? C'est que je prends de l'eau, je l'utilise pour mon process, mais je la rejette à peu près à l'identique. Donc, ça veut dire que globalement, je vais refroidir mon data center, je vais refroidir ma centrale, etc. Mais l'eau est rejetée, propre dans la nature. Ça, c'est de l'utilisation. Il y a de la consommation d'eau. Julien Villeret: [5:25] Il y a de l'eau qui est consommée, c'est-à-dire qui ne réapparaît pas dans le cycle classique que l'on connaît tous de l'eau. Et cette eau consommée, on le voit par exemple dans certains domaines, en particulier en agriculture. Ça peut être aussi le cas dans une certaine mesure de l'eau potable, puisqu'une fois qu'on l'a bu, elle ressort comme un déchet et plus comme de l'eau potable. Donc bref, il y a cette consommation. Et puis, il y a la question de la circularité de l'eau. Et c'est peut-être là-dessus que je voudrais insister, parce que là-dessus, on a beaucoup, beaucoup d'innovations technologiques qui se développent autour de la réutilisation de l'eau. Nous, on a investi, par exemple, chez EDF Pulse, on a investi dans une startup qui s'appelle Chemdoc Water Technology, Chemdoc pour les intimes. Et eux, ils font quoi ? Ils recyclent des eaux industrielles pour leur donner une seconde vie. C'est-à-dire que quand on utilise de l'eau dans le cadre d'un processus industriel, et l'industrie, toutes les industries utilisent évidemment beaucoup d'eau, plutôt que de la rejeter, on la retraite et on va la réutiliser. C'est-à-dire qu'on crée des boucles les plus fermées possibles pour ne pas justement aller utiliser ou consommer de l'eau qui pourrait être utilisée ou consommée ailleurs de façon plus utile pour la vie humaine, par exemple, mais aussi pour produire de l'hydroélectricité avec des barrages. Donc, l'idée, c'est de créer de plus en plus de boucles fermées et vertueuses dans la consommation d'eau. Les data centers aussi travaillent beaucoup à ça. Il y a aujourd'hui de plus en plus de développements de technologies qui permettent de faire du refroidissement data center sans eau ou avec des boucles d'eau fermées. Julien Villeret: [6:55] Ou avec des technologies différentes. Par exemple, des bains de silicone, c'est très impressionnant. On a des serveurs qui, au lieu d'être refroidis par des ventilateurs ou par des systèmes de refroidissement liquide, sont en fait plongés dans des bains de silicone. C'est de l'huile, en fait. C'est une huile de silicone conductrice. On a l'impression que c'est des bains d'eau, vu le loi, mais non. Et donc, ça permet de refroidir les serveurs directement dans ce bain de silicone sans avoir à les refroidir par air ou par eau. C'est très impressionnant. Je vous invite à regarder des images sur YouTube, par exemple, de ce type de système de refroidissement. On a l'impression qu'on va abîmer les machines, mais pas du tout. Et c'est fait pour ça. Monde Numérique : [7:32] Ce qui fait que, contrairement aux idées reçues, les data centers, en tout cas en France, ne sont pas si consommateurs d'eau que ça. Julien Villeret: [7:40] Non, alors les data centers sont utilisateurs. Monde Numérique : [7:42] Yann Lequin a même dit pas du tout. Alors, je ne sais pas si ce n'est pas un peu avancé, mais bon. Julien Villeret: [7:47] Alors, en fait, ça dépend des technologies utilisées. Mais effectivement, en France. Monde Numérique : [7:50] C'est pas la même chose. C'est pareil. Julien Villeret: [7:52] Voilà, peu utilisateurs et très peu, quasiment pas consommateurs. Je faisais la distingo tout à l'heure, c'est la même qui s'applique ici. Et surtout, en France, les data centers, ils sont refroidis avec de l'électricité décarbonée. Et on revient toujours à ce même sujet, c'est que si on utilise une électricité propre pour décarboner, pour son process, de fait, le process à la fin est décarboné. Donc un data center alimenté par une électricité renouvelable nucléaire, De fait, il ne pose pas de problème pour le réchauffement climatique et un data center qui est refroidi autrement qu'avec de l'eau, évidemment, il ne pose pas de problème sur le cycle de l'eau. Si on est dans un pays qui produit son électricité avec du charbon, avec du gaz et suivez mon regard, il y en a plein dans le monde. Évidemment, là, ce n'est pas du tout le même sujet. Mais une fois de plus, sur ce sujet là en France, on est plutôt très, très bien placé. Monde Numérique : [8:43] Encore faut-il que les centrales nucléaires fonctionnent non-stop. On sait que quand il fait chaud, notamment quand il y a des problèmes d'eau ou de température d'eau, je crois. Régulièrement, on entend dire que tel ou tel central nucléaire est obligé de s'arrêter. Qu'est-ce qu'il en est ? Julien Villeret: [9:02] Il faut juste démonter une idée reçue. Les centrales nucléaires ne s'arrêtent pas parce qu'il fait chaud. Les centrales nucléaires peuvent fonctionner par des niveaux de chaleur bien supérieurs à ceux que l'on connaît pour une simple raison, c'est qu'à l'intérieur même d'une réaction nucléaire, vous imaginez bien la température qu'il fait, c'est pas 50 degrés, c'est des centaines et des centaines et des centaines. Donc le sujet n'est pas tant la chaleur qui empêcherait l'installation de fonctionner, c'est justement le respect de l'environnement. C'est que les centrales nucléaires qui sont au bord de cours d'eau aspirent de l'eau pour leur refroidissement. Cette eau derrière est rejetée et c'est une eau qui n'est pas du tout radioactive, évidemment qui ne passe pas du tout par le circuit radioactif. Et cette eau-là, quand on la rejette, elle doit respecter une température de rejet pour ne pas venir abîmer la biodiversité. Donc, en fait, c'est ça le sujet. C'est que pour ne pas rejeter une eau qui viendrait déranger les poissons, qui sera un peu trop chaude par rapport à celle que les poissons pourraient tolérer dans les rivières, par exemple. Eh bien, on arrête la centrale plutôt que de rejeter de l'eau trop chaude. Donc, c'est ça, en fait, le sujet. Monde Numérique : [10:00] Mais c'est quand même lié à l'augmentation de la température. Julien Villeret: [10:04] Et c'est évidemment lié à la température des cours d'eau. Donc, quand le cours d'eau est plus chaud en entrée, forcément, quand il est réchauffé par le process industriel, il sera encore plus chaud. Et là aussi, on développe des technologies de refroidissement de l'eau qui nous permettent d'aspirer une eau qui serait trop chaude, de la rafraîchir pour pouvoir l'utiliser et la rejeter à une température qui serait plus faible que celle d'entrée. Et donc, ça, évidemment, ce serait parce que c'est encore des adaptations que nous sommes en train de faire sur cette laine centrale, des expérimentations. Mais ce serait vertueux parce que, pour le coup, on rafraîchirait finalement un cours d'eau qui est trop chaud aujourd'hui pour la biodiversité. Donc, on travaille aussi en adaptation à ce genre de choses. Monde Numérique : [10:41] Puisqu'on est dans les centrales nucléaires, je crois que cet été, à Gravelines, il y a eu, un petit problème, mais ce n'était pas la sécheresse. Là, c'était les méduses, c'est ça ? Julien Villeret: [10:53] Et oui, alors, le réchauffement climatique, c'est le réchauffement des océans. Et le réchauffement des océans ou des mers, ça crée plein de problèmes. Et de problèmes de biodiversité, pour le coup, invasives. Et donc, on a connu, nous, chez EDF, mais évidemment, tout le monde a connu ça cet été. D'ailleurs, les baigneurs aussi, hélas, l'ont souvent subi. Mais y compris en mer du Nord, il y a eu des invasions de méduses. Donc, des invasions de méduses qui perturbent les systèmes, en l'occurrence, de filtration des centrales, les filtrations d'eau qui sont donc ponctionnées. Et donc, il y a eu effectivement énormément de méduses cet été. Alors, les protections ont très bien fonctionné. il n'y a pas eu de conséquences pour la sûreté du tout mais c'est quelque chose qui est totalement nouveau et qui est totalement créé par le réchauffement climatique et tous nos confrères électriciens de toute l'Europe en tout cas qui ont connu ça. Monde Numérique : [11:43] Oui, mais là, c'est l'eau qui est pompée dans la mer, pas dans les rivières. Julien Villeret: [11:45] Exactement. Là, c'est de l'eau pompée dans la mer. Et donc là, le sujet, ce n'est pas du tout le réchauffement de l'eau. C'est le fait qu'en fait, il y a des bancs de méduses en quantité industrielle, des tonnes, des tonnes, des tonnes et des tonnes qui viennent boucher en fait les infrastructures. Et donc là aussi, il y a des réponses technologiques qu'on développe, certaines en propre, certaines avec des startups. D'abord, pour anticiper l'arrivée des bancs de méduses. Et donc là, je reviens au capteur, au modèle de jumeau numérique dont je parlais tout à l'heure, qui nous permettent d'anticiper plusieurs jours à l'avance l'arrivée de ces bancs de Méduse. On travaille aussi avec des réseaux de pêcheurs, enfin bref, avec tout un tas de capteurs technologiques ou humains d'ailleurs, et d'informateurs pour le voir arriver. Et puis derrière, des systèmes de protection. On est en particulier en train de travailler avec une start-up. Alors je ne peux pas donner son nom parce que c'est un travail un peu confidentiel pour le moment, mais qui, grâce à des systèmes très robustes de captation dans l'eau, de... En l'occurrence, là, ce serait pour des méduses, mais ça fonctionne aussi pour d'autres types de déchets flottants, par exemple, permettent, en fait, d'empêcher l'arrivée de ces méduses sur le littoral et de venir à la fois embêter les vacanciers, mais aussi venir boucher les tuyaux. Monde Numérique : [12:56] Julien, on n'en a pas parlé, mais il y a une question sous-jacente à tout ça. On a, en revanche, beaucoup parlé cet été. C'est la question de la climatisation, plus dans les habitations, dans les bureaux, etc. Et toujours cette grande question, alors sans rouvrir totalement le dossier, mais sur le fait que la clim, ça rend service, mais ça aggraverait le problème. C'est quoi la vision d'EDF là-dessus ? Julien Villeret: [13:19] Alors nous, on est des scientifiques, donc on a fait des études scientifiques. Notre R&D a fait des études scientifiques sur le sujet. Il faut bien avoir conscience qu'il faut vraiment complètement sortir des réponses binaires. Parce qu'évidemment, la première réponse à la chaleur dans la ville, c'est d'éviter d'avoir chaud. Donc avoir des bâtiments bien conçus, améliorer le confort d'été, etc. Une des choses que l'on a faite, pensant bien faire, quand je dis on sait nous la société, c'est tout le monde dans la société, c'est que par exemple, on a beaucoup amélioré l'isolation thermique des bâtiments. Monde Numérique : [13:48] Mais ça ne suffit pas. Julien Villeret: [13:49] Ça aggrave le problème. C'est très bien pour l'hiver, mais pour l'été, la chaleur reste stockée à l'intérieur des bâtiments. Julien Villeret: [14:00] Ce que l'on voit, c'est qu'on ne peut pas avoir des solutions binaires. Ce n'est pas que l'un ou que l'autre. Oui, on a besoin d'améliorer le confort d'hiver et évidemment de très bien isoler. Mais pour avoir de la climatisation performante et qui ne consomme pas beaucoup, ça permet aussi quand la maison est bien isolée, d'avoir un confort d'été avec de la climatisation qui coûte beaucoup moins cher que si évidemment on climatise un bâtiment qui est mal conçu et qui est mal isolé. Et en fait, nous, on a fait des travaux pour aller regarder si cette idée reçue, c'est une idée reçue, que finalement, les îlots de chaleur urbains seraient aggravés par les pompes à chaleur de la clim, puisque la climatisation repose sur des pompes à chaleur qui rejettent de l'air chaud dans l'air, ça aurait un impact très désagréable, ça rajouterait encore des degrés supplémentaires sur tout ça. Et donc, on a fait une simulation avec un jumeau numérique. Si l'ensemble, je dis bien l'ensemble, des bâtiments et des appartements de Paris utilisaient des pompes à chaleur réversibles, donc des pompes à chaleur classiques, celles qu'on a dans les systèmes de climatisation habituels que l'on voit sur les balcons parfois, l'impact à Paris sur, l'îlot de chaleur urbain serait de 0,1 degré d'augmentation. Donc totalement imperceptible, pour le dire autrement. Donc, il n'y a pas aujourd'hui d'impact perceptible d'une climatisation généralisée. Et encore une fois, ce n'est pas le cas, puisque de toute façon, il n'y a pas aujourd'hui en France de climatisation généralisée. Donc, aujourd'hui, cette question-là du réchauffement de l'atmosphère par la climatisation n'est pas une réalité dans nos contrées, en tout cas. Monde Numérique : [15:29] D'accord. Il faut faire attention, mais on a un peu de marge de manœuvre, on va dire. On a un peu de perspective. Julien Villeret: [15:37] On a complètement de la marge de manœuvre. Après, encore une fois, et ça, c'est très important pour nous, comme je le disais au début, il ne faut pas être binaire. C'est-à-dire que ce n'est pas l'un ou l'autre. Évidemment qu'on fait des économies d'énergie. Évidemment qu'on isole très bien les bâtiments. Mais ce n'est pas pour soi qu'on doit souffrir, s'endormir pendant un mois parce qu'il fait 30 degrés dans les bâtiments. On peut avoir les deux. Monde Numérique : [15:56] Je pense qu'on l'a bien vu cet été. Dernière question, Julien Villeré. Et si on se projette en 2050, qu'est-ce qui aura le plus changé ? Est-ce que, malgré l'augmentation des températures, on arrivera à continuer à vivre ? Julien Villeret: [16:12] Alors, d'abord, je pense que oui, je ne suis pas du tout voyant, mais la résilience de l'espèce humaine est quand même quelque chose d'assez formidable. Donc oui, bien sûr, je pense qu'on peut dire qu'on arrivera à vivre. Je pense qu'on sera tourné vers l'anticipation et l'adaptation. Je pense que ce que l'on vit aujourd'hui, ou en tout cas ce qu'on a vécu ces derniers mois et ces dernières années, c'est à chaque fois des bons wake-up calls, comme on dit en bon français, des appels un peu qui nous poussent à nous adapter ou à réfléchir en tout cas à cette adaptation. Julien Villeret: [16:40] On voit aujourd'hui dans les villes beaucoup de reforestation urbaine qui commencent à arriver. On voit des bâtiments qui sont mieux adaptés, comme je le disais, grâce à l'isolation au fort froid et aux fortes chaleurs. On a des réseaux aussi beaucoup plus résilients et beaucoup plus intelligents en cas de problème lié par exemple à une tempête qui casse des câbles, qui fait tomber des réseaux. On a des réseaux maintenant qui sont beaucoup plus résilients. Ça n'empêche pas qu'il arrive évidemment encore que le réseau tombe. Mais c'est quand même de moins en moins fréquent avec des rétablissements de plus en plus rapides. Et puis surtout, les outils numériques dont je parlais, les jubons numériques, pour tester les scénarios, les différents scénarios avant d'agir. Donc, je pense qu'il faut être très clair sur le fait qu'on ne coupera pas l'adaptation. Donc, il va falloir continuer à travailler grâce à tous ces outils à de l'adaptation. Mais il faut aussi, évidemment, continuer à lutter contre l'énergie fossile pour lutter contre ce changement climatique. Parce qu'encore une fois, il faut le redire, c'est parce qu'on consomme principalement du gaz et du pétrole qu'on doit droit au réchauffement climatique. Donc électrifions, on ira beaucoup mieux. Monde Numérique : [17:44] Merci, Julien Villerey, directeur de l'innovation d'EDF.
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