Guillaume Grallet:
[
0:01] Le point commun de ces pionniers, et là-dessus je les admire à 300%,
Guillaume Grallet:
[
0:05] c'est qu'encore une fois, ils ne se satisfont pas de l'ordre établi. Ils prennent des risques, ils inventent. Et c'est pour ça qu'en préambule du livre, je dis que la normalité n'existe pas et que le fait, on l'a trop vu, je pense, dans certaines écoles, chez certains, je dis n'importe quoi, des cousins qui peuvent être trop timides, des copains, etc.
Guillaume Grallet:
[
0:23] Le fait de vouloir correspondre à une certaine normalité étouffe énormément d'esprit d'initiative et de créativité.
Monde Numérique :
[
0:37] Salut Guillaume Grallet.
Guillaume Grallet:
[
0:39] Bonjour Jérôme.
Monde Numérique :
[
0:40] Bonjour chers confrères.
Guillaume Grallet:
[
0:43] Merci beaucoup de prendre du temps, c'est très sympa.
Monde Numérique :
[
0:45] Parce que Guillaume, tu es rédacteur en chef tech et sciences au magazine Le Point. Tu interviews également dans l'émission Tech 24 sur France 24. On fait un peu le même métier, mais pas du tout de la même manière. Mais en tout cas, on travaille sur la même matière, la tech, depuis des années et des années. Et tu as eu l'occasion au fil de ces années de rencontrer et d'interviewer de nombreuses grandes figures internationales de la technologie ce qui a permis au point de faire plusieurs couvertures sur des rencontres événements, Mark Zuckerberg, Sam Altman Elon Musk, Pavel Durov le fondateur de Telegram, tu les as rencontrés aux Etats-Unis ou ailleurs et je suis très content parce qu'en fait je t'avais dit, ça faisait longtemps que je te disais, Guillaume, c'est génial que tu rencontres tous ces gens-là. Un, il faudrait que tu viennes faire un podcast avec moi et deux, écris un bouquin. Eh ben voilà, tu as écrit un bouquin.
Guillaume Grallet:
[
1:43] On fait les deux longtemps.
Monde Numérique :
[
1:45] Je ne dirais pas que c'est moi qui t'ai donné l'idée.
Guillaume Grallet:
[
1:47] En partie, si, si, si.
Monde Numérique :
[
1:49] Tu l'avais. Donc ce livre qui s'appelle Le pionnier, au pluriel, aux éditions Grasset, Voyage aux frontières de l'intelligence artificielle. Bon, mais il n'y a pas que l'intelligence artificielle. Et en fait ce livre il est top parce que tu racontes ces rencontres à la fois tu racontes comment tu as travaillé donc c'est un mélange de détails d'anecdotes et tout au moins je fais ce que je fais comme un petit motier voilà Exactement, ils vont mieux comprendre ce que tu fais précisément. Mais derrière, il y a des réflexions profondes sur les personnes avec lesquelles tu as parlé. D'abord, si tu devais en retenir une,
Monde Numérique :
[
2:28] quelle est la personnalité que tu as rencontrée qui t'a le plus marquée ?
Guillaume Grallet:
[
2:31] Oui, Jérôme, merci beaucoup de me donner cette opportunité. Et pour moi, j'en profite. Avant même de faire ce métier, je t'écoutais à la radio, je t'ai écouté énormément. Et à chaque fois, tu rendais des choses compliquées, très simples, très faciles d'accès. Et tu as toujours la même passion aujourd'hui. Donc, c'est absolument génial de t'écouter. Et merci encore de pouvoir converser avec toi. J'ai vachement hésité, effectivement, à faire ce livre parce que je me suis dit, ça va un peu ennuyer les gens. Mais effectivement, j'ai essayé de montrer un petit peu les dessous, les interrogations qu'on peut avoir en tant que journaliste, à qui on doit donner la parole, qui mérite vraiment d'être interviewé, donc ça c'est des vraies interrogations dont je parle dans le livre, et effectivement il y a les personnes dont on parle beaucoup, comme Musk, Zuckerberg, Halkman, mais pour répondre à ta question... Et qui sont effectivement une partie du livre, chacun a droit à son chapitre. Mais il y a quand même 14 chapitres. Et en réalité, là, ce qui m'a peut-être le plus marqué, ce sont des personnes sans doute moins connues, dont on parle relativement peu, ou en tout cas pas assez. Il y a tout un chapitre sur les Français. Et honnêtement, le chapitre sur les Français, ça mériterait un livre entier, tellement il y a de choses différentes, des parcours différents, des façons différentes de voir les choses.
Monde Numérique :
[
3:47] Il y a qui comme Français, d'ailleurs ?
Guillaume Grallet:
[
3:49] Alors, il y a aussi bien les créateurs de Mistral, bien sûr, ceux de Dust, mais il y a des gens moins connus, comme des gens de Probable, avec Gaël Varroco, qui est un chercheur absolument génial, qui a été d'ailleurs un des professeurs ou directeur de thèse. En tout cas, il a été en contact avec Arthur Mensch quand Arthur Mensch faisait ses études. La volonté des créateurs de Qtai aussi d'aller vers l'open source. C'est très, très riche, on en parlera peut-être tout à l'heure. Mais pour te répondre... Il y a tout un chapitre aussi autour de Pélonomie Moïloa. C'est un peu une des porte-parole de l'intelligence artificielle « Made in Africa ». Pour être allé à plusieurs conférences, ce qu'on appelle les conférences INDABA, ça veut dire rassemblement, je suis allé à Dakar, à Kigali, l'année prochaine, en 2026, qui a lieu à Lagos, au Nigeria.
Monde Numérique :
[
4:46] Tu parles beaucoup de l'Afrique, parce que c'est un sujet qui te tient à cœur. T'en parles souvent sur Tech24, t'as fait pas mal de reportages et t'as interviewé pas mal de personnalités africaines de la tech.
Guillaume Grallet:
[
4:55] Ouais, pour faire vite, ce que je trouve très intéressant, c'est que d'abord, ces entrepreneurs ou ces chercheurs africains qui, pour certains, sont au Canada, aux États-Unis ou d'autres, opèrent en Afrique parce qu'il y a une école mathématique très importante en Afrique avec notamment le AIMS, l'Institut Africain des Mathématiques, eh bien, en fait, ils vont s'appuyer sur la diversité des langues africaines. Plus de 2000 langues beaucoup de dialectes essentiellement parce que ChatGPT on l'oublie peut-être un peu et là on célèbre les 3 ans de ChatGPT c'est uniquement un modèle de langue, alors un modèle de langue qui va avoir énormément d'applications, des applications, de rédaction, de correction mais aussi des applications industrielles et cette diversité des langues peut être une force pour l'Afrique et j'ai vu à travers différents projets, le projet, AfriClimate par exemple des projets comme Ketkalo qui déploient ses propres satellites, c'est que l'Afrique, en ce moment, invente une IA encore plus riche culturellement, mais aussi qui peut répondre encore davantage à des besoins très concrets dans l'agriculture, la prévision climatique, l'éducation aussi. Et je me dis, c'est une IA qu'on doit aussi mettre en avant parce qu'il n'y a pas uniquement... La course de puissance qui est assez dingue entre la Chine et les États-Unis en ce moment, qui doit nous obnubiler. On doit aussi peut-être garder en tête pourquoi on fait tous ces progrès et à quoi ça doit nous servir.
Monde Numérique :
[
6:22] C'est une innovation qui est beaucoup plus guidée par la finalité.
Guillaume Grallet:
[
6:26] Oui, c'est ça, la finalité. Et je me rappelle très bien, j'ai parlé rapidement de Kate Callow, par exemple qui, après avoir grandi en France avec une ascendance africaine, travaillait aux États-Unis chez Nvidia, est installée maintenant au Kenya et elle l'envoie avec Amini, elle veut envoyer des satellites parce qu'elle dit qu'il y a un déficit de données en Afrique, même si c'est une terre de drones, parce que c'est une terre extrêmement étendue, le continent africain. Elle dit que c'est important que les Africains aient leurs propres données. On en parlait pour l'agriculture, la santé également, pour que l'Afrique ne devienne pas une colonie numérique et qu'elle invente sa propriaire. Donc, pour te répondre, c'est essentiellement ce terreau africain que je trouve assez dingue.
Monde Numérique :
[
7:12] D'accord. Alors, c'est intéressant. Tu commences par l'Afrique qui est effectivement peut-être moins connue du grand public et même des journalistes de l'environnement tech européen français.
Monde Numérique :
[
7:26] On connait plus bien sûr les grandes têtes d'affiches je l'ai dit, Zuckerberg Saint-Maltmann Musk etc ce qui est intéressant ce qui est amusant aussi dans ton bouquin c'est que tu racontes des tranches de vie et des trucs que tu as fait mais j'étais sidéré tu es allé à la nage à la nage, à la nage sur l'île de Zuckerberg pour essayer de forcer la porte de son bunker ? Raconte-nous ça.
Guillaume Grallet:
[
7:53] J'ai nagé, j'ai de la chance. Il y a pire reportage quand je vois ce que font certains journalistes pour qui j'ai énormément d'admiration. J'avais vu en République démocratique du Congo, c'était une autre occasion, un reportage sur les minerais qui sont essentiels dans l'électronique où là on voyait vraiment des reporters de guerre qui risquaient leur vie pour informer. C'était assez impressionnant. Non, là c'est une toute petite facette, Mais Mark Zuckerberg, j'ai pu le voir à deux reprises de manière un peu privilégiée. Une fois à Paris où, en fait, on était plusieurs journalistes, une dizaine de journalistes autour de la table. Et là, j'ai pu lui poser la question parce qu'à chaque fois, j'essaie de poser...
Monde Numérique :
[
8:29] Je crois que j'étais là. C'était chez Facebook, non ?
Guillaume Grallet:
[
8:31] Voilà, c'était chez Facebook.
Monde Numérique :
[
8:32] Ouais, ouais, ouais.
Guillaume Grallet:
[
8:33] J'étais en face de lui.
Monde Numérique :
[
8:35] Mais je me souviens très bien. On n'était pas très loin l'un de l'autre.
Guillaume Grallet:
[
8:38] Voilà. Et on avait le droit à chacun une question. Je ne sais pas si tu te rappelles. Et puis j'étais passé je crois dans les derniers mais chaque fois j'essaie de leur demander, quelles sont les personnes qui les inspirent du présent ou du passé qu'ils aimeraient rencontrer, qu'est-ce qu'il faut apprendre à nos enfants et je pense que c'est assez important en termes d'accélération technologique et comment ils voient le monde dans 10 ou 20 ans ce à quoi ils rêvent et j'avais posé cette question cette dernière question à Mark Zuckerberg il m'avait dit moi je rêve d'une communication de cerveau à cerveau alors ça m'avait, et surtout il le disait de manière passionné, s'est à l'habiter donc c'est ça que je trouve très intéressant c'est de savoir vraiment quels sont les ressorts de ses personnalités et ce à quoi il rêve et pour terminer sur Mark Zuckerberg donc il y a cette vision où il y a cet ingénieur qui est passionné que je trouve très intéressante même si ça pose énormément de questions éthiques on en reparlera tout à l'heure mais il y a aussi le Mark Zuckerberg, qui se crée un bunker. Alors, j'avais vu un grand reportage dans Wire. Non, ce n'est pas du tout moi qui ai sorti l'histoire. Mais je suis allé, j'étais en reportage en Californie et je voyais le prix des billets d'avion. Je voyais que ce n'était pas trop cher d'aller à Hawaï. Donc ça, j'y suis allé en avion. Et je suis allé sur cette petite île de Kauaou. J'espère que je le prononce bien. K-A-U-I.
Guillaume Grallet:
[
9:53] Et il a acheté petit à petit une grande partie du nord de l'île. Alors, ce n'est pas toute l'île. mais ce qui m'a impressionné lorsque je lisais l'article de Wired c'est que petit à petit, il a voulu se créer un environnement totalement autosuffisant c'est à dire que non seulement il voulait la tranquillité comme à Palo Alto, petit à petit il a acheté des maisons autour de la sienne ça pourquoi pas, même si ça pose des questions par rapport à la vision qu'il a de nous-mêmes ou voulant tout le temps nous connecter entre nous c'est marrant.
Monde Numérique :
[
10:20] Il veut connecter tout le monde mais pas lui, c'est un peu le procès qu'on lui a fait dans la presse mais je trouve que c'était pas forcément juste parce que c'est là où, justement, il y a la différence entre les connexions virtuelles, numériques qu'on peut créer et puis les relations réelles, et ce n'est pas pareil.
Guillaume Grallet:
[
10:36] Et effectivement, et pour être totalement honnête, au départ, sa venue n'a pas toujours été bien vécue par les populations locales.
Monde Numérique :
[
10:43] Oui, pour Hawaï, tu veux dire.
Guillaume Grallet:
[
10:44] Voilà, pour Hawaï, mais il a un peu donné le champ, c'est-à-dire qu'il a donné de l'argent à des instituts pour... Il a financé l'aéroport.
Monde Numérique :
[
10:55] Les trucs d'environnement.
Guillaume Grallet:
[
10:56] Oui, il a beaucoup donné. Mais ce que je trouvais assez fascinant, c'est qu'il a sur son terrain, il est en train de construire, c'est un gigantesque chantier qui n'est pas près d'être terminé. Ça fait 6-7 ans et ça va encore durer 5 ans. J'ai parlé avec des responsables de chantier. Mais c'est qu'il se dote d'une ferme autosuffisante. C'est-à-dire qu'il veut, en dehors des bunkers qui doivent le protéger de n'importe quelle catastrophe ou d'une attaque, il veut pouvoir manger à sa faim en faisant tout localement.
Monde Numérique :
[
11:29] C'est un écolo, en fait.
Guillaume Grallet:
[
11:32] Oui, oui. C'est quelqu'un de brillant, c'est quelqu'un d'intelligent. Après, je préfère le Mark Zuckerberg, passionné de technologie, qui est ouvert sur ses recherches que celui de Cambridge Analytica ou peut-être celui qu'on voit actuellement où j'ai l'impression qu'il reva vers une recherche un peu fermée, le laboratoire de superintelligence qu'il a créé et qui explique peut-être, en partie, en tout cas, le départ. De Yann Lequin. C'est peut-être qu'Yann Lequin a été partisan, donc ce Français qui est prix Turing, l'équivalent du Nobel, était partisan chez Meta, et je pense qu'il a plutôt bien réussi d'une recherche ouverte, on l'a vu avec Lama, etc. Et là, j'espère que ça va toujours être le cas, mais je n'en suis pas sûr. Et la personnalité d'Alex Wang, qui dirige le laboratoire de super intelligence qu'a créé récemment Mark Zuckerberg, pareil, c'est un chercheur très brillant, mais j'ai été un peu inquiet par certaines de ses déclarations parce qu'Alex Wang a dit, je ne veux pas je ne ferai pas d'enfant tant que les puces Neuralink d'Elon Musk.
Monde Numérique :
[
12:34] Ne seront.
Guillaume Grallet:
[
12:35] Pas au point c'est-à-dire qu'en gros on ne va pas greffer une puce Neuralink à un de ses enfants.
Monde Numérique :
[
12:38] Bon il est très jeune il est très jeune il est très jeune c'est un gros cerveau, de l'IA à mon avis il n'a pas un quotient émotionnel super développé il a un peu le temps de progresser dans la vie ça peut changer ouais voilà, ok donc Mark Zuckerberg Elon Musk je me souviens il y a quelques années où tu collectionnais déjà les stars et tu me disais Elon Musk je n'arrive pas à la voir etc finalement tu l'as eu oui.
Guillaume Grallet:
[
13:07] Alors je l'ai eu à deux reprises alors j'ai aucun mérite mais il avait donné une conférence.
Monde Numérique :
[
13:12] T'es toujours sur les bons coups parfois je te croise c'est rigolo parce qu'on pose pas forcément les mêmes questions quand on aura une question moi ça va être une question d'actu et toi oui c'était des choses un peu plus profondes mais en fait t'avais déjà ton projet de bouquin en tête Sous-titrage Société Radio-Canada.
Guillaume Grallet:
[
13:28] Il faudrait faire un film, Jérôme.
Monde Numérique :
[
13:30] Non, non, mais c'est la différence entre... Je travaille dans un hebdomadaire aussi, où on va plus en profondeur.
Guillaume Grallet:
[
13:36] On a un peu plus d'autant, bien sûr. Non, mais c'est un luxe absolu d'avoir pu rencontrer toutes ces personnes.
Monde Numérique :
[
13:42] Donc Elon Musk ?
Guillaume Grallet:
[
13:43] Surtout, c'est une histoire qui s'écrit en permanence. Donc, quand on est curieux, c'est génial. Musk, il donnait une conférence à la Sorbonne autour du climat, qu'on peut retrouver en ligne. Vous tapez Sorbonne, Elon Musk, c'est vachement intéressant. Il explique d'ailleurs pourquoi lui il rêve d'une civilisation extraterrestre et dans une certaine mesure c'est un Elon Musk assez très écolo, très intéressant scientifiquement et l'année d'après j'ai pu le voir parce qu'il venait rendre visite à des équipes de Tesla et, pareil c'est à dire que c'est quelqu'un que je trouvais très réfléchi mais en fait qui m'a beaucoup surpris parce qu'à un moment il m'a dit, je lui ai dit que j'avais vu l'année d'avant à la conférence de la Sorbonne et il doutait. Il m'a dit « Ah bon ? Est-ce que vous m'avez trouvé convaincant ? » Il m'a dit « Oui, oui.
Monde Numérique :
[
14:31] » C'est marrant ça.
Guillaume Grallet:
[
14:32] Et en fait, il y avait ce petit... Et ça a duré assez... Enfin, quelques secondes et j'ai trouvé ça assez marrant qu'une personne qui aujourd'hui, en tout cas, alors c'est peut-être plus le même Elon Musk, mais sur les réseaux sociaux, on a l'impression qu'il n'a aucun surmoi, qui dit, il faut le dire, parfois totalement n'importe quoi, des choses auxquelles elle ne j'adhère pas du tout, des valeurs qui ne sont pas les miennes, etc. Et je me suis dit, c'est quand même dingue que cette personne doute parfois.
Guillaume Grallet:
[
14:57] Et là, idem.
Monde Numérique :
[
14:58] Mais ça le rendrait presque encore finalement sympathique, plus humain qu'il en a l'air.
Guillaume Grallet:
[
15:05] Oui, et c'est pour ça que je titre le chapitre qui lui est consacré sur sa mère, avec qui il a une relation très intéressante. Et qui explique peut-être en partie, même si on n'est pas tous là à avoir tout compris, chez Elon Musk, une partie de sa personnalité aujourd'hui. Mais en tout cas, ça m'avait marqué. Et j'ai pu le revoir quelques années après, dans le cadre de VivaTech, quelques minutes en tête à tête, où là, je l'avais interrogé sur sa puce Neuralink.
Guillaume Grallet:
[
15:30] Et si on peut trouver génial ces fusées réutilisables, moi, le projet Neuralink me fait vraiment flipper. C'est génial sur le côté pour accompagner. Et ça peut être, en tout cas, génial pour accompagner certains malades d'Alzheimer, de Parkinson. Mais lorsqu'on explique que ces puces-là vont permettre à un être humain de résister à l'ère de l'IA, c'est-à-dire en augmentant l'homme d'une capacité de calcul, de mémoire infinie ou de connexion au monde, je me dis, ouh là là, on va trop loin. En tout cas, c'est aussi un des objets du livre.
Guillaume Grallet:
[
16:03] C'est en dehors de ces personnalités qui ne sont pas assez connues. Je pense qu'il y a des dans un monde en pleine accélération on avait parlé des Etats-Unis et de la Chine il y a des débats je pense qu'on devrait poser pas forcément pour être tout le temps contre il y a des choses absolument géniales en médecine d'ailleurs il y a tout un chapitre qui est consacré à Demis Hassabis là c'est aussi une personnalité qui est dingue, d'ascendance singapourienne en partie.
Guillaume Grallet:
[
16:27] Greg prix Nobel etc qui a créé à Londres DeepMind qui a été en 2010 de mémoire qui a été racheté en 2014 par Google qui est resté qui a tenu à ce que DeepMind, une grande partie, restait en l'ondre et gardait beaucoup d'indépendance et qui aujourd'hui chapeaute plus ou moins l'IA chez Google. Lui, il a un point de vue très intéressant et il a eu le prix Nobel de chimie parce qu'il a permis de modéliser, de faciliter la modélisation du repliement des protéines. C'est-à-dire que là, en gros, cette découverte, pour l'agriculture, pour la médecine, c'est absolument fondamental, les biologistes en rêvaient en réalité. Donc, il y a ces avancées qui sont phénoménales et géniales et il y a d'autres choses qui sont peut-être plus inquiétantes et ce que je souhaite, c'est qu'on en parle, que ça intègre le débat public, et qu'encore une fois, on peut être d'accord, pas d'accord, mais en tout cas, qu'on en parle et qu'on décide le plus ensemble possible si c'est possible.
Monde Numérique :
[
17:22] Alors justement, voilà, c'est vraiment ça ton bouquin, c'est des petites choses très anecdotiques et aussi des réflexions une vraie réflexion en profondeur, qu'est-ce qui selon toi quel est le point commun entre tous ces pionniers que tu as rencontrés est-ce qu'il y a un point commun ?
Guillaume Grallet:
[
17:40] Oui il y en a un qui est dingue ça l'est apparu au fur et à mesure des années, c'est marrant, je n'aurais pas dit ça il y a quelques années je fais vite, les pionniers on prend ton temps c'est pour ça que j'ai titré là-dessus parce que je pense essentiellement de Aravine Srinivas, Dario Amodai ou même Alex Carp, ce sont des gens qui ne se satisfont pas de l'ordre établi.
Guillaume Grallet:
[
18:04] C'est-à-dire qu'ils pensent à tort, à raison, qu'il faut changer les choses.
Guillaume Grallet:
[
18:12] Souvent, on espère et c'est tout l'objet aussi des interrogations actuelles pour le meilleur, mais avec aussi une conscience qu'ils doivent avoir du pouvoir qu'ils ont sur les gens. et un cas précis par exemple c'est, Et tous ne pensent pas la même chose. Je l'ai dit tout à l'heure sur l'aspect biologique ou pas, tout le monde n'est pas d'accord, loin d'aller là-dessus, mais sur les impacts que ça peut avoir sur le partage des richesses, les inégalités de revenus qui vont peut-être sans doute exploser, est-ce qu'on doit aller vers un revenu minimum ou pas ? Les impacts sur le travail, un tout petit mot sur Dario Amodai par exemple, qui est un physicien américain d'origine italienne et qui avec sa soeur Daniela faisait partie de ce qu'on appelle l'équipe safety de Penny Eye, c'est-à-dire lorsque Penny Eye a complètement changé de statut, il a dit on va trop vite, j'en ai peur, je crois qu'il ne s'entendait plus du tout avec sa malpagne, il décide de claquer la porte pour créer Anthropik et, ce qui a donné naissance au robot conversationnel Claude, un concurrent de la chat GPT qui est assez fabuleux d'ailleurs et qui a été nommé ainsi, en hommage au mathématicien américain Claude Shannon. Et Dario Amodai, lorsque vous parlez avec lui, eh bien, il prévoit un bain de sang à venir, en tout cas à l'horizon de 5 ans chez l'école Blanc. En tout cas, il dit il faut qu'on en parle parce que.
Guillaume Grallet:
[
19:37] On doit réfléchir à la formation, comment se former soi-même, comment rester dans l'aventure, comment ne pas céder à l'apocalypse cognitive. C'est-à-dire, dès qu'on a une petite réflexion à faire, on le donne à la machine. Et Jensen Wang aussi, je pense que tu étais là aussi lorsqu'il est passé à Paris, le créateur de NVIDIA.
Monde Numérique :
[
19:57] De Vivatech.
Guillaume Grallet:
[
19:58] Donc voilà, j'ai pu lui parler quelques instants et je lui parlais de Dario Amodai et il me disait je suis totalement, je suis en désaccord avec absolument tout ce qu'il dit. Voilà, sur l'apprentissage du code Dario Amodai et contre, il dit que du code informatique, il dit que l'IA va tout faire, donc ça ne sert à rien d'apprendre. Dario Amodai ne pense pas du tout la même chose, il pense qu'il faut toujours comprendre ce qui se passe dans le code. Bien sûr, il préconise l'esprit critique, la culture générale, mais ça c'est je trouve que savoir ce qu'on doit apprendre à nos enfants, dans quelle société on veut vivre, comment on gère le travail, je trouve ça assez phénoménal et extrêmement intéressant.
Monde Numérique :
[
20:39] Ce sont les grandes interrogations du moment.
Guillaume Grallet:
[
20:42] Et ce qui est intéressant, encore une fois, c'est que tout le monde ne pense pas pareil. On peut être légitimement inquiet quand on a vu une grande partie, on l'a vu lors de dîner avec Donald Trump, une grande partie de taïkoune de la tech, entre guillemets, se durcir, c'est-à-dire devenir masculiniste, aller vers l'armée, arrêter, montrer qu'on n'est pas du tout woke, etc. Honnêtement, ça s'est passé de manière tellement brutale et tellement, entre guillemets, pour plaire au président américain, je me suis dit, mais est-ce que ces gens ont vraiment une colonne vertébrale ? Mais en fait, lorsqu'on creuse un peu, on voit que tout le monde ne pense pas pareil et je pense que ce sont des débats qu'on doit aussi avoir ici en France et en Europe.
Monde Numérique :
[
21:21] On les a, non ? Tu n'as pas l'impression ?
Guillaume Grallet:
[
21:23] On les a, mais on...
Monde Numérique :
[
21:25] Oui, on les a sans les avoir. C'est-à-dire que quand on se met à réfléchir, on a plein d'idées, on est des intellectuels en France et en Europe, on conceptualise, etc. Plus que chez ces gens qui sont plus dans l'action entrepreneuriale.
Guillaume Grallet:
[
21:39] Oui, en même temps, tu vois, chez Reed Hoffman qui a étudié la philosophie à Oxford, ou quand même à certains niveaux de réflexion, même chez Alex Carp, ou Meredith Whitaker, pour laquelle j'ai beaucoup d'admiration, qui partage son temps entre les États-Unis et la France et qui a étudié Foucault donc il y a quand même une certaine réflexion et.
Monde Numérique :
[
21:58] Qui est la grande critique de.
Guillaume Grallet:
[
22:01] Ce monde-là sur l'éducation j'aurais une petite anecdote mais je te laisse pour suivre, sur l'éducation pourquoi c'est important aussi de s'intéresser à ce genre de personnes parce qu'encore une fois ils ont beaucoup de poids sur nos vies et qu'il y a deux manières de se libérer puisque c'est aussi un objet de ce livre c'est-à-dire de savoir pour réfléchir et se libérer, c'est bien sûr de parler des différents points de vue, mais aussi de faire naître des initiatives, parce qu'on a des initiatives géniales en France dont on ne parle peut-être pas assez. Juste sur une petite anecdote que j'ai découvert, tu sais, Elon Musk, il a beaucoup d'enfants. Tant mieux, c'est sans choix, etc. Il a créé... Oui, entre 10 et 15, mais... Il a créé une école qui s'appelle Ad Astra, spécifiquement pour ses enfants. Pourquoi pas, à la limite.
Guillaume Grallet:
[
22:55] Et c'est assez intéressant, c'est de regarder le programme de cette école c'est-à-dire qu'il y a des choses géniales sur l'esprit d'initiative résoudre des problèmes à plusieurs être très concret c'est-à-dire, Mais il a supprimé, en tout cas, ça a peut-être changé depuis, mais en tout cas, c'était le cas pendant plusieurs années, l'apprentissage des langues étrangères, parce qu'il considérait qu'à l'ère de l'IA, effectivement, toi et moi, Jérôme, on voit dans les dernières nouveautés, on voit des écouteurs qui permettent de traduire en temps réel, on le voit aussi avec certaines lunettes connectées, etc. Et il dit, ça ne servira plus à rien de savoir une langue étrangère. Et qu'est-ce que tu en penses ? Moi, je trouve ça nul. Je ne veux pas de ce monde. Je trouve ça super d'apprendre une langue parce que lorsqu'on apprend une langue, on n'apprend pas des mots. On n'apprend pas qu'une manière de s'exprimer ou de traduire un menu dans un restaurant. On apprend une culture. C'est pour ça que je mets autant d'accent sur cette pièce des langues africaines et qui est une vraie chance. Cité Karim Begir, pardon, c'est un tout petit exemple qui est génial aussi à écouter ou à lire. Il a publié un bouquin génial aux éditions de l'ADN de mémoire.
Guillaume Grallet:
[
24:04] Vous mettez l'édition de l'ADN Karim Begir c'est le co-créateur d'Instadip une société qu'il a revendue à BioNTech ce qu'il a laissé confortable financièrement, lui il est persuadé de, il veut que de plus en plus de chercheurs africains publient etc. C'est quelqu'un à suivre mais sur l'apprentissage des langues étrangères pour te répondre et pour ne pas être langue de bois moi je pense et ça rejoint l'apocalypse cognitif, c'est-à-dire que je pense qu'il faut qu'on garde, même si la machine encore une fois, moi souvent je suis tenté je me sers de l'IA pour transcrire des interviews, c'est génial pour résumer des documents de recherche, perplexity, certains outils de perplexity de deep research sont absolument géniaux, etc. Mais qu'on fasse, qu'on continue à faire fonctionner notre cerveau et qu'on garde une mémoire un esprit critique je pense que c'est fondamental et l'apprentissage des langues étrangères encore une fois, C'est une elasticité, une plasticité, c'est presque poétique. Il faut qu'on garde ça, je pense, sinon on va devenir comme des légumes à côté de la machine.
Monde Numérique :
[
25:13] Ouais, je suis... Non ?
Guillaume Grallet:
[
25:16] Ça dépend des langues, je suis d'accord.
Monde Numérique :
[
25:17] Non, non, mais c'est pas ça. Tu as tout à fait raison sur la réalité, tout ce que ça apporte, etc. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a plein de sujets intéressants dans le monde. C'est aussi très enrichissant d'apprendre l'histoire, d'apprendre les sciences. Et tout le monde ne peut pas tout apprendre. Et si on se place dans une logique de se former, de faire des études pour avoir un rôle dans la société après, je pense qu'effectivement apprendre les langues aujourd'hui ne sert plus à grand chose, il y a plein on peut apprendre la psychologie, on peut apprendre la sociologie il y a mille sujets passionnants mais ce seront des voies de spécialisation pour certains professionnels et il faut qu'il en reste des professionnels comme ça mais est-ce que tout le monde a besoin d'apprendre les langues ?
Guillaume Grallet:
[
26:08] Non, non, non mais on peut encourager c'est comme l'apprentissage de la musique bien sûr que c'est des efforts la musique aussi c'est super mais tout le monde n'a pas envie le samedi à promulguer de faire du solfège pendant deux heures, bien sûr mais ceux qui s'accrochent, à la fin ils sont contents parce que bien sûr tu peux mettre la radio écouter de la musique mais quand tu la fais toi-même et quand tu vas t'adapter à 100% mais ça ne sera jamais.
Monde Numérique :
[
26:32] 100% de la population qui fera ça.
Guillaume Grallet:
[
26:35] N'a pas.
Monde Numérique :
[
26:36] D'intérêt mais que chacun se trouve une voix une ou deux ou trois à explorer à titre personnel mettre des langues dans le tronc alors pourquoi je réagis comme ça parce qu'il y a quelques jours, j'interviewais Olivier Babaud qui a écrit un bouquin avec Laurent Alexandre que tu as dû voir passer aussi.
Guillaume Grallet:
[
26:52] Oui, oui, très bien.
Monde Numérique :
[
26:52] Justement, qui s'appelle Ne faites plus d'études. Et c'est l'une des choses qu'il dit. En tout cas, dans les études pour des formations, on va dire, intermédiaires qui ne sont pas de super haut niveau et qui ne sont pas non plus... Mais il dit, mais c'est idiot, aujourd'hui, de payer des professeurs de langue. Ça n'a pas de sens.
Guillaume Grallet:
[
27:07] Ah, mais oui.
Monde Numérique :
[
27:08] Parce que si c'est juste pour apprendre dans une école de commerce, un type à... Alors, si, bon, peut-être que l'anglais ça facilite quand même les choses.
Guillaume Grallet:
[
27:16] Non mais si tu veux, j'adore le livre, je trouve très intéressant les deux auteurs et ce livre je le recommande, mais je ne suis pas d'accord, je trouve qu'il
Guillaume Grallet:
[
27:27] faut garder cette plasticité. Tu sais, on arrive dans une ère, Jérôme, des agents intelligents, c'est-à-dire que là, effectivement...
Monde Numérique :
[
27:36] Pour l'instant, ils ne sont pas très intelligents, pour les tester un peu à droite à gauche, ce n'est pas ça.
Guillaume Grallet:
[
27:42] Oui, ça dépend pour quelles tâches. Tchad GPT vient de tuéter son troisième anniversaire et là, on va arriver, on va leur confier des tâches. Je pense que tous ceux qui t'écoutent le savent, tu as dû en parler énormément. Mais je parlais avec quelqu'un qui est ambassadeur qui travaille pour Dell et en fait, il me montrait comment son agent corrige le code qu'il écrivait. Et en fait, il disait, je veux un code différent, trouve-moi une erreur trouve-moi une autre manière de dire les choses etc, donc lui-même supervisait son agent mais il continuait à voir ce qui se passait et il me disait si j'avais pas compris comment fonctionne le code je ne serais pas c'est comme un, Un prof avec des thésards qui l'aident, il faut garder, je pense, la connaissance de la musique, des langues ou du code informatique, en tout cas, autant qu'on peut. autant qu'on peut.
Monde Numérique :
[
28:38] Alors c'est vrai que le problème c'est que, finalement l'IA est plus utile pour des seniors qui ont des connaissances, mais si des juniors ne se forment et n'évoluent qu'avec l'intelligence artificielle, ils ne deviendront jamais seniors en réalité.
Guillaume Grallet:
[
28:59] Oui, sauf s'ils le font de manière intelligente c'est-à-dire qu'ils gardent, ils confient à la machine que ce qu'ils veulent confier c'est qu'il a dit tout ça mais tu sais c'est un débat un autre débat qui est dans le livre alors c'est juste deux pages mais en fait on aurait pu faire, dix livres là-dessus toi et moi ou tout le monde parce que c'est passionnant, c'est un débat je sais pas si tu te rappelles on parlait de Dario Amodai tout à l'heure il a fait un essai qui s'appelle Machines of Loving Grace qui est le nom d'ailleurs d'un autre livre qui est assez passionnant sur le sujet, où il prédit l'arrivée, l'avènement de millions d'Einstein, dans les centres de données, c'est-à-dire qu'il dit qu'effectivement, on va pour la première fois de notre vie, cette fameuse créature, rien ne nous a poussé, rien ne nous a forcé à faire naître cette créature un peu bizarre qui, par certains aspects, va être plus intelligente d'autres au moins, etc. Donc, on va être en cohabitation avec. Et pour lui, il dit, ce seront comme des Einstein. Et lorsqu'il a lu, cet essai, Thomas Wolf, qui est le directeur scientifique de Gingface, qui est quelqu'un de brillant et très sympa, etc.
Monde Numérique :
[
30:03] Oui, que j'ai interviewé d'ailleurs pour mon amérique.
Guillaume Grallet:
[
30:06] Et il m'a dit, j'ai envie de réagir, parce que je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Il me dit, pour moi, Einstein, ou les autres grands scientifiques, ce sont des gens qui vont avoir des intuitions, qui pensent en dehors de la « out of the box » et qui... Qui vont peut-être révolutionner les choses. Et ça, pour l'instant, la machine avec les modèles de langue, ça, c'est le débat aussi qui pousse Yann Lequin à partir de méta, je pense, parce que ça ne suffit pas les modèles de langue. Lui, il a son modèle GEPA de prédiction, etc. Thomas dit, pour l'instant, on n'aura pas des Einstein autour de nous, mais on aura juste des exécutants. Tu vois, ce débat qui n'est pas encore terminé, il est juste fascinant. Parce qu'on va voir si ça sera toujours le cas, si on ne va pas trouver d'autres manières de créer des médias, etc.
Monde Numérique :
[
30:55] Guillaume, ce qui nous perturbe tous c'est que c'est au-delà de notre entendement, tu parles de Noralink tu parles des Einstein ou pas Einstein, etc, on a du mal à comprendre parce que c'est tellement au-delà de notre monde d'aujourd'hui est-ce que tu penses que les pionniers que tu as rencontrés, justement ce qui fait que ce sont des pionniers, c'est qu'eux ils sont déjà out of the box et qu'un type comme Elon Musk justement ne s'interdit pas, ou comme Alexander Wang que tu citais, et bien ne s'interdit pas de se projeter dans un monde où, oui, il y aura des robots et il y aura des super-intelligences et que donc,
Monde Numérique :
[
31:28] il faut augmenter le cerveau des humains, etc. C'est ça qui fait la différence ?
Guillaume Grallet:
[
31:32] Le point commun de ces pionniers, et là-dessus, je les admire à 300%, c'est qu'encore une fois, ils ne se satisfont pas de l'ordre établi. Ils prennent des risques, ils inventent.
Monde Numérique :
[
31:42] Ils peuvent être dangereux, mais ils sont aussi, quelque part, le devenir de l'humanité.
Guillaume Grallet:
[
31:48] Et c'est pour ça qu'en préambule du livre, je dis que la normalité n'existe pas et que le fait, on l'a trop vu je pense dans certaines écoles chez certains, chez n'importe quoi, des cousins qui peuvent être trop timides, des copains, etc. Le fait de vouloir correspondre à une certaine normalité étouffe énormément d'esprit d'initiative et de créativité. En préambule, je condamne le fait de croire en la normalité, en tout cas que la normalité devienne la règle de toute sa vie, parce qu'on va voir la vie défiler, on en sera spectateur, on regardera derrière soi, on se dira « j'ai rien aux FR, j'aurais bien aimé être chanteur d'opéra, alpiniste, etc. » et finalement, je n'ai rien fait du tout. Donc, je pense que c'est très bien de vouloir voir ailleurs, de ne rien s'interdire, etc. Ce que je pense, c'est que dans un monde d'accélération technologique, où encore une fois, cette accélération est absolument géniale. On a parlé de la médecine, certains progrès aussi en agriculture, certains en éducation d'ailleurs, quand c'est bien fait, sont absolument géniales. Par contre, j'ai beaucoup plus d'appréhension et je pense en tout cas que ça mérite des vrais débats à plusieurs, sur lorsqu'on va faire la fusion en machine qui est appelée de ses voeux par pas mal de ses taïs cools, en tout cas ceux qui ont de la puissance et l'argent. Il ne faut pas aller trop vite.
Guillaume Grallet:
[
33:14] Et c'est pourquoi j'insiste à tel point sur la plasticité cérébrale, le fait de ne pas obéir au syndrome de la planète des singes. Tu vois ce que c'est, ça avait été théorisé en partie par le paléoanthropologue Pascal Pic. C'est le fait que face à une machine qui devient surpuissante, comme l'homme par rapport à des singes extrêmement puissants, on décide de s'avachir et de tout lui remettre à des agents. Je pense que tous ces débats sur la collection de certains de nos données biométriques mais aussi l'explosion à venir des inégalités parce que ça va venir c'est sûr et comment on la redistribue est-ce que c'est juste un revenu minimum, un revenu universel comme l'évoque aujourd'hui Sam Altman ou est-ce que c'est pas quand même faire partie de l'aventure je pense que c'est des débats, autant intellectuellement passionnants que fondamentaux et donc c'est pour ça que je dis que les pionniers ne sont pas tous, enfin ils sont souvent tous géniaux mais ils ne sont pas ils ne font pas tous le bien, et en tout cas ils devraient nous inclure dans la réflexion ou en tout cas on devrait toquer à leur porte en disant, hé oh, est-ce que t'es d'accord, pas d'accord, etc. On devrait tous s'y intéresser, c'est ça que je veux dire.
Monde Numérique :
[
34:26] Et bien voilà, c'est ce que tu fais dans ce livre, puisque tu as toqué à la porte de tout le monde, de Zuckerberg, de Sam Altman, tu as même toqué à la porte de Steve Jobs.
Guillaume Grallet:
[
34:34] Oui, non mais, on ne suis pas forcément très fier, mais j'avais beaucoup hésité, c'était après dix jours de reportage.
Monde Numérique :
[
34:39] C'est vraiment toqué à la porte.
Guillaume Grallet:
[
34:40] Oui, à la fin de dix jours de reportage en Californie, où j'avais pu voir pas mal des gens que j'admirais beaucoup, comme Bill Atkinson, qui a joué un rôle dingue dans le Mac, qui est passionné de photo, et qui m'a reçu dans sa maison avec sa femme. Puis plein d'autres personnes géniales qui entouraient cet écosystème. J'avais toute l'histoire et puis j'allais partir et un de ses copains d'enfance m'avait dit bah il est là à la limite à toquer chez lui s'il est là il vous répondra et c'est j'avais fait et en fait c'est alors m'avait loren powell jobs j'avais à lire le livre pour savoir.
Monde Numérique :
[
35:11] Sur qui tu es tombé.
Guillaume Grallet:
[
35:12] Voilà et les j'avais dit je suis français voilà j'ai fait le voyage je suis journaliste et elle avait été super sympa etc donc j'avais dit où l'avis dit on a des enfants c'est un peu compliqué Et quand même, moi-même, je venais d'avoir des enfants. Je dis oui, je comprends tout à fait. Ça pourra.
Monde Numérique :
[
35:27] Donc, tu n'as pas vu Steve Jobs, mais tu as...
Guillaume Grallet:
[
35:29] Mais j'ai vu Jérôme.
Monde Numérique :
[
35:30] Et tu as vu sa femme. Ouais, ouais, ouais. Écoute, on s'est vus. Voilà, pionnier aux éditions Grasset. Merci beaucoup, Guillaume Grallet. Puis, on continue à te lire dans Le Point régulièrement.
Guillaume Grallet:
[
35:42] Merci, Jérôme.
Monde Numérique :
[
35:43] Sur tous les sujets tech. Salut, Guillaume.
Guillaume Grallet:
[
35:44] À bientôt.