🎤 CES 2026 : de la voiture autonome à la brique Lego intelligente (Julien Villeret, EDF)

🎤 CES 2026 : de la voiture autonome à la brique Lego intelligente (Julien Villeret, EDF)

Voiture autonome, IA embarquée, Lego connectés… Julien Villeret, directeur de l’innovation d’EDF, revient sur les tendances du CES 2026. Une édition sans révolution mais riche en signaux faibles.

Interview : Julien Villeret, directeur de l’innovation d’EDF

En partenariat avec EDF

Punchlines

  • L’IA embarquée dans les voitures arrive enfin sur nos routes

  • Lenovo veut devenir l’Apple du PC

  • Le CES 2026 ? Une édition itérative, pas disruptive

  • L’énergie est tristement absente cette année

  • Lego lance une brique intelligente vraiment bluffante

Comment résumeriez-vous cette édition 2026 du CES ?

Je dirais que c’est une édition itérative. On y retrouve les tendances de l’an dernier, légèrement améliorées, mais sans réelle disruption. Rien de renversant, juste une poursuite des innovations amorcées. C’est assez classique au CES : une année très forte sur un sujet — comme l’IA en 2025 — suivie d’une ou deux éditions plus calmes. Celle-ci était dans la continuité.

Qu’est-ce qui vous a marqué malgré tout ?

Deux choses principalement. D’abord, l’accélération de la voiture autonome. On y est. Nvidia a annoncé une nouvelle plateforme open source avec Mercedes pour lancer en 2026 une voiture autonome de niveau 2+… mais uniquement aux États-Unis, faute de réglementation en Europe. Leur IA est multimodale et censée fonctionner sans cartographie locale, un vrai bond si ça se confirme. Ensuite, Lenovo m’a surpris. D’habitude vu comme un “pousseur de boîtes”, ils ont présenté une stratégie ambitieuse avec leur IA Quira embarquée dans leurs équipements. Une tentative claire de monter en gamme, de remonter la chaîne de valeur, à la manière d’Apple.

Et côté énergie, votre domaine de prédilection ?

Grosse déception. L’énergie et l’écologie étaient quasiment absentes cette année. Quelques gadgets par-ci par-là, mais rien de structurant. Une petite mention tout de même pour GeoWind, une start-up qui propose une éolienne verticale individuelle, à installer sur une terrasse ou un toit. Ce n’est pas révolutionnaire, mais c’est bien de voir que certains essaient encore d’innover dans ce secteur.

Un coup de cœur plus inattendu pour finir ?

Oui, pour la nouvelle brique intelligente de Lego ! Une “smart brick” avec processeur, Bluetooth, batterie, accéléromètre… Bref, une brique qui rend le jouet interactif. Ils vont lancer des kits Star Wars où les briques communiquent entre elles et les personnages réagissent grâce à des tags NFC. Ce n’est pas juste du plastique connecté, c’est une vraie innovation hardware à un prix abordable. Et ça parle autant aux enfants qu’aux adultes — les “kidultes” représentent 30 % des ventes de Lego ! C’est un bel exemple de tech ludique et universelle.

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Julien Villeret: [0:01] Il y a dix ans, on disait la voiture autonome, c'est pendant cinq ans. Ce n'était pas vrai. Par contre, là maintenant, dix ans plus tard, on voit que c'est en train de s'implanter partout. Et c'est très sympathique. Monde Numérique : [0:17] Bonjour Julien Villeret. Julien Villeret: [0:18] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [0:19] Directeur de l'innovation d'EDF. Et on se retrouve, j'ai envie de dire, comme d'habitude, traditionnellement. On était là déjà il y a un an. Pour avoir votre regard sur ce CES 2026. En quelques mots, comment vous résumeriez cette édition ? Julien Villeret: [0:34] En un mot, itérative. C'est-à-dire que c'est un peu tout ce qu'on avait vu l'année dernière en un peu mieux. Mais honnêtement, rien de disruptif, rien de vraiment nouveau. On est plutôt sur une continuité finalement des tendances de l'année dernière. C'est assez régulier au CES. En général, il y en a un qui vraiment met un coup très fort sur l'IA par exemple. C'était le cas l'année dernière. Et puis après, le suivant ou les deux suivants sont un peu plus mous. Celui-là est un peu plus mou. Monde Numérique : [1:00] Voilà, effectivement, c'est un constat que je partage aussi et que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans le monde numérique. Malgré tout, on ne va pas bouder notre plaisir, il y a quand même des choses à voir. Julien Villeret: [1:09] Il y a plein de choses à voir. Monde Numérique : [1:10] Bien sûr. Allez, on va picorer. Qu'est-ce qui a retenu votre attention ? Julien Villeret: [1:16] Alors... Un de mes sujets de favori, de prédilection, c'est les voitures autonomes, parce que je suis toujours très agacé par le fait qu'en France, en Europe, on ne permette pas le développement de la voiture autonome, alors qu'elle fonctionne très très bien aujourd'hui dans plein de pays dans le monde, aux Etats-Unis, en Chine, etc. Ça arrive au UK bientôt. Et là, une annonce de Nvidia que j'ai trouvée réjouissante, qui est qu'ils ont lancé une nouvelle plateforme de type open source pour faire des voitures autonomes et que Mercedes, donc un constructeur européen, a signé avec Nvidia et va lancer en 2026 sa première voiture avec une conduite autonome de type 2+, comme on dit, sur les routes américaines. Pourquoi les routes américaines ? Et bien parce qu'en Europe, la réglementation ne le permet pas, pour l'instant on espère. Et donc je trouve ça assez réjouissant, puisqu'on a un marché des robotaxis qui se développent à une vitesse énorme, encore une fois en Chine, aux Etats-Unis, hélas pas en Europe. On a maintenant des voitures autonomes pour les particuliers qui commencent à arriver grâce à ce type de plateforme. Enfin, on y est quoi. Il y a dix ans, on disait ça va venir. Aujourd'hui, ça marche. Et d'ailleurs, tous ceux qui sont montés dans ce type de voiture peuvent en témoigner, juste ça marche. Monde Numérique : [2:16] Alors, ça marche à condition d'être toujours sur des terrains connus. C'est-à-dire qu'il faut que les voitures aient sillonner la ville pendant des mois et des mois pour faire de la cartographie, pour appréhender tous les risques et toutes les contraintes. Julien Villeret: [2:30] Et alors c'est la grande force justement de la plateforme d'NVIDIA, en tout cas on va le voir à l'usage, c'est qu'eux ils disent moi ma plateforme j'ai pas besoin de l'entraîner sur la route précise, le quartier précis, la zone précise que va emprunter la voiture parce que mon IA, qui est multimodal évidemment, elle va réagir comme un être humain. Donc c'est pas un arbre de décision, c'est vraiment elle va réfléchir de façon autonome comme un être humain et donc, virtuellement fonctionner dans n'importe quelle circonstance. On verra sur le terrain la réalité, mais enfin la réalité c'est 2026 a priori, donc ça va vite vu. Monde Numérique : [2:59] Oui, c'est le concept d'IA physique, défendu par Jensen Huang. Julien Villeret: [3:02] Exactement, donc on va voir si ce modèle est vraiment plus performant que les autres. Mais je trouve ça assez réjouissant de voir à quelle vitesse maintenant, enfin, ça arrive. On dit toujours dans l'innovation, on surestime la rapidité avec laquelle ça va arriver et on sous-estime l'impact à long terme. Bah là, on était vraiment là-dessus. Il y a dix ans, on disait la voiture autonome c'est pendant cinq ans, c'était pas vrai. Par contre, là maintenant, dix ans plus tard, on voit que c'est en train de s'implanter partout et c'est très sympathique. Monde Numérique : [3:25] C'est déjà une réalité avec Waymo, avec Zoox, etc. Alors, autre sujet qui a retenu votre attention parce que bon, voilà, c'est ça. En tant que directeur de l'innovation, vous, votre boulot, c'est de picorer, de flairer les tendances, etc. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Julien Villeret: [3:40] Exactement. Hier se tenait la keynote de Lenovo. Lenovo qui est le premier fabricant mondial de PC mais qui est aussi avec Motorola un des premiers fabricants mondiaux de téléphones surtout aux Etats-Unis, Motorola Razr c'est le premier téléphone vendu aux Etats-Unis donc c'est une marchinoise absolument colossale et qui fournit d'ailleurs les PC de beaucoup d'entreprises qui vend dans la grande distribution énormément de PC bref c'est le plus gros et Lenovo qui d'habitude avait plutôt cette réputation on va dire de pousseur de boîte sans vouloir être trop désagréable mais en gros, faire des ordinateurs les moins chers possibles, dans les plus gros volumes possibles, et qu'elle va pouvoir vendre le plus largement possible, au plus large public possible, donc... Voilà, c'est vendre un maximum de PC, de nombre de cartons de PC. Et là, elle a fait une énorme keynote à La Sphère, très impressionnante, grosse production, voilà, toujours quelque chose d'assez... d'assez frappant, pour dire... Je me lance dans l'intelligence artificielle, mais je me lance dans l'intelligence artificielle qui va fonctionner sur les équipements Lenovo. C'est-à-dire qu'avant j'achetais un Lenovo, puis dessus j'avais Microsoft, Windows ou j'avais Android. Julien Villeret: [4:42] Et donc finalement, Lenovo ne faisait que l'appareil. Et là ils disent, moi je vais faire l'appareil, mais en plus je vais faire la couche de service. Et donc un peu comme ce qu'on attend et qui ne vient pas de la part d'Apple, qui dit je vais faire un super Siri personnalisé, qui va connaître les documents, les contacts, les messages, le contexte de l'avis de l'utilisateur pour être intelligent dans ses réponses. Lenovo dit, moi je fais ça, ça s'appelle Quira, ça va ne fonctionner que sur les ordinateurs Lenovo, les tablettes Lenovo et les téléphones Motorola, et ça va justement prendre en compte le contexte, tout ce qu'on voit finalement et ce qu'on a sur son ordinateur. On va voir si ça marche, parce qu'évidemment les annonces c'est toujours facile, mais la réalité c'est plus compliqué, mais ce qui est très intéressant c'est que c'est la première fois qu'un énorme constructeur de hardware se dit, je vais remonter la chaîne de valeur, et je vais essayer finalement de verrouiller les gens dans mon système grâce à cette couche d'intelligence IA et pas la déléguer à Microsoft, OpenAI, Google, que sais-je. Bref, la stratégie d'Apple. Donc on va voir si les nouveaux arrivent à devenir le Apple du PC. Ils essayent quand même, y compris sur le design, puisqu'ils ont annoncé des téléphones avec Swarovski, des PC très haut de gamme, très luxueux, très jolis. Donc je ne sais pas si c'est une stratégie qui va marcher, mais c'est intéressant de les voir aller vers là. Monde Numérique : [5:51] Et on va voir s'ils arrivent à faire ce qu'Apple n'arrive pas à faire, c'est ça ? Julien Villeret: [5:53] Exactement. Monde Numérique : [5:54] Bon. Euh... Ok. Votre domaine, c'est l'énergie ? Oui. Rien d'intéressant ? Julien Villeret: [5:59] Très décevant. Très décevant, ce CES sur l'énergie. Il y a évidemment, de ci, de là, quelques petites innovations, mais qui sont là aussi très itératives, hein. La batterie qui fonctionne un petit peu mieux, ou qui est un peu plus jolie, ou qui... voilà. Mais on sent bien que le monde de l'énergie, et le monde en particulier de l'écologie, de la décarbonation, n'est pas du tout dans les préoccupations, cette année, des exposants du CES. Contrairement aux années précédentes, où c'était beaucoup plus présent, Peut-être quand même parler d'une start-up qui a un produit que je trouve assez sympathique, même s'il est un petit peu anecdotique, qui s'appelle GeoWind. C'est une éolienne personnelle qu'on peut mettre sur sa terrasse, sur son balcon, dans son jardin ou sur un toit, qui est une éolienne verticale, c'est-à-dire que c'est une éolienne qui semble à une grosse boule avec des voiles et qui tourne finalement avec le vent, mais pas forcément le vent qui arrive comme ça en horizontal, mais aussi avec un vent qui arrive au niveau vertical. Donc bref, ça produit plus d'énergie qu'une éolienne classique, mais c'est un petit objet qui est plutôt personnel. Ce n'est pas quelque chose qu'on installe évidemment dans un champ et qui fait des dizaines de mètres de haut. Donc voilà, petite mention pour cette société qui fait, elle en tout cas essaye, de continuer à innover dans ce domaine-là. Mais on ne peut pas dire qu'au CES cette année, ce soit vraiment le sujet majeur de la plupart des exposants. Monde Numérique : [7:08] Et pour finir, je crois que vous avez eu un petit coup de cœur pour un... Monde Numérique : [7:12] C'est votre cœur d'enfant qui a battu devant un jouet Lego, c'est ça ? Julien Villeret: [7:16] Mais oui, la Lego, la smart brick de Lego, Lego a annoncé hier une smart brick. C'est quoi une smart brick ? C'est une brique Lego de deux par un, traditionnelle, qui ressemble vraiment à une brique comme toutes les briques Lego, sauf que ce n'est pas que du plastique. À l'intérieur, il y a un microprocesseur, il y a un émetteur Bluetooth, il y a une batterie, il y a un MEMS, donc un accéléromètre. Bref, il y a tout un tas de technologies qui permettent à cette brique de devenir intelligente et de rendre le jouet Lego intelligent. Et c'est absolument bluffant de le voir à l'usage. Monde Numérique : [7:44] Et après, ça sert à quoi ? Julien Villeret: [7:45] Par exemple, et ils vont lancer trois kits Lego Star Wars dans les mois qui viennent avec cette brique à l'intérieur. Ça permet par exemple, quand on a un vaisseau Star Wars et une base Star Wars, quand le vaisseau arrive, il se fait attaquer, avec les bruits de vaisseau laser, etc. Dans la direction dans laquelle il arrive, puisque les briques sont mesh, c'est-à-dire qu'elles communiquent entre elles et donc elles savent se repérer dans l'espace. Et quand on prend son petit personnage de Dag Vador et qu'on le met sur son trône, et bien il commence à discuter avec l'entourage et les autres petits personnages qui sont autour, puisqu'il y a des tags NFC dans les personnages, bref. On peut voir les démos sur internet et sur YouTube, c'est super intéressant et surtout stratégiquement, je trouve ça assez culotté de la part de Lego parce qu'ils vont vraiment dans le hardware. D'habitude quand on dit qu'on fait des jouets smarts, c'est une app iMobile qui fait un peu de réalité augmentée autour, ça reste quand même pas très sexy. Là eux, ils ont vraiment lancé un nouveau hardware, complètement nouveau, à un prix très raisonnable, puisque ça va augmenter très légèrement le prix des kits, mais ils parlaient des premiers kits qui vont être autour de 70€. Donc pour du Lego, parce que Lego est cher, c'est pas une différence de prix majeure par rapport au Lego habituel à 60 euros. Et voilà, je trouve que ça change un peu la donne et c'est quand même quelque chose qui va toucher tout le monde. Parce que tous les enfants du monde jouent au Lego, mais les adultes aussi. Il faut savoir que 30% des ventes de Lego, c'est auprès des adultes. Ce qu'on appelle les kidultes, le marché des kidultes, c'est-à-dire des kids adultes. C'est les gens de 30, 40, 50 ans qui se payent avec l'argent qu'ils ont, évidemment plus à 30, 40, 50 ans quand ils étaient enfants. Les jouets dont ils auraient rêvé quand ils étaient enfants. Julien Villeret: [9:13] Quand Lego vend des énormes kits à parfois 500 euros, 600 euros, 700 euros c'est évidemment pas les enfants qui les reçoivent pour leur anniversaire c'est les adultes qui se les offrent et donc je pense qu'aussi avec cet outil Smartbrick ils vont pouvoir séduire de nouveaux adultes fans de tech et. Monde Numérique : [9:28] Ben voilà c'est ça aussi le CES le Lego qui devient smart merci beaucoup Julien Villerey, directeur de l'innovation d'EDF merci Jérôme.
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