Dans cette rediffusion de la série INNOVATEURS, je vous propose de réécouter notre entretien avec Stan Larroque, pionnier français des casques de réalité mixte.
Parti de presque rien, quelques millions d’euros et une petite équipe, Stan Larroque s’est attaqué à un secteur dominé par les géants de la tech. Il raconte les coulisses de cette aventure entrepreneuriale, faite de paris technologiques, de levées de fonds difficiles et de batailles industrielles. Il explique aussi pourquoi le métavers tel qu’il a été imaginé par les grandes plateformes n’a sans doute pas d’avenir, tandis que la réalité mixte trouve aujourd’hui son véritable marché dans les entreprises. Il en profite pour partager sa vision de l’innovation, qui consiste selon lui à « déranger » et à bousculer l’ordre établi. Il évoque également les défis de l’entrepreneuriat hardware en France, les décisions stratégiques qui ont façonné Lynx — notamment face à Google — et les montagnes russes émotionnelles que vivent les fondateurs de startups technologiques. Enfin, il confie son admiration pour certaines innovations majeures comme Starlink et explique pourquoi, pour lui, l’innovation reste avant tout une aventure humaine.
Interview : Stan Larroque, fondateur de Lynx Mixed Realities
Punchlines
- « Innover, c’est déranger. »
- « Dans une startup tech, l’asset principal, c’est le cerveau des gens. »
- « Faire du hardware en France ? Ne le faites pas… mais faites-le quand même. »
- « Starlink est l’une des innovations les plus impressionnantes de ces dernières années. »
Comment une petite startup peut-elle exister face aux géants de la tech ?
Nous, chez Lynx, on est très concentrés sur un segment précis : le B2B. Il y a des entreprises prêtes à payer pour un casque qui leur apporte une vraie valeur dans leur travail. Ce n’est pas le même marché que le grand public. On ne parle pas de millions d’unités comme les smartphones, mais sur un produit avec de bonnes marges, il y a une vraie économie possible.
La réalité virtuelle n'est-elle pas en train de s’essouffler ?
Je ne pense pas que la VR n’ait pas d’avenir. En revanche, je pense que la vision du métavers qu’on nous a présentée n’en a pas vraiment. Le grand public a découvert la VR presque uniquement à travers la stratégie de Meta, et ce pari-là est en train de montrer ses limites. En revanche, dans le monde professionnel, la réalité mixte explose. Les entreprises ne sont plus au stade des tests ou des démonstrateurs. Elles déploient vraiment des solutions à grande échelle, parfois des milliers de casques pour la formation ou les opérations.
Qu’est-ce que l’innovation pour toi ?
Pour moi, innover, c’est inventer quelque chose qui trouve un usage. Une innovation, c’est une invention qui fonctionne dans le monde réel. Et surtout, innover, c’est déranger. Quand tu inventes quelque chose de nouveau, tu bouscules forcément l’ordre établi. Tu deviens celui qui agace les acteurs en place. Mais quelque part, c’est plutôt bon signe.
Quelles qualités faut-il pour innover ?
Il faut ne pas avoir peur. C’est vraiment la qualité essentielle. Quand tu montes une startup, tu vis une sorte de sinusoïde permanente : des moments incroyables et d’autres très difficiles. Il faut aussi s’entourer des bonnes personnes. Dans une entreprise technologique, l’actif principal, ce n’est pas la machine ou la propriété intellectuelle : ce sont les gens, leur cerveau, leur capacité à résoudre des problèmes.
Quelle innovation t’impressionne le plus aujourd’hui ?
L’innovation qui m’a le plus impressionné ces dernières années, c’est clairement Starlink. C’est un système d’une complexité technique incroyable, mais qui est exécuté avec une élégance remarquable. Aujourd’hui, on peut avoir du très haut débit dans des endroits où il n’y avait quasiment pas d’Internet. C’est un exemple spectaculaire de ce que la technologie peut apporter concrètement.
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[00:00:01] Cet été je vous propose de retrouver quelques-unes des meilleures interviews de Monde Numérique. Innovateurs, experts, observateurs, ils ou elles partagent leurs projets, leurs visions, leurs analyses. Tendez l'oreille, vous ne l'engrapperez pas. Monde Numérique Nous on a vraiment introduit le concept de réalité mixte. Il y a un certain petit attachement sentimental à ce qu'on fait parce qu'on est vraiment les gars dans un garage face à des mastodontes.
[00:00:28] Ce qui emmène une équipe, c'est ce que les gens font avec le produit derrière et ça c'est une satisfaction qui est incroyable. On a vu des partenariats qui partent en sucette, on a géré un partenariat avec Google en millions de dollars qui a fini presque en 100. On a tout vu. Ils sont ingénieurs, entrepreneurs, inventeurs, solitaires ou en équipe. Quel est leur parcours ? Quelles sont leurs motivations et quel est leur regard sur l'innovation technologique ?
[00:00:56] Bienvenue dans Innovateur, un long format de monde numérique en audio et en vidéo consacré à ceux qui font l'innovation technologique. Mon invité du jour est ingénieur. Il est créateur du premier casque de réalité virtuelle, réalité mixte français. Salut Stan Larocque. Bonjour. Stan Larocque, dirigeant de la société Lynx Mixed Reality. On va ensemble faire ta découverte. Tu vas nous parler de toi, de Lynx, de ces innovations.
[00:01:26] Comment est-ce qu'on peut produire un tel produit ? En France, on n'est pas habitué à faire ce genre d'appareil. Il est ici. Voici ton œuvre. Voici ton bébé. C'est donc un casque de réalité mixte. Alors, on connaît ce genre de choses, mais c'est vrai que j'ai envie de dire presque la particularité, c'est que c'est une innovation française, celui-ci. Oui. Alors, c'est une aventure qui a commencé il y a fort longtemps maintenant. La boîte a vraiment commencé en 2019.
[00:01:52] Et là, le casque que tu as avec toi, c'est le Lynx R1. Donc, c'est notre V1. Et j'ai pu annoncer fin janvier notre V2 à San Francisco lors d'une super keynote et tout. C'était incroyable. Deux ans de travail et donc pour l'itération sur des casques de réalité mixte qui font en fait l'activité principale de Lynx aujourd'hui. C'est une équipe incroyable. C'est absolument hors norme. Tout le chemin parcouru, en fait, je ne réalise pas encore tout ce qui a été fait.
[00:02:21] Mais voilà, on a fait ce produit. On l'a fait. Il faut te dire que ça a commencé quand la réalité virtuelle, c'était Oculus qui venait de se faire racheter par Facebook. On ne savait pas trop encore. Il n'y avait pas ces histoires de métaverses. Il n'y avait pas ces histoires de Facebook méta. Le Vision Pro n'existait pas. Il y avait juste Microsoft qui faisait HoloLens dans son coin. Ce n'était pas du tout quelque chose de si sensationnel que ça, en fait. Enfin, ça avait un côté quand même un peu curieux, mais c'était vraiment... C'était une curiosité.
[00:02:51] C'était les balbutiements. C'était les balbutiements. C'était l'industrie du smartphone qui commence à chercher autre chose que le smartphone. Et du coup, il y a les drones, les casques, les voitures, tout un tas de choses. Et donc, moi, j'ai commencé en fait relativement tôt. En fait, c'est toute ma carrière professionnelle, Lynx jusqu'à présent. Et bien voilà. Alors justement, on va brosser un peu toute l'histoire. Tu es né en 1994. Tu es originaire de Paris. Tu as fait une école d'ingénieur à Grenoble.
[00:03:20] Et très vite, tu t'es intéressé à la VR. Un peu même avant, je crois, tout ce qui était interface graphique. La VR, c'est dès que tu arrêtes tes études. Mais avant ça, il y avait eu déjà un premier projet. Tu avais lancé une app. J'ai toujours été créateur. C'est comme ça que je m'exprime. Vraiment, la fabrication... Là, c'est la fabrication d'un objet. Donc, c'est vraiment une consécration pour moi. Mais effectivement, j'ai commencé très tôt à faire du développement d'applications.
[00:03:49] Et donc, si vous cherchez de manière lointaine sur Internet, vous trouverez que j'ai fait une application qui s'appelait Tiki Talk. Pas TikTok, Tiki Talk. Avec un gars de Los Angeles. Et c'est devenu une appli de rencontre. C'était assez chouette. C'était ma première aventure entrepreneuriale. J'avais 20-21 ans. Et après, je pensais à l'époque que j'allais faire des applications et des sites web toute ma vie. Je me suis dit, ok, c'est comme ça que ça se passe. C'est ce qui est intéressant.
[00:04:18] Et lors d'un projet étudiant, donc toujours en école, en dernière année, j'ai eu pour un projet l'opportunité de travailler avec un casque de VR, l'Oculus DK2, qui était un des premiers dev kits d'Oculus que l'école avait acheté. Et j'ai dit, tiens, je vais essayer quelque chose de nouveau. Donc, je l'ai eu dans les mains pour un projet étudiant. Et je me suis dit tout de suite, ce truc, ça fait partie du futur. Il faut que je trouve un moyen de bosser là-dedans. D'accord. Tout de suite. Et en le mettant sur la tête... Le coup de foudre pour l'AVR ?
[00:04:45] Le coup de foudre pour l'AVR, c'est juste incroyable comme interface machine. Et donc, quand on le met sur la tête, l'AVR marche très, très bien. Et je me dis, bon, ok, c'est un problème réglé. À l'époque, Palmer Lucky, du coup, a craqué l'AVR. Oculus, c'est super. Enfin, il fallait quand même... Moi, j'avais essayé le tout premier Oculus à Las Vegas, au CES. Il était très gros, il était lourd. Et il fallait une énorme machine derrière pour le faire tourner. Ouais. Alors, et il y a toujours plein de limitations.
[00:05:13] On peut toujours se plaindre de ces casques. Mais on sentait déjà que les problèmes étaient résolus. Parce qu'en fait, ce qui était incroyable avec Oculus, c'est que Palmer a réussi à passer un produit qui coûtait entre 10 et 20 000 euros. Avant qu'Oculus arrive, c'était ça. Oui, parce que c'est vrai qu'il y avait eu des trucs il y a très longtemps. Ouais, il y a eu des vagues de la VR. Mais même dans les années 90, il y a eu plein de gens, même en France, qui ont fait des choses assez incroyables. Voilà, il y a eu plusieurs vagues. Mais la vague de 2016, 2015-2016, c'était vraiment Oculus.
[00:05:41] Et du coup, il a dit, en fait, on va utiliser la supply chain du smartphone où on commence à avoir de super écrans, de super caméras. Et puis, en fait, on va faire un casque qui coûte 600 balles. Ils ont réussi. J'ai eu ce casque dans les mains. Et je me suis dit, bon, la VR, c'est un problème résolu où il y a des gens très intelligents, bien financés qui bossent là-dessus. Mais c'est dommage, quand je mets le casque sur la tête, je ne vois pas ce que font mes amis autour de moi. J'ai juste envie de voir à travers le casque. En fait, ça, c'est de la réalité mixte sans le savoir. C'est comme...
[00:06:10] Voilà, parce que VR, on est complètement immergé. On ne voit pas ce qu'il y a autour. Réalité augmentée, on voit complètement ce qu'il y a autour. Et puis, il y a des petites choses qui viennent en plus, je ne sais pas quoi, un parcours à suivre, un itinéraire. Des augmentations, des objets virtuels, du texte. Et ce qu'on appelle la mixed reality, la réalité mixte, c'est comme son nom l'indique, un mix entre les deux, en fait. C'est un mix entre les deux. Et pour moi, c'est le mix le plus puissant. C'est la même voie qu'Apple aura pris aussi au final.
[00:06:37] Ce qui est une énorme validation pour les choix de techno qu'on a fait à l'époque. Mais effectivement, la réalité mixte, c'est qui peut le plus, peu le moins. Donc, tu peux faire la réalité virtuelle. Tu peux faire la réalité augmentée. Tu peux faire tout ce qu'il y a entre les deux. C'est-à-dire voir un peu ton environnement, mais être immergé par ailleurs dans le centre de ta vision. Et on peut mixer un peu tout. Alors, c'est pour ça que ce casque, il a... Et ça, tu dis, ce n'est que la V1, en fait. Ça, c'est la V1. C'est la V1. Tu ne nous as pas apporté la V2.
[00:07:05] Alors, la V2, elle est en cours de finalisation. On a quelques proto qui ne peuvent pas sortir du bureau. J'ai pu la montrer à San Francisco il y a quelques semaines. Et elle sera sur le marché, normalement, si tout va bien, entre cet été et la fin de l'année. D'accord. Et donc, on voit qu'effectivement, là, quand on met ça... Voilà, je peux faire la démo si je fais ça. En réalité, je ne suis pas coupé du monde. Même si je mets l'écran devant moi, j'ai encore une vue latérale de chaque côté.
[00:07:33] Alors ça, c'est vraiment une approche de design industriel et ergonomique qui a été vraiment la clé de voûte de la vision qu'on a pour la réalité mixte. En fait, pour les techno-immersives, le premier problème que les casques ont, c'est qu'on doit le mettre sur la tête. Et donc, le fait de mettre quelque chose sur la tête, c'est très envahissant. Et même, il y a un challenge social. C'est-à-dire que là, tu vois, quand tu mets le casque sur la tête, on cache tes yeux. Socialement, même dans certaines cultures
[00:08:03] où le corps de la femme est voilé, on voit encore les yeux. Ouais, c'est vrai. C'est le dernier truc qu'on voit. Donc, si tu veux, nous, on va couper quelque chose de très important. On va te mettre un truc sur la tête. Il faut que ça marche avec toutes les têtes humaines. Et Dieu sait combien il y en a. Donc, il y a un challenge ergonomique. Et nous, ce qu'on voulait, c'est ne pas bloquer l'utilisateur, le bloquer dans le tunnel d'immersion. Et cette histoire encore de voir attraire le casque et ne pas être coupé. Donc, tu as la vision périphérique. Donc, tu peux mettre une mousse, en fait, qui vient cémenter, que je n'ai pas amenée, mais qui est dans la boîte.
[00:08:33] Mais généralement, je le montre toujours ouvert comme ça. Donc, avec la mousse, on est un peu plus immergé, du coup. Tu peux faire la VR complètement émergée. Mais tu ne peux pas émerger, ce qui fait qu'avec ta vision périphérique, tu ne seras jamais malade. Oui, il y a ce problème-là aussi. Tu es ancré dans l'espace parce que ta vision périphérique, elle te sert à ton équilibre vestibulaire, voire le danger qui arrive, tout un tas de choses. Il y a l'évolution. Mais en fait, on voit très, très mal. C'est-à-dire qu'au-delà de 60 degrés, on ne voit plus la couleur.
[00:08:59] C'est-à-dire que le système visuel humain est très performant, mais en fait, il nous trompe aussi beaucoup. C'est-à-dire que sur ta vision périphérique, on a très peu d'acuité, très peu de contraste. Et ça nous sert à voir justement le danger et l'équilibre. Ce n'est pas précis, mais on en a besoin. Ce n'est pas précis, mais on en a besoin pour voir les prédateurs derrière nous. C'est pour ça que quand tu gardes ta tête droite, mais que tu bouges tes yeux sur le côté, ton champ de vue augmente verticalement et ça vient chercher 20 degrés en plus un peu derrière toi.
[00:09:28] Le champ de vue humain, quand tu bouges les yeux, c'est entre 200 et 220 degrés. Donc nous, notre métier, c'est de comprendre ce que c'est qu'un œil humain, une tête humaine, et de créer l'illusion. Donc en fait, on est un peu marchand de jouets là-dessus. Il faut créer une illusion, il faut un peu être magicien. Et donc, c'est comprendre le système visuel. Donc cette idée de vision périphérique, on l'a eu assez tôt. Et ce qui est assez magique, c'est que quand tu es en réalité mixte ou en réalité augmentée, que les caméras devant le casque t'affichent la réalité, il y a un alignement parfait
[00:09:57] avec ce que tu vois au centre à travers le casque et ta vision périphérique. Et donc pour le prouver, si tu veux, pour montrer cette feature où il y a très peu de latence et à la fois un alignement géométrique parfait. On a fait des graphes, on a pris les casques des autres concurrents, mais personne ne disait ça. Du coup, moi, j'ai skié avec le casque sur la tête en disant, voilà, regardez, on a craqué les histoires de latence, les histoires de traitement d'image, les histoires d'alignement géométrique et de correction de la vision, etc. Donc, ce qui est pour prouver que tu ne te casses pas la figure
[00:10:25] en ayant un appareil comme ça sur la tête. Que tu peux faire avec ce casque, que tu ne feras avec aucun autre casque parce que les casques fermés comme ça, tu vas être malade très vite dès que tu vas prendre de la vitesse. Et ce qui est assez intéressant, tu vois, tu l'as relevé comme ça avec le flip-up. Alors, le flip-up, ce qu'on appelle le flip-up, c'est cette espèce de charnière qui permet de... C'est le fait que l'écran bascule vers le haut. L'écran bascule vers le haut. On peut aussi l'éloigner pour que ce soit compatible avec tes lunettes parce que ça rajoute quelques millimètres. Ça a été extrêmement compliqué pour notre équipe mécanique
[00:10:54] et de designers industriels à faire, mais c'était extrêmement important. Et au final, c'est une des features les plus appréciées des développeurs parce qu'ils codent, ils peuvent relever le casque, revenir. Et pour certains de nos utilisateurs, c'est capital parce qu'ils vont servir du casque pendant X minutes, le relever, revenir dans une application où le casque les aide. Et donc, c'est extrêmement important. Et il y a tout un tas de choses ergonomiques, le fait que les choses soient aimantées puissent s'enlever facilement pour les nettoyer à la machine. Voilà, il y a tout un tas de choses
[00:11:24] assez bien pensées. Oui, les petites mousses devant et derrière. Les mousses. Le poids est équilibré aussi entre l'avant et l'arrière. Tout à fait. Donc, il pèse 550 grammes et il y a un équilibre parfait. En fait, quand je dis équilibre parfait, c'est-à-dire que le centre de gravité du casque sur une tête humaine moyenne, il arrive à ce niveau-là. Donc, juste devant l'oreille, c'est le centre de gravité de notre tête. Et donc ça, ça fait que tu peux le porter plus longtemps sur la tête sans qu'il gêne. De la même manière, il ne touche pas ton visage. Donc, il va s'appuyer ici, mais les autres casques, il s'appuie ici. Il s'appuie sur le front
[00:11:54] au lieu de s'appuyer sur les yeux. Voilà. Et donc, ça vient sur ta structure osseuse. Ça vient aussi sur le maquillage pour une certaine partie de la population. Il y a plein de choses comme ça. Tu parlais des lunettes. Les lunettes. C'est un problème, les casques fermés avec les lunettes. Il y a tellement de choses à prendre. En fait, c'est tellement multifactoriel que c'est forcément un compromis. Et donc, nous, on a essayé de faire un compromis en disant, OK, on va essayer de faire le casque le plus fin du monde pour certaines raisons de parallaxe avec les caméras, de mettre le paquet sur l'ergonomie puisque c'était assez facile par rapport à nos concurrents, surtout Meta
[00:12:24] qui met tout le poids à l'avant ou le Vision Pro, même aujourd'hui, ce qui est quand même assez fou. On a quand même marqué certains points. On a fait des vagues dans l'industrie avec cette V1, avec la V2 encore plus. Donc voilà, on a réussi en fait à créer une équipe qui a ce savoir-faire de développer des casques de réalité mixte. Ça n'existe pas en Europe. Il n'y a aucune autre société en Europe qui fait des casques comme ça, sans fil, qui se mettent sur la tête. C'est ça qui est dingue. Il n'y a que vous, quoi. Alors, il y a des gens qui font des casques avec des fils encore
[00:12:53] pour les gros PC. Mais c'est des casques qui coûtent plus de 10 000 euros, qui ne sont pas du tout connus du grand public. En Europe, la seule société qui a réussi à faire un casque stand-alone, c'est-à-dire l'ordinateur spatial comme le décrit Apple, c'est-à-dire tu as l'optique, l'optomechanique, l'électronique, l'ordinateur de bord, le CPU, le GPU, l'OS à prendre en compte. Tout ça, on a réussi à le faire et avec 25 personnes à Paris. Waouh ! Et Meta, rappelle-moi combien ils sont pour refaire leur... Alors, Meta, c'est assez drôle
[00:13:22] parce que Meta, ils sont... Alors, ça bouge parce qu'ils font des lay-off, après, ils recrutent du monde. Ils sont plusieurs milliers. Je crois que c'était en dizaines de milliers. Je crois que maintenant, c'est plutôt entre 5 et 10 000. Et j'ai fait un calcul assez rigolo. J'en ai reparlé lors de la keynote à San Francisco. Il ne faut pas oublier que le financement de Lynx, le financement annuel de ma boîte, c'est 4 heures chez Meta. C'est-à-dire, le burn rate, donc Meta, c'est 1 milliard par mois de pertes.
[00:13:52] Et donc, si tu... Au global, c'est où la division ? Juste la division à Hervé. C'est-à-dire que Mark Zuckerberg a fait un pari qui lui a coûté et qui lui coûte toujours aujourd'hui 100 milliards. 100 milliards. Et on ne sait pas où ça va. Voilà. Alors, on sait très bien où ça va. Nous, on sait très bien où ça va. Et oui, on sait ce qu'ils font avec. En fait, ils vendent à perte. Tout simplement. Ils subventionnent le produit et c'est pour ça qu'à chaque casque vendu,
[00:14:22] ils perdent de l'argent. Donc, ils vendent beaucoup de casques parce qu'il n'est pas cher et donc du coup, ils perdent énormément d'argent. Parce qu'ils le vendent quelques centaines d'euros. Oui, ils le vendent 400 euros et donc, ils partagent énormément de composants semblables avec nous en termes de caméras, en termes de chipset, Qualcomm et de tout un tas d'autres produits. On sait combien ça coûte. Oui, je garantis qu'ils perdent plusieurs centaines d'euros pour chaque casque vendu, tout comme les Meta-Réban aussi qui sont une autre catégorie de produits chez eux, les lunettes connectées.
[00:14:51] On va en parler, tu me diras un peu ce que tu en penses de ça, justement, des lunettes. Donc, en fait, vous avez craqué le deuxième step de la VR. Vous n'êtes pas parti de zéro, ce n'est pas vous qui avez inventé le casque VR, mais vous avez franchi un cap, vous avez introduit un nouveau concept, ce concept plus ouvert, etc. Le concept, surtout de réalité mixte, à l'époque, c'était HoloLens. Donc, HoloLens, c'est le casque de Microsoft qui ne fait que de la réalité augmentée. Alors, ils appelaient ça réalité mixte, mais bon,
[00:15:21] c'était des petits malins en marketing chez Microsoft. Et en fait, nous, on a vraiment... Rappelons que c'était une vitre qui venait devant les yeux. transparente, un peu fumée en plus. Voilà. D'ailleurs, ne vous faites pas avoir les produits de réalité augmentée généralement bloquent pas mal de lumière ambiante. C'est presque des lunettes de soleil au final. Donc, ils ont réussi plein de compromis et c'est encore des produits très très chers. Nous, on a vraiment introduit le concept de réalité mixte. C'est-à-dire que avant que Apple
[00:15:50] et le Vision Pro des années plus tard, on était vraiment les premiers à dire non, non, non, les gars, les technologies immersives, c'est la réalité mixte, ça va être avec des caméras qui sont maintenant meilleures parfois que l'œil humain sur certaines métriques qui vont nous apporter la réalité et on va pouvoir contrôler chaque photon parce que les photons deviennent des pixels et on peut tout contrôler et c'est ce qui est assez extraordinaire avec ce produit et surtout quand je vois les usages que les gens en font, c'est que c'est la première fois que tout ce que tu vois
[00:16:19] est partagé avec un ordinateur. Tout ce que tu vois, le centre de ta vision. parce qu'il y a des caméras devant. il faut rappeler, on voit à travers les caméras ce qu'on appelle le pass-through sur tous les casques. Mais le pass-through c'est quoi ? Le pass-through c'est la reprojection de ce que la caméra voit sur ton œil. Voilà, elle filme dehors et elle me le montre devant les yeux. Mais entre temps, la caméra, elle passe par un CPU, elle passe par un GPU, elle passe par un ISP, donc on peut faire du traitement dessus, c'est là-dessus qu'on va rajouter les objets 3D, c'est là-dessus qu'une IA va te dire tiens, là il y a un truc qui t'intéresse.
[00:16:50] Et donc tu partages ta vision avec un ordinateur et même l'ordinateur le voit avant toi parce que ça arrive sur la caméra avant d'arriver à ton œil. Mais tu dis l'ordinateur, mais ce casque-là il est autonome. Il est complètement autonome. Il n'est pas connecté, l'ordinateur est dedans. Je parle de l'ordinateur qui est là-dedans. Qui est là-dedans, oui, ok. Tout à fait. Et donc cet ordinateur, donc on travaille avec Qualcomm, on utilise leur dernière puce pour travailler. Une fois de plus, on est les seuls en Europe sur ce crédit. Et on contrôle du coup toute la pipeline de l'image, donc il faut réduire la latence, il y a tout un tas de choix qui sont différents
[00:17:19] de la pipeline classique des smartphones. Et en fait, d'un point de vue même philosophique, c'est, voilà, cet ordinateur voit les choses avant moi et va m'aider à comprendre ce que je suis en train de faire. Et donc nos clients qui sont des chirurgiens, des pilotes d'avion, des techniciens de la SNCF, tout ce monde un peu professionnel va être aidé par des outils d'IA, tout le monde parle de l'IA. Et en fait, la meilleure interface home machine
[00:17:48] pour interagir avec une IA, c'est pas le texte, c'est pas la vidéo, c'est au-delà, mais il y a quoi au-delà de la vidéo ? C'est l'expérience et du coup, c'est avec ce genre de matos. D'accord. Tu as parlé des utilisateurs de ce casque aujourd'hui justement. Alors, qui sont-ils un peu plus en détail et pourquoi faire ? Qu'est-ce que ça apporte concrètement ? Parce que vous, vous n'êtes pas dans le gaming. Surtout pas. Surtout pas. Non. Et ce n'est pas un produit grand public en réalité. Il n'est pas vendu à la FNAC ou chez Boulanger. Non. Alors justement,
[00:18:18] on ne fait pas le même pari que Meta. Je n'ai pas 100 milliards à brûler. Pas encore. Et donc, le pari qui a été fait, c'est de se dire où sont les usages où on peut vendre le casque sans faire de perte avec une plus-value parce qu'en fait, il faut qu'on existe en tant que société. Et donc, clairement, ce qui a été identifié, c'est ce que j'appelle du jeu vidéo pas sérieux. Donc, c'est en fait, quand on dit formation professionnelle, en fait, c'est un jeu vidéo sérieux. Et donc, tout ce qui est formation professionnelle dans la médecine,
[00:18:47] la défense et l'industrie, les casques de réalité mixte, c'est incroyable pour ça. Parce que tu travailles la mémoire musculaire, que tu sois un technicien ou un chirurgien, tu fais un geste qui a une valeur ajoutée. Et donc, ce geste, c'est vachement mieux de le faire en vrai, de t'entraîner vraiment sur une maquette réelle ou une maquette digitale que de regarder, comme on a fait, une vidéo ou dans un manuel. Mais alors, on s'entraîne sur une maquette, mais j'ai quoi comme image dans le casque alors ? Par exemple, on a fait des choses
[00:19:16] avec le professeur Nataf. Ouais, en fait, tu as un organe virtuel devant toi, tu as un cœur virtuel et on te dit tiens, vas-y, va chercher la tumeur qui est là. Et donc ça, sur un cœur réel, c'est compliqué à reproduire. Sur même des cœurs de cochon, ça coûte cher. Et donc, tu as tout un tas de formations qui peuvent être accélérées. Le taux d'erreur peut être réduit. Tu peux faire plus de choses avec une augmentation virtuelle qu'avec quelque chose de réel. Tu peux passer ton doigt à travers sans que ça fasse plein d'éclavoussures. Et donc ça, en fait,
[00:19:46] ce genre d'utilisation, ça se translate assez bien dans tout un tas d'industries. Donc, former des pilotes, former des techniciens. On a fait des vols en zéro gravité avec l'Agence spatiale européenne pour former les futurs astronautes. En fait, il y a plein d'usages que ces casques trouvent dans la formation professionnelle et l'assistance à distance. Donc, c'est des usages pro. Le casque est quand même acheté par des hobbyistes, c'est-à-dire des gens qui veulent le dernier truc, qui veulent...
[00:20:15] Ils peuvent développer... Qu'est-ce qu'ils vont utiliser comme logiciel, du coup ? Parce qu'il n'y a pas d'appstore. Il n'y a pas de... Il n'y a pas de store pour le moment. En fait, la pipeline de développement, c'est la même que les vrais jeux vidéo qui sont sur les casques. Donc, c'est du Unity, c'est du Unreal Engine. Et donc, tu as des standards, un standard qui s'appelle OpenXR, le casque est compatible. Une de nos grosses différences aussi, c'est que tout l'OS, je trouve, une encore plus grande valeur que d'avoir fait le casque en lui-même,
[00:20:44] c'est de contrôler l'OS. C'est-à-dire que l'OS, on le compile nous-mêmes, on est chez nous. C'est assez excellent. C'est basé sur Android. Donc, la partie OpenSource Android qui s'appelle AOSP, Android OpenSource Project. Donc, en fait, c'est la base Android que tout le monde va utiliser et que tu fasses une voiture, un frigo, un smartphone. Qui est OpenSource. Qui est OpenSource. Donc, on prend cette partie OpenSource et on va rajouter dessus nos drivers, les choses spécifiques à Lynx, et par-dessus, on rajoute aussi une couche applicative qui te permet, au lieu d'avoir Android en 2D,
[00:21:14] tu as un menu en 3D avec, tu peux interagir avec tes mains, tu peux rappeler un menu où que tu sois dans le casque, quelle que soit l'application lancée. Tout ce runtime, en fait, tout ce fonctionnement d'OS, ça a été fait par l'équipe, par nous, en fait. Incroyable. Et ça a pris des années, mais c'est un travail titanesque, en fait. Et l'IA, l'IA ne nous aidait pas beaucoup à l'époque. On n'avait pas Clone, on n'avait pas Gemini. Aujourd'hui, vous connaissez avec Clone, vous développez ? Alors aujourd'hui, on n'a pas un ingénieur dans la boîte qui n'utilise pas les outils d'IA.
[00:21:44] Voilà. Donc, c'est clair. Parle-nous un peu de la boîte, justement. Donc, créée en 2019, vous avez bien démarré, tu avais levé 2 millions d'euros, c'est ça, pour le début ? On avait levé 2 millions en 2019. Après, on a fait une levée de 3 millions, de 4 millions, pardon, en mai 2022. Depuis, on n'a pas relevé parce qu'on a pu faire des précommandes avec un Kickstarter pour la V1 de 750 000 euros. On a pu avoir des clients,
[00:22:14] avoir des projets européens, tout un tas de choses qui nous ont permis de vivre et de ne pas céder aux sirènes étrangères. Parce que tout, il faut imaginer que pendant 6-7 ans, toutes les boîtes que vous connaissez, toutes, sont venues nous voir. C'est-à-dire... Les Meta, Google, tout ça. Snapchat, Microsoft, Xiaomi, Bydence, asiatique, américain. Et donc, en fait, on s'est rendu compte au fur et à mesure que les gens venaient nous voir que ce qu'on faisait, c'était bien. Parce que du coup, ça attire. Du coup, moi, ça m'a permis
[00:22:43] de créer un réseau dans la Silicon Valley, qu'on se fasse un nom dans l'industrie, de négocier avec les mêmes fournisseurs que les très grands dans la supply chain américaine grâce à Qualcomm, grâce à tout un tas de partenaires sur place. Et ça, ça m'a permis de... t'es connu aux Etats-Unis ? Je suis connu. Pas dans ce milieu-là ? Dans le milieu de la RTR, oui. Si tu dis Lynx, oui, les gens connaissent. Et il y a un certain... un petit attachement sentimental à ce qu'on fait parce qu'on est vraiment les gars dans un garage
[00:23:12] face à des mastodontes. Il faut que tu imagines. Alors, c'est ça qu'on n'arrive pas à imaginer, quoi. Et c'est là où on se dit, mais un, comment ils font ? Deux, comment ils vont faire pour la suite ? Alors, nos plus petits concurrents, les plus petites boîtes, c'est des boîtes en milliards. C'est-à-dire, le plus petit, c'est peut-être HTC. C'est une boîte qui pèse encore un milliard. Et c'est Cher Wong derrière, la femme la plus riche d'Asie. Ça, c'est les plus petits concurrents. Et les plus gros, c'est des boîtes en trillions de dollars. Et il y a nous. Et il y a nous, là,
[00:23:42] on est une anomalie. Tout est hors norme dans ce qu'on fait, la taille de l'équipe, le budget qu'on a. Et pourtant, on a là un produit sorti de l'usine sur la table qu'on était capable de faire. Et ça, c'est une aventure extraordinaire qui nous a permis de comprendre, en fait, comment le monde tourne. comment les sémiconducteurs sont payés, comment on les négocie, comment ils sont produits, les caméras, les écrans. En fait, comment ça arrive dans nos vies, tout ça, tout autour de nous. Donc ça, c'était une expérience juste extraordinaire. Ça, c'est de la folie. Tu passes ta vie. Enfin,
[00:24:12] tu vas aller en Chine aussi, j'imagine. Tu vas en Chine, à Taïwan, en Corée du Sud. Tu vas voir les usines, certaines usines qui sont aux Philippines, notamment pour les écrans. Tu es obligé, en fait. En fait, c'est une des parties les plus agréables de ce travail. Peut-être aussi les plus durs, mais c'est de faire le tour de la planète pour chercher la meilleure batterie, le meilleur écran, la meilleure puce. Et tu es obligé d'être très vulnérable de rencontrer beaucoup de gens. Et c'était une expérience géniale. Et donc, au passage, je remercie énormément Grégoire, qui est notre relais à Taïwan sur place,
[00:24:42] qui est un Français qui a bougé là-bas il y a 13 ans et qui a rejoint l'équipe Lynx et qui nous a permis de sortir le casse parce qu'il parle chinois couramment. Et donc, quand on est ensemble là-bas, c'est beaucoup plus simple. Et il se trouve aussi qu'il a une boîte de nuit, que du coup, négocier avec les gens à Taïwan, c'est beaucoup plus sympa. En fait, c'est aussi ça, une équipe, c'est des gens qui se rencontrent, une entreprise, c'est des hommes qui se rencontrent. Et j'ai eu la chance d'avoir une équipe absolument hors norme,
[00:25:12] à l'image du produit. On a vraiment mis énormément de boulot et d'âmes là-dedans. Et je pense que ça se sent. Je pense que la communauté aussi nous le rend bien. et nous soutient énormément. Mais tu dis, tous ces géants qui sont venus vous voir, c'était pourquoi ? Curiosité ? Taper à la porte ? Essayer de vous racheter ? C'était pour nous racheter, c'était pour investir, c'était pour essayer de recruter mon équipe dans mon dos. Voilà, coucou Meta. C'était, oui, pour... Pas clean ça ? Non, mais il n'y a rien de clean.
[00:25:41] C'est le business, il n'y a rien de clean. Et plus ils sont gros, plus ils s'en foutent. Donc, non, il y a eu un peu de tout, de l'espionnage industriel, il y en a eu. Je vous donne un exemple ici, par exemple. Donc, on sort la V1 qui a une optique très particulière, donc je l'ai là, voilà. Ça ressemble à un petit diamant. Et bien en fait, tu vois, cette optique, c'est unique. C'est-à-dire qu'on est les seuls à avoir mis ce genre d'optique dans notre casque, c'est un prisme catadiotrique. C'est un truc de fou.
[00:26:13] Et au moment où... Donc, on l'a développé avec une société espagnole qui est basée à Madrid et qui, au moment de la sortie du casque, cette société s'est fait racheter par Apple. Voilà. Donc, j'ai dû rattraper Pablo, le CEO, par les cheveux avant qu'il parte à Cupertino en disant, ah, tu me signes de quoi utiliser la lentille pour mon casque. Et donc, c'est pour ça que, si vous regardez entre notre V1 et notre V2, on n'a pas du tout la même lentille, on a changé d'architecture. L'architecture est meilleure et parce que, si, en fait,
[00:26:43] Apple, comme, ils ne pouvaient pas forcément faire ce qu'ils voulaient avec nous pour dire les choses ainsi, ils ont acheté un de nos suppliers. Ah, c'était vraiment contre vous ? Je te le garantis parce qu'en fait, aujourd'hui, je suis toujours en contact avec eux, avec ces Espagnols. Ils ne font rien chez Apple. Ils sont à la retraite. Et donc, on vous achète, on vous parque et c'est fini. Mais c'est quoi ? Pour vous faire disparaître ? Non, pas pour nous faire disparaître, mais pour... Pour mettre la main sur le truc.
[00:27:13] Ouais, pour essayer de déstabiliser, en fait, parce que eux, ils étaient en train de préparer le Vision Pro, tu vois, c'était en 2023, le Vision Pro a été annoncé un an ou deux plus tard. Donc, c'était vraiment OK, l'un que ça fait ça, il faut qu'on l'ait réussi. Bon, comment faire ? Et donc, tous les moyens sont permis. Donc, Apple a failli vous tuer ? Non, tous ont failli nous tuer. Tous. Par exemple, un autre exemple, c'est... On est en Asie, on est en train d'acheter les caméras. Donc, sur un casque, en fait, il y a... Là, par exemple, sur la V1, il y a six caméras.
[00:27:43] Il y a aussi six caméras sur la V2. Et donc, tu as des caméras couleur pour le pass-through. Et là, tu as des caméras, généralement, qui sont monochrome, donc qui voient en noir et blanc, qui sont plutôt un peu comme dans les voitures pour la vision par ordinateur, pour le tracking et tout ce genre de choses. Eh bien, on était en train de négocier ces caméras et le fabricant de... Ce qu'on appelle un module maker qui fait les caméras modules. Donc, ces petites caméras qu'il y a aussi dans vos smartphones, s'est fait acheter tout son stock par Meta. En disant... Comme par hasard. Et Meta n'a rien fait des caméras. En disant, hop, voilà,
[00:28:13] on achète et du coup, personne ne peut toucher. Ça leur coûte un pognon de fou, mais c'est des techniques... Mais ça frise le marché, ça vous empêche de... Ça frise le marché, ça augmente les prix et surtout, ce qui était très particulier, c'est que pendant cette période de Covid, on pourra en reparler, mais nous, on était très, très bas dans la chaîne alimentaire. Tu vois, on n'a aucun pouvoir de négociation. Les gens nous vendaient parce qu'ils nous trouvaient sympas et parce que le projet en soi était très novateur, mais sinon, on venait pas
[00:28:42] comme les Américains en disant, ben voilà, vous achète 100 millions de caméras, 300 millions de puces et 500 millions d'écrans. Donc, on a dû négocier, on a dû se battre un peu comme des diables en Asie et ça aussi, c'est une expérience... En fait, il y a très peu de personnes en Europe qui ont ce genre de vue sur l'envers du décor, sur l'autre côté du miroir parce qu'en fait, en Europe, plus personne ne fait... Enfin, si on l'a fait, tu vois, il y a eu Nokia, il y a eu plein de choses, mais il y a très peu... Plus personne ne fait de hardware.
[00:29:12] Plus personne ne fait de hardware. À tort, je pense vraiment à tort parce que du coup, on ne le comprend plus, on ne le respecte plus. J'ai plein de choses à dire là-dessus. Mais c'est... Donc, il y en a encore qui le font, par exemple, qui le font d'une bonne manière. Par exemple, il y a WeThings, il y a Parrot, il y a quelques boîtes de consumers. On pourrait dire consumers, mais bon, c'est pas forcément les mêmes segments, mais qui font aussi ce genre de produits. et nous, on est vraiment parti de zéro. Je me souviens, on a commencé en 2019, on n'avait rien, mais rien du tout.
[00:29:43] On avait le proto que moi, j'avais fait quand j'étais dans cette période entre les études et la vraie vie. Et j'ai commencé comme ça avec cette levée de fond qui m'a permis de recruter 10 personnes. J'ai eu une chance extraordinaire de tomber sur un noyau dur au début qui était extrêmement performant avec des gars qui avaient 25 ans d'expérience dans la VR. Donc ça aussi, ça se joue beaucoup. Mais ouais, c'est un parcours tellement difficile. Enfin, mettre un produit sur la table, quel qu'il soit déjà,
[00:30:12] c'est compliqué. Un produit comme un casque de réalité mix, c'est un genre de produit qui a une profondeur en fait. C'est-à-dire que tu te penches sur chaque sous-système, la caméra, l'optique, le tracking. En fait, dès que tu mets les doigts dans la prise, il y a trois thèses, deux boîtes qui peuvent être montées sur le sujet. Avant de passer à la suite de votre épisode, juste un mot de notre partenaire Deal. Vous le savez, si vous êtes dirigeant d'entreprise ou responsable RH, recruter et payer des équipes à l'international, ça peut vite tourner au casse-tête. Il faut jongler avec 5, 6,
[00:30:42] parfois 10 outils différents. Deal est une plateforme propulsée par intelligence artificielle qui remplace toutes les autres pour les RH, l'IT et la paix. Des entreprises comme Shopify, Revolut, Eleven Labs font déjà confiance à Deal. C'est aussi le cas de Airwalex, la plateforme de référence en financière qui gère et paie plus de 1000 employés dans une quinzaine de pays. Alors, pourquoi pas vous ? Pour construire votre équipe internationale avec Deal, rendez-vous sur deal.com slash mondenum deal d2el
[00:31:12] .com slash mondenum et commencez à développer votre entreprise dès aujourd'hui. Donc tu vois, c'est des produits très profonds et faire quelque chose que tu peux financer, que les gens ont envie d'acheter, qui est nouveau et qui n'a jamais été vu, ça n'existe pas. Ça paraît surhumain. Peut-être que tu le racontes, ça paraît... C'est ouf. Et les gens le racontent aussi dans la boîte, autour de la boîte. Ça va, t'arrives à dormir quand même ? Ouais, non, clairement pas.
[00:31:42] C'est un combat de chaque instant. Je pourrais rien faire d'autre que de créer des choses comme ça parce qu'il y a une satisfaction, comme quand ton code tourne la première fois ou que tu vois ta première page HTML, c'est incroyable. Ce genre d'émotion de la création quand tu poses un produit, quand tu mets le casque sur la tête, que ça s'allume, que ça marche, mais tu pleures. Tu pleures. C'est moi qui l'ai fait. Ouais, alors c'est un effort de groupe
[00:32:11] et je me souviens très bien, il y avait un de mes super zingés justement qui avait beaucoup d'expérience. C'était assez drôle. À un moment, tu vois, on est en train de finaliser la V1 et le seul truc qu'il dit, c'est... Bon, ça y est, on est fiers, on peut le montrer à nos femmes. Ah ah ah ah ah ! Et j'ai trouvé ça super mignon. Et en fait, c'est ça, si tu veux, on crée quelque chose parce qu'en fait, on le voit utilisé par des chirurgiens, parce qu'on le voit utilisé pour régler des vrais problèmes et ça donne une force,
[00:32:41] une force surhumaine. Vraiment, ça habite. Tu te lèves le matin en disant, ben voilà, en fait, il y a le professeur Nataf, Abisha, qui attend son casque. Tu vois, c'est pas bon, voilà. C'est la vraie récompense. C'est un casque qui va permettre d'avoir 20% de perfs en plus pour jouer sur Steam. Ouais, fine, très bien. C'est aussi un énorme marché. Mais tu vois, ce qui emmène une équipe, c'est ce que les gens font avec le produit derrière et ça, c'est une satisfaction qui est incroyable.
[00:33:11] Incroyable. Tu vas nous parler un petit peu du futur, mais d'abord, repars-nous un peu du passé et notamment, tu l'as évoqué, la période Covid, ça a été hyper dur. Ouais, alors c'était drôle. Enfin, c'était pas drôle, c'était horrible. En fait, on s'en souvient plus, c'était il y a 20 ans, mais le Covid, c'était... En fait, on... Ça, il y a 20 ans, le Covid. Oui, psychologiquement. Psychologiquement, bien sûr. Ouais. Ceux qui nous regardent dans 20 ans, j'aurais peut-être raison à ce moment-là, mais en fait, on a annoncé la V1
[00:33:41] en février 2020 et en mars 2020, c'était fini. C'était fini. Voilà. Rideau, tout le monde, tout le pays s'arrête, le monde s'arrête. Et donc, on avait cette V1, je me souviens, et vous pouvez, si vous regardez nos images d'archives, vous voyez la V1, en fait, elle n'a pas du tout la même tête que ce qu'on a sorti. Et donc, on s'est dit, ok, le monde part en sucette, ça va prendre plus de temps que prévu, on va en profiter pour faire la V2. Et donc, on a profité du premier confinement pour redessiner le casque,
[00:34:10] pour faire un truc presque from scratch. Et quand les frontières ont commencé à se réouvrir, on a vraiment, si tu veux, démarré... Parce que c'était quoi le problème ? C'est que vous n'aviez plus accès aux sous-traitants ? Non, on n'avait plus accès à rien. C'est-à-dire que... Aux composants, tout ça. Le monde était à l'arrêt. Tout était arrêté, surtout l'Asie. Voilà, mais à part du papier de toilette et encore, tu pouvais à peine te fournir quelque chose. Donc, c'était très, très compliqué. Et puis nous, on avait des moyens très limités. On a toujours des moyens très limités.
[00:34:41] Et là, si tu veux, première anecdote, si vous voulez, mais au deuxième, non, à la deuxième ou troisième vague, je ne sais plus combien il y en a eu, il s'est passé un truc extraordinaire. C'était en février 2021. On a des protos du casque. On a les premiers protos, si tu veux, montrable ou démontrable. On se dit, OK, ça va être ça. Nous, on pense que la réalité mix, c'est ça et qu'on va pouvoir le faire. Et j'ai un ami, du coup,
[00:35:10] qui est le développeur principal de A-Frame. Donc, c'est un framework qui permet de faire des applis à RVR et qui me dit, écoute, j'ai été contacté par Palmer Lucky. Il aimerait rentrer en contact avec toi. Est-ce que ça te va si je donne ? Donc, le créateur d'Oculus. Donc, le créateur d'Oculus. Le gars, le responsable du fait que moi, j'ai eu un casque dans les mains quelques années plus tôt. Et je lui dis, Diego, passe-lui mon contact. Et donc, rappelez-vous, on était semi-confinés. C'était encore un peu bizarre à cette époque.
[00:35:40] On avait le droit de sortir le chien, mais pas plus. Ouais, c'était un truc comme ça. Et du coup, Palmer m'appelle. Donc, pour ceux qui ne connaissent pas le personnage de Palmer Lucky, Palmer, aujourd'hui, c'est celui qu'on connaît comme étant le créateur d'Endure Hill, donc la start-up de défense américaine qui fait du bruit et qui fait beaucoup de choses. Il fait des drones de guerre pour faire court. Il fait des drones, des missiles. Il fait plein de choses. Il fait plein de choses à côté. C'est vrai que c'est un bonheur. Moi, je l'avais rencontré à Las Vegas. C'est un personnage de film, je sais.
[00:36:10] Et donc lui, sa première aventure, c'était Oculus. Et il a vendu ça à 21 ans pour 3 milliards. Donc, imagine, tu as 21 ans et je te dis, tiens, voilà, 700 millions de dollars. Bon, voilà. Donc, c'est un personnage de film. Donc, il m'appelle. Et moi, je ne sais pas trop à quoi m'attendre. Tu vois, je suis chez moi, voilà, j'ai le proto sur la table et il me dit, écoute, je te suis sur Twitter, YouTube et tout, les trucs que vous faites. J'adore ce que vous faites. Comment je peux t'aider ? Donc là, en Duril, à l'époque, en Duril,
[00:36:40] il venait de lever, donc lui, il était riche, mais il faisait autre chose et il avait un peu lâché l'affaire dans la VR. Il avait lâché l'affaire, mais il n'y avait pas un deal dans la VR qui se faisait sans lui. Il était toujours là. C'était un peu, il reste une icône. Il reste un peu le dieu des nerds dans la VR. Et donc, il me dit, écoute, comment je peux t'aider ? Donc, tu as un milliardaire, boum, comme ça, qui te tombe dessus. Et je lui dis, écoute, c'est drôle, je suis en train de lever de l'argent, je galère, je suis en France, c'est pas foufou. Et puis, le Covid, le machin, etc. Il me dit,
[00:37:10] écoute, je ne peux pas investir dans ta boîte parce que je suis CEO d'une boîte de défense américaine. Du coup, prendre des parts dans une société étrangère, c'est compliqué, mais j'ai envie de t'aider. Du coup, ce que tu vas faire, c'est que tu vas prendre l'avion. Moi, j'habite à Los Angeles, donc il habite à Newport Beach sur une île artificielle pas loin de là où il a grandi, mais il a gardé sa maison de quand il travaillait chez Oculus. Et du coup, après, chez Meta. Et cette maison, elle est dans la Silicon Valley à Palo Alto, sur les hauteurs de Palo Alto
[00:37:40] à Woodside. Il me dit, tu prends ma maison à Woodside, la clé est sous le paillasson, voilà, il y a quelqu'un qui t'attendra, tu prends la maison et tu prends des rendez-vous, je t'envoie des investisseurs, des gens, et comme ça, tu te crées un nom, tu développes, voilà, tu fais parler de toi et puis peut-être qu'il se passera des trucs bien. Je raccroche et là, en fait, les frontières sont fermées. C'est le Covid, rappelez-vous. Donc, je remue le ciel et la terre, mais le ciel et la terre pour essayer d'avoir un vol pour les États-Unis
[00:38:10] et de rentrer. Donc, à l'époque, il fallait avoir un passeport, des deux nationalités, c'était super compliqué. J'ai un copain... T'étais pas sûr de pouvoir revenir ? T'étais même pas sûr de pouvoir passer. Ouais, bien sûr. Et donc, il y a un copain qui faisait des casques pour la Amée américaine, un copain américain, j'avais déjà des contacts là-bas, qui a une boîte qui fait des casques pour la Amée américaine. Les casques coûtent 80 000 euros. Je vous laisse imaginer ce qu'ils font. Et du coup, il me fait une lettre en disant je sous-signais machin, on a besoin de Stan Laroque pour regarder tel et tel capteur pour le DOD. À l'époque, ça s'appelait pas Department of War. Voilà.
[00:38:40] Il faut absolument qu'on le voit. Je vais avec cette lettre à la douane française, américaine, je passe. Et j'avais prévenu personne parce que je m'attendais à ce que ça marche pas, que je sois pas sûr d'arriver aux États-Unis à ce moment-là. Et donc, j'arrive et j'ai écrit à Palmer, ben voilà, lui, il avait aucune idée. Pour lui, ouais, tu passes la danse, c'est bon. Tu prends ton jet, tu viens quoi. Ouais, c'est ça. C'était pas intellectualisé plus que ça. Donc déjà, petit parcours du combattant et là, j'arrive à l'adresse qu'il m'envoie. C'est une maison
[00:39:10] avec 14 champs, 15 salles de bain, un terrain de tennis, les écuries, le truc de fou, une énorme piscine. Enfin, c'était dingo. J'ai des photos de tout. C'était absolument dingue, c'était génial. T'étais seul ou t'as formé des gens à l'équipe ? Non, j'étais tout seul. Tout seul. Et donc, je suis tout seul dans cette énorme baraque. Lui, il est à Los Angeles. Donc, je suis un peu sous le choc. Et du coup, j'écris à mes copains sur place en disant « Bah les gars, je suis dans la baraque de Palmer. J'appelle Palmer
[00:39:39] et j'appelle son chief of staff. » Parce qu'à l'époque, il avait déjà un chief of staff et je lui ai dit « Écoute, Austin, est-ce que je peux recevoir des gens ? Je ne suis pas à l'aise, je ne suis pas chez moi. » Et là, il me dit « Ah non, c'est autant que ça serve à toi. » Et donc, pendant un mois et demi, je reste dans cette maison et je me fais… Enfin voilà, tout le monde vient. Je rencontre absolument tout le monde. Des icônes de la Silicon Valley. Tout le monde vient voir le casque.
[00:40:09] Tout le monde vient me rencontrer aussi. C'était absolument génial. Donc, je remercie encore Palmer qui a contribué à ce moment-là. Après, je suis allé le voir à Los Angeles. Qu'est-ce qui est venu ? Ah bah, il y a eu tout le monde. Des gens d'Apple, de Lenovo, des investisseurs. J'ai pu pitcher Founders Fund, j'ai pu pitcher les plus gros fonds de la planète. C'était absolument incroyable. Bon, voilà. Encore un truc. Et qu'est-ce qu'il en est ressorti ? Est-ce qu'il en est sorti, c'est que au bout d'un mois et demi, je vais voir Palmer, je lui montre le casque pour de vrai. Lui, il n'est pas venu te voir.
[00:40:39] Non, parce que lui, il faisait endurie. Non, il n'était pas venu me voir. Il se trouve qu'il n'était pas venu me voir. Et donc, on se rencontre chez lui. Donc, la maison qu'il avait dans la Silicon Valley, déjà, c'était un délire. Alors, la maison dans laquelle il vit vraiment à Newport Beach, là sur Lido Island, une île artificielle, c'est la maison du méchant de James Bond. Mais clairement, c'est, tu as une partie sur l'eau, l'autre partie sur la rue. il a acheté la maison en face et en fait, pour creuser un tunnel
[00:41:09] entre les deux maisons et ça fait de lui le propriétaire du plus gros stand de tir privé intérieur de Californie. Enfin bref, il a un bateau de fou furieux, il a cinq hélicoptères. c'est... Je t'ai dit, 21 ans, 700 millions de dollars, voilà. Tu te sens, tu perds un peu la tête, forcément. Et pour autant, il est extrêmement intelligent et donc, je n'ai pas levé des fonds à ce moment-là. C'est venu, c'est venu, quelques mois plus tard, lors de notre deuxième levée de fonds.
[00:41:39] Ça ne s'est pas... En fait, au final, ça s'est fait avec un seul Américain et sinon, c'était avec des Européens et puis des actionnaires historiques français que j'avais. Ça aurait pu être mieux, non ? Ça aurait pu être mieux, mais en fait, si tu veux, ce qui est compliqué avec Leng, c'est que je suis une société française, tout est basé à Paris. Donc, un Américain investit dans une boîte à Paris, soit si tu t'appelles Mistral, qui est essentiellement des actionnaires américains, bah, pourquoi, tu vois, alors que je peux investir dans d'autres banques à Silicon Valley ? Et pour... Enfin,
[00:42:08] c'est très compliqué, en fait, de lever des fonds. Moi, ça a toujours été ma bête noire. Je dirais, ma principale faiblesse, c'est que malgré le projet, malgré l'équipe, les débouchés, on n'a jamais eu plus de soutien que ça financier parce qu'en fait, le monde financier ne suit pas aussi bien l'actualité que des journalistes tech, par exemple, des dons qui se disent « Ah, ok, une boîte d'RVR, hop, je Google la RVR, quelles sont les headlines ? Meta perd un milliard par mois. » qu'est-ce qui fait que ce jeune-là,
[00:42:37] dans son garage à Paris, avec ses trois mecs et la bande à Basile, il va réussir là où Meta, ou Magic Leap, où Microsoft n'y arrive pas ? Et c'était difficile. très analytique des choses, mais pas beaucoup de profondeur finalement sur l'histoire de la tech ? Ils n'ont pas le temps. Ils ont d'autres risques à gérer. Il y avait d'autres choses, il y a d'autres techs qui se finançaient. La RVR, ça a toujours été un peu le vilain petit canard du financement. Et en fait, expliquer cette espèce de guerre asymétrique
[00:43:07] où d'un côté, tu as des financements en milliards et en fait, de montrer qu'avec quelques millions, on fait un truc qui est stupéfiant et que les gens veulent acheter. En fait, c'est pour ça que juste après les US, j'ai fait le Kickstarter et du coup, en discutant avec Palmeur parce que l'USI avait commencé en faisant un Kickstarter, le Kickstarter, pour moi, ça a été un outil pour montrer au monde financier que les gens voulaient notre produit. Et donc, pour les gens en France qui souhaiteraient un jour financer leurs produits, faites un Kickstarter. C'est un bon plan. C'est plutôt un bon plan parce que ça montre
[00:43:37] un intérêt avec un engagement et un risque qui est quand même vachement contrôlé. C'est un peu un espèce de contrat tacite entre des gens qui prennent un risque et qui veulent voir de belles innovations. Stan, ça va où la VR aujourd'hui ? Parce qu'on a l'impression quand même, je vais y aller franco, on a l'impression qu'il y a eu une grosse vibe, il y avait eu beaucoup d'enthousiasme, etc. mais on en parle moins. Le metaverse. Oui, le metaverse est un peu bulatas.
[00:44:07] Est-ce qu'il y a un avenir à la réalité virtuelle vraiment ? En fait, je ne pense pas qu'il y a un avenir à ce qu'on nous a exposé à la VR. Est-ce que le grand public a été exposé à la VR à 99% via la méta et sa stratégie ? Je pense que ça, ça n'a pas d'avenir. Et je pense que ça commence à se voir avec Meta qui change de direction et puis en fait, ce sera les lunettes connectées et pas les casques et puis en fait, l'IA aussi, c'est pas mal. Donc,
[00:44:37] ça commence à coûter cher, ça commence à fatiguer les gens, ça commence à fatiguer Wall Street. En fait, ce pari-là, non, vraiment. Et nous, on n'a jamais fait ça. On s'est dit, mais c'est plus qu'utopiste. Quelqu'un disait à juste titre, le premier client, enfin, le seul client de Meta Reality Labs, c'est Marc Zucabré. Voilà. C'est VR Boy Number One. OK, très bien. Par contre, l'usage de la VR, de l'AMR dans le B2B,
[00:45:05] ça ne fait qu'exploser. En fait, si tu veux, il y a des boîtes aujourd'hui qui n'en sont plus à se dire bon, on va revoir notre volet formation, on va acheter un casque pour voir si ça marche. Non, on déploie, on n'en est plus au POC, les sociétés commencent vraiment à déployer ce genre d'outils. On voit des commandes, des demandes pour, tu vois, des devis de 1000, 10 000, voire les plus gros en Europe, c'est 60 000 casques, une société. OK. Donc, en fait, ce n'est pas les volumes du consumer, ce n'est pas des millions de téléphones,
[00:45:36] mais pour un casque sur lequel tu fais une marge brute correcte, il y a une vraie économie. Je ne pense pas qu'il y ait de réalités d'entreprise dans ce que les GAFAM voulaient, même Apple, quelque part, en fait, avec le Vision Pro, pour le moment, c'est pas encore transformé. Et c'est peut-être ça qui fait que finalement, une petite structure comme la vôtre peut plus facilement trouver sa place, alors ? Alors oui, parce que nous, on est un peu laser focus sur un segment où il y a de l'argent. En fait, il y a des gens qui sont prêts à payer un peu plus cher pour avoir un casque
[00:46:06] un peu mieux qui leur apporte de la valeur dans leur boulot. Donc, si tu veux, il n'y a pas de questions sur l'acheter à la FNAC avec des tarifs délirants. Nous, ce qu'on voit dans la VR, c'est qu'il n'y a jamais eu autant de casques vendus. Si tu regardes les casques, il y a 10 ans, il n'y avait pas de casques verts. Il n'y en avait pas. Là, aujourd'hui, il y en a des dizaines de millions dans la nature. Et si tu veux, le Quest 2 a été plus vendu que certaines consoles dont la Xbox.
[00:46:36] Donc, est-ce que c'est un échec ? Pour autant, je ne sais pas. Je pense que ça a nourri l'imaginaire de toute une génération d'adolescents qui sont en train de devenir adultes qui ont connu ces casques verts pendant la pandémie et puis un peu après. Donc, je pense qu'il va y avoir d'autres vagues qui vont venir avec le matériel aussi qui s'améliorent. En fait, qui suit le développement des smartphones et donc, on a toujours des puces meilleures, on a des caméras incroyables qui voient mieux que l'humain sur certaines choses et ça me laisse très optimiste quand même sur le marché. Mais du coup,
[00:47:05] les lunettes connectées dont on parle, toi, ça ne t'intéresse pas ? Alors, bien sûr que si ça m'intéresse, ça m'intéresse énormément parce que ça fait... En fait, moi, ce qui m'intéresse, c'est le champ, c'est le spectre, ce qu'on appelle le continuum AR-VR. Donc, c'est tout ce qui va de l'AR jusqu'à la VR. Tu peux dire que c'est la réalité mixte de manière générale, mais les lunettes, ça nous intéresse beaucoup et moi, je suis de très près l'optique dans ce domaine. Donc, tout ce qui est guide d'onde, tout ce qui est optique réfractive, réflective, on regarde tout ce qu'il fait,
[00:47:33] on achète tout ce qui passe, tout ce qui peut passer entre nos mains. On n'en fait pas aujourd'hui chez Lynx. Avec Lynx, par contre, ce n'est pas impossible qu'à l'avenir, mon équipe travaille sur ce genre de sujet. D'accord. Ça les brancherait ? Ça les brancherait et puis là, on est à un moment très particulier dans la vie de la boîte où on est en train de s'adosser avec un industriel. Ok. Et donc, qui permettrait d'avoir les moyens de travailler sur des cas, sur des lunettes,
[00:48:03] tout en respectant la souveraineté, tout en respectant les valeurs de Lynx, en fait, qui fait ce pourquoi j'ai créé la boîte et que je ne suis pas allé travailler chez Apple ou chez Meta, Dieu m'en garde. C'est justement... Voilà. Moi, je l'ai dit, si tu veux, ma dernière slide à San Francisco, si vous voulez regarder ma keynote sur notre chaîne YouTube, c'est une photo de Kill Bill avec tous ses ennemis dans une des scènes finales en disant qu'on ne peut plus le faire tout seul. C'est cool, on a le V4M, on a fait un produit, on a une V2, on sait exactement
[00:48:33] où le marché va, on sait ce qui marche, on sait ce qui ne marche pas. Mais maintenant, il faut que soit on s'adosse à un gros industriel, soit qu'on lève des fonds de manière titanesque. Et donc, on est un peu dans ce point d'inflexion. D'accord. Écoute, c'est intéressant de t'entendre précisément parler de tout ça à ce moment-là. Et justement, dans cette émission, il y a aussi un volet sur lequel j'aimerais t'entendre. On va prendre un peu de recul. C'est un peu la deuxième partie. Qu'est-ce que c'est
[00:49:02] pour toi la vision de l'innovation ? L'innovation, c'est quoi pour toi ? L'innovation technologique, innover, c'est quoi ? Innover, c'est quoi ? Innover, pour moi, c'est inventer. Inventer vraiment. Enfin, même... Tu l'as dit, toi, t'as besoin de ça. Amener une rupture, tu vois, déranger. C'est déranger. Innover, c'est déranger parce que tu vas inventer, mais pas pour rien. C'est une invention qui trouve son usage. L'innovation, c'est une invention qui trouve son usage. Et donc, du coup, tu déranges, tu bouscules.
[00:49:33] T'es le gars qui énerve. Et ça, j'adore. Surtout, surtout déranger les très gros de ce monde, les gars-femmes. Finalement, que Meta ou Apple te fassent des sales coups, c'est la preuve que tu existes. C'est comme dans un jeu vidéo, tant que t'as des ennemis devant toi, c'est que tu vas dans le bon chemin. Et c'est exactement ça. Et donc, ça, il y a une certaine satisfaction. En fait, c'est, je ne sais plus qui disait, tu vois, l'honneur d'être une cible. Il ne faut jamais refuser l'honneur d'être une cible. Ça, c'est exactement,
[00:50:02] dans le business, il faut garder ça en tête. Il faut aussi trouver la force pour continuer d'avancer. Donc, c'est avoir les bons investisseurs, la bonne équipe, être bien entouré. Ça, c'est pas tout seul, bien sûr. Alors voilà, justement, quelle qualité il faut pour innover. Et puis, il y a un danger, mais regarde, si je pense, ces deux modèles là, incontournables, toi, tu serais plutôt Steve Jobs ou Elon Musk ? Alors, c'est, je pense qu'il faut un égo démesuré pour répondre à la question
[00:50:33] telle que tu l'attends, peut-être. Je dois vraiment choisir l'un ou l'autre ? C'est comme tu le sens, non, non. Qu'est-ce que ça t'inspire, on va dire ? Alors, c'est tous les deux des gens très inspirants. Peut-être Elon Musk un peu moins sur certains sujets. Non, clairement, Steve Jobs, c'est assez incroyable. Je pense qu'il nous... Moi, j'ai eu la chance, si tu veux, de commencer ma vie adulte quand il était encore là et d'avoir été inspiré par les keynotes de l'iPhone, l'iPhone 4, je crois, c'est le dernier qu'il a fait,
[00:51:03] le 4S, le MacBook Air qui sort de l'enveloppe. En fait, ce qui est assez incroyable, c'est de justement présenter une innovation de la manière la plus humaine et la plus simple possible. c'est quelque chose où je pense personne d'autre n'arrive à son niveau et qui, bien sûr, me fait rêver et m'inspire encore. Et alors, avant cette époque-là, il y avait les débuts d'Apple qui étaient déjà une histoire incroyable. Toi, tu serais plutôt Steve Jobs
[00:51:33] ou Steve Wozniak ? Je pense que j'ai plus de Steve Wozniak en moi parce que je suis un énorme nerd, en fait. Oui, mais j'ai l'impression que tu es aussi quand même un manager, un leader. Oui, en fait, tu le deviens parce que, tu vois, je monte sur scène, je mets mon nom devant le truc. Oui, il faut savoir faire ça. C'est aussi un plaisir. Enfin, tu ne peux pas forcer quelqu'un à le faire, donc c'est aussi quelque chose que j'apprécie beaucoup.
[00:52:04] Essayer de transmettre, en fait, essayer de transmettre en disant, ben voilà, c'est notre travail, on a fait ça pendant deux ans, j'espère que ça va vous servir assez à ça. Mais pour autant, je suis un énorme geek, je passe 20% de mon temps à lire ce qui se fait en programmation, en hardware, je passe beaucoup de temps à lire même encore des thèses. Et tu arrives à faire les deux, vraiment ? Parce que... Bien sûr que non. Bien sûr que si, j'ai pas assez de temps dans une journée. Voilà, quand on dirige une boîte, plus souvent à faire des RH, du social,
[00:52:34] des embauches qu'à développer des produits. Des licenciements. Des licenciements, Ça, c'est... Ouais, ça, c'est la partie dure, en fait, qu'en fait, il n'y a pas de vraie formation, même, je pense, dans les écoles de commerce, tu l'as pas, c'est du terrain. Moi, je suis très heureux d'avoir eu la chance à 23 ans d'avoir commencé à manier ce genre de sujet, à gérer une boîte, en fait. Mais ça, ça s'apprend pas en école d'ingénie. Ça s'apprend pas, c'est... Tu peux avoir les meilleurs actionnaires du monde qui, peut-être,
[00:53:04] ont tout le temps raison, mais tant que t'as pas touché du doigt toi-même et que tu t'es pas pris un fou furieux qu'il faut absolument licencier, eh ben, tu sais pas. Tu penses que le monde, il est gentil et non, en fait, tu te rends compte que... Ça, tu as vécu ? Ah, mais on a vécu absolument tout. J'ai un super directeur général et tous les deux, on a vu des KRH, on a vu des partenariats qui partent en sucette, on a géré un partenariat avec Google en millions de dollars qui a fini presque en 100.
[00:53:34] On a tout vu. On a vraiment tout vu et aussi, voilà, donc ça durcit le cuir, tu vois, là. Ouais, ouais, c'est ça qui fait l'expérience. Ouais, ouais. Et encore une fois, tu vois, pour parler avec d'autres entrepreneurs en France, il n'y en a pas tellement, en fait, qui se frottent à tout ça parce que, tu vois, Lynx, en fait, ça a duré 7 ans. Tu parlais de Wee Sings, c'est intéressant parce que Wee Sings, je le sais, pour avoir... On rencontre souvent Eric Carrel, voilà. Lui, ouais. On rencontre un peu tout ça, les hauts, les bas, etc. Exactement. Ouais, des très hauts, des très bas. Ouais. Et en fait,
[00:54:03] moi, si tu veux, le parallèle que je pourrais faire pour décrire un peu ce genre de vie, c'est, bah, tu vois, en fonction de la personne que tu veux devenir, tu vas choisir carrière vie professionnelle et c'est une sinusoïdale. Tu vois, et donc, par exemple, Eric, c'est des hauts à 300 millions, des bas aussi à 300 millions, des stress, c'est pas possible. Moi, c'est pareil. Négocier avec Google, est-ce que ça va le faire ? Et puis, en fait, au bout d'un an, on s'écharpe
[00:54:32] et c'est horrible. C'est des levées de fonds, des levées de fonds qui se font pas, des escrocs qui viennent te voir. Enfin, c'est des... C'est une sinusoïdale assez incroyable. Et après, tu peux avoir d'autres carrières où, en fait, t'as une sinusoïdale plus tranquille, d'autres types de carrières. Tu vois, je vais pas donner d'exemple parce que je veux que personne se sente diminué dans sa sinusoïdale parce que chacun vit ses combats à l'intérieur de soi. Mais voilà, moi, je vis une sinusoïdale... Enfin,
[00:55:03] quel que soit ce que je vais faire après, je pense que je vais me faire chier. Et on se le dit, tu vois, mon équipe, on se dit tous, oh là là, mais tu vois, avec ce qu'on voit au bout, mais l'histoire est pas finie, elle continue. L'histoire est pas finie. Et d'ailleurs, voilà, dans quelques mois, il se passera peut-être quelque chose, comme j'ai dit, avec un industriel. Mais on se dit, avec mon équipe, parce que c'est une série Netflix vraiment tous les jours, enfin, il y a vraiment des saisons. Et l'équipe se dit, mais qu'est-ce qu'on serait... Même des gens qui ont, comme je t'ai dit, 55 ans et plus,
[00:55:33] me disent, Lynx, c'est mon meilleur job. Et tu vois, ça me touche, moi, parce que moi, c'est mon premier job et c'est mon seul job. Des gars qui sont passés par Thalès, plusieurs startups, etc., qui disent, Lynx, c'est ma meilleure expérience professionnelle, ça fait quelque chose aussi. Donc, c'est vrai, c'est un peu... Une entreprise, il faut qu'il y ait une dynamique positive. Ouais, c'est le... On parle de venture capital et tout, et il y a un gars, un gars très sage qui m'a dit, tu sais, non, mais le venture capital, c'est bien,
[00:56:02] mais au final, c'est plutôt l'aventure. Et il a changé le truc en disant, c'est l'aventure, c'est capital, tu vois, par rapport à venture capital. Donc, il ne faut pas, tu vois, trop se focaliser sur les chiffres, être perdu dans ces trucs-là. C'est les gens autour de nous. Parce qu'en fait, une entreprise, c'est un groupe de personnes. Et voilà. C'est là-dessus que parient les investisseurs, bien souvent. Sur les gens, presque plus que sur les technos, non ? En fait, l'asset intangible d'une boîte, c'est l'équipe, c'est le jus de cerveau. Enfin, en tout cas, dans une boîte comme Lynx. Après, si vous faites des petits pois chez Carrefour,
[00:56:31] c'est peut-être différent, mais dans une société de technologie, c'est l'asset premier, ça reste l'équipe, quel que soit le chiffre que tu fais. Du coup, tu as des gens qui étaient là depuis le début ? C'est comment ça ? Beaucoup tournés ? On a eu très peu de turnover pendant, tu vois, pendant cinq ans, personne n'est parti. Et puis après, en cinq ans, les gens divorcent, les gens meurent, les gens, tu vois, il se passe la vie, quoi. Et donc, on a eu, on a eu très peu de turnover. Ouais, je dirais qu'au total, tu vois, sur 30 personnes,
[00:57:00] 35 personnes au total, j'en ai 5-6 qui sont parties. Mais, tu vois, il y a des gens qui, la majorité en fait, sont là depuis le début. Et ça aussi, c'est un gros signal, tu vois, parce que c'est des gens tous très brillants qui pourraient, bah, tout à fait aller chez Meta, enfin, ils ont eu des offres, tu vois, auprès de tous les GAFAM. Et pourtant, ils sont là, ils y sont restés. Donc, tu vois, la mission aussi, dans une boîte, c'est important. Enfin, pourquoi tu te lèves le matin ? Et quel genre de personne tu veux devenir ? C'est capital. Enfin, faut pas s'oublier.
[00:57:30] Donc, faire du hardware en France et innover... Ne le faites pas. Ne le faites pas. Voilà, c'est le premier conseil que je donne. Après, je donne d'autres conseils, mais... Ne le faites pas, vous allez souffrir, quoi. Mais faites-le quand même, puisque c'est possible. C'est un métier de chien. C'est horrible. Et faire tout ça à Paris, finalement, enfin, je dis à Paris, oui, en France, mais à Paris, qui n'est pas la place d'innovation technologique la plus fameuse du monde, il y a plein de choses intéressantes. Mais donc, c'est faisable aussi. C'est faisable. C'est faisable. Il y a des gens...
[00:58:00] On parlait de WeThings, on parlait de Parrot, il y a Lynx, il y a d'autres boîtes. Ça existe, mais il faut des moyens et il faut une hargne incroyable. Il faut être un peu foufou, quand même. Je ne me cache pas, voilà, je le dis. Tu n'as pas l'air, hein ? Non, mais en fait... Tu as l'air droit dans tes bottes. Sur la durée, les gens te le diront, en fait. Mais lui, il est fou, il ne lâche pas. D'accord. Donc, non, il faut être un peu ravagé, quand même, dans le bon sens du terme.
[00:58:30] Mais, voilà, moi, je ne lâche pas. Je pense qu'on a aussi plein de choses à faire dans l'existence. Donc, voilà, Lynx va prendre une nouvelle dimension cette année. L'équipe, pareil, en fait, il y a un film que je recommande qui s'appelle General Magic. Est-ce que tu l'as vu ? Oui, qui est incroyable. Un documentaire qui raconte l'histoire de cette boîte californienne qui avait inventé l'iPad avant l'iPad, en réalité. Et du coup, tu vois, une des dernières personnes qui est partie de chez Lynx, elle est chez Apple aujourd'hui.
[00:59:00] Et je me dis, mais quelle que soit la trajectoire de la boîte, en fait, ce qui en sort, c'est le savoir, l'expérience qu'on se fige quelque part, qu'on cristallise à travers tout ça. Et du coup, je suis autant excité pour la suite que tout ce que j'ai vécu jusqu'à présent. Avant qu'on se quitte, quelques petites questions, mon petit questionnaire de ce programme. Alors, une décision dont tu es le plus fier ? Une décision dont je suis le plus fier ?
[00:59:30] En fait, en septembre 2024, on signe un très gros contrat avec Google de plusieurs millions où Google voulait que notre prochain casque soit compatible avec Android XR. Et Android XR, c'est le système d'exploitation XR comme ils ont Android Auto, comme ils ont... Qui sont en train de mettre dans le casque qu'ils font avec Samsung, d'ailleurs. Qui est dans le Galaxy XR avec Samsung, qui va être dans d'autres produits que vous verrez mi-2027, notamment. Et ils nous ont dit, ben voilà, on voudrait que votre casque
[01:00:00] soit compatible Android XR. Et donc, c'était génial. Les actionnaires sont contents, tout le monde est content. Mais l'équipe software, ils ont un peu chaud. Ils se disent, attends, si Google amène l'OS... Parce qu'Android XR, c'est pas Android parce que toi, tu parlais d'Android. En fait, c'est Android, c'est la même base que nous, mais avec la surcouche Google, le Play Store, les API. Google qui fait tout pour toi en disant, tu fais des casques super bien avec des smartphones très bien, regarde, dans un OS pour toi, tu n'as rien à faire. Mais en fait, tu finis par faire un casque Google. Et ça, c'est leur technique,
[01:00:29] ça a très bien marché avec les téléphones. Et une de mes décisions, ça a été de me retourner vers ma team software en disant, les gars, vous ne bougez pas. Parce qu'en fait, j'aurais pu virer toute ma team software et dire, ben non, maintenant, j'ai Android XR, qu'est-ce qu'on s'emmerderait en fait à continuer à faire du software et puis je vois un casque pareil et j'ai Google derrière moi. J'ai dit à ma team software, en parallèle, donc on bosse avec Google sur Android XR et en parallèle, on continue cet OS souverain
[01:00:57] et ce stack au-dessus de AOSP, d'Android Open Source parce qu'on a quand même des clients dans la défense, dans le médical et peut-être que le jour d'après, Google, voilà, ils ont l'habitude d'abandonner des projets aussi. Il faut qu'on maintienne ce savoir-faire et cet asset. Et ça, c'est aujourd'hui, ce qui fait une des grosses valeurs de l'ingue, c'est tout le code en fait qui a continué qu'on a pu faire. Donc, je suis très content de ne pas être endormi sur Google. C'est une décision qui est dans le sens
[01:01:26] de la souveraineté, la souveraineté numérique, avant qu'on en parle autant qu'aujourd'hui. Oui, après, la souveraineté, on en parle, mais est-ce que ça existe vraiment ? C'est un autre débat. Non, ça n'existe pas à 100%, mais c'est comme on tend vers la souveraineté. Oui. On tend vers le bonheur, on tend vers la souveraineté. Oui, on essaie, on essaie tous. le conseil que tu... Enfin, non, ça c'est la décision où tu es le plus fier. Est-ce qu'il y a une décision à l'inverse que tu regrettes particulièrement ?
[01:01:55] Des décisions que je regrette, oui, oui, bien sûr. La décision que je regrette le plus, je pense que c'est d'avoir, de ne pas avoir assez travaillé sur moi-même pour avoir le succès qu'on aurait aimé avoir avec le monde financier, donc le monde du venture capital ou du private equity. En fait, on incarne bien
[01:02:25] ce qu'on fait chez Lynx. Je pense qu'on a su le transmettre à notre industrie, à nos clients. C'est une marque aujourd'hui qui a une résonance mondiale dans le secteur et pour autant, je n'ai pas su jouer au jeu avec les codes du venture capital. C'est-à-dire ? Qu'est-ce qu'il aurait fallu ? C'est-à-dire peut-être que je pitchais pas assez bien, peut-être que j'incarnais pas assez bien le sujet, j'avais pas les codes, j'ai pas forcément non plus le réseau.
[01:02:55] Donc tu vois par exemple, aujourd'hui, les investisseurs dans Lynx, je n'ai pas de fonds. Je n'ai pas de fonds d'investissement. Ce sont des gens que j'ai convaincus au fur et à mesure de l'aventure. Et donc, dans ces gens-là, il y a des financiers, des anciens capitalistes d'industrie, il y a des gens très connus, donc je ne dirai pas leur nom, qui ont vu mon truc, sont tombés amoureux du produit en disant « Mais c'est extraordinaire, il faut absolument que ça marche. » Et pour autant, les fonds d'investissement, j'ai toujours eu des noms
[01:03:24] et j'ai eu toutes les raisons possibles et inimaginables. Donc je me suis beaucoup remis en question en disant « Mais qu'est-ce qui fait que je n'arrive pas à passer des choses où par ailleurs, tu as des sociétés et tu te demandes comment elles ont réussi à lever des fonds ? » Donc ça, c'est peut-être quelque chose que je regrette et qui sera peut-être différent dans une prochaine aventure. Le conseil que tu aurais aimé recevoir quand tu avais 25 ans ? Enfin, quand tu... Tu as quel âge ? Non, tu... J'ai 31 ans là. Ouais, ouais. Bon, enfin, quand tu as démarré quoi. Quand j'ai démarré...
[01:03:55] Oh là là, c'est difficile. Le conseil que j'aurais aimé avoir... En fait, j'aurais aimé avoir du conseil... Enfin, j'ai perdu du temps sur certaines choses, notamment par rapport au monde financier où je suis allé pitié des gens où ça n'avait pas d'intérêt. Je ne le sais jamais vraiment, mais c'est peut-être des conseils pour aller plus vite dans le développement d'une société. Donc comme je l'ai fait une première fois maintenant, je saurais faire. Et si tu devais le refaire aujourd'hui ? Ah bah, j'aurais peut-être pas fait l'inx en 6-7 ans. Je l'aurais fait en 2-3 ans, tu vois. Et donc, voilà,
[01:04:25] il y a des jeunes aujourd'hui qui me contactent. Je vais monter ma boîte. Comment vous avez fait, monsieur ? Avec votre casque et machin. Et donc, mon deuxième métier, c'est d'aider des jeunes à ne pas faire les mêmes erreurs que moi. Mais tu es déjà dans le step d'après, quoi. Ouais, ouais. Un jour ou l'autre, tu seras ce mentor-là dont des plus jeunes auront besoin. Alors, j'ai eu la chance d'en avoir. Des mentors incroyables. Ouais. Et que j'ai encore. Et ça ? Bah, par exemple, Bernard Kress, qui est un Français qui bosse aujourd'hui chez Google,
[01:04:55] qui a bossé chez Microsoft et qui était le président du SPIE. Donc, c'est le Society for Photonics, je ne sais plus quoi, les ingénieurs optiques dans le monde. C'est un peu le, je ne sais pas, le Karl Lagerfeld de l'optique. Bon, il est vivant. Et Bernard, lui, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup aidé comme il aide beaucoup d'autres jeunes. Et en fait, tu sais, c'est des gens, tu as cette espèce de classe dans certaines industries d'hommes ou femmes qui, arrivés 55 ans, sont arrivés au sommet de leur profession,
[01:05:24] gagnent des fortunes colossales, regardent autour d'eux et se disent « Ok, bah maintenant, comment je transmets ? » Comment je mets la main sur l'épaule d'un jeune en disant « Bah, tu sais quoi, je vais te montrer... » Et ça, bah, j'espère arriver à ce moment-là aussi dans ma vie. Ce serait un indicateur de succès, clairement. Mais j'en ai eu, donc il y a eu Bernard, il y en a eu d'autres que j'ai aussi en actionnaire et puis même dans certains membres de mon équipe, c'est des ingénieurs auxquels j'ai beaucoup appris au final.
[01:05:54] En dehors de l'INX, quelle est l'innovation qui te fascine le plus aujourd'hui ? L'innovation qui me fascine le plus, je pense que c'est... Clairement, c'est Starlink. Ah oui ? Starlink, ça m'a mis par terre. En fait, j'ai installé Starlink il y a 2-3 ans chez mes parents parce que j'ai vécu tout mon lycée avec une connexion, on était au bout du cuivre dans la campagne et j'ai vécu mon lycée
[01:06:24] avec 1 méga par seconde. Donc si tu veux, chaque téléchargement, c'était une crise d'angoisse, il fallait que rien ne bouge et j'ai eu un peu ma vengeance de ça en installant chez mes parents, donc je leur ai fait un setup de fou où ils ont Starlink et sur le mât une antenne 5G et je mixe les deux, enfin les deux cuis dans l'équivalent de la fibre et en fait, Starlink, c'est phénoménal comme innovation. C'est incroyable. En fait, c'est un ensemble d'innovations complètement fou, hyper bien exécuté et on revient donc à tes bouquins, à Elon Musk, on peut dire énormément
[01:06:54] de choses sur lui, sur le personnage, sur sa gestion de ses entreprises, le volet Starlink, c'est un coup de maître. Les autres aussi, c'est pas mal quand même. Non mais les autres aussi, SpaceX, Tesla. La voiture électrique de base, à travers Tesla, SpaceX, Et ce qui est étonnant, c'est la cohérence entre tout ça en réalité. Tout ça, c'est des briques dans son plan machiavélique de... Quand tu parles avec des ingés qui bossent avec lui, pour en connaître certains, en fait, c'est la même boîte. En fait,
[01:07:23] c'est SpaceX, Tesla, un peu comme... Tu vois, tu as beaucoup d'entreprises intuitives, personnelles. Donc là, pour le cas de ces entreprises, Elon Musk, clairement, c'est le cas. Et ouais, Starlink, c'est... L'Ukraine n'en dépend entièrement, en plus de mes parents. Mais c'est génial. Dans les avions, aujourd'hui, on a 300 mégas dans les avions, en plein vol, sur tout le vol. C'est complètement dingue.
[01:07:53] Là où l'homme veut amener le réseau, l'eau potable, il le fait. Et tu vois, la manière dont c'est fait, l'élégance du système, la complexité technique, je trouve ça phénoménal. Voilà, c'est... Ceux qui n'ont pas encore testé Starlink, ceux qui ont peut-être des parents ou des grands-parents en zone rurale, c'est phénoménal. C'est-à-dire qu'on va vers Starlink quand on a un problème, pour résoudre un problème, celui de la connectivité et des débits. Bon, où tu te vois dans 5 ans, 10 ans, 20 ans, toi et Lynx ? Alors, j'en ai...
[01:08:23] La vraie réponse, c'est que j'en ai aucune idée. Ça part vraiment dans toutes les directions. J'en ai absolument aucune idée, mais je suis très, très excité pour les 5 prochaines années parce qu'en fait, on se rend compte qu'on arrive à un espèce de plateau où on a livré ces casques, on a montré que c'était possible. En fait, juste le fait de montrer que c'était possible, si tu veux, moi, j'ai déjà gagné parce que quand on parle de Lynx dans la presse internationale ou même en France
[01:08:53] parfois, dans la même phrase, on dit oui, Lynx qui comme Apple a fait un casque de réacteur. Quand dans la même phrase, on met ta boîte et Apple, Google, met ta, juste avant même de voir le produit, t'as gagné. Et ça, ça énerve beaucoup en face. J'adore. Voilà. Et donc, j'ai envie que ça continue. Tu vois, j'ai envie de continuer moi dans ma vie à faire des choses comme ça qui viennent un peu mettre des culbutes à ce qui peut être admis comme non, mais ça, ça coûte 100 milliards de toute façon et puis, il n'y a que Google
[01:09:22] qui peut faire ça. Non, les gars, en fait, toutes ces boîtes, elles ont aussi commencé pareil avec 10 mecs dans un garage. En fait, c'est garder cette énergie, garder cette force. Ouais, c'est... J'espère pouvoir conserver tout ça et continuer. Merci, Stan Larocque. Lynx Mixed Reality et longue vie à Longue Via Lynx. Merci, j'aime. Merci,

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