Patrice Duboé:
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0:02] On a vu cet été que des capteurs ont été déployés massivement dans les forêts
Patrice Duboé:
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0:06] avec des solutions satellites. Kineis, avec l'un de ses partenaires, a déployé des milliers de capteurs dans les forêts pour pouvoir détafter pratiquement en temps réel, en toutes les 15 minutes, s'il y a des incendies qui vont se déclencher. Mais on voit que déjà aujourd'hui, on a des solutions à court et à moyen terme.
Monde Numérique :
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0:32] La tech et l'environnement ne font pas toujours forcément bon ménage, mais en même temps, la tech, on sait, peut faire beaucoup au service du climat. On en parle dans cet épisode avec Patrice Duboé. Bonjour, Patrice.
Patrice Duboé:
[
0:43] Bonjour, Jérôme.
Monde Numérique :
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0:44] Directeur Innovation Europe du Sud chez Capgemini. On se retrouve en partenariat avec Capgemini pour faire le point sur, eh bien, justement, où nous en sommes aujourd'hui, notamment dans les entreprises. Il y a une certaine époque, c'était une vraie préoccupation. Il y avait beaucoup d'engagements, les fameux engagements RSE en faveur du climat, etc.
Monde Numérique :
[
1:06] On a l'impression qu'aujourd'hui, et notamment peut-être à cause de l'intelligence artificielle, tout ça, on n'en parle plus trop. Où est-ce qu'on en est en fait aujourd'hui ? Vous avez fait une étude là-dessus.
Patrice Duboé:
[
1:17] Effectivement, nous avons publié un rapport qui s'appelle World in Balance, qui étudie un petit peu comment situent les entreprises par rapport à tous ces bouleversements climatiques. Alors, on parle beaucoup de tech for good, tech for green ou tech for the planet. Encore une fois, rien n'est binaire. La techno, elle n'est pas forcément très bien pour la planète ou très néfaste. Néanmoins, il est évident que depuis quelques années, le discours a un petit peu changé. Il y a 3-4 ans, dans le post-Covid, tout le monde s'était engagé, les entreprises, avec des engagements pour devenir carbone neutral, net zéro à 2025, 2030, 2050. Et là est arrivée la vague de l'IA et on sait que pour faire tourner un de l'IA, il faut entraîner les modèles. On sait que c'est beaucoup de ressources, c'est beaucoup de serveurs qui tournent à l'adaptateur. Et donc là, forcément, les entreprises ont fait un petit peu machine arrière, les grands du digital en disant, c'est important pour nous, la planète, mais on doit entraîner nos modèles. Donc, on va faire un petit break pendant quelques années et on sait qu'on va reculer un petit peu nos ambitions. Mais néanmoins, on va pouvoir voir qu'il y a quand même de nombreux exemples où l'IA peut également servir et la technologie peut servir nos engagements pour la planète.
Monde Numérique :
[
2:29] Et bien, je crois qu'en plus, les entreprises se rendent compte aujourd'hui, que le climat a un impact sur leur business.
Patrice Duboé:
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2:37] Oui, et ça, je dirais que 2026, c'est malheureusement pour moi une année charnière. Aujourd'hui, personne ne peut nier les impacts du climat. Qui que l'on soit dans une grande ville, dans un petit village, près de la mer, en montagne, quels que soient les pays, on a vu cette année tous les impacts qui sont très forts, avec malheureusement des catastrophes liées à la sécheresse, à des inondations. Donc, on voit des contrastes extrêmes. Et dans ce rapport que nous avons publié, pour moi, l'un des chiffres les plus marquants est le suivant. Dans tous les managers qui ont été interrogés dans le monde entier, 87%, donc 9 sur 10, disent que les organisations ont été impactées par le climat. C'est-à-dire que les chaînes d'approvisionnement liées au climat, ont eu des impacts. Donc là, aujourd'hui, on voit les entreprises, ce n'est pas uniquement communiquer en disant « oui, on veut être green, on veut faire des efforts pour la planète ». Aujourd'hui, les entreprises doivent s'adapter pour être résilientes. Et ce mot-là revient….
Monde Numérique :
[
3:40] Oui, bien sûr. Très concrètement, c'est quoi une chaîne d'approvisionnement, impactée par le changement climatique ? Ça se traduit comment ?
Patrice Duboé:
[
3:48] Typiquement, on va prendre l'exemple qu'on a eu en France. Lorsque des incendies majeurs arrivent, on voit très bien que les lignes électriques vont être coupées, les routes vont être coupées, les trains ne vont plus circuler. Donc, on imagine bien que sur ces routes, il y a des camions qui livrent des produits pour les entreprises, notamment pour les particuliers. C'est pareil pour les trains. Lorsqu'on doit couper une ligne électrique par rapport à l'élection d'incendie, c'est des chaînes de production qui vont s'arrêter. Donc on voit bien l'impact, et là je ne prends que l'exemple de la France. Vous avez vu ce qui s'est passé en Grèce, en Espagne, aux États-Unis, au Canada. Donc aujourd'hui le problème il est mondial. Lorsqu'on a une inondation qui est majeure, ce qui s'est produit au Népal malheureusement il y a quelques semaines, donc on voit que tous les pays sont impactés par ces changements climatiques qui peuvent venir de l'incendie, de l'eau, de tempête, de raz-de-marée. Donc, tous ces événements impactent les chaînes de production à tous les niveaux et donc les entreprises sont bloquées par leurs chaînes d'approvisionnement. Donc ça, c'est quelque chose qui est arrivé aujourd'hui et dont les entreprises maintenant commencent à se préparer en disant comment pouvons-nous être plus
Patrice Duboé:
[
4:58] résilients par rapport à ces changements majeurs qui se passent au niveau du climat.
Monde Numérique :
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5:02] Est-ce que la technologie peut faire quelque chose pour prévenir les risques d'incendie, justement ?
Patrice Duboé:
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5:07] On a vu cet été que des capteurs ont été déployés massivement dans les forêts, avec des solutions satellites. Kineis, avec l'un de ses partenaires, a déployé des milliers de capteurs dans les forêts pour pouvoir détafter pratiquement en temps réel, en toutes les 15 minutes, s'il y a des incendies qui vont se déclencher. Donc ça, c'est un premier exemple. Il y a quelques jours, vous savez qu'il y avait le Space Summit à Paris, il y a eu une annonce majeure avec une start-up française qui s'appelle Loft Orbital, qui a signé avec les Émirats et, la startup Marland Space une constellation de 50 centilitres qui va embarquer de l'IA, de l'analyse d'images pour pouvoir détecter quasiment en temps réel des feux de forêt. Ça servira à d'autres missions.
Patrice Duboé:
[
5:51] Mais on voit que déjà aujourd'hui, on a des solutions à court et à moyen terme.
Monde Numérique :
[
5:55] Et puis, alors, il y a un autre gros sujet sensible. C'est bien sûr tout ce qui a trait à l'eau, la gestion de l'eau, les enjeux autour de l'eau. Et là encore, il y a pas mal d'innovations dans ce domaine, Patrice.
Patrice Duboé:
[
6:08] Pour l'eau, c'est la même chose. On a beaucoup parlé ces dernières années, lorsqu'on parlait climat, on pensait emprunt de carbone. C'était les hydrocarbures qui produisent du carbone. On avait un petit peu laissé de côté d'autres sujets qui sont tout aussi importants. L'impact sur les matières premières, ce qu'on appelle les terres rares, pour faire des semi-conducteurs, tout type de matériaux, et surtout la gestion de l'eau, ce qu'on appelle le stress hydrique. On voit très bien qu'aujourd'hui, avec les sécheresses, on a de moins en moins d'eau. Et ça impacte pas uniquement le data center qui sont refroidis avec de l'eau mais de l'agriculture, on le voit bien également la gestion, la gestion des canaux qui sont utilisés pour l'arrosage mais également pour nourrir les bêtes.
Patrice Duboé:
[
6:55] Pour nourrir les hommes, c'est aussi utilisé pour le tourisme, donc là il y a plein de choses qui sont faites par rapport à ça et un exemple très technique on sait qu'il y a beaucoup de fuites d'eau aujourd'hui on manque d'eau et en plus on perd l'eau qui est dans les réseaux publics. Pourquoi ? Parce que ces réseaux, ils ont été faits au 19e siècle, il y a plus de 100 ans, avec des vieilles canalisations en plomb. Et aujourd'hui, les plaintes de technos permettent d'analyser, d'aller avec soit des caméras, mais sous des ultrasons, aller détecter où sont les fuites sur ces réseaux d'eau. Et là, on ne parle pas de quelques pourcentages d'eau qui sont perdus, mais c'est des dizaines de pourcents. Donc, vous imaginez au niveau d'un pays. Donc là, beaucoup de recherches sont faites et les solutions sont là pour détecter plus rapidement les fuites d'eau. Après, c'est beaucoup de travaux pour les réparer, mais déjà détecter la fuite, c'est déjà un premier travail.
Monde Numérique :
[
7:45] C'est tout ça qu'on appelle les Climate Tech, la tech au service du climat, en fait, c'est ça ?
Patrice Duboé:
[
7:50] Oui, on a beaucoup d'acronymes. Dans Climate Tech, on va dire qu'il y a deux grandes familles. On a les technologies qui vont servir le climat, typiquement comment mieux stocker l'énergie, comment produire de l'hydrogène bas carbone, avoir des réseaux résilients. Et puis après, il y a tout le digital, les solutions digitales qui permettent d'améliorer la gestion de la planète. Vous avez tous autour de chez vous des panneaux photovoltaïques. Et là, on voit bien que l'un des enjeux, c'est comment adapter au mieux la production et la consommation. On sait qu'il y a beaucoup de soleil le jour, les éoliennes, pareil. Et donc, on va essayer avec des réseaux intelligents, ce qu'on appelle les Smartread, de calculer au mieux pour avoir la meilleure consommation par rapport à la production. Et on va aussi adapter notre façon de consommer. On va plutôt chauffer, pourquoi pas, la journée l'hiver, parce qu'on sait que les pics, c'est le soir et il y a moins de soleil. Donc, on travaille sur des nouvelles structures de maison, nouvelle architecture pour pouvoir chauffer la journée et qu'on ait une inertie pour la nuit. Donc, ça, c'est un exemple.
Monde Numérique :
[
8:54] C'est un exemple dont on parle depuis longtemps, je dirais, les smart grids. On en est où ? C'est devenu une réalité aujourd'hui ?
Patrice Duboé:
[
9:03] Alors oui, aujourd'hui, ça marche. La preuve, c'est que le prix du rachat d'électricité n'a cessé de baisser. Ça veut dire qu'on est pratiquement en surproduction, donc il y a eu beaucoup de production. Et aujourd'hui, on arrive à avoir suffisamment d'électricité le jour. Alors, il reste le problème de comment gérer. On sait qu'on a du mal à stocker l'énergie. Donc, il y a encore beaucoup de progrès à faire. C'est aussi des habitudes à prendre, des façons de gérer différemment. On pense beaucoup aussi à utiliser les batteries des voitures, pourquoi pas, pour utiliser l'énergie le soir lorsqu'on est à la maison, pour passer l'énergie de la batterie qui a été chargée le jour, la déchargée le nuit. Donc, on voit qu'il y a plein de techno qui avancent. Là, c'est encore des réseaux super intelligents, plein d'immenses sur les réseaux, mais aussi avoir une gestion de bout en bout pour pouvoir utiliser l'énergie des batteries pour pouvoir consommer au mieux chez nous.
Monde Numérique :
[
9:59] D'accord. Donc, ça avance.
Patrice Duboé:
[
10:03] Ça avance sur Terre, ça avance aussi sur l'eau.
Monde Numérique :
[
10:06] Et ça avance sur l'eau aussi, oui. Alors, avec des initiatives qui sont assez étonnantes. Moi, j'ai vu des projets, je ne sais pas si on en est encore au stade de projet ou de réalité, des espèces de cargos quasiment propulsés par le vent, c'est ça ?
Patrice Duboé:
[
10:21] Tout à fait. Donc, vous avez différents projets qui ont été lancés. Beaucoup ont été lancés en France. On a la chance d'avoir des grands leaders du transport, de l'énergie. Et donc, je peux vous parler d'un projet qui a démarré il y a quelques années sur le bassin de Vartachon avec Yves Parlier, qui est un navigateur qui est très, très connu. Et donc, il travaille sur une aile de kite, on va dire gigantesque, de plusieurs centaines de mètres carrés.
Monde Numérique :
[
10:45] Comme les kites.
Patrice Duboé:
[
10:47] Exactement. Qu'on va placer sur des portes conteneurs sur les cargos et qui va assister. Bien entendu, on n'a pas que ça, mais ces méga-els peuvent réduire de plusieurs pourcentages la consommation de ces bateaux. Donc, il y a beaucoup de travail d'ingénierie.
Monde Numérique :
[
11:04] Donc, ça vient plus du moteur ?
Patrice Duboé:
[
11:06] Exactement, c'est complémentaire. On ne peut pas se passer aujourd'hui des moteurs, mais si on peut réduire de quelques pourcents ou dizaines de pourcents, vous imaginez les économies au niveau global de la planète. Et ça, c'est un projet hautement technologique. Vous imaginez bien qu'on ne va pas lancer une voile de kite de plusieurs centaines de mètres carrés en un clin d'œil. Ceux qui font du kite savent que c'est difficile de monter une aile parfois de 10 mètres carrés. Donc, imaginez une aile de 200 mètres carrés. Donc, pour ça, il y a plein de travail d'ingénierie avec des câbles qui sont autopilotés par des moteurs, par de l'IA, pour pouvoir d'abord faire décoller l'aile et surtout faire en sorte qu'elle reste en l'air. Vous imaginez que si l'aile tombe, malheureusement, l'aile est endommagée et puis ça n'a plus de fonction. Donc, on est en gestion dynamique permanente de l'aile pour pouvoir lui faire faire ces fameux huit que vous voyez parfois quand vous êtes au bord de la plage pour avoir une puissance maximale dans l'aile pour avoir une traction optimale.
Monde Numérique :
[
12:01] Et ça, on est où ? Ça y est, ça navigue déjà ?
Patrice Duboé:
[
12:05] Aujourd'hui, ça navigue. Si vous êtes sur le bassin d'Arcachon, vous avez parfois la chance de voir le bateau disparaillé. Donc, Beyond the Sea qui fait ses tests. Je serai dans quelques jours sur le bateau pour faire de nouveaux tests. Donc, voilà des projets qui joignent l'utile et l'agréable.
Monde Numérique :
[
12:24] OK. Patrice Dubois, encore un mot. On parle de l'IA et de l'impact. Pas forcément positif dans l'intelligence artificielle, Mais il y a quand même un impact positif de l'IA. On vient de le dire à propos des bateaux pour piloter cette voile. Il y a d'autres cas de figure où l'IA aujourd'hui devient une véritable ressource en faveur du climat.
Patrice Duboé:
[
12:48] Oui, on voit que depuis quelques années, on est passé des très grands LLM, les Large Language Models, à des choses qui sont beaucoup plus ciblées, ce qu'on appelle les Small Language Models, qui sont beaucoup moins consommateurs en termes de ressources, qui sont beaucoup plus ciblées. De même que lorsqu'on avait lancé le cloud, il y avait des clouds publics, des clouds privés. On peut avoir aujourd'hui des modèles d'IA qui sont beaucoup moins consommateurs, qui peuvent tourner en local, ce qu'on appelle le Edge AI ou le Edge Cloud. Donc, ça consomme beaucoup moins, c'est beaucoup plus précis. Donc, déjà, en termes d'efficience de l'IA elle-même, on sait que c'est très intéressant. Et surtout, dans l'entreprise, on va essayer de trouver les process que l'on peut modifier, adapter, optimiser grâce à l'ILA pour aller plus vite. Un exemple concret, la gestion de l'énergie. On en parlait. Nous avons déployé ce qu'on appelle Energy Command Center en Inde, grâce à Schneider. En fait, on pilote en temps réel toutes les sources d'énergie, nos consommations, nos productions de panneaux photovoltaïques et ça a permis de réduire de 30% la consommation énergétique. Donc on voit un exemple traité concret où le monitoring, la supervision des réseaux permet d'optimiser les process. Et donc là, cet exemple fait sur la consommation d'énergie, on peut l'avoir.
Patrice Duboé:
[
14:08] Sur d'autres process dans l'entreprise, on parlait de logistique. Si on peut optimiser les processus, on sait que ce sont des choses qui permettent d'aller beaucoup plus loin et d'être beaucoup plus résilients.
Monde Numérique :
[
14:20] Eh bien, merci. Merci Patrice Duboé, directeur de l'innovation Europe du Sud chez Capgemini.
Patrice Duboé:
[
14:27] Merci beaucoup.