À l’occasion de cette rediffusion, nous vous proposons de revenir sur notre échange avec Jean-Baptiste Kempf, co-créateur du logiciel VLC, figure incontournable de l’open source, et aujourd’hui à l’origine du projet Kyber.
🎤 INTERVIEW : Jean-Baptiste Kempf - Co-créateur de VLC
Rediffusion du 18 février 2026
L'essentiel
- Refuser l’argent sur VLC, c’était la bonne chose à faire.
- L’open source, ça appartient à tout le monde.
- Innover, c’est déplacer l’état de l’art.
- La qualité pour innover, c’est ne pas avoir peur.
- L’IA est un accélérateur, pas un remplaçant.
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C'est une histoire qui fait désormais partie de la saga française des technologies. Au début des années 2000, des étudiants de l'école Centrale Paris créent VLC, un logiciel capable de lire tous les formats vidéo. Cela deviendra le logiciel français le plus téléchargé au monde, utilisé par des centaines de millions de personnes. Jean-Baptiste Kempf, co-créateur de VLC, raconte cette aventure. Il dévoile l’envers du décor, comment une technologie open source a suscité bien des appétits, et il explique pourquoi il a refusé des offres de rachat mirobolantes. Il raconte aussi ce qui se cache derrière VLC : les cyberattaques, les fausses versions et les tentatives de détournement. Il partage aussi son parcours hors VLC, avec Shadow, Vente Privée, Scaleway et aujourd'hui Kyber, une solution de transmission à très faible latence pour contrôler à distance ordinateurs, robots ou drones, en open source avec une licence commerciale. Enfin, il livre sa vision de l'innovation qui, pour lui, consiste à “déplacer l’état de l’art", à condition de "ne faut pas avoir peur". L'occasion d'évoquer la culture du risque et de l’échec en France. Il se confie également sur son usage de l'IA, un “super stagiaire” pour coder plus vite, qui ne remplace pas l'humain, mais qui pose un vrai défi pour la formation des juniors.
Comment est né VLC ?
VLC n’a pas été conçu comme un produit standard. C’est l'aboutissement de plusieurs projets étudiants à Centrale, liés au réseau du campus. À l’origine, il y avait l’idée de faire transiter un flux vidéo sur le réseau local, et ensuite le projet a été relancé en open source. Il a fallu trois ans pour convaincre l’école de passer en licence GPL, et ça s’est fait le 1er février 2001. Le logiciel “client” s’appelait Vidéolan Client, puis c’est devenu VLC, et la plupart des gens l’utilisent juste comme lecteur vidéo.
Pourquoi avoir refusé des offres financières énormes pour VLC ?
Parce que cela n'aurait pas été moral. VLC n’est pas à moi, c’est des milliers de personnes qui ont contribué, des générations d’étudiants. On aurait pu faire énormément d’argent avec notre base installée énorme, surtout via la marque et le site web. Mais détruire la confiance, détruire la communauté en deux ans “par calcul”, je ne pouvais pas. Je n’aurais pas pu dormir la nuit. Donc j’ai refusé des sommes à huit chiffres.
En quoi consiste ton nouveau projet Kyber ?
Kyber, c’est hérité de Shadow, où je suis passé également : c'est l’idée de contrôler des machines à distance, avec de très faibles latences. Ça peut être des ordinateurs puissants avec GPU pour l’IA, du rendu 3D ou du gaming, mais aussi des drones, des robots, des véhicules autonomes qui ne sont pas totalement autonomes. On apporte les briques réseau, l’encodage/décodage vidéo à très faible latence, et la synchronisation de tous les flux : audio, vidéo, capteurs, clavier, souris, gamepad. Et il faut aussi s’adapter aux conditions réseau, sans pouvoir “attendre” comme Netflix : quand tu contrôles un robot, c’est la vraie vie.
Qu'est-ce que l'innovation pour toi et quelles qualités faut-il pour innover ?
Pour moi, innover, c’est déplacer l’état de l’art : soit en recherche, soit avec des produits vraiment nouveaux. Le problème, c’est quand tout le monde se dit innovant : à la fin, plus personne ne l’est. Et la qualité indispensable, c’est ne pas avoir peur. En France, on a eu un vrai changement culturel : l’échec fait moins peur, beaucoup plus de diplômés veulent aller en start-up qu’avant. Et il faut éviter la monoculture : c’est la diversité qui fait apprendre.
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[00:00:01] Cet été je vous propose de retrouver quelques-unes des meilleures interviews de Monde Numérique. Innovateurs, experts, observateurs, ils ou elles partagent leurs projets, leurs visions, leurs analyses. Tendez l'oreille, vous ne l'engrapperez pas. Monde Numérique J'ai refusé effectivement des sommes qui font rêver. Bah ouais quand t'es à 8 chiffres ça commence à faire rêver ouais. T'es plutôt Steve Jobs ou plutôt Elon Musk ?
[00:00:29] C'est deux égaux surdimensionnés et deux personnes qui sont pas forcément recommandables. Quelle qualité est-ce qu'il faut pour innover ? Ne pas avoir peur. Ils sont ingénieurs, entrepreneurs, inventeurs, solitaires ou en équipe, ils font l'innovation technologique. Quel est leur parcours ? Quelles sont leurs motivations ? Quel est leur regard sur l'innovation ? C'est l'objet de la nouvelle série d'interviews de Monde Numérique que je vous propose.
[00:00:57] Bienvenue à l'écoute d'Innovateurs, un format long en audio et en vidéo, pour découvrir et comprendre les ressorts de l'innovation. Mon invité du jour est ingénieur avec un long parcours dans la tech, responsable technique d'une grande entreprise de cloud et surtout créateur et co-créateur de plusieurs technologies dont un logiciel que nous avons tous déjà utilisé. Bonjour Jean-Baptiste Kempf. Bonjour.
[00:01:25] Tu as donc cet objet qui te colle à la peau que je t'ai demandé d'apporter. Tu n'es pas entrepreneur de travaux publics. Non, mais d'ailleurs, c'est un peu l'objectif de VLC. C'est que les gens, quand ils voient un cône de chantier, ils se disent que c'est un logiciel pour faire de la vidéo et pas un cône de chantier. Voilà. VLC, ce logiciel qui est donc un player vidéo, qui existe depuis le début des années 2000. Et tu vas nous raconter pour la énième fois l'histoire de VLC. Mais pas seulement, parce que comme je l'ai dit,
[00:01:53] l'idée, c'est d'aller voir un peu ta vision de l'innovation et ton parcours. Tu es né en 1983. Tu es ingénieur. Tu as fait l'école centrale. Tu es passé donc par différentes étapes. directeur technique de Scaleway, entreprise cloud fondée par Xavier Niel. Tu as créé également des entreprises. Tu es d'une famille d'ingénieurs, de scientifiques ou pas spécialement ? Pas spécialement. En fait, mon père, il est professeur d'économie, de macroéconomie théorique à l'université.
[00:02:22] Et ma mère, elle était prof de français langue étrangère. Donc moi, je ne viens pas du tout d'un monde ni d'entrepreneurs, ni de gens dans l'industrie, ni même dans autre chose que dans le public. Donc, pas du tout. Alors, je t'ai demandé de venir avec ce petit cône. Et puis alors, il y a même... Ça, c'est le chapeau, ouais. Il n'y a que moi qui le mets ou tu en as un aussi ? Évidemment. Donc, effectivement. Voilà. Alors, il y a deux façons de le mettre.
[00:02:51] Tu vois, il y a comme ça ou comme ça. Je ne sais pas quelle est la bonne façon, mais voilà. Bon, mais pourquoi avoir choisi ça pour comment... En fait, ce que les gens ne comprennent pas, c'est qu'en fait, VLC, ce n'est pas un projet qui a été conçu en tant que projet. C'est un projet étudiant qui est la continuité d'un projet étudiant qui est la continuité d'un autre projet étudiant sur l'École Centrale Paris et qui est devenu VLC. Mais il n'y a personne qui s'est dit, je vais lancer VLC.
[00:03:20] Donc, en fait, ce qui se passe, c'est que... Pour faire la petite histoire un peu rapide, c'est que dans les années 60, l'école s'appelle l'École Centrale Nationale des Arts et Manufactures. Et le but, c'est de cette école centrale. Elle est du côté de Gare de Lyon et elle forme près 100 ingénieurs par an. Et donc, ce n'est pas du tout suffisant. Et donc, on lui dit qu'en fait, il faut agrandir cette école. Et comme elle s'appelle l'École Centrale, mais surtout contrairement à la plupart des autres grandes écoles, elle dépend du ministère de l'Éducation Nationale. C'est une école relativement pauvre.
[00:03:50] Et donc, il décide de l'implémenter au centre de la France, c'est-à-dire à Clermont-Ferrand. OK. Donc, toi, tu as fait central avec... Et pas du tout. Et donc, c'était le plan de l'Éducation Nationale, puisque les écoles d'ingénieurs ou des commerces ont souvent des bons budgets, mais pas centrales parce que dépend de l'Éducation Nationale, qui avaient des budgets globalement un peu plus faibles que ceux qui dépendent des télécoms ou de l'armée. Et les anciens élèves disent, bah non, ça ne nous va pas à Paris. Enfin, en France, tous passent à Paris.
[00:04:18] Et donc, ils achètent un terrain à côté du Parc de Sceaux à Châtenay-Malabry. Et ils construisent... Ils disent qu'ils construisent un campus avec une association d'anciens élèves et l'école construit son bâtiment des enseignements. Mais en fait, on se retrouve dans ce truc complètement unique et aberrant pour des Français. C'est une école publique, avec de l'argent public, qui est sur un terrain privé. Certes, pas d'une entreprise qui fait de l'argent, mais d'une association. D'accord. Et tout est géré par les étudiants. Donc, la radio, la télé, la bibliothèque...
[00:04:48] Ah ouais, vous êtes en autogestion, quoi ! Ouais, quasiment. Il y a une petite partie administrative, mais même le changement de... La décision de qui va dans quelle chambre était gérée par les étudiants. Et dans les années 80, il y a une sorte d'essai de déploiement de réseaux à grande échelle par IBM sur 1500 élèves avec... Et qui déploie un réseau informatique en token ring. Donc, ils sont des très, très vieilles technologies dans les années 80. Et ce déploiement de réseaux, en fait, fonctionne relativement bien.
[00:05:17] Mais c'est évidemment le début des années 90, c'est plus suffisant. Il faut avoir un truc plus rapide pour le web qui naît, mais surtout pour faire du jeu vidéo. Et donc, les étudiants vont demander à l'école un budget pour avoir un réseau plus moderne. Et l'école leur dit écoutez, moi, le campus, c'est pas chez moi. Je peux rien faire. Donc, allez voir les partenaires de l'école. Et là, ils vont voir, je pense, Alain Pouillat, qui était à l'époque DSI CTO de Bouygues. Évidemment, il y a beaucoup de gens de Bouygues qui sont passés par Centrale.
[00:05:49] Bouygues construction, travaux publics. Tout à fait. C'est même pas encore Bouygues Télécom. Non, non, non. Bien sûr, Bouygues construction. Mais il y a déjà dans la galaxie TF1. Alors, je ne sais pas exactement. Là, on est en 95, 96. Et qui dit le futur de la télévision, c'est le satellite. C'est du numérique. Donc, si vous êtes capable de transmettre ce flux satellite directement sur votre réseau, plutôt que d'acheter 1500 antennes satellites et box qui coûteraient des fortunes pour les étudiants. Faites ça directement.
[00:06:19] Et moi, je vous finance votre réseau. Effectivement, ils lancent. Et le projet qui s'appelait évidemment Network 2000, dont le but était en fait de saturer le réseau pour justifier un nouveau réseau, aurait dû s'arrêter là. OK. Et une démo, ça marche, ça crache. Mais ce n'est pas grave. La démo, elle montre que c'est faisable. Et le projet aurait dû s'arrêter là. Il y a quelques étudiants en 97, 98 qui relancent le projet en se disant le streaming de vidéo sur un réseau local, ce n'est pas idiot. Il y a plein d'autres gens qui en veulent. On va le lancer en mode open source.
[00:06:49] Oui, et puis c'était le début du streaming audio, etc. Même vidéo, non ? Pas encore. Pas encore. Tu es quand même à l'époque 93, 94, c'est le MP3. Tu n'es pas dans le… On est quand même 10 ans avant YouTube, 11 ans avant YouTube. Et surtout, il n'y a pas d'ordinateur. C'est des 486, des 66 MHz, des Pentium 60, 90. Faire du décodage vidéo en temps réel, c'est absolument impossible. Les vidéos, c'est ça à l'époque. Les vidéos, c'est du format vraiment timbre poste. Oui. Mais ce n'est pas grave. Ils y vont, le projet fonctionne.
[00:07:18] Et en 98, ils relancent le projet dans le but d'être open source et qui va s'appeler à ce moment-là vidéo LAN. D'accord. OK. Ils vont mettre trois ans à convaincre l'école centrale d'autoriser à passer dans une licence open source, GPL, parce qu'en fait, ce n'est pas autorisé puisque l'école considère que ça leur appartient. Et le 1er février 2001, donc pile il y a 25 ans et une semaine,
[00:07:47] l'école centrale autorise à passer en licence open source, GPL. Et le projet, en fait, passe en GPL. Et ce projet, il y a plein, plein, plein de logiciels. Un des logiciels, c'est le client qui s'appelle Vidéoland Client, qui petit à petit va s'appeler VLC, parce qu'on va rajouter plein de lectures. Et la plupart des gens qui utilisent VLC ne l'utilisent pas en tant que lecteurs de la solution Vidéoland, mais en tant que juste lecteurs vidéo. Moi, j'arrive à Centrale en 2003. Je fais partie de l'association qui gère le réseau et de fait,
[00:08:15] qui gère en fait le projet Vidéoland. Et moi, ce que je vais faire, c'est qu'en 2006-2007, comme le projet devient trop gros pour l'école, je vais le sortir et créer une association loi 1901 qui va gérer le projet depuis 2008 jusqu'à nos jours. C'est incroyable, c'est ça ? Donc, en fait, à chaque fois, les gens me disent, c'était créateur. Ben non, je ne suis pas créateur. Il n'y a pas vraiment de créateur. C'est qui les créateurs ? C'est les gens qui ont été là dans les années 80 pour lancer le premier réseau, ceux de 94, ceux de 98. Oui, il y a toute une continuité. En fait, c'est une continuité de projets.
[00:08:46] Oui, mais tu as incarné le truc. Alors, ce qui est sûr, c'est que c'est moi qui ai passé le plus de temps de ma vie sur ce projet. Ça, il n'y a pas de débat. Depuis 2006-2007, c'est quasiment tout ce que je fais. J'ai créé l'association. J'ai créé ensuite un certain nombre de sociétés autour de ça, qui vont faire de l'intégration, qui vont faire du consulting autour de ça. Et qui va surtout transformer le logiciel qui a quelques millions d'utilisateurs à des centaines de millions d'utilisateurs. Ça sert à quoi VLC aujourd'hui ? C'est utilisé pour quoi ? Tout le monde l'utilise tout le temps. Et ils ne s'en rendent pas forcément compte.
[00:09:16] C'est que, évidemment, il y a vraiment le logiciel en soi, l'application avec le cône qui lit n'importe quel type de fichier vidéo. C'est ça, il y avait une époque, il fallait l'avoir sur son PC parce que c'était le seul qui pouvait lire tous les formats. Alors, en fait, c'est encore un peu le cas. Parce qu'on voit moins de formats. Mais c'est vrai qu'à l'époque, toutes les semaines, il y avait un nouveau format. Et sous Windows ou sous Mac, il fallait installer ce qu'on appelait des codec packs, qui étaient des choses absolument horribles que tu installais, qui te rajoutaient plus de virus que de formats vidéo et qui étaient capables de faire la décompression de tous les formats vidéo.
[00:09:46] Parce que pour donner une idée, dans VLC, il y a à peu près peut-être un millier de formats différents qui sont supportés. Donc, avec plein de combinaisons. Et donc, c'est très, très compliqué. Et VLC, en fait, arrivait directement avec tout intégré. Donc, tu n'avais pas à télécharger quelque chose d'à côté. Et vu le nombre de virus qu'il y avait dans les extensions que tu allais télécharger. Et donc, c'est ça qui a rendu VLC assez populaire. Et sous Windows et sous Mac, en fait, c'était la seule façon de lire des DVD. Pendant très longtemps, en fait, sous Mac, tu n'avais pas les DVD. Donc, les Mac OS X, 1, 2, 3, en fait,
[00:10:15] tu avais obligé d'avoir VLC qui lisait, en fait, tout ça. Et aujourd'hui, en fait, le moteur de VLC, ce qu'on appelle LibVLC, il est utilisé dans plein d'applications. Donc, il y a plein de gens. Plein de fois, vous voyez de la vidéo. Vous n'avez aucune idée, mais en fait, c'est VLC. C'est VLC qui est derrière. C'est des VLC qui est devant ou derrière. Et surtout, à côté de VLC, il y a une autre partie de la communauté open source qui s'appelle FFmpeg et puis plein d'autres petits projets autour qui gravitent autour. Et ces projets-là, c'est ce qui fait tourner quasiment tout YouTube, tout Facebook.
[00:10:44] Dès que vous voyez de la vidéo en ligne, quasiment, je ne sais pas, quasiment 90%. Ah ouais, c'est derrière YouTube et Facebook. En fait, quand tu envoies une vidéo sur YouTube, la conversion, pour que ça soit affiché, c'est donc un logiciel open source qui s'appelle FFmpeg, qui est le projet frère de VidéoLan et de VLC, qui sont les mêmes gens. Donc, en fait, c'est une toute petite communauté d'une cinquantaine de personnes qui font tourner toute la vidéo. Que des Français ? Pas du tout. C'est vrai qu'il y a beaucoup de Français dans la vidéo,
[00:11:13] mais c'est surtout des Européens. Ce que tu vois, c'est surtout des Européens. Mais il n'y a pas que des Français. Il y a pas mal d'Allemands, des Anglais, des Italiens, quelques Américains. C'est ce qui fait quand même que tu es connu dans le monde entier et tu es connu en tout cas aux États-Unis. Ouais, tu es une vraie vedette aux États-Unis. Alors, je ne sais pas si je suis une vedette. Et je pense que ce n'est pas trop aux États-Unis, mais quand je vais en Inde… Ah ouais ? Et c'est assez rigolo parce que quand je parle, je dis « bah j'ai fait Centrale Paris ». Alors déjà, en dehors de France, personne ne connaît.
[00:11:43] Mais quand tu dis que tu as fait le lecteur VLC, déjà il y a pas mal de gens. Et quand tu dis « non mais le cône qui lit des vidéos », là c'est universel. Donc je me suis retrouvé en fin fond de la SAAM ou dans le Kerala et les gens connaissent. D'ailleurs pendant très longtemps, je faisais une conférence qui s'appelait « Comment VLC, un projet qui est devenu plus connu que son école ». C'est comme ça que tu t'es retrouvé notamment aux États-Unis, tu as fait un podcast il n'y a pas très longtemps, très connu qui est le podcast de « Lex Speedman ».
[00:12:12] Effectivement, j'ai fait plein de podcasts. Mais surtout en fait, aujourd'hui dans la tech vidéo, c'est devenu la référence. VLC, FFmpeg, X264, c'est ce qui fait tourner vraiment toute la vidéo. Donc énormément de sociétés qui sont de l'intégration autour de VLC, c'est ce qui fait tourner YouTube, FFmpeg, Facebook, etc. Donc tout ça, c'est mes clients qui font de la R&D basée autour de l'open source. Et ce qui est très important,
[00:12:42] c'est que la plupart du travail a été fait par des gens dans une communauté qui est fédérée, désagrégée. C'est un mode de développement qui est relativement rare. Alors c'est ça qu'il faut que tu nous expliques un peu, parce que l'open source, bon, ça réunit des millions de gens à travers le monde, mais ce n'est pas forcément hyper connu du grand public. C'est un mode de fonctionnement très particulier. Oui, parce qu'en fait, et notamment au début de VLC,
[00:13:10] la plupart des gens, en fait, c'était soit des étudiants, soit des gens qui étaient un peu distribués, des anciens élèves de Centrale, des gens qui avaient 25 ans, 30 ans, qui voulaient regarder des vidéos et qui ont contribué au projet. Mais globalement, l'open source à l'origine, c'est vraiment principalement plusieurs développeurs qui ont le même problème et qui se disent on va travailler ensemble. Ils font tout à travers Internet. Donc c'est vrai que par rapport à… Qui fait qu'à l'arrivée, ce n'est pas un logiciel propriétaire. Ça n'appartient à personne. En fait, ça dépend.
[00:13:40] Ça appartient plutôt à tout le monde, plutôt que de dire que ça n'appartient à personne. Mais c'est… Le schéma, c'était la cathédrale contre le bazar. Donc, la cathédrale, c'est un truc hyper planifié. C'est Microsoft, Apple qui décide. Tu as des product managers, des programmes managers qui vont décider qu'on met ça dans cette version et qui font des décisions. Et tu as l'autre côté qui est plus une sorte de bazar organisé. C'est-à-dire qu'il y a plein de gens qui font des choses et puis la communauté trouve un consensus. Donc, c'est ça qu'il faut comprendre. L'intérêt, c'est que comme tu as le code source
[00:14:10] en même temps que le programme, tu peux le prendre et le modifier comme tu veux. Ok, oui. Et tu vas, si tu le veux, donner tes améliorations à la communauté ou tu ne vas pas les donner. Et c'est toi qui décide. Et la communauté est en droit d'accepter. Et ça, les gens ne comprennent pas. C'est pas parce que quelqu'un fait quelque chose que je suis obligé de l'intégrer. Et donc, en fait, tu construis. C'est un peu darwinien. C'est un peu consensus. Et quand les communautés ne sont pas d'accord, elles se séparent. Ok. Et tu as le droit parce qu'en fait, tu as le code source.
[00:14:39] Donc, tu vas avoir plusieurs versions de VLC. Il y a plusieurs versions de VLC. Alors, c'est ce qu'on appelle un fork ou une fourchette. Ça n'est pas arrivé dans VLC, mais c'est arrivé dans plein d'autres logiciels open source. Et finalement, ce n'est pas grave et c'est normal. Ok. Mais ça reste un logiciel qu'on peut télécharger gratuitement, sauf des versions spécifiques qui, du coup, peuvent être commercialisées avec... Donc, en fait, l'open source ne t'interdit pas de commercialiser. C'est-à-dire que, par exemple, moi, j'ai des versions de VLC
[00:15:08] ou principalement du moteur de VLC qui sont spécifiques pour des gens dans les télécoms, des gens qui font une application de streaming, mais ils ont quelque chose de spécifique à ajouter. Oui, ça aurait été enrichi d'une certaine manière. Énormément de gens utilisent VLC dans des moteurs de jeux vidéo pour afficher de la vidéo dans les lecteurs de vidéos. Il y a évidemment des applications dans l'industrie, dans la défense. Et comme c'est ouvert, en fait, tu peux le modifier comme tu le souhaites. Ok.
[00:15:37] Alors, c'est pour ça que je disais que tu es très connu en plein de pays du monde. Et j'ai même appris que j'ai vu que tu étais en France. Tu es chevalier de l'Ordre national du mérite. Tu as vu, c'est classe. Ah bah oui, ça claque. Merci, Mounir. Mounir Majoubi, qui était secrétaire d'État au numérique. Et qui avait décidé... C'était un copain ? Pas du tout. Mais moi, je ne le connaissais pas du tout. Mounir, il avait décidé de donner justement cette médaille à des gens qui travaillaient sur l'open source.
[00:16:06] Donc, il y avait sur VLC, il y avait des gens sur OpenStreetMap et d'autres endroits. Moi, je n'étais pas du tout au courant. Donc, c'était un peu une surprise. Mais c'était une longue histoire. Et effectivement, c'est assez rare. Et le logiciel est... Donc, tu l'as dit, il est connu dans le monde entier. Moi, ce que je dis, c'est le logiciel français le plus utilisé au monde, voire le logiciel européen le plus utilisé au monde, mais aussi le moins rentable. C'est fou, ça. Et pourtant, il y a eu des tentatives, je crois. Alors, effectivement, il y a eu des tas d'offres de rachats... On a eu des offres de rachats.
[00:16:34] Mais surtout, on a eu des offres où tu... Quand t'as installé VLC, ça allait t'installer autre chose en même temps. Tu sais, ça t'a installé à l'époque des Toolbar ou... Oui, ça s'était l'enfer. Ah oui, mais surtout, c'était le pire. Ça te changeait ton moteur de recherche. Ça te changeait ta pub dans ton navigateur, etc. Et ça, c'est un peu le côté pervers de la chose, non ? Enfin, le revers de la médaille. En fait, c'est vrai que c'est un problème. Tout le monde peut faire n'importe quoi. Oui, mais sauf que les gens... Ce qui vaut le plus dans VLC, c'est le site web et c'est la marque.
[00:17:04] Donc, tu tapes VLC, tu tombes sur le site web. Donc, c'est plutôt ça. Mais c'est que si jamais la version principale, la nôtre, commence à avoir des choses horribles, en fait, tu fais énormément d'argent. Enfin, quand tu as une base installée d'autant d'utilisateurs, tu pourrais faire beaucoup d'argent. Et ça, tu n'as jamais voulu le faire ? Ce n'est pas moral. En fait, tu vois, ce n'était pas logique. C'est un projet. Le projet, il n'est pas à moi. Le projet, c'est des milliers de personnes qui ont contribué. C'est des générations d'étudiants.
[00:17:35] Oui, j'aurais pu le faire. Mais moralement, ce n'était pas bien et je ne pouvais pas me coucher la nuit. Donc, je n'ai pas fait et j'ai refusé effectivement des sommes qui font beaucoup. Qui font rêver ? Oui, quand tu es à 8 chiffres, ça commence à faire rêver. Mais c'était quoi ? Des grandes entreprises ? Oui, bien sûr. Des big tech américaines ? Oui, des big tech américaines ou des boîtes plus ou moins shady qui allaient te mettre des trucs. Ah oui, c'est ça. Oui, mais en fait, tu te rends compte. Imagine même que tu installes quelque chose en VLC.
[00:18:04] Parce que ce qui a de la valeur, c'est notamment la base installée. C'est-à-dire que c'est la base installée. Pour les gens qui utilisent le logiciel. Et surtout, la marque. C'est-à-dire que tu fais confiance à VLC. VLC, c'est là depuis 25 ans. Tu sais que dans 20 ans, ça sera encore là. Ce sera toujours capable de lire tes vidéos. Ce sera toujours un moteur pour lire des vidéos. Oui, mais si tu avais fait ça et s'il s'était passé ça, la confiance, elle se serait émouissée. Ah oui, mais moi, j'aurais pris plein d'argent. Sauf que tu te dis en deux ans. C'est ça qu'ils font comme calcul. Ils disent pendant deux ans, on va détruire la communauté. Mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave, on va se faire plein d'argent. Exactement.
[00:18:34] Voilà, d'accord. Et c'est toujours aujourd'hui, c'est toujours de l'open source. Mais ça n'empêche pas de créer du business autour. Alors tout à fait. Et ça, c'est très important. Open source, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de business autour. Il y a beaucoup de business models, que ce soit de la double licence, du support, de l'intégration spécifique, du hosting. Il y a beaucoup, beaucoup de projets qui sont open source, qui vivent.
[00:18:57] Juste, c'est plus compliqué dans l'open source de vendre la licence, quoi. La licence du projet. Je t'ai entendu dans d'autres podcasts où tu expliquais que l'open source faisait que parfois aussi, il y avait des modifications qui étaient apportées, et y compris des modifications pas très recommandables et des tentatives d'infiltration, etc.
[00:19:20] Donc effectivement, comme VLC, en fait, tu as envie de mettre des choses dans des centaines de millions d'ordinateurs. On a eu des attaques pas très rigolotes sur nos infrastructures pour remplacer la version VLC originelle. Parce que si tu la remplaces, tu vas diffuser la nouvelle version à énormément d'ordis. Donc c'est une vraie target. Donc on a eu beaucoup d'attaques.
[00:19:48] On a une façon dont on gère notre infrastructure qui est un petit peu compliquée à cause de ça. On a la CIA qui a fait une fausse version de VLC. C'était dans les ligues de Wikileaks dans Volt7 à l'époque, fait par Assange. Donc on avait appris ça. Il y a les Chinois aussi qui ont piraté des Indiens. Donc à un moment, on s'est fait bannir VLC en Inde pendant un an parce qu'ils avaient pris...
[00:20:14] Ce n'était pas un vrai VLC, mais comme c'est open source, ils avaient utilisé le mot de VLC. Et puis après, ils avaient fait ce qu'on appelle des publicités targetées dans Facebook pour envoyer des mauvaises versions de VLC à des gens qui pouvaient... Des cadenas de travail, quoi. Exactement. Mais la CIA, c'est-à-dire, ils faisaient quoi ? Alors, la CIA, il y avait une version, c'est il y a longtemps. Ils rajoutaient... C'est la même version de VLC, mais ils rajoutaient une DLL supplémentaire dans l'installation de VLC. Et avec cette...
[00:20:43] Donc ils avaient un vecteur en général, une publicité ou une autre façon. Et donc ils mettaient une DLL de plus. Et cette DLL, elle se le chargeait en même temps que VLC. Et elle allait lire tous tes documents, les chiffrer et les envoyer sur les serveurs de la CIA. C'est pas cool. Mais c'est pas quelque chose en masse. C'est des choses que tu targetes... C'était ciblé. Bien sûr, c'est ciblé, quoi. Sur certains utilisateurs ? Exactement. Mais donc il fallait que ça se passe au niveau de votre serveur ? Non. Non ? Parce qu'en fait, ce qu'ils faisaient, c'est qu'ils faisaient une pub. Et les gens ne faisaient pas attention qu'ils allaient pas sur notre serveur. OK.
[00:21:13] Mais c'est pas juste une attaque que tu peux faire sur VLC. Comme un cœur de base, quoi. Oui, mais tu pourrais le faire avec Evernote, tu pourrais le faire avec Spotify. Oui, bien sûr. Ça n'est pas spécifique à VLC. C'était la notoriété de VLC qui était le vecteur. Voilà. Et en fait, surtout quand tu lis de la vidéo, tu t'attends... D'abord, ça fait du bruit. Donc en fait, parce que tu as du son en général, tu regardes un film. Donc en fait, tu t'étonnes pas que ton ordinateur ait un ventilateur qui tourne plus vite et des choses comme ça. Donc c'est plutôt assez malin. Je pense que les gens de Spotify ont eu le même problème pour la même raison.
[00:21:41] Ah oui, avec des fausses versions de Spotify. Évidemment. Qui pourtant n'étaient pas en open source, lui. Oui, oui, c'est pas une question d'open source. Là, c'est pas du tout une question. C'est ce que je dis souvent, les gens. L'open source, c'est une façon de changer la méthode de développement. Mais ça ne change rien. C'est pas plus sécure, c'est pas moins sécure. C'est pas... Il n'y a pas de business model. On peut faire de l'argent, on peut vendre de l'open source. On peut ne pas vendre de l'open source. Enfin, ça ne change rien. Ce que ça change, c'est la façon de développer.
[00:22:09] Et par exemple, dans le cas de VLC, c'est parce que c'est open source que c'est devenu populaire. Parce qu'à ce moment-là, chacun a pu arriver, rajouter un module, rajouter un autre module, rajouter un nouveau format. Et c'est la puissance de tout le monde qui a rajouté plein de formats. Alors, il n'y a pas que VLC dans ta vie ? Non, effectivement. Mais ça m'a pas mal aidé parce qu'en fait, grâce à VLC, je me suis retrouvé en fait à un moment à Station F. J'ai fait trois ans à Station F dans un espace qui s'appelait Space Green, qui était géré par Naver.
[00:22:38] Et là, j'ai commencé à être plus dans le côté un peu startup. Et j'ai fait beaucoup d'advisories pour des startups. Et puis, pour des fonds de VC, donc des investisseurs qui avaient besoin de due diligence. Donc, tu vois, pour vérifier techniquement, ils vont dans une boîte. Qu'est-ce que j'en pense ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Et j'ai une tendance à être assez franc et assez efficace. Donc, en une, deux ou trois journées, en fait, moi, j'ai dit ça, ça va, ça, ça va pas, etc.
[00:23:08] Après, ils en font ce qu'ils veulent, mais ils ont un rapport original. D'accord. Et grâce à ça, en fait, je me suis retrouvé rapidement, en fait, ce qu'on appelle CTO de transition. Tu vois, parce que souvent, tu es un nouvel investisseur, tu es un changement d'équipe. Et donc, j'ai fait plusieurs missions où tu es un mois, deux mois, trois mois. D'accord. Le mercenaire du CTO mercenaire. Oui, parce qu'en fait, dès que tu arrives à une certaine taille de société, de start-up, en fait, soit tu démarres très, très vite.
[00:23:34] Mais souvent, le cas classique, c'est les gens, ils sont 5, 10, 15, 20 pendant un ou deux ans. Puis après, il y a une augmentation vers 50. Et puis après, il y a une autre augmentation vers 100, 200. Et c'est d'ailleurs souvent corrélé avec les levées de fonds. Mais l'organisation, en fait, tu arrives vite à un problème d'organisation du code. C'est-à-dire que sur VLC, la façon dont c'est structuré permet à avoir beaucoup de gens qui comptent, qui collaborent ensemble. Et je me suis donc retrouvé avec une mission chez Shadow,
[00:24:02] qui était donc cette société de cloud gaming. Start-up française. Start-up française qui avait levé quasiment 120 millions à l'époque. Et donc là, j'ai fait une mission pendant neuf mois. J'étais CTO part-time, CTO. La société a raté une levée de fonds. Et donc, elle est partie en redressement judiciaire. Donc là, je me suis allié avec Xavier Niel pour essayer de racheter la société. On n'a pas réussi parce que le système du tribunal de commerce, c'est un peu compliqué, mais c'est une sorte de double blind, un peu comme au poker.
[00:24:32] Si tu ne mets pas assez... C'est mort. C'est mort. Mais tu ne sais pas forcément combien il faut mettre. Et tu ne sais pas combien il faut mettre. Donc, bah... Et en fait, le prix d'achat sert à éponger les dettes. Donc évidemment, c'est l'offre la plus... En général, dans la plupart du temps, c'est l'offre la plus élevée qui permet de payer les créanciers. Ce qui est normal. Donc Shadow, c'était Blade, c'est ça ? C'était Blade Shadow, effectivement. Voilà, cette solution. C'était révolutionnaire. Enfin moi, j'étais à France Info à l'époque et j'en avais beaucoup parlé.
[00:25:02] Je crois que tu étais venu d'ailleurs en parler. C'était un truc qui permettait d'avoir chez soi, sur un PC basique, on va dire, la puissance d'un PC de gaming. Exactement. D'utiliser toute la puissance graphique des GPU dans le cloud. Exactement. Et de faire du jeu vidéo. Et par cette histoire-là, qu'on a essayé de lever de l'argent, on a essayé de lever de l'argent avec un système où on avait vu plein de business angels, notamment Jacques-Antoine de Granjon.
[00:25:30] Donc ensuite, j'ai fait deux ans en tant que VP of Engineering chez Vente Privée pour encore parler énormément de tech et définir comment on avançait sur la tech. Et ensuite, j'ai fait une autre mission il y a plus de deux ans et demi chez Scalway où j'ai fait un audit tech de Scalway. Et puis ensuite, j'ai pris la direction technique de Scalway pendant deux ans et demi. D'accord. Et aujourd'hui, c'est Kyber. Exactement. Alors Kyber… C'est quoi Kyber ? Kyber, c'est hérité justement de Shadow.
[00:25:58] C'est l'idée qu'on fait beaucoup de choses en mobilité et il faut contrôler des machines à distance. Que ce soit des ordinateurs plus puissants avec des GPU pour faire de l'IA, pour faire du rendu 3D, du gaming ou autre. Ou contrôler des machines qui sont autonomes mais qui ont besoin de temps en temps être contrôlées, que ce soit des drones volants, roulants, sous-marins, des gens qui sont des voitures autonomes, des robots. Et donc, il y a énormément de robots.
[00:26:25] Aujourd'hui, les robots, même ceux qu'on aimerait bien, ils ne sont pas complètement autonomes. Donc, quand tu as besoin d'autonomie, il faut qu'à un moment, quand ça ne va pas, il faut que quelqu'un puisse prendre le contrôle. Tu le vois sur les Waymo aujourd'hui, il y a énormément de... quand la voiture, elle ne marche pas, même si c'est 0,1% des cas. C'est tellement important. Et donc, nous, on fait vraiment une solution open source qui permet justement de contrôler n'importe quel type d'ordi, de drones, de robots à distance.
[00:26:52] C'est-à-dire, qu'est-ce que vous apportez comme briques technologiques à ce niveau-là ? On va rentrer dans du lourd. C'est toute la partie réseau, donc toute la partie réseau à très très faible latence. C'est toute la partie encodage vidéo à très très faible latence et le décodage à faible latence.
[00:27:09] Et tout ça est fait pour que tout reste synchronisé audio, vidéo, mais aussi les capteurs de température, de pression, de position, le clavier, le gamepad, la souris, qui tout passe sur le même réseau. Et puis, en même temps, il faut s'adapter aux conditions de réseau. Donc, quand le réseau va moins bien, il faut réduire la qualité, compresser un peu plus, tout en étant dans le cas où tu as besoin d'avoir la latence la plus faible.
[00:27:37] Parce que ce que tu contrôles, c'est un vrai truc qui est dans la vraie vie. Tu peux pas dire... Si c'est une voiture ou un robot... Ouais, t'es Netflix, combien de fois t'es Netflix, c'est pas très beau, tu poses, ça rebufferise sur YouTube. Ah, Netflix, ça ne bufferise pas trop quand même, justement. Ça descend énormément en qualité et puis le démarrage, ça peut prendre quelques... Alors, c'est que tu as une bonne connaissance, mais ça peut prendre quelques secondes à démarrer. Quand t'as un robot, tu peux pas attendre. Non, non, non. Il est dans la vraie vie. Et donc...
[00:28:05] Et donc là, c'est vraiment cette solution technologique qui permet de faire tout ce genre de contrôle de machine. D'accord. Et pareil en open source ? Alors, c'est en open source avec une licence commerciale. Donc, t'as deux licences. C'est une licence un peu différente de VLC, mais c'est la même idée. Si tu veux l'utiliser et faire une application open source, tu peux l'utiliser. Si tu veux l'utiliser commercialement, t'achètes la licence commerciale. Donc, tes clients, c'est qui ? Enfin, les potentiels ou...
[00:28:28] Des gros industriels, des banques, des assureurs, des gens qui font du bureau à distance et notamment un truc que beaucoup de gens connaissent qui s'appelle Citrix. Ouais. Et en fait, Kyber, ça... Ouais, qui est de la prise de contrôle d'ordis à distance. Et surtout des ordis virtualisés à distance. Ouais. Et en fait, c'est un vrai sujet de souveraineté. Donc, ça recoupe un peu ce que j'ai fait chez Scalway et d'autres pour justement... On a beaucoup de briques technologiques dont on n'a pas vraiment l'équivalent. Et il faut les avoir.
[00:28:57] Donc, notamment, ça peut faire du Citrix. Ça peut faire du cloud gaming. Ça peut faire du robot et du drone à distance. Ouais. Donc, en fait, tu t'es élargi par... Avant de passer à la suite de votre épisode, juste un mot de notre partenaire, Deal. Vous le savez, si vous êtes dirigeant d'entreprise ou responsable RH, recruter et payer des équipes à l'international, ça peut vite tourner au casse-tête. Il faut jongler avec 5, 6, parfois 10 outils différents. Deal est une plateforme propulsée par intelligence artificielle qui remplace toutes les autres
[00:29:26] pour les RH, l'IT et la paix. Des entreprises comme Shopify, Revolut, Eleven Labs font déjà confiance à Deal. C'est aussi le cas de Airwalex, la plateforme de référence en financière qui gère et paie plus de 1 000 employés dans une quinzaine de pays. Alors, pourquoi pas vous ? Pour construire votre équipe internationale avec Deal, rendez-vous sur deal.com.com Deal, D2E-L.com.com Et commencez à développer votre entreprise dès aujourd'hui.
[00:29:55] En fait, c'est le même pro. En fait, c'est juste que comme c'est une solution technologique, elle peut servir à plein de choses, mais c'est toujours la même idée. C'est qu'il y a un flux vidéo à très, très faible latence, à très, très haut débit et haute qualité, et plein d'autres flux audio, gamepad, clavier, souris, etc. D'accord. Il y a des concurrents sur ce type de techno dans le monde ? Alors, il y a quelques concurrents, mais sur certaines verticales. Il y a des gens qui vont faire ça juste sur les robots ou juste sur les drones,
[00:30:22] ou des gens qui vont faire ça vraiment plus bas niveau, vraiment sur les couches basses du matériel, pour les drones et les ondes radio. Et donc là, on essaye d'être vraiment... d'avoir un SDK qui fonctionne dans tous ces cas-là. On peut dire qu'il y a un vrai savoir-faire français par rapport à ça aujourd'hui ? Alors oui, c'est clair. La question souvent qu'on me pose, c'est est-ce que c'est une deep tech ? Bah, t'es à la limite quoi. C'est-à-dire que ça reste du logiciel, ça reste utilisable aujourd'hui,
[00:30:51] mais ça demande des compétences en maths et assez poussées. Et c'est vrai que le background français autour de tout ce qui avait été telco à l'époque, Orange, Alcatel, qui fait qu'il y a énormément de gens qui font de la vidéo du côté de Rennes, du côté de Grenoble, fait qu'en fait effectivement il y a un savoir-faire français. On va passer un peu à une autre partie de cette émission, Jean-Baptiste. On va prendre un peu plus de hauteur.
[00:31:20] Enfin, c'est passionnant de t'entendre raconter ton parcours. Maintenant, j'aimerais avoir un peu ton regard sur tout ça et si on dézoome un peu sur l'innovation en général. J'ai préparé une série de petites questions. Et d'abord, pour commencer, tout simplement, quand on parle d'innovation, c'est quoi pour toi ? Qu'est-ce que c'est que l'innovation ? Alors, je ne sais pas. En fait, je sais, mais je n'aime pas quelque chose qui se passe sur l'innovation.
[00:31:46] C'est que tout le monde fait de l'innovation et c'est un glissement sémantique. Alors, ça commence à revenir un peu en arrière, mais grosso modo, avant, tu avais des boîtes de conseils. Et notamment pour avoir des crédits d'impôt recherche, tu disais que tout le monde faisait de l'innovation. Alors qu'en fait, vraiment l'innovation, il faut que ça déplace l'état de l'art. Soit que ce soit vraiment de la recherche, c'est-à-dire donc que ça te déplace l'état de l'art théorique, soit des nouveaux produits qui n'ont jamais été vus.
[00:32:15] Et on a fait un peu n'importe quoi dernièrement où tout le monde était innovant. Mais à un moment, et c'est le problème, quand tout le monde est innovant, personne ne l'est, parce qu'en fait, tu perds la sémantique. C'est comme aujourd'hui avec la souveraineté. C'est un mot qui n'est pas très bien parce qu'en fait, ça ne veut tout et rien dire. Donc pour moi, vraiment, la définition d'innovant, c'est qu'il faut que ça déplace l'état de l'art. Donc pour toi, l'innovation, elle est forcément disruptive, elle ne peut pas être incrémentale comme on dit. Des petites choses… Non.
[00:32:44] Les nouveaux smartphones qui sortent année après année, ce n'est plus de l'innovation. Il faut que ça te rapporte quelque chose de vraiment nouveau. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas forcément disruptif, ça peut être incrémentale. En fait, je pense que ça vient de la NASA à l'origine, c'est ce qu'on appelle le TRL, c'est-à-dire le niveau de readiness. Et donc le TRL 1… Comment on peut traduire ça ? C'est compliqué.
[00:33:11] En fait, c'est vraiment le niveau d'une technologie, le niveau de préparation pour qu'on met dans la main des humains normaux. Qu'elle soit utilisable. Que soit utilisable. Et donc le niveau 1, c'est des maths fondamentales. Et puis tu montes avec de la recherche, 2, 3, 4. Et après, tu montes vraiment dans l'innovation.
[00:33:32] Et normalement, tu passes de R&D, d'abord de théorie, puis de R&D, puis de R&D expérimental, puis de développement expérimental et développement. Mais donc, ça veut dire quand même que à tous les niveaux, tu peux être nouvant. Mais l'innovation, elle doit être quelque chose de véritablement nouveau. Et c'est pas… C'est pas quelque chose que tu dois… que n'importe qui peut atteindre. J'ai répliqué quelque chose qui existe déjà aux États-Unis, c'est pas innovant. C'est pas une innovation.
[00:34:02] Oui, mais sauf que… En fait, t'as quand même beaucoup de gens qui l'ont fait. Ou alors, je prends l'exemple de Uber et je le fais pour les scooters. Bon, super, c'est pas de l'innovation. T'as juste pris deux choses qui sont existants et tu les combines. Donc, il faut vraiment qu'il y ait un truc qui soit pas évident.
[00:34:23] Oui, mais je crois que c'est malgré tout la définition de l'innovation par Schumpeter, c'est que ça peut être aussi une combinaison de choses. Oui, mais sauf que ta combinaison, elle doit être non triviale, en fait. Si… Ça veut pas dire que… Et c'est ça qui est important, c'est qu'il y a des choses, elles sont difficiles à exécuter. Et là, beaucoup de gens oublient que l'exécution, c'est difficile. Ouais. Donc, c'est pas forcément très grave. Mais tu peux pas dire que tout est innovant. Sinon, en fait…
[00:34:52] Bah, effectivement, j'ai vu des boîtes de conseils en organisation qui disaient « Ouais, j'ai fait un nouveau process pour une grosse société, c'est de l'innovation ». Non. Quelle qualité est-ce qu'il faut pour innover ? Ne pas avoir peur. Alors ça, c'est un… Pour moi, c'est ce que je trouve de mieux qui a été fait par tout ce qu'on appelle la French Tech.
[00:35:16] Pour moi, la French Tech, c'est Fleur Pellerin, Xavier Niel, Station F, qui était un peu la suite de choses qui étaient un peu plus confidentielles autour du sentier Silicon Caron. Ouais, ça avait démarré là-bas, oui. Silicon Sentier, le camping, etc., où il y avait Sentier Numérique, où il y avait quand même beaucoup de choses. C'est… On est passé du moment où l'échec ne faisait plus peur en France. Et ça, c'est hyper important. Ça a été un changement culturel très, très fort. Tu penses qu'on a vraiment passé ce cap aujourd'hui ? Ah oui.
[00:35:46] Ouais ? C'est simple, moi je suis sorti de Central en 2006. Sorti de 2006, tu prenais 40 à 50% de la promo qui allait faire soit du conseil en stratégie, soit du conseil en organisation, soit des mathématiques appliquées pour faire des priceurs de subprime. Ouais. Aujourd'hui, tu vas dans toutes les écoles d'ingé, la plupart des écoles de commerce, 40% de la promotion, elles veulent aller en startup. En startup. Et donc ça, c'est un vrai changement. Et puis surtout, je rappelle qu'avant… Quitte à prendre des risques, en connaissant les risques qu'il peut y avoir. Bien sûr.
[00:36:13] Mais surtout, je rappelle qu'avant, quand tu plantais ta boîte en France, tu étais fiché à la Banque de France. Non mais… Ouais, c'est fou. C'est fou. C'est-à-dire que… Alors que quand tu allais voir… Et moi j'ai… Alors que les États-Unis se vantent d'avoir fait des échecs parce que… Un échec est une ligne sur le CV… Un VC. Un VC, il adore ça aux États-Unis. Je me suis planté, ok, la première question c'est pourquoi ? Donc par exemple, moi je peux te dire ce qu'on a mal fait chez Shadow, pourquoi… Et en fait, tu apprends. Moi je suis capable de faire des choses que je ne pouvais pas faire parce que je me suis planté plein de fois.
[00:36:43] Et ça, c'est un changement culturel qui est pour moi l'héritage de ce qu'on appelait la French Tech originelle. Et c'est un changement qui est génial et qui va faire… Et qui déjà fait que le changement du centre de gravité des startups en Europe est passé de Berlin à Paris. Je mets Londres à côté parce que Londres c'est un peu différent. Et ça, c'est très important. Et d'ailleurs, aujourd'hui, il y a peut-être plus en plus de startups qui sont en France.
[00:37:09] Et ça, lié à une excellence en maths et en ingénierie fait qu'effectivement, on a un vrai truc à jouer et qui est très, très bien. C'est bien, tu as un discours plutôt super positif qui n'est pas forcément le discours qu'on entend le plus. Si, sur la qualité des cerveaux français, oui, mais sur le résultat, l'exécution… Alors, l'exécution, elle est compliquée. C'est très difficile. Mais je rappelle, le monde des startups, l'origine, c'est quand même sur 100 startups.
[00:37:35] Non. Tu en as 90 qui vont mourir au tout premier stade, vraiment. Oui, c'est la Starac. Alors, je ne connais pas la Starac, donc je ne peux pas t'aider là-dessus. Et ensuite, on a une dizaine qui vont être véritablement investies, qui vont faire des séries qu'on appelle des séries A. Et pour un fonds d'investissement, sur ces 10, il y en a une qui doit faire un multiple de fois 25, fois 40, fois 100.
[00:38:00] Deux qui doivent être à l'équilibre et sept qui vont mourir. Donc, c'est normal qu'il y ait beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas. Oui. Mais la difficulté, c'est qu'il faut bien avoir sept startups, là, les grosses, les licornes, les décacornes, qui va en fait ramener tellement d'argent qu'elle va couvrir les échecs de tout le monde.
[00:38:17] Donc, ça n'est pas grave d'avoir plein de petites startups qui ne vont pas. Moi, ce qui me pose plus problème et qui m'a posé plus de problème, c'est une forme de monoculture que tu peux avoir et que tu as eu un moment dans les startups. C'est-à-dire ? Un moment, c'est en train de changer énormément, mais il y a quelques années, c'était que des gens qui sortaient d'écoles de commerce, qui étaient le fondateur et les premiers un CTO qui était quelqu'un d'Inger ou qui sortait d'Epitec ou d'Epita.
[00:38:45] Non, c'est très bien, mais ça ne peut pas être l'unique schéma. Et ça, c'est important, c'est qu'il faut de la diversité dans les startups parce que c'est de la diversité qu'on apprend. Mais c'est vrai qu'il n'y a pas forcément, et même aux États-Unis, les ingénieurs sont plutôt CTO. Et ça change, et notamment autour de l'IA, en fait. Tu le vois bien, que ce soit Mistral ou plein d'autres.
[00:39:07] C'est qu'aujourd'hui, et aux États-Unis, c'est l'inverse. Tous les dirigeants des grosses boîtes de la tech ont un background d'ingénierie. Tous, tous, tous. Bon, sauf un chez Oracle, mais grosso modo, c'est toujours le cas. Parce que, justement, il ne faut pas que c'est juste de l'innovation. Il faut que tu aies une vraie disruption.
[00:39:29] Et pour ça, il faut avoir une vraie compréhension. Il faut que la compréhension technique, ou en tout cas la compréhension du changement, soit incarnée dans l'ensemble de la société. Or, la culture, ça arrive du haut. Mais je pense que... Mais les ingénieurs ne savent pas toujours bien... Mais très tout à fait. C'est un peu le contre-exemple, mais ils ne savent pas toujours bien se vendre. Mais pas du tout. Je ne suis pas du tout un contre-exemple. Je suis le pire. J'ai été le pire. Mais ça s'apprend sur le tas. Tandis que l'inverse, ça ne s'apprend pas. Mais si aussi, ça s'apprend.
[00:39:58] Tu ne peux pas apprendre le boulot d'ingénieur sur le tas. Mais bien sûr que si. Ah oui ? Mais bien sûr que si. Je veux dire, c'est... Ouais, c'est sûr. Ça veut dire que tu as un an ou deux ans de conversion. Et surtout dans l'informatique, tu peux vraiment te reconvertir. Moi, j'ai des exemples de start-up où justement, c'est quelqu'un qui est sorti d'une école de commerce. Ou une école de com, d'ailleurs. C'était une école de com. Et qu'ensuite, elle est passée deux ans chez 42. Et ensuite, elle est montée une boîte qui est très successful. Il n'y a pas de raison.
[00:40:26] Ce qu'il ne faut pas, c'est la monoculture et avoir peur. Tu parlais d'erreur. Ta pire erreur, c'est quoi ? Ma pire erreur... On peut en faire des catalogues. Mais peut-être, ce que j'ai fait le moins bien, ça a été justement de vendre. Tu vois, c'est pour ça que je te dis que je suis un ingénieur. Aujourd'hui, j'ai appris à vendre. Et d'ailleurs, je vends principalement des projets qui sont techniques. Je ne vends pas des choses non techniques.
[00:40:56] Parce que justement, c'est un truc qui me passionne et je suis un bon vendeur. Au début, j'avais beaucoup de mal à gérer des équipes. Aujourd'hui, finalement, par exemple, quand je suis passé chez Scaleway, je pense que ce que j'ai fait le mieux, ce n'est pas du tout de la technique, c'est l'organisation des équipes. Pour que tout le monde aille dans une même vision. J'ai appris beaucoup de choses aux Etats-Unis sur ce qu'on appelle du storytelling, mais qui en fait est assez important. C'est quasiment une vision. Les gens, ils veulent travailler pour un projet. Explique ton projet.
[00:41:25] Il y a plein de choses. Des erreurs. Les erreurs les plus compliquées, c'est les erreurs humaines. Tu ne t'expliques pas bien avec quelqu'un et ça part au clash. Tu dis que tu es passé du statut d'innovateur solo, en quelque sorte, à celui un peu plus de chef d'équipe, de meneur. Pour moi, c'est ça. C'était très intéressant ce que j'ai fait chez Shadow, puis chez Vente Privée, puis chez Scaleway. Je me suis retrouvé de passer des équipes autour de VLC, une dizaine de personnes,
[00:41:54] et puis mes petites boîtes entre 3 et 20 personnes, à 300 personnes, 400 personnes. Surtout, quand tu fais une anerie, tu impactes la vie de 400 personnes. Non, mais c'est ça qui est important. Et donc là, qu'est-ce qu'il faut comme qualité, justement ? En fait, finalement, c'est des qualités un peu de communication. Il faut réfléchir plus. Il faut simplifier. C'est très difficile de simplifier. C'est rentrer dans la technique,
[00:42:21] mais expliquer des technologies compliquées à plein de gens, c'est très difficile. Et expliquer pourquoi tu fais les choses, c'est pour entraîner beaucoup de gens. Donc là, moi, je me retrouve dans Kyber avec à nouveau une petite équipe. Mais j'ai appris beaucoup, justement. On parle des erreurs, mais quelle est la décision que tu as pu prendre et dont tu es le plus fier ? Refuser l'argent sur VLC. Je pense que c'était la bonne chose à faire. Créer des sociétés.
[00:42:48] Finalement, tu vois, je suis sorti de Central en 2007. En 2012, j'ai créé ma première société. J'en ai créé maintenant 12. Et donc, y aller, quoi. Et de ne pas avoir peur. Et puis surtout, en fait, j'ai appris beaucoup par des rencontres et des mecs qui m'ont mis des claques. Oui, clairement, en me disant, là, JB, tu déconnes total. Ah oui ? On ne dira pas les noms ? Oui, on peut dire des gens. Mais surtout, c'est plus rigolo,
[00:43:18] c'est qu'il y a des gens qui ont eu un impact sur moi. Ils ne le savent même pas. Un mec à Central qui s'appelait Julien Rouillard, il m'a changé ma vie, quoi. Mon premier chef, qui s'appelle Louis Van Prosdy, qui était un mec absolument génial, qui était en fauteuil roulant. C'est lui qui m'a donné envie de monter des boîtes et surtout de le faire de façon éthique. Un de mes chefs, pas mon chef direct, mais un de mes chefs, quand j'étais au ministère des Affaires étrangères en VIA à San Francisco, m'a montré ce que je ne voulais pas faire. Et j'ai eu des contre-exemples.
[00:43:48] Je ne vais pas les citer, par contre. Des contre-exemples avec des gens... Des modèles que tu ne voulais pas suivre. En fait, qui ont pété les plombs. Parce qu'en fait, le risque principal, quand tu es dans cette situation-là, c'est d'avoir un égo démesuré et de péter les plombs et d'oublier à côté. Mais est-ce que ce n'est pas un peu nécessaire d'avoir un égo surdimensionné ? C'est une bonne question. Regarde, il y a des bouquins là. J'avais envie de te demander, est-ce que tu te sens plutôt... Tu es quel genre d'innovateur ? On va prendre deux modèles. Tu es plutôt Steve Jobs
[00:44:18] ou plutôt Elon Musk ? Ça, c'est deux égos surdimensionnés, de toute façon, les deux. C'est deux égos surdimensionnés et deux personnes qui ne sont pas forcément recommandables. C'est un peu difficile. Je dois avouer que j'aime... Ni l'une ni l'autre. Il y a trois ans, c'était évident, je t'aurais répondu, peut-être quatre ans, je t'aurais répondu Elon Musk. Parce qu'Elon Musk, il a une vraie vision. Il a sa vision de on va coloniser l'espace, il fait des voitures pour ça. Mais là, avec toute sa partie politique, c'est catastrophique.
[00:44:47] Mais surtout, il a réussi. Il réussit. Il a vraiment l'orientation technique et il va dans quelque chose de complètement nouveau. Il arrive et il y va. SpaceX, c'est complètement nouveau. Il y va, les robots, il y va. Steve Jobs, le problème, c'est que... Alors pour moi, c'est un génie. Il n'y a pas de débat. Les deux sont géniaux. Mais c'est un génie du produit. Ce n'est pas un génie de la tech. Et après, le problème, c'est qu'en fait, il n'était vraiment pas sympa avec les gens autour de lui. Et ça, ça me gêne plus. Mais tu me diras...
[00:45:17] Les deux, humainement, il faut se les faire. Les deux, il faut se les faire. Ouais, je ne suis pas... Mais tu vois, par exemple, j'ai trouvé que dernièrement, ce qu'a fait Satya Nadella, alors que vraiment, Microsoft, c'est vraiment pas... Avec l'open source, ça a vraiment été l'inverse de ce qu'on aime bien. C'est une sacrée histoire, ouais. Satya Nadella, il est impressionnant. Je pense que c'est celui qui m'a le plus impressionné, même si dernièrement, je suis un peu déçu, mais il a transformé Microsoft en cinq ans, qui était autour de Windows et d'Office, en une machine autour d'Azure qui marche,
[00:45:47] qui fonctionne avec un virage incroyable. Mais tu vois, je préfère Jensen Wang. Il n'y a pas de débat, tu vois, si tu choisis... C'est marrant, oui, c'est le chouchou du moment, en tout cas, Jensen Wang. En fait, c'est pas ça, c'est grand. En fait, il est... Il est visionnaire, il est sympa. Il n'est pas sympa avec ses équipes, mais il est assez ferme, mais il sait ce qu'il veut. Il a une vision, il emmène sa vision, il l'emmène jusqu'au bout. Il comprend le logiciel, il comprend le hardware, il est bon communicant. Donc ouais, ça, c'est des gens
[00:46:16] très impressionnants. Mais en France, tu vois, par exemple, ce qu'a fait Xavier Niel, moi, je suis toujours hyper impressionné par ce qu'a fait Xavier Niel. Donc ouais, tu vois, c'est pas... Ce que j'aime bien un peu, c'est le démarrage à partir de rien, ou quasiment rien. C'est ça qui fait arriver. Et si on reparle d'Apple, une seconde, entre Steve Jobs et Steve Wozniak, toi, tu serais plutôt... Ouais, c'est trop facile, tu vois, comme tout un G, t'es plutôt du côté Wozniak. Et bon, Wozniak, enfin, tu vois, à un moment, c'est pas lui qui a créé Apple. Enfin, tu vois, il a fait le début d'Apple.
[00:46:44] Mais le coup génial de Steve, c'est quand même de revenir... De quel ? De Jobs ? De Jobs, évidemment. Il revient au moment où, toi, c'était 95, 97, t'avais les PowerPC qui étaient vraiment des 68 000, le Motorola, puis des PowerPC qui marchaient pas. Il arrive, il refabrique, tu sais, ces iPads avec un design incroyable avec les translucides, le bleu... Les iMac, les gros iMac. Oui, c'est ça, les iMac orange et bleu, puis l'iPod, etc. Et là, t'as un retour
[00:47:13] qui est juste incroyable d'exécution où quand même, Apple, c'était une boîte qui a failli mourir. C'est Microsoft qui a dû réajacter de l'argent pour sauver Apple. Et il est arrivé un peu en tant que sauveur. Mais il a transformé ça en une des meilleures boîtes au monde. Pour moi, ce qui est vraiment intéressant dans Apple et comme dans NVIDIA, ce sont les seules sociétés que je connaisse qui soient fortes à la fois en logiciel et en hardware. C'est tout. Les résultats, c'est les deux plus grosses capitalisations au monde. Et qui était vraiment
[00:47:43] le mantra de Steve Jobs. et ce qui n'était pas celui de Bill Gates au début. Tout à fait. Et surtout, Apple aujourd'hui, ça continue et ça marche hyper bien. Ça ronronne un peu, non ? Ça ronronne un peu. question innovation, bon, ils ont un peu raté le train de l'IA. Ils essaient de s'y raccrocher d'une manière ou d'une autre. Est-ce que c'est une fatalité finalement au bout d'un moment ? Oui, je pense. Bien sûr, tu as des cycles. Microsoft,
[00:48:12] ça a été absolument génial. Puis, c'est passé au moment Balmer. Il y a eu Vista, c'était complètement Hasbin. On est reparti. Il y a Satya qui a retransformé. Microsoft, c'était le maximum avec Azure. Et puis, le début d'Open AI. Là, on se demande ce qu'ils sont en train de faire. On ne comprend rien à leur stratégie copilote où tout s'appelle copilote. Bon, ce n'est pas grave. C'est des cycles. En fait, tu ne peux pas être bon partout. Même Google, excuse-moi, il s'est passé quoi entre Gmail et Gemini chez Google. 12 ans. Qu'une idée. Ici,
[00:48:41] ils ont fait 4 applications de chat, 8 applications de paiement, etc. Android, entre la version 8 et la 16, tu ne vois pas la différence. D'ailleurs, c'est encore pire que ça. Google, c'est eux qui ont inventé les Transformers. C'est eux qui ont inventé les LLM. Et ils n'en ont rien fait. Sauf que là, ils ont même failli vraiment perdre la partie. Totalement. Et là, en un an et demi, ils ont mis du Gemini partout. Ils ont leurs propres puces. Ils ont leurs propres modèles. Ils ont tout ça intégré dans le cloud.
[00:49:11] Ils l'ont intégré à la fois dans Google Search, dans Android, dans des IDEAE, dans Google Office, donc Google Docs, etc. Dans Gmail. Incroyable. Donc, tu vois, ce n'est pas... C'est la force de ces boîtes aussi. C'est que parfois, elles s'encroutent. Ça devient des paquebots. On a l'impression ingouvernable, mais finalement, quand ils reprennent le cap, c'est impressionnant. En fait, ça, c'est très intéressant quand tu connais pas mal ces sociétés, c'est qu'ils ont une capacité en interne à faire des grands changements.
[00:49:41] Et tu vois, ils n'ont pas peur. Pour les gens, c'est un peu la blague chez Microsoft. Tu as une réorganisation tous les trois ans et quand tu finis la réorganisation, tu commences la suivante. Mais c'est vrai que ça permet un peu de changer. Ils n'ont pas peur de tuer des produits, même si dans le cas de Google, ils ont parfois un peu trop tué. Mais en tout cas, voilà. Y compris les produits des autres, d'ailleurs. Oui, d'ailleurs, c'est un peu... Donc après, c'est un des problèmes de ces sociétés, c'est qu'elles ont peut-être trop de pouvoirs, mais c'est intéressant d'être capables
[00:50:11] de faire ça. Et aujourd'hui, elles ont un avantage fort, c'est que l'IA demande des investissements qui sont colossaux, puisqu'on parle de... Par exemple, l'investissement de Google dans Gemini, ça doit être 100 milliards en tout. Mais en fait, c'est des sociétés qui font tellement de chiffres... OpenAI, ils cherchent aussi des centaines de milliards. Oui, mais tu vois, moi, je suis beaucoup plus confiant dans Google que dans OpenAI. Que dans OpenAI. En fait, Google, ils font déjà énormément de cash. Tu vois, au lieu de distribuer
[00:50:40] 30 milliards par an, ils vont peut-être en distribuer 20, ils vont réinjecter 10 milliards dans l'IA. Mais donc, ça veut dire qu'ils peuvent se permettre de perdre 10 milliards par an. Parce qu'OpenAI, ils ne peuvent pas. Alors l'IA, justement, il faut qu'on en parle un petit peu quand même. Quel usage tu fais de l'IA, toi ? Je l'utilise principalement pour coder. Donc, c'est quoi ? On peut dire que tu fais du vibe coding ? Alors, j'ai fait... Non, non, je ne fais pas du vibe coding. En fait, je l'utilise pour m'aider. C'est-à-dire que je fais très, très peu de trucs en disant
[00:51:10] fais-moi une nouvelle application. Mais c'est... Je sais à peu près ce que je veux, mais je guide l'IA. Donc, c'est énormément guidé. C'est... Je veux une... Des bouts de code, en fait. Je veux un fichier comme ça. Voilà l'API que je veux. Voilà comment je veux le développer. C'est vraiment un super stagiaire. C'est-à-dire que tu lui dis quoi faire. Et surtout, ce que ça aide énormément, c'est que malgré tout, le métier développeur, c'est un métier créatif. Et les difficultés en création, c'est de démarrer. Et donc ça, moi, ça m'aide pour la page blanche.
[00:51:40] Tu arrives et tu dis je veux aller là-dedans, aide-moi. Et peut-être qu'à la fin, il ne restera rien. Mais tu as démarré. Et tu t'es dit OK, je peux y aller. Et l'autre remarque qui est très, très utile, c'est que ça te permet de démarrer très vite. Parce qu'avant, tu vois, il me faut 5 heures devant moi, du blanc, être capable de faire des choses, avoir personne, pas de notification. Là, il te reste une heure, tu peux démarrer. Et donc là, ça permet de démarrer et de briser. La partie intégralement IA,
[00:52:10] c'est... Mais pourquoi ? Parce que toi, tu n'es pas client, parce que tu es développeur, parce que... Parce qu'en fait, la difficulté, ce n'est pas d'écrire du code. La difficulté dans la vie, c'est de maintenir du code et de le faire évoluer. Donc oui, c'est une application qui dit un mois, va être code là. Mais dans la plupart du temps, ce n'est pas ça. Or, pour le maintenir, il faut le comprendre. Il faut avoir l'analyse. Et en fait, quand tu dis juste de tout faire, à la fin, ça fait un plat de spaghetti et tu ne comprends rien. Donc, les inquiétudes sur le métier de développeur,
[00:52:40] pour toi... C'est un vrai problème, si, un vrai problème, c'est que c'est génial pour des seniors, comme moi. C'est génial pour des architectes ou des product managers seniors. Oui, mais quand tu démarres, tu fais comment ? Comment tu apprends ? Parce que moi, je vois bien quand je lui demande un truc et je ne suis pas content, je dis non, ça ne me va pas parce qu'en fait, je sais que plus tard, ça va être utilisé dans un autre cas et que ça ne me va pas comme design. Ou je sais que là, il va y avoir un problème de sécurité quand tu fais ça. Quand tu es jeune, comment tu fais ? C'est un vrai problème, c'est que ça enlève énormément de travail pour des juniors et surtout, les juniors, les entreprises
[00:53:10] vont vite être en train de lui dire je veux plus de rentabilité et de rendement parce que l'IA te permet ça et donc, tu vas aller au plus vite sans comprendre et ça, c'est vraiment important. Et qu'est-ce qui va se passer alors après ? Je ne sais pas, je pense qu'on va avoir à un moment plus assez de juniors, on va avoir des catastrophes industrielles avec l'IA et puis on viendra dans un autre sens. Moi, je ne suis pas inquiet, je suis assez optimiste c'est que ça va se corriger, tu vois. On a fait trop de startups pas assez tech, on fait des startups plus tech, les grosses sociétés à un moment, elles ne vont pas bien, ensuite elles vont bien. Les choses sont faites
[00:53:39] pour fluctuer. Mais c'est vrai que par exemple, un jeune développeur qui postule dans une boîte, on va lui faire passer toute une batterie de tests, etc. On lui demande encore aujourd'hui de coder alors qu'une fois qu'il sera embauché, on ne lui demandera plus de coder. En fait, c'est mon point, c'est qu'en fait, c'est un accélérateur de performance pour les développeurs, ça ne remplace pas les développeurs. De la même façon qu'on a eu la mécanisation de l'agriculture ou l'électrification de l'industrie, en fait,
[00:54:08] tu as une accélération, des outils d'accélération pour les métiers intellectuels. Oui, mais ça transforme quand même. Ça transforme le métier, donc il va falloir retourner. On parle de développeurs, mais il n'y a pas que ça. En fait, ce schéma-là, il se reproduit à des tas de... Pour la médecine, ça peut être pareil. Tout à fait. Même les médias, même le journalisme, même... Et donc, il faut retourner aux fondamentaux. C'est ça qui est important. on ne peut pas lâcher l'affaire, en fait. On ne peut pas s'en remettre uniquement... Non, c'est fini.
[00:54:38] Les développeurs qui disaient j'étais spécialiste dans ce framework, non. Ou les gens qui sont historiens, qui sont spécialistes d'une période, ben non. La valeur, elle n'est plus là. La valeur, elle est sur... Finalement... Oui, mais c'est peut-être eux qui auront la profondeur de raisonnement, etc. Peut-être, mais ça veut dire que tu en as besoin beaucoup moins. Ça veut dire que ce qu'il faut faire, c'est retourner aux maths, retourner à la physique, retourner aux français, comprendre ce que tu fais. Vraiment comprendre, pas ingurgiter. Et surtout, apprendre à apprendre. Difficile.
[00:55:08] Et en plus, l'IA menacerait l'open source aujourd'hui. Est-ce que c'est un truc qui t'inquiète ? Non. Non ? Même chose, oui, c'est embêtant pour le moment. Ok. Bon, ça va s'adapter. Parce que l'idée, c'est que, comme on fait faire par l'intelligence artificielle, on s'adresse moins justement aux experts de tel ou tel logiciel. Oui, ben, c'est la vie. Ce qui va se passer, c'est que tu ne vas pas faire confiance aux experts en disant l'IA sait tout faire. Tu vas te rendre compte que finalement,
[00:55:37] elle ne sait pas tout faire bien parce qu'elle ne peut pas, elle ne comprend pas déjà. Parce que la difficulté numéro un quand tu es expert, c'est quand un non-expert vient de poser la question, c'est d'essayer de comprendre ce qu'il veut. Parce que la plupart du temps, les gens, ils te disent, je veux ça. Très souvent sur VLC, ils me disent, je veux une modification de VLC pour faire ça. Je fais, attends, arrête. Qu'est-ce que tu veux ? C'est quoi ton besoin ? Et en fait, quand tu regardes son besoin, tu te rends compte que finalement, il n'a pas besoin de VLC, et tu te conseilles et de t'aider
[00:56:07] dans ton besoin. Et donc, c'est pour ça, on va faire plus ce qu'on appelle du produit et on va plus réfléchir en amont. Mais l'IA, elle va faire ce que tu lui dis. Alors, le problème, c'est que souvent, tu ne sais pas quoi lui demander. Et en fait, toute la valeur ajoutée de l'humain, c'est de savoir formaliser cette demande. C'est savoir formaliser, regarder, hiérarchiser toutes tes compétences. Et puis, c'est du savoir-être, savoir travailler en groupe, etc. Oui, ça va changer beaucoup de choses sur les professions intellectuelles.
[00:56:37] Mais bon, à la fin, tout le monde sera un peu plus efficace. Et je pense que les gains d'efficacité, on parle de 20%, 30%, c'est tout. C'est-à-dire qu'au global, c'est-à-dire que tu regardes sur un développeur, quand tu oublies un junior, un développeur, combien de son temps il passe son temps à vraiment développer ? 40% de son temps ? Donc, imagine, même si sur son 40%, tu arrives à le diviser par 3 ou 4, c'est plus de 10% de son temps. quoi qu'il arrive, il va pouvoir développer
[00:57:07] 2 fois plus, 3 fois plus, mais la plupart de son temps, ce ne sera quand même pas. Ce sera de la conception, ce sera de la discussion, ce sera des réunions, etc. Donc, en fait, oui, ok, tu vas faire gagner 20% ou 30% de performance, mais pas beaucoup plus. Et ça, c'est très important à comprendre, c'est que dans tous les métiers, tu ne fais pas que ton métier. Bien sûr. Je me suis posé la question, je voulais faire d'autres choses, notamment,
[00:57:36] je voulais bosser sur tous les sujets un peu d'alternatives au GAFAM en Europe. J'ai bossé chez ScaleWeb sur la partie cloud. Je vais faire du Khyber. C'est vrai qu'on n'a pas beaucoup parlé de la souveraineté, de l'Europe, etc., alors que c'est un sujet qui tient bien à cœur. C'est un sujet très important parce qu'en fait, finalement, on s'est endormi, quoi. C'est-à-dire que... Alors, c'est trop tard, c'est foutu ? Ou on peut encore... Non, mais même chose. Oui, c'est foutu pour les cinq prochaines années. Puis il y a l'IA et puis il y a les évolutions.
[00:58:06] En fait, la tech avance tellement vite qu'il n'y a rien qui est trop grave. Tu vois, tu rates un train, tu prendras le suivant. Par exemple, on avait complètement raté tout ce qui était le début des startups, la vague entre 2001 et 2008 en Europe. Et puis finalement, aujourd'hui, il y a plein de startups et on a plein de licornes et on a plein de boîtes qui fonctionnent très bien. Tout ce qui était Web2. Tu vois, là, en IA, on n'est plutôt pas mauvais. D'ailleurs, tu vois, finalement, quand tu regardes dans le monde, dans l'IA,
[00:58:36] tu as les Chinois, les Américains et puis en Europe, c'est quand même les Français qui sont les mieux placés. Donc tu vois, les trains, ça se rattrape, ça se perd, ce n'est pas grave. Ce qui est embêtant, c'est de continuer à injecter tout l'argent aux États-Unis. Ça, c'est gênant. C'est qu'en fait, il faut, j'appelle ça du patriotisme numérique, mais il faut consommer européens parce qu'en fait, on se rend compte qu'on n'est pas 100% aligné avec nos alliés américains comme on pensait depuis la fin de la Seconde Guerre. Donc, il faut y penser
[00:59:05] et il faut régler ça. Merci Jean-Baptiste. De rien, merci. Super. C'était super de t'avoir. On peut te retrouver dans un podcast ? Ah oui, alors on a lancé un podcast à la French justement pour parler tech de la French tech puisque justement, je trouvais qu'on parlait un peu trop French tech. Donc, c'est un peu plus technique quand même, c'est un peu plus barbe. Mais c'est pour parler un petit peu comment ça marche sans être un podcast de spécialistes. Tout le monde
[00:59:36] peut comprendre. C'est vraiment pour l'ensemble des développeurs en ce que j'ai. Et ça reste assez technique. C'est ce qu'on attend de toi. Je ne pourrais pas me faire autre chose. Je suis sûr. Merci beaucoup. Voilà, donc pour jouer les prolongations à la French avec Jean-Baptiste Kempf. Merci beaucoup d'avoir été l'invité de ce... C'est quasiment premier numéro de cette série des innovateurs à retrouver sur le fil du podcast Monde Numérique et sur la chaîne YouTube. Salut ! !

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