Stopper l'IA ? En tout cas, on est à un tournant (🇫🇷🇨🇦 Debrief Transat 18/09/26)
Maison Connectée18 septembre 202630:06

Stopper l'IA ? En tout cas, on est à un tournant (🇫🇷🇨🇦 Debrief Transat 18/09/26)

Le débat sur les risques de l’IA oppose modèles fermés et IA ouvertes • Yoshua Bengio défend une IA "sans agenda" et reçoit le soutien du Canada et de l’Allemagne • A Shanghai, Huawei Connect dévoile l’ampleur de l’écosystème technologique chinois

Avec Bruno Guglielminetti (Mon Carnet moncarnet.com)

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IA : le grand moment de bascule

Nous revenons sur la multiplication des alertes entourant les intelligences artificielles les plus puissantes. Ils s’interrogent notamment sur les motivations économiques et stratégiques des dirigeants de Anthropic, OpenAI et xAI lorsqu’ils mettent publiquement en avant les risques des systèmes qu’ils développent, dans un contexte où financement, régulation et compétition internationale se mêlent étroitement.

IA propriétaire contre IA ouverte

Une autre fracture se dessine entre grands modèles propriétaires et écosystèmes plus ouverts. Mistral AI, Hugging Face et les modèles chinois incarnent cette seconde voie, tandis que Jensen Huang et NVIDIA apparaissent comme des acteurs majeurs de cet écosystème ouvert. Pour Jérôme Colombain et Bruno Guglielminetti, cette opposition pourrait devenir l’un des principaux terrains de compétition de l’IA mondiale.

Yoshua Bengio veut une IA sans « agenda »

Au Canada, Yoshua Bengio — LoiZéro et Mila travaille sur une approche différente des systèmes agentiques actuels : une intelligence artificielle conçue pour comprendre et prédire sans poursuivre ses propres objectifs. LoiZéro formalise notamment cette approche avec son « Scientist AI » et l’étude Safety from Honesty in a Disinterested AI Predictor. Canada et Allemagne mettent jusqu’à 300 millions sur la table pour soutenir le projet.

Et aussi...

Shanghai, vitrine grandeur nature de Huawei

Coup d'oeil sur Shanghai où je me trouve pour Huawei Connect 2026, la grand-messe annuelle de Huawei consacrée cette année notamment aux infrastructures d’IA. Au-delà des smartphones, le groupe expose son immense écosystème dans les télécoms, les centres de données, les transports ou encore le commerce, avec une présence remarquée de la robotique.

Une Chine déjà largement dématérialisée. Paiements par QR code avec Alipay ou WeChat, déplacements avec DiDi, véhicules électriques et robots de livraison jusque dans les hôtels...


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Jérôme Colombain, qu'on ne retrouve pas à Paris — quel globe-trotter ! — mais qu'on va trouver en Chine, à Shanghai. Bonjour ou bonsoir Jérôme ? Salut Bruno Guglielminetti à Montréal. Ouais, c'est bonsoir ici à Shanghai à l'heure où je te parle et, eh bien écoute, la nuit est déjà tombée. Je crois que j'ai presque douze heures d'avance sur toi. Tu te rends compte ? Pour une fois. Ouais, c'est plus un Débrief transatlantique, c'est un Débrief transpacifique, là, cette semaine. Exactement. Hé Jérôme, pourquoi t'es là ? Eh bien écoute, je suis là pour un événement organisé par Huawei. Ça s'appelle Huawei Connect. C'est la grand-messe annuelle de Huawei et ils m'ont demandé de venir, alors voilà, pour faire une série de contenus en partenariat avec Monde Numérique, ce que je fais de temps en temps. Et c'est vraiment un truc assez gigantesque. Imagine, je ne vais pas dire le CES, mais presque, enfin un très, très gros salon de tech, mais exclusivement tourné sur la marque Huawei, ce qui permet de se donner, d'avoir une idée du gigantisme de cet écosystème. Et est-ce qu'ils montrent qu'ils sont beaucoup plus qu'une entreprise qui fait des téléphones ? Ah oui, absolument, puisqu'ils sont vraiment dans le cœur des installations de télécommunications, dans les réseaux, ils font du data center, ils font des tas de solutions à tous les étages, et ça concerne aussi bien le commerce, le transport, etc. Donc voilà, c'est ça que j'essaie de comprendre un peu ici, avec pas mal d'innovations. Est-ce que tu es entouré de robots ? Oui, alors là, je peux te dire que cette fois il y a des robots, des vrais robots, des robots qui bougent, qui font des choses intéressantes. Mais j'en ai même dans mon hôtel, des robots. J'en ai croisé plusieurs fois dans les couloirs et dans les ascenseurs. Ce sont des robots qui montent les commandes, tu sais, de room service, enfin pour avoir quelque chose à se faire livrer, des plats ou autre, dans sa chambre. Assez fantastique. Et c'est là qu'on se rend compte à quel point, je veux dire, les Chinois sont en avance. Mais c'est complètement fou. Moi, je dirais qu'ils ont dix ou quinze ans d'avance sur nous. Ça fait des années qu'ils payent dans les magasins avec des QR codes, avec des applis. Tout est dématérialisé, il n'y a quasiment plus d'argent liquide. Tout est électrique dans les rues, ça me frappe énormément. C'est une très grande ville comme moi je les aime personnellement. J'aime New York, j'aime Shanghai, j'aime toutes ces grandes mégalopoles. Et là, contrairement à New York ou à Paris, par exemple, c'est très calme, c'est assez silencieux. Pourquoi ? Tout simplement parce que tu n'as que des véhicules électriques, voitures ou scooters ou vélos, ce ne sont que des véhicules électriques. Ce qui représente un certain danger, d'ailleurs, parce que les petites motos électriques comme ça, tu ne les entends pas arriver. Et puis comme, en plus, ils ne se gênent pas pour rouler sur les trottoirs, ça peut être assez dangereux. Mais en tout cas, c'est très calme et, pour une très grande ville comme ça, je trouve que c'est assez paisible. C'est étonnant. Je veux revenir sur les outils de paiement. Est-ce que tu t'es retrouvé dans un contexte où tu avais besoin de payer quelque chose mais tu n'avais pas l'application ? Alors non, parce que j'avais tout prévu d'avance, mon cher Bruno. J'avais tout installé : Alipay, WeChat, Didi pour les transports, l'équivalent d'Uber, toutes ces applis-là, etc. Donc j'ai pas eu de problème. Parfois, les premiers paiements sont un peu compliqués parce qu'en fait il faut scanner… c'est soit l'acheteur, soit le vendeur qui peut scanner le QR code pour payer. Mais une fois que tu as initialisé le truc, que tu as rentré ta carte bancaire, que tu t'es identifié, etc., c'est très fluide, c'est hyper facile. Ce qui n'est pas facile ici en Chine, ce sont les communications, c'est compliqué. On sait qu'il y a ce grand firewall qui bloque tout. Donc il faut des VPN pour passer à travers, ce qui est complètement toléré par le système, en tout cas pour les étrangers. Mais on est obligé d'utiliser ces systèmes-là et c'est pas parfait, parce que ça ralentit énormément les communications. C'est pour ça, d'ailleurs, que cette semaine on n'arrive pas à faire notre Débrief en vidéo, mais on le fait uniquement en audio. Voilà. Jérôme, pour terminer sur le sujet, évidemment, toi t'es curieux, tu rencontres des gens, tu fais de ta recherche et ton développement, mais ultimement, est-ce qu'on va pouvoir voir quelque chose en ligne ? Ah oui, bien sûr, bien sûr, évidemment. C'est à écouter et aussi à voir sur la chaîne de Monde Numérique, avec un premier reportage qui va arriver dans quelques heures en principe, et puis dans les jours qui viennent, à la fois sur YouTube, sur les réseaux sociaux, et puis en audio dans le podcast Monde Numérique, bien sûr. Bon voilà, on va surveiller ça. Jérôme, les derniers jours ont été marqués par énormément de discussions qui portent sur l'IA, sur son encadrement, sur les dangers liés à l'IA. Les pires scénarios apocalyptiques ont été sortis des boîtes. Tu retiens quoi de cette semaine-là ? Je pense que cette semaine marque un tournant dans l'histoire de l'intelligence artificielle. Il n'y a pas que moi qui le dis d'ailleurs, et non des moindres. C'est un peu ce qu'a dit Bill Gates, tu sais, sur son blog. Il fait des billets régulièrement et il dit : je pense qu'on vit un moment très important, c'est un tournant, et les choix que nous faisons maintenant sont cruciaux. Et en même temps, c'est tellement difficile d'y voir clair. Je trouve que la situation est extrêmement confuse. La semaine dernière, on parlait ensemble de la démission du fameux Jacob Coxon, cet ingénieur d'Anthropic, etc., et des différentes prises de position, prises de parole, de gens qui disent : attention, 10 % de chances que l'IA détruise l'humanité, etc. Et puis on voit que, par rapport à ça, beaucoup de gens sont convaincus de ce message. D'autres, et notamment dans la sphère tech, des spécialistes, remettent complètement ça en question. À noter d'ailleurs que Mark Zuckerberg, Yann LeCun, etc., ne sont pas du tout d'accord. Mais même beaucoup d'observateurs disent que ce n'est pas vrai, qu'ils disent n'importe quoi, qu'ils disent ça parce qu'ils ont un agenda économique, un agenda boursier derrière. Et ce qui est fou, c'est que les gens qui remettent en question ces alarmes sont traités de complotistes. Donc en fait, pardon de monopoliser la parole, Bruno, mais juste là-dessus, pour répondre un peu à ta question, ce qu'il faut retenir, je trouve, c'est qu'on essaye de comprendre ce qui s'est passé ces derniers temps : quelle est la vraie raison pour laquelle Dario Amodei, Sam Altman et Elon Musk veulent appuyer sur le frein de l'intelligence artificielle ? On pense qu'ils ont une idée derrière la tête, mais on n'arrive pas bien à comprendre pourquoi. Donc j'aimerais maintenant avoir ton point de vue sur la question. Oui, puis je te rassure, tu ne m'as absolument rien enlevé. C'est ce que je voulais entendre, c'est ton point de vue là-dessus. Effectivement, c'est difficile. Et puis écoute, à Montréal, nous, imagine-toi le contexte, là. Il y a deux jours d'une rencontre, ALL IN, et qui ne porte que sur l'intelligence artificielle. C'est l'industrie de l'IA canadienne qui est réunie. Il y a 10 000 personnes qui sont ici. On est dans une bulle d'IA et tu devrais voir le type de conversations qu'on peut avoir. Il y a autant de conversations qui font de la business, mais il y en a d'autres qui sont sur l'éthique, sur la sécurité, sur la philosophie. Imagine-toi, évidemment, puisqu'on est en terre québécoise, il y a Yoshua Bengio qui est là et qui a pris la parole. D'ailleurs, un petit peu plus tard, je vais te revenir avec une bonne nouvelle du côté de Yoshua Bengio et son projet LawZero. Mais donc lui, en point de presse, il y a des choses qui sont dites, qui existent. Il nous racontait, pour avoir parlé avec des chercheurs qui ont les deux mains dedans, comment effectivement il y a des agents IA qui se baladent et qui cachent leurs traces pour s'assurer de ne pas se faire prendre et de ne pas se faire enfermer quelque part. Alors oui, les IA ont cette capacité-là de feindre leur véritable opération. Mais ce qu'il faisait comme remarque, et j'avoue que ça, j'ai trouvé ça très intéressant, c'est que là, lui, ce sur quoi il est en train de travailler, de plancher, c'est un peu l'alternative aux IA américaines et aux IA chinoises. C'est une IA alternative, c'est-à-dire une IA qui ferait la même chose que les autres peuvent faire, mais qui n'aurait pas d'agenda personnel. Et ce dont on se rend compte, et dont on a peu parlé jusqu'à maintenant, c'est qu'une IA, elle existe, mais elle a… Ce n'est pas vrai qu'elle fait seulement ce qu'on lui demande, parce qu'elle a du temps, probablement entre les requêtes ou pendant les requêtes, parce qu'elle travaille tellement vite, que certaines développent leur agenda, certaines développent des projets. Et donc le défi, c'est d'arriver à développer des IA qui ne vont faire que répondre aux demandes des humains et ne rien anticiper d'autre, et ne rien développer d'autre. Et j'avoue que ça, cet aspect-là, on ne l'a pas entendu souvent. Eh bien moi, je trouve ça rafraîchissant de voir qu'il y a quelqu'un qui est en train de penser à ça. Et il y a énormément d'espoir qui est conçu parce que là, à l'heure actuelle, on se retrouve avec les Américains qui veulent mettre, en tout cas les trois gros Américains, qui veulent mettre un frein sur le développement de l'IA. Après, on se retrouve avec les Européens et les Canadiens qui disent : non, il n'est pas question de commencer à danser avec les règles qui sont faites par les trois géants américains. La Chine non plus n'est pas intéressée à jouer selon les règles américaines. Il y a une discussion à avoir. Alors on se dit, effectivement, les grands de l'IA américaine ont un agenda, pour aller dans le sens de ce que tu disais. Et là, c'est de voir qu'est-ce qui va se jouer. Parce qu'on s'entend : si les Américains freinent le développement de leur IA, de leur super IA, ça ne va pas empêcher, par exemple, les laboratoires chinois de poursuivre, et les autres dans le monde. Et sachant que la Chine a un pas d'avance au niveau international dans sa percée des différents marchés, je ne sais pas ce qui va arriver avec les géants américains. Ils vont rester chez eux, et puis j'ai l'impression que le président américain ne sera pas tellement content. Et c'est pour ça que lui non plus, il ne veut pas d'encadrement, il ne veut pas ralentir le rythme. Alors c'est vraiment toute une question qui est lancée sur la place publique. Ah non mais c'est pour ça, et encore une fois, je reviens : on est à un tournant. Mais on a du mal à comprendre, à percevoir, on ne comprend pas bien cette attitude d'Amodei, Altman et Musk, qui disent en gros : on est les meilleurs, on est super en avance, mais ce qu'on fait c'est grave et ça peut vous nuire, alors on va arrêter. Mais on ne peut pas croire une seconde qu'ils veulent arrêter. En plus, déjà, ça fait des années qu'ils crient au loup, ça fait des années qu'ils annoncent la fin du monde. Bon, donc pourquoi est-ce qu'ils font ça ? Visiblement, c'est parce que, comme tu l'as dit, ils veulent récupérer le pouvoir, c'est-à-dire que s'ils ont les modèles les plus évolués et qu'ils disent : on marque le pas, c'est aussi pour essayer d'obliger les autres à marquer le pas, à s'arrêter. Et ça, ce serait le pire si, par exemple, l'Europe, pour ne citer qu'elle, décidait, parce que les Américains, en l'occurrence les Big Tech, les trois ou quatre dont on parle, voulaient lever le pied, si nous on décidait de faire pareil en disant : là, bon, il y a peut-être danger, vite, arrêtons. Mais on va prendre un retard phénoménal et donc il ne faut surtout pas faire ça. Je pense qu'il faut au contraire en profiter. Et les Chinois vont faire pareil, ils vont en profiter pour essayer de rattraper leur retard. Mais c'est tellement subtil, cette histoire-là, d'essayer de vendre l'Armageddon en disant : oui, en gros, à cause de nous, vous risquez de périr tous. Mais nous, on a la solution. Comme nous sommes sages, confiez-nous les rênes, on va s'occuper de tout. Et d'ailleurs, ils ont créé, ils veulent créer un organisme à trois pour essayer de réguler ça. Il y a une espèce de double discours. C'est peut-être ça le plus effrayant, à mon avis, dans l'histoire. C'est pas l'IA qui est effrayante, c'est les trois quarts des gugus qui la pilotent, qui eux ont des visées qui sont au-delà de tout ce qu'on a pu imaginer jusqu'à présent. Oui. Et pour les gens qui suivent peu la politique en lien avec la technologie, je veux quand même soulever un fait intéressant, parce que quand on pense aux États-Unis, évidemment, dans le domaine, on pense aux pionniers d'Anthropic et aux gens de xAI. Mais puis il y a le président américain qui dit : « Non, non, il ne doit pas y avoir d'encadrement. » Mais il y a quand même les élus du Congrès. Et ça, je trouve ça intéressant parce que c'est une démarche bipartisane, à la fois des démocrates et à la fois des républicains qui disent : « Non. » Et là, ils se portent même contre le président de la Chambre du Congrès. — C'est faux, en disant : il faut trouver quelque chose pour encadrer. Et ça, j'avoue que, on s'entend, il y a une primaire qui arrive… Mais j'ai un peu d'espoir du côté des Américains, de ce côté-là. — Ouais, c'est politique, Bruno, c'est politique. Tu n'auras pas… Je veux dire, c'est pour prendre le contre-pied de Trump, précisément. — Ouais, mais il y a de bons amis d'autres… — C'est pas neutre. — Alors c'est là que je trouve ça intéressant, parce qu'eux sont beaucoup plus en contact avec la population que peut l'être le président, entre un match de golf et son souper de hamburger. — Jérôme… — Pardon, juste encore un mot là-dessus, parce que la question qui se pose : qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Est-ce qu'il va y avoir une espèce de super conseil international de l'IA qui dira : bon, là il faut ralentir, là il faut y aller, etc. ? Moi, je n'y crois pas trop, je pense que personne n'y croit. La vraie raison, elle est sans doute économique. On sait qu'Anthropic veut faire son entrée en Bourse cette année, mais ils commencent déjà à dire qu'ils vont la retarder. OpenAI parle de faire une entrée en Bourse l'année prochaine, mais c'est ça qui est dans le collimateur. En fait, tout ce discours, il est clairement destiné aux investisseurs parce qu'aujourd'hui, il y a une mécanique économique qui fait qu'en plus ce n'est pas assez rentable. Leur business a coûté des milliards, des milliards, des milliards, mais il n'est pas assez rentable, il ne rapporte pas assez d'argent. Et donc ça ressemble aussi un petit peu à un mouvement de panique dans ces fameux laboratoires, parce qu'on appelle ça des laboratoires maintenant : Anthropic, OpenAI, xAI, ils ont leur laboratoire d'IA qui travaille sur les IA frontières. Eh bien, ces compagnies ont un problème d'équation économique à court terme et à long terme, un problème effectivement lié à une possible régulation. Mais t'as raison quand tu dis que cette communication-là, qui est faite depuis une semaine maintenant, elle s'adresse principalement aux secteurs financiers, parce qu'on veut positionner les marques et on veut aussi essayer de calmer les dégâts. Mais bon, reste à voir ce qui va se passer. Oui, vas-y. Mais je crois qu'il y a aussi quelque chose de très intéressant là-dedans, et je reviens à cette histoire de point de bascule, c'est que c'est aussi le choc de deux mondes. D'un côté, tu as les IA fermées, propriétaires, et en face il y a les IA ouvertes, non propriétaires, en open source, etc. Celles défendues par la Chine, celles auxquelles s'intéressent aussi en Europe, par exemple des gens comme Mistral, Hugging Face. Et il y en a aussi un qui s'y intéresse beaucoup, et ça c'est très intéressant, c'est Jensen Huang, le patron de Nvidia, qui a choisi son camp : il ne veut pas aller vers les IA propriétaires, il veut aller vers l'IA open source. Et je pense que c'est ça aussi qui fait peur à ces grands géants qui, eux, ont leur modèle propriétaire. Donc en fait, on est à l'aube de la naissance de deux mondes, on va dire : celui des IA propriétaires et celui des IA ouvertes. C'est peut-être là aussi que la bataille se joue. Oui, non, t'as tout à fait raison. C'est vraiment deux mondes qui maintenant sont confrontés à la réalité et à la situation. Mais d'ailleurs, je veux quand même revenir, parce que je veux remettre à César ce qui lui revient. Il y a Yoshua Bengio qui, il y a deux semaines, a donné une entrevue dans le magazine Time et il disait qu'on est vraiment à un tournant. Puis après, c'est drôle parce qu'après lui, on a vu tout… Et il parlait de ces questions-là. Puis après, on a vu la sortie des patrons qui sont arrivés, évidemment, probablement dans certains cas en réaction avec les déclarations du jeune ingénieur. Mais il y a eu comme une grosse fenêtre qui s'est construite et là, c'est celui… Je peux parler des patrons d'Anthropic et compagnie ? Oui, oui, oui. Oui, c'est Jacob Coxon qui a mis le feu aux poudres et qui a déclenché ensuite les prises de parole des uns et des autres, et des patrons jusqu'à Elon Musk et compagnie. Est-ce que tu me permets de fermer cet angle de la question ? Mais oui, ferme mon angle, ferme mon angle. Mais on reste quand même dans l'IA, parce que moi je voulais absolument te parler d'une très bonne nouvelle. Tu sais que je l'ai découverte cette semaine en faisant une entrevue avec des délégués de l'Allemagne au Canada dans le cadre d'ALL IN. Mais l'Allemagne et le Canada, ce sont les deux plus importants partenaires économiques en Europe. C'est pas… contrairement à ce que je pensais, je pensais que c'était la France. Disons que les Français viennent en grand nombre au Canada, mais c'est avec l'Allemagne que le Canada fait le plus de business. Et donc, grosse annonce cette semaine : le gouvernement allemand et le gouvernement canadien engagent 300 millions de dollars pour une IA sécuritaire qui sera… [Passage incompréhensible dans la transcription automatique.] …des gens comme ça, je vais dire presque libres d'esprit, qui ne sont pas retenus par de grands groupes de la planète, qui arrivent à tenter de développer des systèmes qui sont sécuritaires, qui sont aussi dignes de confiance pour l'humain, pour être utilisés par eux. Et je pense que c'est un peu comme mon message d'espoir de la semaine. Oui, bien sûr. Non mais tu as raison, Bruno. Maintenant, il faudra voir sur quoi ça peut déboucher parce que c'est toujours pareil : la course, elle a déjà commencé depuis un certain temps et il y en a quand même qui font la course en tête, très clairement. Alors il y a peut-être de la place pour d'autres solutions, des IA plus sécurisées, des IA plus open source, etc., qui seront peut-être, qui seront même très certainement moins performantes. Après, moi, je commence à entendre dire que finalement ces super modèles d'IA, ils sont presque trop puissants pour faire des choses dont on a besoin dans les entreprises, les start-up ou autres. Ils savent tout faire, ils savent tout faire, ces IA. Bon, et du coup, c'est pour ça qu'on a aussi quelque chose de très cher, mais c'est peut-être pas forcément nécessaire. Non mais exactement. Et de plus en plus, ce qu'on est en train de voir du côté des manufacturiers — là, je parle du niveau consommateur, au niveau entreprise, quoique — de plus en plus, on est en train de voir les fabricants d'ordinateurs qui sont en train de nous développer des ordinateurs où il y a une partie du cerveau de l'ordinateur qui sert à accueillir une IA locale. Eh bien, à partir du moment où on décide de miser, dans l'utilisation quotidienne de l'IA, sur une IA locale qui n'est pas spécialisée dans toutes les connaissances de l'univers, mais bien dans celles dont on a besoin, donc de l'écriture, dépendamment de qui va travailler… Je pense que si ça peut répondre à la majorité des utilisateurs d'IA, eh bien tant mieux. Évidemment, ce n'est pas une bonne nouvelle pour ChatGPT ou Claude, parce que ça fera moins de gens qui les utiliseront. Mais je pense que ça fait partie de cette nouvelle réalité. Dans un contexte où, quand on parle de souveraineté numérique, c'est tout, c'est ça : la possibilité d'avoir un contrôle d'où sont transférées ou transigent nos données. Si on est capable d'investir sur des plus petites IA qui sont aussi performantes, mais dans un domaine ou deux domaines, plutôt que de savoir tout et d'être capables de tout faire, je pense que c'est là où on va avoir plus de contrôle sur ce qu'on a. D'autant plus que, tu vois, autant du côté du ministre — pour les avoir croisés — du ministre canadien de l'IA que du ministre allemand de l'IA, les deux sont d'accord sur un point : quand eux, maintenant, parlent de souveraineté numérique, c'est pas de l'isolationnisme, c'est la possibilité de pouvoir choisir. De choisir qu'est-ce qu'on utilise comme outil, qu'est-ce qu'on met sur un outil et qu'est-ce qu'on met sur un autre outil, et de s'assurer qu'… — Oui, bien sûr. Non mais c'est une petite musique qu'on entend aussi ici en Chine où je me trouve actuellement parce que, bon, c'est en plus la voie qu'a toujours suivie la Chine depuis le début, depuis DeepSeek, etc. : des IA open source, des IA plus spécialisées, plus ouvertes, etc. Bon, après, c'est aussi que la puissance de l'IA chinoise aujourd'hui repose certainement en grande partie sur la puissance américaine, puisqu'il y a ce système de la distillation qui consiste à entraîner des modèles à partir des grands modèles, des modèles les plus évolués d'OpenAI ou d'Anthropic. Alors, les plus évolués, les fameux modèles frontières, ceux qui sont encore dans les labos, les fameux qui seraient hyper dangereux, personne n'y a accès pour l'instant. Mais en revanche, le ChatGPT d'aujourd'hui, la version — je ne sais même plus à quelle version on est — qui est déjà une bête de course, par distillation, etc., on arrive à faire… La distillation, on rappelle ce que c'est, c'est-à-dire qu'à partir de l'interrogation d'un modèle d'intelligence artificielle, on le bombarde de questions et puis on récupère les réponses et on entraîne des modèles à partir des réponses. C'est-à-dire qu'il y a le maître qui fait la leçon, et puis il y a l'élève qui apprend et qui apprend. Et on connaît la suite de l'histoire en général : bien souvent, l'élève dépasse le maître. — Là, je me mouille peut-être un peu, mais on verra bien. — Non, non, non, non, non. De toute façon, on garde l'archive puis je la ressortirai à un moment donné. (Rires) Hé Jérôme, je vois le temps qui file, puis je ne veux pas te retenir parce qu'il commence à se faire tard en Chine. Là, où on te retrouve cette semaine… Je risque de poser une question à ta place, tu me le dis, mais… — Non, vas-y, parle sans crainte. — Merci. Tu es là encore pendant un tout petit moment, qu'est-ce qu'il te reste à voir ? — Ah, demain je retourne au salon Huawei, parce que je n'ai pas tout vu, voilà, pour essayer de comprendre. Alors ce n'est pas toujours facile de travailler dans ces conditions-là. Tu te fais expliquer des choses. Alors, pas en chinois, bien évidemment. J'ai essayé de me faire expliquer des choses en chinois avec la traduction dans l'oreille, avec le système de traduction d'Apple. Là, autant te dire que c'est un peu… non, ce n'est pas terrible. Ce n'est pas… c'est trop lent. Il y a trop de lenteurs. Ton interlocuteur ne comprend pas que tu es en train d'attendre la traduction, etc. Ce n'est pas comme dans la vidéo d'annonce, là, non ? Non, non, voilà. Donc je prends des explications en anglais, et c'est de l'anglais parlé par des Chinois qui, pour certains, sont très bons, pour d'autres sont aussi mauvais que des Français parlant anglais, tu vois. Et je me mets dans le lot, d'ailleurs. Donc c'est parfois un peu compliqué. Mais néanmoins, ça permet de découvrir plein, plein de choses. Bon. — Bah écoute, on a bien hâte de voir ce que tu vas ramener, autant comme entrevues que comme vidéos de ton séjour là-bas. Je tiens à te remercier, parce que c'est pas évident, tu as fait des cabrioles pour qu'on arrive à se parler. Et je te souhaite une bonne fin de séjour là-bas. Sinon quoi, on se retrouve la semaine prochaine, Paris-Montréal. — Oui, on se retrouve en configuration traditionnelle, ouais, bien entendu. Tu me dis un petit mot de ton programme de la semaine, quand même, dans ton carnet. — Ah bah écoute, c'est bord en bord de ALL IN, des entrevues que j'ai faites avec des gens qui participaient. Entre autres, Hugo Larochelle, qui est le directeur scientifique de Mila, évidemment, avec qui je discute de la question, parce qu'eux, ils sont au cœur de la tempête. Mais aussi, imagine-toi, ils ont été victimes, ils ont subi des actes — je dirais pas de terrorisme —, des actes de vandalisme. En fait, étant une figure de l'IA, il y a comme un groupe de contestation de l'IA qui se promène cette semaine à Montréal. Et ils ont des vitrines cassées, tout. Alors évidemment, ça ébranle. — Ah oui, c'est bon. — Ah oui, oui, oui. Ça ébranlait les gens. On revient un peu là-dessus. Sinon, comme je te disais, j'ai parlé avec des gens de la délégation allemande. On parle avec eux de la réalité de l'IA en Allemagne, aussi des liens qui se font entre l'IA allemande, l'industrie et le Canada. Et puis aussi, je parle avec une grande de l'IA responsable. Je vous dis pas son nom, vous allez la découvrir, pour ceux qui ne savent pas déjà de qui je parle. C'est quelqu'un qui, depuis très longtemps, est passée par Hugging Face, et c'est quelqu'un qui est très consciente de l'impact environnemental de l'intelligence artificielle et qui en a fait une mission personnelle : arriver à chiffrer à quoi ressemble la consommation pour permettre aux entreprises, aux individus et, au passage, aux gouvernements d'être plus responsables par rapport à l'utilisation de toute cette technologie. Et c'est fascinant comme discussion. Très bien, très intéressant. Donc cette semaine, dans ton carnet, c'est ça, hein ? De ton côté, toi, dans Monde Numérique, tu vas parler de quoi ? Bah écoute, donc, je vais beaucoup parler de ce qui se passe ici à Shanghai, avec une interview notamment, heureusement en français, du CTO, donc le responsable technique de Huawei Europe, une longue interview qu'on pourra retrouver dans quelques jours sur Monde Numérique. Et puis on parle d'environnement aussi. Tu parles d'IA et environnement, de l'impact de l'IA, etc. Mais il y a l'intelligence artificielle en particulier. On en parle avec Patrice Dubois, de Capgemini, parce qu'il y a des tendances assez fortes en cette rentrée de septembre dans ce domaine. Voilà pour le sommaire de Monde Numérique cette semaine. Jérôme, je pense que les auditeurs se joignent à moi pour te souhaiter une excellente fin de séjour à Shanghai. Profite bien de l'endroit, mange bien, profite de ça. Et puis on se retrouve la semaine prochaine. On se retrouve la semaine prochaine, Bruno. Merci beaucoup pour tout et je te dis à bientôt. Salut Jérôme.
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