🎤 Comment la Chine prend une longueur d’avance dans la course aux robots humanoïdes (Stéphane Bohbot, Innov8) [REDIF]
Maison Connectée14 août 202633:55

🎤 Comment la Chine prend une longueur d’avance dans la course aux robots humanoïdes (Stéphane Bohbot, Innov8) [REDIF]

Les robots humanoïdes progressent à une vitesse spectaculaire, mais leur autonomie reste encore un défi majeur. Stéphane Bohbot explique comment l’industrie prépare leur arrivée dans nos vies, entre intelligence artificielle, apprentissage et enjeux géopolitiques.

🎤 INTERVIEW : Stéphane Bohbot - Fondateur et PDG d’Innov8

Rediffusion du 24 février 2026

L'essentiel

  • Les robots deviennent plus abordables et donc un robot humanoïde basique est annoncé à moins de 20 000 euros.
  • L’enjeu maintenant, c’est que le robot comprenne le monde.
  • Le plus gros marché sera un marché de robots à domicile qui nous aideront dans les tâches ménagères demain.
  • La Chine est en suprématie sur le hardware, il n’y a pas de débat.
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Les robots humanoïdes chinois ont impressionné le monde avec leurs performances lors du Nouvel An chinois. Où en est réellement la technologie ?

Ce spectacle a montré un niveau d’excellence impressionnant dans les mouvements, la synchronisation et la dextérité des robots. Il y a encore un an, les robots étaient beaucoup plus rigides, alors qu’aujourd’hui on arrive à des mouvements d’une fluidité incroyable, parfois même supérieure à celle de l’homme. Mais il faut comprendre qu’un robot visible dans une démonstration n’est pas forcément autonome : il a encore besoin d’un opérateur pour être orienté et guidé.

Pourquoi l’autonomie des robots reste-t-elle encore un défi ?

La partie mécanique a énormément progressé. Aujourd’hui, les robots ont une excellente stabilité, une bonne mobilité et un équilibre beaucoup plus fiable qu’il y a quelques années. L’enjeu maintenant est l’apprentissage du monde : reconnaître les objets, comprendre comment les saisir, les manipuler et évoluer dans un environnement avec des humains. Pour cela, on utilise notamment des modèles d’intelligence artificielle, de l’entraînement par vidéo et des simulations numériques.

Quand pourra-t-on avoir un robot humanoïde chez soi ?

Le rêve ultime est le robot domestique capable de débarrasser une table, ranger un lave-vaisselle, plier une chemise ou faire du repassage. Mais je pense qu’il faudra encore environ dix ans avant d’avoir ces robots chez nous en toute sécurité. Avant cela, ils vont progressivement arriver dans les entreprises, les magasins ou les hôtels, dans des environnements plus contrôlés.

Pourquoi la Chine semble-t-elle en avance dans la robotique ?

La Chine bénéficie d’une puissance industrielle exceptionnelle, avec une supply chain très proche, beaucoup d’ingénieurs, des investissements massifs et des liens très forts entre le public et le privé. Leur capacité à créer rapidement des prototypes et des produits est impressionnante. En Europe, notre opportunité est plutôt de nous concentrer sur le logiciel, l’intelligence artificielle, les services et les applications.


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[00:00:01] Cet été je vous propose de retrouver quelques-unes des meilleures interviews de Monde Numérique. Innovateurs, experts, observateurs, ils ou elles partagent leurs projets, leurs visions, leurs analyses. Tendez l'oreille, vous ne l'engraterez pas. Monde Numérique Lorsqu'on voit un robot, on pense qu'il est déjà autonome. On pense qu'il a un cerveau, qu'il est en capacité. Ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, en effet, ils ont besoin d'un opérateur pour les orienter, les guider.

[00:00:37] Bonjour Stéphane Bobot. Bonjour Jérôme Colombain. Fondateur et PDG de la société française Innov8 qui importe et qui développe en France les robots humanoïdes de la marque chinoise Unitree. Alors, on va parler de robots parce que tu connais très bien ce sujet. Tu te rends régulièrement en Chine, notamment dans les locaux de Unitree avec lesquels tu travailles. Mais d'abord, j'aimerais qu'on revienne sur cet événement planétaire. Je pense que tout le monde a vu ce spectacle incroyable donné par les Chinois

[00:01:06] à l'occasion du Nouvel An Chinois, un spectacle de danse avec une quinzaine de robots humanoïdes qui font des trucs complètement fous. Et alors toi, en quelque sorte, tu as pu voir les coulisses de ce spectacle. Oui, tout à fait. Ça a été un spectacle incroyable et poustouflant. Et je dirais que l'entraînement de ces robots montre à quel point aujourd'hui,

[00:01:27] on arrive à un niveau d'excellence, de mouvement, de maniabilité, de dextérité de ces robots parce qu'on les a vus en effet faire des saupérieux arrière, être synchronisés avec une quinzaine de robots sur scène qui faisaient des séquences de Kung Fu.

[00:01:46] Mais je dirais bien plus évolués que ce qu'on connaissait il y a à peine un an parce que lorsqu'on compare le spectacle qui avait été fait à l'occasion du Spring Festival l'année dernière, où on avait des robots assez rigides avec une synchronisation vraiment minime de petits mouvements très mécaniques. Donc là, on était sur des mouvements d'une fluidité incroyable, je dirais même presque supérieurs à celles de l'homme.

[00:02:16] Et c'est ça qui a été surprenant lors de cet événement. C'est que souvent, durant ces douze derniers mois, on parlait de robots dont les mouvements se rapprochaient de celles de l'homme. Là, au Spring Festival, on a vu des mouvements qui étaient supérieurs à celles de l'homme. Et donc, il y a même des séquences. À un moment donné, il y a un robot qui a fait une séquence en arrière pour ressauter un obstacle en arrière.

[00:02:44] On pensait que c'était la bobine qui rembobinait. Et non, c'était le robot qui avait eu cette capacité à faire tout le saut, mais en marche arrière. C'est-à-dire que même le meilleur des gymnastes ne peut pas faire ça. Oui. Voilà. Donc, ça montre le niveau d'accélération qu'on est en train d'atteindre sur la robotique humanoïde, qui est complètement bluffant.

[00:03:09] Et donc, oui, j'ai eu la chance de découvrir, en effet, ces coulisses très en amont d'entraînement de ces robots, parce que, comme tu le disais, on travaille sur ce partenariat de distribution avec Unitree en France, mais on est plus qu'un simple importateur parce qu'on agit en tant que solution provider. Et donc, tout l'enjeu, ce n'est pas simplement de vendre un robot.

[00:03:33] Ça va être de vendre une solution complète, un entraînement des robots avec l'ensemble des briques logicielles pour que le robot puisse être progressivement autonome. Oui, parce que ce qu'il faut rappeler, c'est que ces robots, il y a la machine et puis il y a le software et donc l'intelligence artificielle. Et pour l'instant, autant l'aspect électromécanique de la machine fait des progrès à pas de géant,

[00:03:59] autant pour l'instant, et on va en parler ensemble, côté intelligence et côté autonomie, en fait, de mouvement, c'est peut-être pas encore ça, en fait. C'est l'enjeu des prochaines années, mais je dirais que ce qui est déjà un résultat impressionnant, c'est cette fiabilité mécanique.

[00:04:24] Donc déjà, on a atteint un niveau de maturité mécanique des mouvements, de la mobilité, de la stabilité, de l'équilibre qui est aujourd'hui excellent. On voyait qu'à chaque fois, quand ils se repositionnent, les petits robots, ils font quelque part comme ça, pour retrouver leur équilibre. Oui, tout à fait. Mais c'est une stabilité qui est impressionnante, puisqu'on peut pousser un robot, aujourd'hui, il ne tombe pas.

[00:04:50] Il y a 24 mois, on le poussait, il tombait, il fallait être 3 pour le relever. Donc là, aujourd'hui, on arrive à avoir ce niveau de stabilité. Donc je dirais que tous ces sujets de déplacement, d'équilibre, de stabilité ont été réglés depuis 18 mois. Et donc maintenant, on a une base extrêmement robuste pour pouvoir travailler à l'autonomie des robots et à leur apprentissage.

[00:05:17] Et ça, c'est beaucoup plus long parce que le monde est complexe. Il va falloir que le robot comprenne le monde. Et c'est là où on rentre dans un univers beaucoup plus multiple. Je dirais que ce qu'on attend, ce n'est pas simplement que le robot puisse réaliser une tâche définie. Mais la vision que l'on a sur ce marché, c'est le robot polyvalent, le robot universel

[00:05:45] qui va pouvoir passer d'une tâche à une autre de manière extrêmement simple et donc se reprogrammer automatiquement en fonction de ce qu'on va lui demander. Comme un humain qui apprend à faire quelque chose, finalement. On est très proche, pour prendre un parallèle, de l'apprentissage d'un enfant. Donc, d'ailleurs, dans les méthodologies d'apprentissage,

[00:06:13] certaines méthodologies s'apparentent à l'apprentissage qu'on peut faire avec un enfant pour lui faire comprendre les choses. Comment ça se passe, justement, l'apprentissage d'un robot humanoïde comme ce qu'on a vu ? Alors, il y a en effet des techniques qui consistent de repartir du mouvement de l'homme, par exemple,

[00:06:35] sur lequel on va utiliser des ensembles avec des capteurs, des motion capteurs sur le corps qui vont enregistrer des mouvements de l'homme. Donc ça, c'est une base de travail où on peut répliquer très simplement aujourd'hui des mouvements humains et les transposer dans un robot grâce à ces captures numériques. Alors, ça peut se faire avec des capteurs, ça peut se faire avec des caméras en 360

[00:07:02] qui vont filmer une scène et on va numériser cette scène, on va la digitaliser, on va la nettoyer dans un blender et puis ensuite, on va l'importer dans le robot. Il va être capable de répliquer cette scène-là. Mais il suffit de lui montrer une fois quelque chose ? Alors, c'est là où après vient l'entraînement digital, c'est-à-dire que cette scène-là, on va la démultiplier dans un outil de simulation 3D qui va répliquer les mouvements des centaines, voire des milliers de fois jusqu'à avoir le mouvement parfait.

[00:07:32] Alors, pourquoi ? Parce qu'il y a quand même des changements de gravité. C'est-à-dire que tu vois là, on voit des robots, on voyait des robots G1 qui sont des robots d'1m20. Nous, on fait plutôt 1m70, 1m80. On n'a pas les mêmes centres de gravité. Donc, il va falloir transposer ce que l'homme, avec sa posture, dans un robot qui n'a pas du tout le même équilibre que nous et l'adapter. Donc, c'est pour ça qu'il y a quand même une transposition

[00:08:01] qui passe par une simulation 3D qui va permettre de recalibrer, recalculer pour avoir les mouvements parfaits. Et ensuite, on peut aussi améliorer ces mouvements. Par exemple, tu as dû voir cette scène d'un robot chien qui fait un saut périlleur arrière. Oui, tout à fait. Ce n'est pas un homme qui le fait. Ce n'est pas un chien non plus, j'imagine. Ce n'est pas un chien non plus. Donc, ça, par exemple, ça, c'est un entraînement qu'on va faire vraiment en 100% numérique.

[00:08:31] Et donc, on va créer le parcours. Comme un mouvement, une animation sur un film d'animation ou dans un jeu vidéo. C'est très proche de l'univers de l'animation vidéo, en effet. D'ailleurs, lorsqu'on parlait de capteurs, ce sont les mêmes qui sont utilisés dans le cinéma ou dans le jeu vidéo pour faire de la capture de mouvements. Voilà. Simplement, après, on a cet aspect qui est de faire correspondre ça à un environnement robotique avec des centres de gravité qui sont différents.

[00:09:01] et donc, on fait ces entraînements. Et donc là, on a des logiciels. On développe des algorithmes pour avoir des mouvements qui s'apprêtent beaucoup plus vite. Donc, l'un des enjeux de cet apprentissage, pourquoi c'est long ? Parce que ça nécessite des heures et des heures et des heures de calcul pour arriver à avoir des résultats. Parce qu'une fois que tu as un résultat en digital, il faut que tu le testes dans la vraie vie. Et donc, tu l'apportes et puis tu le corriges.

[00:09:30] Tu t'aperçois qu'en fait, entre le digital et la vraie vie, il y a des corrections à apporter sur des positionnements de pieds, sur des choses qui ne sont pas forcément entièrement numérisées. Jusqu'à ce qu'on arrive à des mouvements parfaits, tels qu'on a pu les voir dans ce spectacle où la restitution était impeccable. Mais par exemple, ce spectacle, ça représente combien de temps d'entraînement, de préparation, etc. ? Parce que là, pour le coup… Oui, pardon. Non, ça a été plusieurs semaines,

[00:10:00] voire mois de préparation. Je dirais déjà entre… Sans coter le côté artistique de la création, parce que ça reste un spectacle. Donc, avec des scénographies… Une chorégraphie, etc. Et puis après, il y avait vraiment une fois que tout ça a été défini, qui a été fait avec des mouvements humains, retravaillé avec des mouvements de robots, qu'on a corrigé. Donc, ça a pris en effet plusieurs semaines d'entraînement

[00:10:30] pour arriver à ce résultat-là. D'accord. On dit souvent que les robots… Et on a découvert, je dirais, un petit peu ces derniers mois, que tous les jolis robots qu'on voyait dans des vidéos, en fait, ils n'étaient pas vraiment robotiques. C'est-à-dire qu'ils n'avaient pas réellement d'autonomie. Ils étaient très souvent téléguidés, télécommandés à distance, en réalité. Au CES de Las Vegas, on a vu des robots. Moi, j'en ai vu aucun qui fonctionnait vraiment tout seul.

[00:10:59] Donc, quel est aujourd'hui… Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ? Est-ce que, véritablement, un robot peut être autonome ? Alors, je comprends qu'il y a un fantasme. Lorsqu'on voit un robot, on pense qu'il est déjà autonome. Donc, dans la tête des gens, et c'est naturel, on voit un robot, on pense qu'il a un cerveau, qu'il est en capacité. Ce n'est pas le cas. Donc, aujourd'hui, en effet, ils ont besoin d'un opérateur pour les orienter, les guider.

[00:11:28] Mais il faut savoir qu'ils ont tous les capteurs, aujourd'hui, pour être capables d'être autonomes. Ils ont des lidars qui leur permettent de détecter des obstacles, de se repérer dans un environnement, de numériser leur environnement, donc de détecter des obstacles, de les éviter. Ils ont des caméras avec plusieurs types de caméras de profondeur. Ils ont des mains avec des caméras dans les mains, des capteurs au bout des doigts pour sentir la pression. Donc, je dirais que tout le hardware est en train d'être prêt

[00:11:58] pour leur permettre d'être autonome. Donc, maintenant, l'enjeu, c'est en effet ce long apprentissage du monde. C'est-à-dire que le robot sache reconnaître un objet, sache le saisir, la manière dont il va le saisir, le manipuler, le transporter, éviter éventuellement d'autres personnes et évoluer dans un environnement qu'on appelle semi-structuré. Semi-structuré parce qu'il faut que ce soit un environnement qui bouge. Parce qu'on ne veut pas mettre des robots dans des labs,

[00:12:28] dans des salles blanches avec aucun humain à côté. L'idée, c'est que les robots de demain s'intègrent dans la vraie vie. Donc, avec des humains à côté, avec des chaises qui peuvent se déplacer, ainsi de suite. Donc, il va falloir que le robot évolue dans cet environnement. Et donc, la difficulté, tu le comprends, je pense, c'est qu'il va falloir qu'ils comprennent ce monde, les objets. Reconnaître une personne, d'un objet, de la variété d'objets.

[00:12:55] C'est pour ça qu'aujourd'hui, on s'appuie sur des LLM. On va s'appuyer sur de l'entraînement par vidéo aussi. Donc, il y a plusieurs stratégies d'entraînement. Et donc, je dirais que chaque entreprise part sur certains choix technologiques d'entraînement. Tu as vu qu'en France aussi, on a une initiative avec Yann Lequin sur les World Models.

[00:13:25] Les World Models, oui, bien sûr. Une autre manière d'appréhender demain un apprentissage possible du monde avec cette stratégie-là. Il y en a plusieurs autres. Aujourd'hui, l'apprentissage qui est le plus adopté, on va dire, c'est de prendre le contrôle avec des pinces, des mains qui ont les caméras. Et c'est l'humain qui va saisir certains objets plusieurs fois de différentes manières.

[00:13:53] Et donc, on va enregistrer ces bases de données. Et donc, on va parler de data factory, d'usines pour entraîner ces mouvements. Et donc, tu vas avoir, il y en a beaucoup en Asie qui sont en train d'être montés, avec des dizaines de personnes dotées de pinces et qui vont faire de l'entraînement. Donc, demain, tu pourras commander sur un environnement industriel particulier

[00:14:22] où tu voudras que le robot reconnaisse parfaitement tel type d'objet et puisse les manipuler de différentes manières. Eh bien, tu auras des usines d'entraînement pour créer cette data. Et une fois que cette data sera bien assimilée par le robot, tu verras que le robot va pouvoir, de n'importe quelle manière où il va se présenter devant l'objet, le reconnaître, le saisir et le manipuler. Donc, on en est là. Donc, c'est pour ça que, si tu veux, c'est une stratégie à 10 ans.

[00:14:51] Il faut voir que là où on se projette aujourd'hui, c'est, je dirais que 2025, pour moi, c'était l'année zéro du robot. Tu vois, on était dans la découverte des capacités des robots. Cette année, on commence à commercialiser des robots à des labs de recherche, des startups, des universités pour tester ces modèles. Donc, on a des plateformes ouvertes, on a des SDK, on a plusieurs stratégies algo de test,

[00:15:19] on a des startups incroyables en France. On en présentera plusieurs à VivaTech cette année. Donc, on t'accueillera avec plaisir pour te montrer… Avec plaisir. … les premières stratégies d'entraînement. Et tu verras que la France a d'excellents talents. Et j'espère, et en tout cas, c'est tout l'enjeu qu'on a chez Innovate, c'est de faire émerger des technologies qui seront des références mondiales en entraînement des robots.

[00:15:49] Stéphane, avant qu'on parle un peu de l'aspect un peu plus industriel, si je reviens au produit lui-même, parce que c'est un produit finalement, le robot, même si je ne peux pas… Avant de passer à la suite de votre épisode, juste un mot de notre partenaire, Deal. Vous le savez, si vous êtes dirigeant d'entreprise ou responsable RH, recruter et payer des équipes à l'international, ça peut vite tourner au casse-tête. Il faut jongler avec 5, 6, parfois 10 outils différents.

[00:16:18] Deal est une plateforme propulsée par intelligence artificielle qui remplace toutes les autres pour les RH, l'IT et la paix. Des entreprises comme Shopify, Revolut, Eleven Labs font déjà confiance à Deal. C'est aussi le cas de Airwalex, la plateforme de référence en financière qui gère et paie plus de 1000 employés dans une quinzaine de pays. Alors, pourquoi pas vous ? Pour construire votre équipe internationale, avec Deal, rendez-vous sur deal.com slash mondenum. Deal, D2EL, .com slash mondenum.

[00:16:47] Et commencez à développer votre entreprise dès aujourd'hui. Acheter encore en tant que particulier, mais quand est-ce que je pourrais en acheter un pour qu'ils viennent vider le lave-vaisselle à la maison, etc. Et est-ce qu'aujourd'hui, on entraîne déjà des robots humanoïdes à faire des tâches domestiques ou à faire des tâches, par exemple, dans les restaurants, servir à table, etc. Alors, on a vu des vidéos incroyables de certains robots américains,

[00:17:17] figure et eye, qui présentaient en effet un robot dans une cuisine capable de vider un lave-vaisselle et de ranger les couverts. Alors, c'était très long. Oui. Vous savez que, wow. C'est vrai. Mais voilà. Donc, il y a des travaux qui se sont faits là-dessus. Je ne l'ai encore jamais vu. J'ai vu la vidéo, mais on a encore jamais. C'est pour ça qu'avec les Américains, il faut se méfier, parce qu'on a des très belles vidéos, très léchenées, qui font rêver. Dans la réalité, on ne les voit pas souvent sur des salons.

[00:17:47] D'ailleurs, au CES, tu vois, on n'a pas vu de figure et eye, on n'a pas vu de Tesla Optimus. Voilà. Alors que les robots chinois, il y en avait partout. Ils étaient téléopérés, mais ils étaient là. Voilà. On pouvait les voir bouger. Donc, oui, il y a de l'entraînement sur le domestique parce que c'est le rêve ultime. C'est-à-dire que tout le monde veut tendre vers la robotique domestique. Le plus gros marché sera un marché de robots à domicile

[00:18:16] qui nous aideront dans les tâches ménagères demain. Et donc, c'est ce robot universel dans lequel il pourra, à un moment donné, débarrasser une table, ranger un lave-vaisselle, plier une chemise, faire du repassage, vider le lave-linge. Voilà. Donc, c'est celui-là qu'on attend et on pense qu'il ne sera pas là avant 10 ans. Est-ce qu'il n'y aura pas un risque, un danger ? Est-ce que déjà, parce que c'est des machines

[00:18:44] qui pèsent quoi ? 70 kilos ? Je ne sais pas, jusqu'à 70 kilos. Oui, pour les grands modèles, oui. Oui, c'est ça. Qui font des mouvements, qui font du kung fu, qui font de la boxe, qui font du nunchaku. Je veux dire, est-ce qu'on pourra envisager vraiment de faire entrer une créature, une machine comme ça chez soi ? Alors, il va y avoir... Vous travaillez là-dessus ? Oui, alors, c'est ce qu'on appelle human safe.

[00:19:11] Comment on s'assure que les robots vont être sécurisés pour les humains ? Donc, c'est un vrai sujet. Alors, je ne m'en soucie pas trop non plus parce que, tu sais, en Europe, on est les rois de la réglementation. Oui, il ne faudrait pas donner des idées. Donc, bien sûr, il y a déjà certaines normes qui sont en train d'être définies sur la sécurité dans l'entreprise des robots.

[00:19:40] Des boutons de désactivation directs qui seront activables très rapidement sur un robot. Voilà, donc tout ça, c'est en train d'être... C'est pour ça que, tu vois, je te donnais une timeline à 10 ans. Dans les 10 ans, on va devoir régler tous ces sujets avant d'avoir des robots chez soi en toute sécurité. Et c'est pour ça que les premières étapes, c'est d'abord de la recherche, c'est d'abord des labs.

[00:20:08] La deuxième, c'est l'environnement professionnel dans des environnements sécurisés avec peu d'humains et puis ensuite un peu plus large et les déploiements. Ensuite, tu auras des robots d'accueil dans des magasins pour faire de l'accueil, pour échanger, des robots dans les lobbies d'hôtels. Voilà, donc on aura cette phase-là. Et puis, on ira progressivement vers le robot domestique.

[00:20:38] Et comment ça coûte aujourd'hui, les robots unitries ? Alors, ce sont les plus abordables du marché. C'est ce qui aussi a fait un vrai choc dans l'univers du robot humanoïde parce qu'avant, un robot humanoïde, c'était un robot de laboratoire qui était du prototype. On en fabriquait quelques unités par an, dizaines tout au plus. Donc, c'est des produits qui coûtaient plusieurs centaines de milliers d'euros, voire un million d'euros pour certains robots humanoïdes,

[00:21:08] pour les labs de recherche. Et donc, ce qui est impressionnant dans l'évolution qu'on a actuellement, c'est que ces robots deviennent plus abordables. Et donc, un robot unitui G1, basique, parce qu'il faut voir qu'il y a plusieurs variantes. Mais le prix d'appel est annoncé à moins de 20 000 euros. Et un petit robot chien à à peine 3 000 euros. Donc, on voit que, alors même si ce sont des prix d'appel, entre guillemets, parce que lorsque tu rajoutes des mains

[00:21:38] avec des senseurs, lorsque tu peux les programmer, la gamme... C'est comme les aspirateurs, les accessoires ne sont pas inclus encore. Donc, ça monte rapidement vers 40 000, 50 000 euros pour un produit qui est entièrement programmable avec des mains. Et puis, le produit industriel que tu vois à 1,70 m, 1,80 m, celui-là aujourd'hui est plus proche des 100 000 euros. Voilà. Ah oui, ok. Donc, ça reste encore des produits en coûteux. Oui, on voit bien qu'on est

[00:22:07] qu'au début de l'histoire. Stéphane, tu es intervenu récemment en ouverture de la conférence TEDxParis pour parler de tout ça, pour présenter des robots, etc. Et puis, notamment, pour évoquer l'avancée technologique de la Chine. Pour toi, la Chine est véritablement fait la course en tête aujourd'hui ? Oui, enfin, je pense que on est tous en train de le réaliser.

[00:22:36] C'est qu'aujourd'hui, il y a une vague technologique d'innovation premium de produits d'excellente qualité chinois qu'on voit en effet dans tous les secteurs du consumer. On parle des robots aspirateurs, des vidéoprojecteurs, des caméras. La voiture. Voilà, la voiture dont on parle beaucoup. Donc, oui, il y a une avance technologique portée par une expertise industrielle

[00:23:04] et donc le hardware extrêmement performante. Et donc, en effet, l'un des enjeux, et puis c'est ce que j'évoquais dans cette conférence du TEDx, c'est quelle place pour nous, Européens et Français, in cette révolution venue de la Chine, portée par la Chine aujourd'hui, parce qu'en Europe, en effet, on s'est désarmé industriellement depuis plus de 25 ans et qu'on voit

[00:23:34] qu'aujourd'hui, ça va être extrêmement compliqué de rattraper ce retard industriel sur le hardware. Et donc, ce que j'exprimais, c'était de choisir nos combats. Est-ce qu'on est aujourd'hui en capacité en Europe de rattraper ce retard hardware de fabrication ? Et on le voit, en Chine, il y a tout l'écosystème industriel. Donc, même si aujourd'hui, on imaginait fabriquer un robot,

[00:24:03] on devrait faire appel à 80% de sous-traitants chinois pour avoir tous les composants ou de chipsets américains. Voilà. Donc, la réalité, c'est pour recréer un écosystème industriel tel que cela en Europe, il faudrait des dizaines et dizaines d'années en sachant qu'eux, ils ne s'arrêtent pas en attendant. Ils continuent à avancer. C'est là où je pense que la carte qu'on a à jouer, c'est sur l'intelligence,

[00:24:33] c'est sur le logiciel, c'est sur le service, c'est sur l'application, c'est sur les normes, c'est tout cet écosystème où, si on veut que ces robots s'insèrent dans nos vies demain et qu'on y crée de la valeur, c'est d'apporter notre pierre à l'édifice et qui doit et qui doit être sur le logiciel là où on a le plus d'expertise, le plus d'ingénieurs extrêmement compétents sur le sujet. Donc, selon toi, il vaut mieux acheter des robots chinois

[00:25:02] mais leur mettre du logiciel français, européen dedans. Je pense que c'est une des stratégies les plus pragmatiques, pas forcément la plus ambitieuse qui pourrait consister à tout créer, mais je pense qu'aujourd'hui on n'a plus les moyens de vouloir tout faire et qu'il va falloir qu'on choisisse notre combat pour ne pas voir le train partir et courir derrière.

[00:25:31] Tu vas souvent en Chine chez Unitree notamment, cette entreprise qui est assez incroyable je crois, la compagnie elle-même, c'est... C'est une énorme start-up mais ça reste une start-up. Ah ouais ? C'est un peu le bazar ? Ouais, bah oui, bah oui, c'est une des boîtes les plus remarquables en Chine, c'est la boîte qui a le hype le plus important en Chine actuellement parce que... Mais c'est pas la seule

[00:26:01] à faire des robots ! Il y en a 150 qui se sont lancés en Chine. C'est dingue ! Et comme dans l'automobile, t'as une centaine de marques qui se sont lancées dans le véhicule électrique. Donc après, l'enjeu c'est de voir qui va ressortir de tout ça parce que c'est un peu le modèle chinois, c'est finalement de stimuler cette compétition à outrance pour faire émerger des acteurs qui deviendront des leaders mondiaux. Ouais, c'est ça. On leur dit il faut aller dans cette direction, on leur facilite complètement la vie

[00:26:30] et puis là ils s'entretuent en quelque sorte et à la fin l'État récupère les deux, trois fleurons. C'est ça le principe. En tout cas, ils créent des leaders mondiaux. C'est-à-dire que de cette compétition ne sortent que les meilleurs qui auront une capacité à passer des étapes technologiques industrielles et commerciales. C'est-à-dire leur capacité aussi à vendre en dehors de Chine. Et donc, c'est là où je pense qu'on peut créer des synergies, des ponts avec ces entreprises,

[00:27:00] des coopérations comme on le fait aujourd'hui avec Unitree et ils sont ouverts à ça. Ils sont beaucoup plus ouverts que les Américains. On voudrait travailler demain avec Optimus ou Figure AI et on parle au mur. C'est fou ça. Avec la Chine, on sait aujourd'hui travailler, on sait coopérer. Et donc, on peut essayer de développer nos valeurs ajoutées, nos services et créer de la valeur en France. Effectivement, la Chine est extrêmement

[00:27:30] demandeuse de connexions avec l'Occident, l'Europe notamment, etc. C'est ce que tu disais quand tu étais interviewé, tu intervenais également dans le film de Mathieu Stéphanie sur la Chine. Oui. Voilà, on peut découvrir tout ça. Il y a un intervenant d'ailleurs dans ce film qui dit un truc qui m'a énormément marqué. C'est un Chinois, je crois, je ne sais plus comment il s'appelle. Il dit, mais vous, l'Occident, vous êtes un monde ouvert mais avec des gens

[00:27:59] avec une mentalité assez fermée. C'est vrai. Et nous, c'est le contraire. On est un pays fermé mais on a une mentalité plus ouverte. C'est vrai. Tu penses ça ? Complètement et c'est pour ça que j'encourage et j'ai trouvé la démarche de Mathieu Stéphanie très intéressante de vouloir venir voir de ses propres yeux rencontrer les gens et je trouve que c'est ce qui ressort de ce documentaire « Comment la Chine est devenue abattable » c'est qu'on s'aperçoit qu'on avait

[00:28:28] beaucoup d'idées reçues en fait, beaucoup d'a priori et que ce n'est pas exactement ce qu'on peut s'imaginer en fait. La Chine est beaucoup plus ouverte, beaucoup plus capitaliste que ce qu'on pourrait imaginer. Jusqu'à un certain point, c'est complètement un système capitaliste. Complètement. Comment tu expliques le succès de ces entreprises que ce soit les robots, les voitures, etc. Toi qui vois ça de près, leur organisation, c'est quoi le secret ? C'est, comme je l'évoquais

[00:28:58] au TEDx également, c'est cette capacité à investir massivement dans la recherche, de faire des ponts publics privés très très forts. Est-ce que tu sais combien il sort de nouveaux ingénieurs en Chine chaque année de haute technologie ? Non, mais j'imagine que ça doit être effarant. En France, pour te donner un repère, il doit en sortir entre 40 et 50 000. En Chine, c'est 6 millions par an. Oui, mais l'échelle

[00:29:27] n'est pas la même. Non, mais pour se dire que la recherche, je veux dire, les jeunes vont massivement dans les universités de technologie. Donc, tu vois, à Shenzhen, à Nanshan, dans le quartier, la silicone robotique, il y a une douzaine d'universités de recherche, ça n'est rien de 3 kilomètres. Donc, la recherche est un élément fondamental. La supply chain, on en a parlé de tous ces sous-traitants où tu vois, tu as tout à proximité. Donc,

[00:29:57] ils arrivent à créer un prototype en 18 heures. C'est inimaginable. C'est-à-dire, ils ont une idée en 18 heures ? En 18 heures, ils te font un prototype. Et en 9 mois, ils te développent un produit complet. Voilà, c'est deux fois plus rapide que partout dans le monde. Tout est proche, tout est rapide. Tout est à portée de main. Tu as n'importe quel sous-traitant qui est disponible. Tu peux venir le jour, la nuit, changer une pièce, corriger un moteur. Tu discutes avec un professeur qui travaille sur un plan. L'après-midi,

[00:30:27] ça peut être testé directement dans une usine. Donc, voilà, la supply chain, c'est un élément fondamental. Les capitaux, beaucoup d'argent, beaucoup de fonds d'investissement. L'État, la ville de Shenzhen qui a ses propres fonds. D'où vient cet argent ? C'est quoi cet argent ? C'est des investisseurs privés ? Alors, tu as du privé, tu as beaucoup d'investisseurs privés. Tu as aussi des fonds d'État. La ville de Shenzhen a son propre fonds d'investissement de près de 8 milliards de dollars dédiés à la robotique et à l'IA.

[00:30:56] Ils offrent des loyers subventionnés pour les startups à Shenzhen. Donc, ils créent cet écosystème pour dynamiser. Et puis après, tu as cette volonté politique que nous, on n'a pas malheureusement en Europe et en France. On n'a pas de vision. C'est ça qui est très dur pour nous entrepreneurs dans la tech. C'est qu'on aimerait être soutenus avec un État qui a une vraie vision technologique. Il faut savoir que…

[00:31:26] Un plan ? Il faut revenir à la planification ? Ben oui. Je veux dire, comme du temps de De Gaulle ? Tu sais, la Chine, les dirigeants chinois sont tous des ingénieurs. Ce n'est pas des avocats ou c'est des ingénieurs. Donc, ils savent ce que c'est que faire un plan… C'est des scientifiques, pas des littéraires. Ils ne sortent pas des filières… Les infrastructures en Chine sont incroyables. Tu vois, le train, je veux dire, aujourd'hui, tu as le réseau ferroviaire incroyable en Chine.

[00:31:56] Ils créent, ils gèrent les flux incroyablement bien. Après, ils partent de plus loin et c'était un pays qui avait besoin de se développer. Nous, on est un pays qui a besoin de trouver un deuxième souffle. Ce n'est peut-être pas exactement la même problématique. Oui, certainement, mais on manque de cap. Je veux dire, on a besoin d'un cap, on a besoin d'une vision et d'être accompagné dans des choix stratégiques. Tu vois ? Et c'est ce qui nous manque. Je pense qu'on est trop réactifs,

[00:32:26] opportunistes parfois, tu vois, il y a une guerre en Ukraine. D'un coup, on se dit, il y a le prix de l'énergie. Attention, il faut monter des usines de panneaux photovoltaïques. Puis finalement, deux ans après, ah non, ce n'est plus le sujet. On est en surproduction électrique. On n'a pas besoin de solaire. Il faut arrêter l'éolien. Je veux dire, c'est terrible. C'est terrible. Notre principal frein aujourd'hui en Europe, c'est l'État. C'est du mal-dire. Alors que ça devrait être la locomotive. Tout à fait.

[00:32:57] Oui. Mais, bon alors, on est dans un monde quand même un peu incertain aussi. Et encore une fois, nous, on est dans un monde ouvert. Donc, on va être d'autant plus perméable à tout ce qui peut se passer autour. Que ce soit justement, tu parles de la guerre en Ukraine, etc. Mais on entend bien qu'il y a une vraie volonté en Chine. Tu penses que, à ce niveau-là, encore une fois, les Chinois sont plus avancés que les Américains ?

[00:33:27] Écoute, je pense que les Américains restent extrêmement forts, en effet, sur le software, sur l'IA par rapport à la Chine. La Chine est en suprématie sur le hardware. Il n'y a pas de débat. Mais je dirais que sur le software, ça reste les US qui restent devant. Nous, à nous en Europe de faire valoir notre expertise. Encore une fois, je te le disais, on a d'excellents ingénieurs.

[00:33:57] Vraiment. Et d'ailleurs, on vient nous les prendre. Ben oui, bien sûr. On a énormément d'ingénieurs qui partent aux US, qui travaillent pour des boîtes américaines. Et il faut qu'on fasse valoir notre expertise dans le logiciel parce qu'on a un modèle éducatif qui nous produit d'excellents ingénieurs. Merci beaucoup, Stéphane Bobo de Innov8. Merci. Et on peut retrouver, j'imagine, en vidéo, notamment, Taquinote

[00:34:26] de TEDx Paris. Oui, tout à fait. Et puis, bonne chance pour la suite et on a hâte de pouvoir acheter un robot pour la maison. Bientôt, bientôt, ça arrive. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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