🎤 La voiture électrique va transformer notre rapport à l’énergie (Julien Villeret, EDF)
Maison Connectée27 mai 202619:04

🎤 La voiture électrique va transformer notre rapport à l’énergie (Julien Villeret, EDF)

La voiture électrique entre dans une nouvelle phase d’accélération technologique. Recharge en quelques minutes, véhicules autonomes, plateformes logicielles : l’automobile devient un écosystème numérique à part entière.

🎤 INVITÉ : Julien Villeret - directeur de l’innovation chez EDF

En partenariat avec EDF

Punchlines

  • La voiture est comme un smartphone sur roues.
  • Une voiture électrique en France est une voiture bas carbone.
  • Les constructeurs chinois se "tirent la bourre" sur l’innovation.
  • Le futur de la mobilité est totalement systémique.
  • La recharge ultra rapide va devenir la norme.

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Pourquoi les constructeurs chinois accélèrent-ils autant sur la voiture électrique ?

La Chine est aujourd’hui un marché presque entièrement électrifié. Environ 70 % des voitures vendues y sont électriques, ce qui crée une concurrence énorme entre les constructeurs. Nous innovons très vite pour répondre au principal frein des consommateurs : le temps de recharge.

Les annonces de recharges en cinq ou dix minutes ne sont pas du simple marketing. Les technologies existent, mais elles demandent des voitures adaptées, des bornes très spécifiques et des réseaux électriques capables d’absorber des puissances gigantesques. Pour l’instant, ce sont encore des démonstrateurs, mais je pense que la généralisation pourrait arriver beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.

La voiture électrique est-elle en train de devenir un objet numérique ?

Oui, complètement. Comme les smartphones il y a quinze ans, les voitures évoluent vers des plateformes logicielles. On n’achète plus seulement un véhicule, mais un écosystème.

Tesla a ouvert la voie avec des voitures qui se mettent à jour en permanence et auxquelles on ajoute des fonctionnalités logicielles au fil du temps. Aujourd’hui, une voiture électrique embarque des services, de l’intelligence artificielle, des fonctions d’autonomie et des systèmes de recharge intelligents.

Les voitures autonomes sont-elles vraiment en train d’arriver ?

Oui, même si l’Europe avance plus lentement que les États-Unis ou la Chine. Dans plusieurs villes américaines, les véhicules autonomes font déjà partie du quotidien. Des expérimentations commerciales existent aussi au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas.

Le sujet n’est plus de savoir si l’autonomie va arriver, mais à quelle vitesse elle sera acceptée réglementairement en Europe. Et la prochaine étape est déjà en préparation avec les véhicules volants électriques autonomes qui commencent à apparaître dans certains pays.

La voiture électrique crée-t-elle une nouvelle dépendance énergétique ?

L’électricité remplace le pétrole, mais elle présente une différence majeure : elle doit être produite localement. En France, grâce au nucléaire, la voiture électrique repose sur une électricité largement bas carbone.

Mais derrière la voiture électrique se cachent aussi des enjeux industriels et géopolitiques majeurs : batteries dominées par la Chine, software souvent américain, infrastructures de recharge, souveraineté énergétique… Le futur de la mobilité dépend désormais de toute une chaîne de valeur technologique et énergétique.


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Julien Villeret: [0:01] Évidemment, une voiture électrique en Allemagne, c'est une voiture au charbon. Une voiture électrique en France, c'est une voiture bas carbone. Ça, c'est une réalité. Et c'est évidemment très important de regarder l'intégralité de la chaîne et de production d'électricité. Après, les grands pays mondiaux que sont les États-Unis, qui sont un grand pays du nucléaire également, certes brûlent beaucoup de gaz pour son électricité, mais aussi a beaucoup de nucléaire. La Chine qui fait beaucoup de nucléaire et de renouvelables. Donc, il y a quand même un mouvement mondial vers une électricité bas carbone. Monde Numérique : [0:38] Bonjour Julien Villeret. Julien Villeret: [0:40] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [0:40] Directeur de l'innovation d'EDF. Et on se retrouve comme chaque mois dans le monde numérique en partenariat avec EDF pour parler ce mois-ci de voitures électriques, Julien. Il se passe plein de choses en ce moment. Alors un regain pour la voiture électrique, sans doute à cause de ce qui se passe au Proche-Orient. Des évolutions technologiques aussi. les robots taxis qui commencent à arriver, enfin pas tellement chez nous encore en France, mais sans doute peut-être un jour ou l'autre. Et puis aussi, et je voulais qu'on commence par ça, si vous êtes d'accord, pas mal d'annonces du côté des constructeurs chinois qui, on le sait, sont très offensifs et qui ont dévoilé notamment des innovations en matière de vitesse de rechargement, parce que c'est un peu le nerf de la guerre. Alors j'en ai noté quelques-uns. X-Pen qui promet une voiture qui pourra se recharger de 10 à 80% en 12 minutes, Ziker en moins de 7 minutes, BYD qui promet qu'on pourra acquérir, retrouver 400 km d'autonomie en 5 minutes. Monde Numérique : [1:41] Alors tous ces chiffres, Julien, d'après vous, c'est de la frime, c'est du marketing ou c'est une vraie avancée technologique qui est en train de se mettre en place ? Julien Villeret: [1:51] C'est un peu tout ça. C'est-à-dire qu'il faut bien voir d'où viennent les constructeurs automobiles chinois. 70% des véhicules vendus en Chine, au moment où on se parle, sont électriques et d'ailleurs ont souvent une fonction autonome également. Donc, on est vraiment sur un marché qui est quasiment full électrique aujourd'hui en Chine. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y a une concurrence absolument colossale entre les acteurs. Et c'est vrai que pour ceux qui connaissent mal le marché chinois, on peut avoir l'impression qu'il est un peu administré. Pas du tout. Il n'y a pas plus concurrentiel que le marché chinois sur ce genre de produit. Et donc, tous les concurrents sur ce marché en Chine se tirent la bourre, pardon pour l'expression, mais voilà, font vraiment assaut de marketing, d'inventivité, d'innovation pour résoudre les pain points, les douleurs finalement que peut rencontrer le client de la voiture électrique. Puisqu'encore une fois, c'est monsieur et madame tout le monde, 70% des voitures vendues. Et donc, ça veut dire qu'ils ont regardé. Et effectivement, aujourd'hui, quand on interroge les clients, la première chose qui les freine ou qui peut les inciter à acheter une voiture, c'est qu'elles se rechargent vite. C'est-à-dire que ça aille quasiment aussi vite que quand elles se chargeaient avec de l'essence. Elles se remplissaient le réservoir avec de l'essence à la station du coin. Eh bien, on a envie de la même chose. Donc, au lieu que ça dure une demi-heure, ce qui est aujourd'hui à peu près communément admis comme une recharge rapide classique, ça prenne 5-10 minutes. et donc ils ont tous couru après ça. Julien Villeret: [3:09] Ce qui pose plein de questions techniques et technologiques, ça veut dire qu'il faut des voitures qui soient totalement adaptées, avec un voltage spécifique dans toute la chaîne électrique de la voiture. Ça veut dire qu'il faut des bornes de recharge totalement spécifiques, qui sont refroidies, et d'ailleurs souvent refroidies au nitrogène ou à d'autres technologies, parce qu'on ne se rend pas compte, mais une recharge ultra rapide, ça chauffe, ça chauffe très très fort, ça fait fondre en fait les circuits et les câbles. Et puis, ça veut dire derrière, il faut que le réseau électrique soit capable d'encaisser autant d'appels d'électricité et autant d'appels d'énergie. Donc, tout ça, c'est possible techniquement. Ça progresse très, très vite. Mais il faut que tout ça soit aligné au même endroit, au même moment. C'est-à-dire que ce soit la bonne voiture connectée à la bonne borne au bon endroit du réseau électrique pour avoir la puissance maximale. Ça veut dire qu'aujourd'hui, ce sont des démonstrateurs. Les bornes se déploient, mais très doucement, y compris en Chine. Elles se déploient relativement doucement. Mais on peut imaginer, parce que les Chinois jouent toujours le jeu du temps long, que dans un an, dans deux ans, dans cinq ans, on aura une généralisation de cette recharge rapide. Et ça veut dire que oui, on pourra tous recharger sa voiture en quelques minutes au lieu d'attendre une demi-heure, 40 minutes. Monde Numérique : [4:15] Oui, parce qu'on parle de puissance de 500 kilowatts, 1000 kilowatts, plus de 1000 kilowatts. Donc ça, pour qu'on se rende compte, c'est vraiment important. C'est énorme. Julien Villeret: [4:28] C'est très, très important. 1000 kW, c'est quatre fois la plus grosse puissance de charge disponible aujourd'hui, à peu près, sur le marché français. Et cette plus grosse puissance de charge disponible sur le marché français, elle n'est compatible qu'avec une... Toute petite, mais vraiment toute petite portion des voitures électriques aujourd'hui en circulation. Donc, très clairement, on est sur un marché d'avenir, mais voilà, Julien Villeret: [4:50] qui regarde un peu plus loin que ce qui est disponible aujourd'hui. Alors, les Chinois sont très en avance, comme je disais, avec la concurrence, avec leur marché très dynamique. Si on regarde l'Europe et la France, on est encore très loin d'avoir ce type de recharge et d'avoir les voitures capables d'accepter ce type de recharge. Après, les plateformes évoluent aussi beaucoup plus vite en Chine qu'en France. Souvent, les modèles L'électrique chinoise change de plateforme tous les deux ans à peu près. En France, on a tendance à avoir plutôt des voitures qui restent sur la même plateforme pendant 4-5 ans. Mais tout ça est en train d'évoluer très très vite. Donc on peut imaginer qu'à 5 ans, à peut-être un peu plus, 5-6 ans, on ait un marché qui aille sur de la recharge beaucoup beaucoup beaucoup plus rapide. Et ça demande évidemment beaucoup d'efforts des énergéticiens, des électriciens pour raccorder l'intégralité et fournir l'intégralité de cette énergie qui doit être concentrée de façon extrêmement puissante sur un temps très très court. Et puis, en général, pas que sur une voiture, parce qu'évidemment, si on a dix voitures qui se chargent en même temps les unes à côté des autres, on est sur des puissances faramineuses. Monde Numérique : [5:48] On passe à une autre échelle, carrément. Julien Villeret: [5:50] Mais c'est vraiment une autre échelle. Et quand je disais tout à l'heure qu'il fallait refroidir les tuyaux de rechargement, les câbles de rechargement, il faut refroidir l'intégralité parce que ça chauffe à un point qui est absolument inouï, inédit. Monde Numérique : [6:05] On n'a pas ça en France même pour les camions aujourd'hui ? Julien Villeret: [6:08] Alors on a ça, on commence à avoir ça pour les camions puisqu'il y a un très fort développement aujourd'hui de la mobilité électrique lourde comme on dit, donc les camions sur les grands axes autoroutiers. Et pour recharger un camion, on le comprend, un camion c'est gros, c'est lourd, donc il faut une très très grosse batterie, très puissante et donc c'est très long à charger. Et donc il faut effectivement des super chargeurs pour permettre de recharger. Mais là aussi, on est au tout début. On est vraiment au tout début de ce déploiement, finalement, de ces bornes très puissantes. Mais ça aussi, c'est un déploiement qui va s'accélérer, se faire très, très vite parce qu'il y a un enjeu, évidemment, qui est de décarbonisation, mais qui est aussi économique pour tous ceux, les transporteurs, tous les gens qui utilisent des camions. Et d'ailleurs, nous, c'est pour ça que chez EDF, on a annoncé pour nos 80 ans, 80 millions d'euros mis sur la table pour aider les compagnies de transport. Finalement, ceux qui ont besoin de convertir leur camion thermique en camion électrique pour leur permettre d'avoir des aides qui leur permettent d'aller plus vite vers cette électrification du transport. Vous le disiez en introduction, les soucis géopolitiques que l'on connaît ces dernières années et encore plus récemment avec les détruits d'Ormouz font que le prix du pétrole augmente très, très fortement. Et on voit bien que c'est de plus en plus un problème, cette instabilité des prix de l'énergie fossile pour les transporteurs. Et donc, évidemment, ils ont bien plus d'intérêt à passer à l'électrique. Donc, oui, toutes ces bordelats, ultra rapides, ça arrive, ça se développe, mais ça demande effectivement de nouvelles infrastructures. Donc, c'est long et ça coûte un peu d'argent. Monde Numérique : [7:36] Alors, justement, en France, on n'a pas encore ces vitesses de rechargement, mais la voiture électrique, on l'a dit, a plutôt le vent en poupe en ce moment, pour les raisons qu'on sait. Sur les deux derniers mois, on parle de 70% des ventes qui sont des véhicules électriques. Donc, ceux qui avaient déjà des voitures électriques, ils se frottent les mains, ils sont contents, ils se disent « j'ai fait le bon choix ». Et puis, il y en a plein d'autres qui avaient peut-être des réticences et qui, aujourd'hui, s'y mettent. Vous pensez qu'on est sur un mouvement de mode ou c'est peut-être un vrai décollage de la voiture électrique en France ? Julien Villeret: [8:10] Non, alors on a connu une première phase, une première phase de décollage de la voiture électrique qui a été effectivement freinée à la fois par des sujets de crise économique, des sujets aussi très clairement d'ambiance générale américaine en particulier qui ne poussaient pas les constructeurs à aller encore plus loin dans l'électrification. Mais la réalité, c'est que ce marché est reparti très fort, effectivement, depuis le début de l'année. On voit vraiment un retour des achats de voitures électriques. Et ce qui est très intéressant, c'est qu'on avait l'image de l'acheteur de voitures électriques urbains, plutôt des voitures cossues, parce que c'est vrai que c'était des voitures relativement chères jusqu'à présent. Je dis jusqu'à présent parce qu'il y avait des efforts récents des constructeurs sur le marché. Et ça, c'est en train de changer. On voit aujourd'hui de plus en plus de voitures en zone rurale, en particulier électrique, pour des questions économiques, parce que la petite voiture électrique, je pense à la petite Renault, par exemple, qui est sortie il n'y a pas très longtemps, qui fait un carton aujourd'hui sur le marché, la petite Renault 5. Une petite Renault 5, pour aller même faire 30, 40 kilomètres par jour, donc 80 kilomètres aller-retour, évidemment, sa batterie suffit largement. On n'a pas besoin d'avoir de borne de recharge électrique publique. On la recherche chez soi le soir ou à son bureau quand on y arrive. Donc, ça fonctionne très bien dans tout type de scénario. Donc, je crois qu'il y a aujourd'hui une compréhension qu'à la fois en termes d'économie, d'argent, à la fois dans l'investissement dans la voiture, mais aussi dans sa recharge et puis dans, évidemment, cette dimension écologique. Julien Villeret: [9:39] Finalement, aujourd'hui, Tout est aligné pour que la voiture électrique reprenne un développement majeur en France. Monde Numérique : [9:44] Il n'y a que des bonnes raisons. Bon, alors, il y a quand même encore des réticences. On parlait de la vitesse de charge et aussi l'autonomie, mais ça progresse énormément, là aussi, à pas de géant. On compare souvent la voiture électrique qui est aussi de plus en plus autonome Monde Numérique : [10:00] à un smartphone sur roue. Et du coup, est-ce que ce mouvement-là, ce n'est pas un peu un mouvement au niveau industriel même, comparable à l'explosion des usages du smartphone il y a 15 ans ? Julien Villeret: [10:14] Ah oui, complètement. Il y a un certain nombre d'années, on choisissait un smartphone pour son hardware. On téléphone d'ailleurs plus qu'un smartphone pour son hardware. On achetait le Nokia ceci ou le Motorola cela. Sont arrivées les grandes plateformes, donc Apple avec iOS et Android pour Google. Et tout d'un coup, on achetait plutôt un écosystème. Et donc, on peut imaginer que c'est ça qui va se passer avec la voiture électrique. C'est qu'on va de plus en plus acheter un écosystème. Tesla a été très fort pour lancer ça. C'est vraiment eux qui ont inventé ce concept de plateformisation de la voiture, où finalement, la plateforme hardware et technique, à la limite, elle est un peu abstraite. Ce qui compte, c'est vraiment le software, c'est-à-dire comment j'interagis avec ma voiture, comment elle devient autonome, comment elle donne des fonctions de sécurité que je n'avais pas auparavant, etc. Et comment elle se met à jour, parce que ma voiture, elle n'est pas la même entre le moment où je l'achète et puis quatre ans plus tard, elle se met à jour en permanence avec de nouvelles fonctionnalités. Monde Numérique : [11:08] C'est un vrai choc culturel quand même. Julien Villeret: [11:10] Et donc, ça, c'est un vrai choc culturel, effectivement, pour l'acheteur de voitures. Et donc, oui, je pense que c'est vraiment comparable. Et d'ailleurs, si on regarde aujourd'hui le marché chinois, de la même façon, les gens achètent un écosystème. Et d'ailleurs, des gens qui fabriquent des smartphones, Xiaomi par exemple, qui est un énorme leader du smartphone en Chine, c'est celui qui fabrique aussi les voitures qu'à titre personnel, je trouve les plus belles du marché. Et donc, en fait, quand on est chez Xiaomi, on peut acheter aussi bien un cuiseur de riz électrique qu'un smartphone, qu'une voiture extrêmement performante. Et donc, on rentre dans l'écosystème Xiaomi. Quand on est chez BYD, on rentre dans l'écosystème BYD. Et donc, tout ça, cette intégration finalement verticale, cette plateformisation, c'est, oui, une révolution pour le monde automobile. Alors, on l'entend depuis quelques années. Le concept n'est pas nouveau. Encore une fois, c'était cela qui l'a apporté. Mais là, ça devient une réalité. Et d'ailleurs, ça devient d'autant plus une réalité que l'on voit que les marques, hélas, souvent européennes, mais c'était vrai aussi pour des grandes marques américaines qui n'ont pas réussi ce passage au software. Julien Villeret: [12:09] Ont connu des difficultés très importantes dans la commercialisation de la voiture. Parce qu'en gros, les gens ne devaient pas acheter des voitures qui n'étaient pas performantes et risquent d'en connaître encore. Donc, il y a vraiment là quelque chose qui est un changement de paradigme et puis qui permet de faire arriver d'autres écosystèmes. L'écosystème serviciel. Aujourd'hui, on achète des services pour sa voiture. Quand on a une voiture électrique et autonome, on peut ajouter des options virtuelles. On achète son énergie aussi différemment. On a des systèmes de recharge couplés où on peut avoir effectivement une recharge préférentielle avec une gestion de la recharge intelligente pour pas qu'elle vienne peser sur le réseau au mauvais moment. Et donc, on est rémunéré pour ça. Ce sont des choses qui existent et que l'on propose également en France, d'ailleurs. Julien Villeret: [12:49] Donc, il y a plein, plein, plein d'innovations qui se développent sur la voiture. Et puis, l'autonomisation, il faut quand même en parler. C'est la révolution automobile majeure. Elle se voit dans les rues de beaucoup, beaucoup de villes aux États-Unis. Ça commence à arriver en Europe, au sens géographique du terme. Monde Numérique : [13:06] Avec le Royaume-Uni. Julien Villeret: [13:07] Avec le Royaume-Uni. Monde Numérique : [13:08] Le Royaume-Uni et puis un petit peu... Julien Villeret: [13:11] Et Tesla était validé aux Pays-Bas. Et effectivement, ça arrive tout doucement, trop doucement au goût, je crois, de tous ceux qui regardent ce sujet. Mais néanmoins, ça devient une réalité vraiment quotidienne. Et donc, on sait très bien que c'est un mouvement totalement inéductable et que la performance... il suffit de regarder tous les gens qui ont fait les tests, la performance de ces outils d'autonomie, qui n'est pas de l'autonomie totale, qui est de l'autonomie assistée par l'humain, elle est absolument incroyable. Monde Numérique : [13:38] Mais on voit qu'en France, et c'est des questions réglementaires essentiellement, et puis en France et dans d'autres pays européens, ce n'est pas encore ça. Il n'y a que des petites expérimentations à droite et à gauche. Est-ce qu'on n'est pas un peu trop prudent par rapport à ça ? Julien Villeret: [13:53] Oui, alors moi, ma vision personnelle, là, pour le coup, c'est que oui, on est trop prudent parce qu'aujourd'hui, des modèles qui sont développés dans le monde entier fonctionnent. On a parlé de la Chine, on a parlé des États-Unis. Ce n'est pas des pays extrêmement permissifs sur la sécurité. Ce sont des pays qui sont très réglementés également sur ces sujets-là. Donc, si ça fonctionne chez eux, on peut imaginer que ça pourrait fonctionner également en Europe. On a une réglementation, on le sait, en Europe qui est souvent, si ce n'est excessive, au moins très difficile à percer et qui prend du temps. On est dans ce cas-là. Julien Villeret: [14:23] Tesla espérait, en obtenant sa certification aux Pays-Bas, qu'elle se généralise dans toute l'Europe rapidement. On va voir si ce sera le cas. Très clairement, en France, on est assez peu positionnés sur ce sujet. Peut-être aussi parce que certaines grandes voies, ou en tout cas qui étaient présentées comme des grandes voies de l'IA, par exemple, expliquaient que l'autonomie, ça n'arriverait jamais, que les voitures autonomes, c'était n'importe quoi, etc. Bon, évidemment, c'est démenti par les faits. Mais ça peut être rentré aussi dans cet inconscient collectif ou chez les politiques de se dire, oui, finalement, l'autonomie, ça ne marchera jamais, ça n'existe pas, c'est dangereux. C'est évidemment pas la réalité telle qu'on l'observe. Et là, on parle de l'autonomie des voitures. Mais maintenant, on a devant nous l'autonomie des véhicules volants, qui est encore un autre sujet. Et là aussi, ça nous paraît complètement exotique vu d'Europe. Il y a aujourd'hui des Zivitol, c'est-à-dire des véhicules volants électriques et qui sont autonomes pour un certain nombre d'entre eux, qui volent déjà de façon commerciale en Chine, par exemple, aux Émirats. Et de plus en plus, des licences sont données pour là aussi faire évoluer ce nouveau marché. Alors, il reste totalement embryonnaire, soyons clairs, mais c'est aussi probablement une frontière à venir. Le taxi volant, le fameux. Monde Numérique : [15:35] Et là encore, ce sera un véhicule électrique. Bien sûr. Donc, encore plus de nécessité d'avoir de la capacité électrique, bien entendu. Monde Numérique : [15:45] Est-ce qu'on ne risque pas, malgré tout, de remplacer notre dépendance au pétrole par une nouvelle dépendance à l'électricité ? Et nous, en France, comment on a les moyens de faire face à cette éventuelle dépendance ? Julien Villeret: [15:56] Alors, la grande force de l'électricité, c'est qu'elle se stocke peu et elle se transporte mal. Donc, dit autrement, pour le dire positivement, il faut qu'elle soit produite localement. Et donc, aujourd'hui, tous les grands pays ont leur production d'électricité souveraine. En France, on a évidemment, on le sait, je le dis souvent, la chance d'avoir le nucléaire, électricité bas carbone, pilotable, disponible 24-24-77 et en quantité très importante. Monde Numérique : [16:20] Oui, parce qu'il faut aussi la produire, cette électricité. Et parfois, à partir des combustibles carbone, etc. Julien Villeret: [16:28] Évidemment, une voiture électrique en Allemagne, c'est une voiture au charbon. Monde Numérique : [16:32] Voilà. Julien Villeret: [16:33] Une voiture électrique en France, c'est une voiture bas carbone. Ça, c'est une réalité. Et c'est évidemment très important de regarder l'intégralité de la chaîne et de production d'électricité. Après, les grands pays mondiaux que sont les États-Unis, qui sont un grand pays du nucléaire également, certes, brûle beaucoup de gaz pour son électricité, mais aussi a beaucoup de nucléaire. La Chine qui fait beaucoup de nucléaire et de renouvelables. Donc, il y a quand même un mouvement mondial vers une électricité bas carbone. Donc, c'est plutôt à la fin vertueux, quoi qu'il arrive. Mais il y a évidemment la question de la production d'électricité qui est probablement assez peu problématique en termes de volume pour répondre aux besoins de la voiture électrique. Mais il y a après toute la chaîne de valeur de la voiture électrique où là peuvent se poser des questions de souveraineté. La batterie, par exemple, qui, on le sait, est largement chinoise aujourd'hui avec deux grands acteurs qui sont CATL et BYD. La question de l'accès à la batterie à long terme, évidemment, posée est une question importante. La question du software, qui est plutôt souvent américain pour le coup. La question de la recharge, on en a parlé tout à l'heure avec les technologies de recharge rapide. Il y a évidemment plein de sujets qui sont embarqués par cette voiture électrique, mais c'est un mouvement clairement inéluctable. Monde Numérique : [17:44] Du coup, le futur de la mobilité ne se joue pas uniquement au niveau des constructeurs automobiles. Julien Villeret: [17:52] Absolument pas. C'est l'intégralité de la chaîne de valeur. Et dans tous les sujets technologiques ou d'innovation qu'on connaît depuis maintenant l'arrivée du digital, on va dire, donc depuis une trentaine d'années, ils sont tous systémiques. C'est-à-dire qu'ils sont tous dépendants d'une chaîne de décision, de capacité industrielle, de production d'énergie qui y est liée. Et c'est finalement quand l'ensemble des briques s'alignent que ça fonctionne. Je peux reparler de Tesla puisque c'est un très bon exemple. C'est eux qui ont vraiment relancé le marché de la voiture électrique. Tesla, en fait, ils étaient confrontés à ce problème de la poule et de l'œuf. Ils avaient ce problème de j'ai des voitures électriques, mais je n'ai pas de borne de recharge. Donc, si je n'ai pas de borne de recharge et les clients ne veulent pas acheter des voitures électriques, ils ont développé leur propre réseau de recharge électrique à une époque où les bornes étaient peu développées. Et donc, il y a ce besoin de développer, effectivement, les différents acteurs de la chaîne alignés pour pouvoir lancer cette révolution. Mais là, on commence à arriver, encore une fois, grâce au volume de vente qu'on voit dans certains pays, y compris asiatiques, sur quand même une forme de maturité qui laisse à penser qu'il n'y aura pas de retour en arrière. Monde Numérique : [18:51] Merci, Julien Villeret, directeur de l'innovation d'EDF.
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