Transcription corrigée — Jérôme Totel / Data4
Jérôme Totel :
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0:01] On a besoin de plus de data centers. Aujourd’hui, on est en déficit de data centers en Europe. 80 % des données des Européens sont encore hébergées aux États-Unis. D’ici 2030, on a besoin de multiplier par 2,5 ou 3 les quantités de mégawatts en production en Europe pour arriver à tenir la croissance de l’ensemble des services numériques et du cloud.
Monde Numérique :
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0:27] Bonjour Jérôme Totel.
Jérôme Totel :
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0:29] Bonjour Jérôme.
Monde Numérique :
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0:29] Vous êtes directeur de la stratégie de Data4, une entreprise française qui fabrique des data centers. Vous êtes vraiment au cœur de l’actualité. Mais c’est quoi, votre métier exactement ?
Jérôme Totel :
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0:39] Alors, on ne fait pas que les fabriquer. On cherche des sites, on conçoit ces bâtiments — parce que c’est très dépendant de ce qu’on va y faire, du cloud ou de l’IA. Ensuite, on les construit, en effet, puis on les opère. Et on met à disposition des espaces d’hébergement, des salles informatiques, pour que nos clients viennent installer leurs plateformes informatiques à l’intérieur.
Monde Numérique :
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0:57] Combien de data centers actuellement, en France ou en Europe d’ailleurs ?
Jérôme Totel :
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1:01] Aujourd’hui, on est une société européenne. Le siège est en France, mais on est une société européenne. On est présents dans six pays. On a onze campus aujourd’hui, avec le tout dernier qu’on vient d’annoncer en tout début de semaine. Et on a quarante data centers à travers la plateforme.
Monde Numérique :
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1:15] Parce qu’en fait, un data center, c’est d’abord un bâtiment, avec de l’énergie, avec des installations, avant d’être des serveurs. Et les serveurs, vous ne vous en occupez pas ?
Jérôme Totel :
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1:25] C’est ça. Nous, on fabrique le bâtiment en tant que tel, avec plein de technologies de toute dernière génération, que ce soit l’électricité ou la partie climatisation. Maintenant, avec les GPU, on est en train d’installer des solutions de refroidissement liquide qu’on appelle DLC, pour Direct Liquid Cooling. Ensuite, les clients apportent leur plateforme informatique à l’intérieur : les serveurs, les baies de stockage pour stocker toutes les données, mais également les équipements réseau, que ce soit des routeurs, des switches, etc., pour que tous ces serveurs communiquent entre eux.
Monde Numérique :
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1:52] On sait à quel point on a besoin aujourd’hui de ces data centers. C’est stratégique, vous avez le soutien des pouvoirs publics, mais on sait qu’il commence aussi à y avoir des frictions, surtout aux États-Unis, où la construction des méga data centers provoque des mouvements de contestation. Où en êtes-vous en France et comment est-ce que vous gérez ça ?
Jérôme Totel :
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2:12] C’est vrai que l’acceptabilité, c’est un vrai sujet. Ce qu’on essaie d’expliquer, c’est qu’il faut finalement faire beaucoup de pédagogie. On a besoin de plus de data centers. Aujourd’hui, on est en déficit de data centers en Europe. 80 % des données des Européens sont encore hébergées aux États-Unis. Donc, par les temps qui courent, c’est quand même pas mal de rapatrier des données en Europe, premièrement. Deuxièmement, on a besoin d’innover. Et ce qu’on a calculé, c’est que d’ici 2030, on a besoin de multiplier par 2,5 ou 3 les quantités de mégawatts en production en Europe pour arriver à tenir la croissance de l’ensemble des services numériques et du cloud.
Pour construire ces data centers, on a besoin de campus de data centers, donc de grands terrains sur lesquels on va construire plusieurs bâtiments, plusieurs data centers. Et en effet, l’acceptabilité est un sujet. Ce qu’on essaie d’expliquer, c’est qu’on crée des emplois. Sur le site de Marcoussis, qui est le plus grand campus de France, qui fait 250 mégawatts, chaque jour, 1 000 personnes viennent sur le site. C’est ce qu’on appelle des emplois permanents sur site.
Monde Numérique :
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3:10] Ah oui, parce que je pensais que les data centers n’étaient quand même pas de gros, gros créateurs d’emplois.
Jérôme Totel :
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3:15] C’est sûr qu’un data center, ça ne crée pas les emplois d’une usine d’il y a 50 ans. C’est une usine moderne. Mais aujourd’hui, sur un site comme Marcoussis, vous avez 1 000 personnes tous les jours qui viennent, qui restent la journée pour travailler. Ce sont les salariés de Data4, les prestataires de Data4 et également les clients. Nos clients ont des bureaux à temps complet pour gérer toutes leurs plateformes informatiques. Donc l’emploi, c’est un sujet. L’environnement également. On a une trajectoire bas carbone.
Monde Numérique :
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3:38] Oui, bien sûr, gros sujet.
Jérôme Totel :
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3:39] C’est un gros sujet : trajectoire bas carbone, etc. Et ce qu’il faut, c’est également faire beaucoup de pédagogie. Tous les gens pensent qu’un data center consomme beaucoup d’eau. Ce n’est pas vrai. Un data center et un campus comme celui de Marcoussis, 250 mégawatts, consomme l’équivalent de 236 personnes, 236 Français, en consommation d’eau annuelle. En sachant qu’on a 250 mégawatts, ce qui est gigantesque. Donc ce n’est pas énorme.
Et puis, également, on essaie de rassurer les populations et de leur expliquer qu’on est intégrés dans le tissu local, en passant pas mal de temps dans les associations, en parrainant certains événements locaux, etc. Et c’est clé d’avoir tout cet écosystème ensemble et de travailler main dans la main.
Monde Numérique :
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4:20] On aperçoit derrière vous, sur votre stand ici à VivaTech, un système de tuyaux avec de l’eau. Elle est verte, mais je pense que ça doit être pour que ça se voie mieux. Enfin, je ne sais pas. Qu’est-ce que c’est ?
Jérôme Totel :
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4:29] Non, non, elle est vraiment verte : ce sont des algues à l’intérieur. Là, pour le stand, ce ne sont pas de vraies algues. En revanche, si vous venez à Marcoussis, sur le toit d’un de nos data centers, on a inauguré l’année dernière, en mai, ce qu’on appelle le data center bio-circulaire.
On parle beaucoup de chaleur fatale dans les data centers. C’est la chaleur qui est produite par les serveurs. Un serveur, quand il utilise de l’énergie, il chauffe. Cette chaleur, l’idée, c’est de la réutiliser. Quand vous n’avez pas de voisins qui ont besoin de chaleur ou quand vous n’avez pas de réseau de chaleur à disposition, votre chaleur, vous ne pouvez pas la mettre à disposition de qui que ce soit.
Donc, ce qu’on s’est dit, c’est : on va créer le besoin sur site nous-mêmes. On utilise la chaleur des data centers, on chauffe l’eau que vous voyez là derrière. Ces tuyaux transparents sont sur le toit, donc ils voient le jour. Avec la photosynthèse, les algues se développent grâce à la chaleur et à la photosynthèse. Ensuite, on récolte les algues. Ces algues, soit on les utilise pour des produits cosmétiques, des produits médicaux ou de la nourriture, par exemple de la nourriture animale, soit — et c’est ce que nous, on voudrait faire — on les réutilise pour de la biomasse, donc pour reproduire de l’énergie avec ces algues. C’est pour ça que ça s’appelle le data center bio-circulaire, puisqu’on utilise de l’énergie, on crée des algues et on en reproduit.
Monde Numérique :
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5:41] Est-ce qu’on peut dire que les data centers européens sont moins impactants sur l’environnement que les data centers américains ?
Jérôme Totel :
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5:47] Si vous regardez le mix énergétique, en France par exemple, si vous consommez un service numérique avec votre téléphone, avec votre smartphone, et si ce service est produit par un data center en France, vous avez un certain impact carbone, des émissions de gaz à effet de serre. Ce même service, s’il est produit aux États-Unis et que vous, depuis la France, vous le récupérez, vous aurez un impact carbone sept à huit fois plus important. Pourquoi ? Parce que le mix énergétique français est très décarboné, à 95 %, ce qui n’est absolument pas le cas des infrastructures aux États-Unis.
Monde Numérique :
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6:22] Les data centers que vous opérez, ils font quelle taille ? Est-ce qu’on peut parler de méga data centers comme aux États-Unis ?
Jérôme Totel :
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6:29] Historiquement, il y a 20 ans, on faisait des data centers de 2 ou 3 mégawatts. Ensuite, on a fait petit à petit des data centers de plus en plus gros, surtout avec plus de puissance au sol, plus de kilowatts au mètre carré. Donc des 10 mégawatts, des 30 mégawatts. On est en train de travailler sur des 70 mégawatts. Et bientôt, on sera également sur des 100 mégawatts. Les data centers qu’on a annoncés dans le nord de la France, ce sera plutôt des 100 mégawatts.
Monde Numérique :
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6:52] C’est amusant qu’on calcule et qu’on indique la puissance des data centers en mégawatts. Comment ça se fait ? Parce que le mégawatt, c’est l’énergie. Ça n’a rien à voir avec le numérique.
Jérôme Totel :
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7:02] Le mégawatt, c’est la puissance. En fait, nous, quand un client vient chez nous, il nous dit : je veux X mégawatts mis à disposition, monopolisés dans vos infrastructures, qu’il les utilise ou qu’il ne les utilise pas. Il faut que notre chaîne électrique et nos équipements de climatisation soient dimensionnés pour aller jusqu’à X mégawatts.
Après, il va consommer de l’énergie, plus ou moins d’énergie : ce sont des kilowattheures. Et là, c’est en fonction de ses usages. Un jour de soldes, si c’est un site marchand, il consommera plus d’énergie. Un jour où personne n’est sur Internet, peut-être qu’il consommera beaucoup moins d’énergie. Mais l’énergie, on ne fait que la refacturer. Notre métier, c’est vraiment de mettre à disposition de la puissance, des mégawatts, pour que le client puisse en bénéficier.
Monde Numérique :
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7:43] Il y a également une dimension sécurité très importante dans les data centers, je crois, au niveau de la sécurité en termes d’approvisionnement électrique, mais aussi contre tout type d’attaque.
Jérôme Totel :
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7:53] Il y a plusieurs niveaux de sécurité et de fiabilité. Déjà, le design de nos data centers est fait pour que, quand il y a un problème, il y ait un plan B systématiquement et automatiquement. Les chaînes électriques, on en a plusieurs. Les climatisations, il y en a plusieurs, etc. Et tout est automatique, tout est automatisé avec des robots, etc.
On supervise — c’est un point important — nos data centers en permanence. On a entre 5 000 et 10 000 capteurs par bâtiment pour vérifier que tout se passe bien. Et s’il y a un problème, on le détecte et on va le gérer avant d’avoir un plus gros problème. Donc ça, c’est plutôt la fiabilité des installations.
Ensuite, vous avez la sécurité, plutôt physique et logique, où on doit garantir à nos clients que les salles dans lesquelles ils ont leurs serveurs et leurs données, personne d’autre qu’eux ne peut y accéder. Donc ça, c’est la sécurité physique, avec des sas, avec des niveaux de sécurité plus ou moins renforcés. Plus vous arrivez vers la salle informatique où il y a les données, plus c’est sécurisé. Ensuite, on a la sécurité logicielle, cyber, pour s’assurer que, depuis l’extérieur, on ne puisse pas créer de dommages à l’intérieur des data centers.
Monde Numérique :
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8:54] Est-ce qu’on a vraiment besoin de tous ces data centers ? Est-ce que demain, l’IA ne va pas être de plus en plus embarquée sur nos smartphones, avec des puces plus puissantes qui nécessiteront peut-être moins d’énergie ? Est-ce qu’on a une vraie visibilité sur le futur ?
Jérôme Totel :
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9:11] Ce qu’on voit, c’est que les entreprises, le marché B2B, sont plutôt sur leurs applications dans un data center, parce qu’elles ont besoin d’énormément de puissance de calcul pour les faire tourner.
Monde Numérique :
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9:25] Oui, c’est leur data center : les banques, les assurances, etc.
Jérôme Totel :
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9:28] Soit c’est le leur, soit c’est chez nous, parce qu’elles préfèrent externaliser cette activité-là. Elles viennent chez nous parce qu’elles n’ont pas envie de gérer les infrastructures. En revanche, elles veulent gérer leur cœur de métier, les serveurs et leurs données. Donc les entreprises ont tendance quand même à utiliser énormément les data centers, parce qu’elles ont besoin de beaucoup de puissance de calcul, soit pour du training, soit pour de l’inférence.
Monde Numérique :
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9:48] Oui, mais est-ce qu’on en aura besoin d’autant dans trois ans, dans cinq ans ?
Jérôme Totel :
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9:52] Pour les besoins plutôt grand public, on a tendance, c’est vrai, à rapatrier également cette intelligence dans les terminaux, parce qu’on a des terminaux qui sont tellement plus puissants que, finalement, si mon terminal est capable de me répondre beaucoup plus rapidement plutôt que d’aller interroger un data center à plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres, c’est sûr que c’est beaucoup plus rapide.
En revanche, on a besoin de tellement de puissance de calcul aujourd’hui que, pour être capables de subvenir aux besoins, on a besoin de ces data centers en masse, pour pouvoir avoir cette capacité de calcul.
Monde Numérique :
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10:25] Ne serait-ce que pour développer les IA, faire de l’entraînement, afin de pouvoir ensuite les utiliser, c’est ça ?
Jérôme Totel :
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10:30] Exactement.
Monde Numérique :
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10:31] Encore une question sur la souveraineté. Est-ce que vos clients sont uniquement des acteurs français ou est-ce que vous hébergez également du Microsoft, du Google, du je ne sais qui d’autre ?
Jérôme Totel :
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10:40] On a quatre catégories de clients différentes. On a les opérateurs télécoms. La majorité des opérateurs télécoms, qu’ils soient européens, nationaux ou internationaux, sont tous chez nous, pratiquement. Ensuite, on héberge également toutes les sociétés, les grandes entreprises qui ont besoin de beaucoup de capacités d’hébergement, mais qui n’ont pas envie d’avoir leur propre data center. La moitié du CAC 40, par exemple, est hébergée à Marcoussis, sur le campus que vous voyez là derrière.
On héberge également les sociétés de services, les intégrateurs qui ont besoin d’un data center pour fabriquer un service managé et le revendre à leurs clients finaux. Et ensuite, on héberge l’ensemble des acteurs de la tech, que ce soit des grandes plateformes ou des plus petites plateformes, que ce soit des Européens, des Américains ou des Asiatiques. On a l’ensemble des types de clients chez Data4.
Monde Numérique :
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11:29] Merci Jérôme Totel, directeur de la stratégie de Data4.
Jérôme Totel :
[
11:33] Merci Jérôme.