Au CES de Las Vegas, le français Alexandre Zapolsky défend une vision européenne et souveraine du numérique. Avec Twake.ai, Linagora propose une suite collaborative open source, enrichie par l’IA, pensée pour garder les données des entreprises sous leur contrôle.
Interview : Alexandre Zapolsky, président de Linagora
Punchlines
La souveraineté numérique devient un enjeu stratégique.
Les alternatives aux GAFAM sont désormais crédibles.
Chaque entreprise peut avoir son propre modèle d’IA.
Les données ne sortent jamais de l’entreprise.
Concrètement, que permet de faire Twake.ai au quotidien ?
C’est une suite collaborative complète, augmentée par l’IA. Par exemple, une visioconférence est automatiquement transcrite, résumée et stockée dans le drive. Les contenus sont indexés dans une base vectorielle, ce qui permet de retrouver de l’information à partir des emails, des documents ou des échanges, grâce à un modèle de langage intégré.
Peut-on vraiment qualifier Twake.ai de solution souveraine pour les entreprises ?
Oui, on ne peut pas faire plus souverain que Twake.ai. Tout repose sur des logiciels open source, y compris ce que nous développons nous-mêmes. Les sources sont accessibles publiquement et n’importe qui peut installer la solution sur son propre environnement on-premise. Cela permet de garder un contrôle total sur les données, sans dépendance à un acteur extérieur.
Comment utilisez-vous l’IA sans exposer les données des entreprises ?
Nous utilisons des modèles comme Mistral, que nous affinons avec les données de l’entreprise. Cela permet de créer un modèle d’IA contextualisé, propre à chaque organisation, sans que les données ne sortent de son périmètre. C’est un point fondamental, car la conservation des données est devenue un enjeu majeur, y compris aux États-Unis.
Les entreprises sont-elles plus réceptives aujourd’hui au discours sur la souveraineté ?
Oui, clairement. Il y a une prise de conscience très forte autour de la dépendance aux GAFAM et des lois extraterritoriales américaines. De plus en plus de dirigeants cherchent des solutions résilientes et indépendantes. Twake.ai est aujourd’hui identifiée comme une alternative sérieuse et industrielle, notamment par les grandes entreprises et les PME.
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Alexandre Zapolsky: [0:01] C'est qu'on a un modèle d'IA, par exemple Mistral, qui va être affiné avec les
Alexandre Zapolsky:
[0:05] données de l'entreprise. Et donc, ça va permettre finalement d'avoir mon propre modèle d'IA contextualisé à mon entreprise, sans que mes données sortent de mon entreprise. Et ça, c'est très important.
Monde Numérique :
[0:25] Bonjour Alexandre Zappolsky de Linagora, entreprise française qui existe depuis longtemps, on se connaît depuis assez longtemps d'ailleurs. Vous êtes présent au CES de Las Vegas pour présenter votre solution, votre suite Twake.ai. Est-ce qu'on peut dire que c'est un outil souverain pour les entreprises ?
Alexandre Zapolsky:
[0:44] Oui, on ne peut pas faire plus souverain que Twake.ai, parce que tout est basé en fait sur des logiciels open source. Le rendu lui-même et nous, tout ce qu'on développe est en open source. Donc, si vous allez sur GitHub, vous allez retrouver toutes les sources de twake.ai. Et donc, n'importe qui qui souhaiterait s'installer sa propre digital workplace sur son environnement on-prem pourrait en fait tout à fait le faire. Bon, naturellement, c'est quand même assez compliqué. Donc, la plupart des gens vont plutôt venir acheter le service chez nous, soit en service managé. C'est le cas, par exemple, du Conseil national du barreau qui utilise une partie de twig.ai pour fournir des services aujourd'hui à près d'un tiers des avocats de France. La plateforme avocats.fr, toute la partie mail, la partie drive, elle est fournie par twig.ai. Et donc, c'est nous qui fournissons ça.
Monde Numérique :
[1:34] On parle de quoi exactement ? C'est une suite logicielle qui fait quoi ?
Alexandre Zapolsky:
[1:37] Alors, c'est une suite logicielle qui a une particularité, qui est open source, mais elle est profondément augmentée par l'IA. D'où son nom, twect.ai. Et donc, on offre des services à valeur ajoutée grâce à l'IA. Un exemple précis, vous faites une visio, votre visio va être automatiquement transcrite. Et cette transcription, vous allez la retrouver automatiquement dans votre drive avec un résumé automatique. Et ça, ça va permettre à le partager directement auprès de vos interlocuteurs. Vous avez besoin, de la même façon, d'une information suite à des échanges d'emails ou parce que l'information est présente dans l'un de vos documents ? Le contenu de Twerk.ai est ragué, ça alimente une base vectorielle, il y a un LLM en fait dessus.
Monde Numérique :
[2:26] Que vous les rentraînez, vous affinez le...
Alexandre Zapolsky:
[2:28] C'est ça, c'est qu'on a un modèle d'IA, par exemple Mistral, qui va être affiné avec les données de l'entreprise. Et donc ça va permettre finalement d'avoir mon propre modèle d'IA contextualisé à mon entreprise, sans que mes données sortent de mon entreprise. Et ça, c'est très important, parce que même si éventuellement on ne s'intéresse pas au caractère open source de TWEC, on le voit bien ici aux États-Unis, le fait de conserver ces données. Je ne sais pas si vous avez vu, à l'entrée du Venetian, il y a des slogans, on ne veut pas partager nos données avec les Chinois. Vous avez vu ça, Jérôme ? Il y a des gens qui font des manifs là-dessus, ils sont très conscients de garder en fait les données chez eux. Et twec.aii, c'est ce qu'on fait de mieux en matière de conservation de ces données.
Alexandre Zapolsky:
[3:15] Et donc, ça apporte une vraie valeur ajoutée de ce point de vue-là.
Monde Numérique :
[3:18] Alors, c'est une suite qui fait des choses qu'on connaît plutôt habituellement chez d'autres acteurs, les grands acteurs Microsoft, Google, qui sont très implantés dans les entreprises. Est-ce qu'aujourd'hui, malgré tout, la situation a changé ? Est-ce que les entreprises s'intéressent plus qu'avant à vous ?
Alexandre Zapolsky:
[3:38] Alors, on a recruté un formidable commercial à l'échelle mondiale. Il s'appelle Donald Trump. Je ne vais pas commenter tout ce qu'il fait d'un point de vue géopolitique, parce que j'ai envie à la fois de repartir des États-Unis et puis éventuellement d'y revenir. Non, mais c'est incroyable la pression qu'on reçoit, même à titre personnel, de ce point de vue-là. On s'autocensure grâce à ce super commercial. Mais je parle de commercial parce qu'en fait, il nous aide énormément à la prise en compte des enjeux en matière de souveraineté, et en particulier sur les sujets de souveraineté numérique. Donc, pour faire court, oui, tout est en train de changer. beaucoup de dirigeants, de décideurs qui honnêtement nous écoutaient gentiment jusqu'à présent s'intéressent réellement à la façon dont ils peuvent réellement devenir indépendants des GAFAM, de Google, de Microsoft. Et même les offres, vous savez, il y a des offres intermédiaires qui ont été créées comme Bleu, comme Sans, où on fait un sandwich, une couche française, une couche américaine, une couche française pour rassurer les utilisateurs. Et ça va généraliser bien évidemment parce que leur argument c'est dire oui, oui, ça vous permet d'avoir le bénéfice produit sans avoir le risque en matière de dépendance numérique. La réalité, c'est que tous les experts sont unanimes. On reste soumis avec bleu, avec sens, aux lois extraterritoriales américaines. Et les gens commencent à comprendre ça.
Monde Numérique :
[5:00] Alors, il y a un débat.
Alexandre Zapolsky:
[5:02] Je sais qu'ils sont sponsors de beaucoup de podcasts de grande qualité.
Monde Numérique :
[5:05] Non, non, mais ce n'est pas ça. C'est qu'ils répondent aux questions et ils disent non. Donc, alors après, il faudrait aller creuser au fin fond du moteur pour savoir qui a raison.
Alexandre Zapolsky:
[5:13] Toutes les études objectives, y compris récemment le patron de l'ANSI qui a reconnu que même si, par exemple, ces acteurs-là allaient bénéficier de StackMemCloud, ça ne protégeait pas contre les lois extra-sélectrières.
Monde Numérique :
[5:23] Non, mais c'est intéressant que vous le disiez, que disent le contraire, parce qu'on voit que ce n'est pas simple après, quand on est DSI dans une entreprise, de faire des choix. Qui a raison ? Qui dit quoi ?
Alexandre Zapolsky:
[5:32] Moi, ma conviction, en tout cas, nous ce qu'on entend, mais c'est normal, les gens qui viennent nous voir, c'est que c'est des gens qui sont assez convaincus de ce point de vue-là. C'est qu'aujourd'hui, il n'y a plus débat et il y a un vrai risque majeur en matière de dépendance. Et donc, se développe cette notion de plus en plus importante de résilience numérique. Il y a d'ailleurs une formidable initiative qui est lancée, qui s'appelle l'indice de résilience numérique. C'est David Gess qui lance ça, avec notre collègue Yann Lechelle et avec d'autres, et avec Arnaud Ponce, le think tank Digital New Deal, soutenu par le président de la Caisse des dépôts et consignations. Et donc, on voit qu'il y a un mouvement de fond. Le CIGREF s'y intéresse vraiment. Le CIGREF, c'est le club informatique des grandes entreprises françaises. Et donc, il y a une volonté de trouver des outils résilients, des outils qui aident à la souveraineté numérique. Et nous, Twek.ai, on est clairement identifiés comme une des alternatives, on va le dire, les plus industrielles ou les plus sérieuses. Et donc, on a beaucoup aujourd'hui de travaux en cours et beaucoup de sollicitations pour commencer à trouver des alternatives.
Monde Numérique :
[6:35] Mais l'un des arguments contre des solutions comme la vôtre, c'est de dire, oui, mais de toute façon, ce sera jamais au niveau de ce que proposent Google, Microsoft, etc. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? En plus, sans vouloir remuer de mauvais souvenirs, mais vous avez eu un bad buzz il y a quelques mois avec un outil qui s'appelait Lucie. Non, je n'y remonte pas à vous.
Alexandre Zapolsky:
[6:54] On ne va pas revenir sur cette vieille histoire. On s'y a expliqué cent fois. Non, la réalité, c'est qu'il faut écouter les utilisateurs. Donc, on a fait une version B2C notamment pour ça. On a quand même plus de 60 000 utilisateurs de la version B2C. Ça commence à parler, 60 000 utilisateurs. Et les retours sont extrêmement positifs. Il y a un premier plan gratuit, mais on n'arrête pas d'avoir en fait des nouveaux utilisateurs, y compris payants, ça veut dire qu'ils utilisent la plateforme, c'est gratuit jusqu'à 15 gigas, comme Google Drive, comme ce que vous pouvez trouver sur Microsoft. Et donc, les gens utilisent et dépassent en fait le premier plan gratuit, donc on a de plus en plus d'utilisateurs payants de cette plateforme Twig.ai et on lance, et c'est un peu ce qu'on vient annoncer là, ce CES 2026, la version B2B de Twack.ai en mode SaaS pour la fin du mois de janvier. Il y a une très forte demande de TPE, PME, qui, et ça c'est ma...
Monde Numérique :
[7:48] Et oui, c'est ces gens-là qui ont besoin de vous.
Alexandre Zapolsky:
[7:50] Et oui, exactement. Alors ma conviction, c'est qu'à l'instar de ce qui s'est passé sur les réseaux sociaux, alors vous et moi, on commence à être un peu plus sel et de moins en moins poivre au niveau de nos cheveux, mais nous on a été des grands utilisateurs de Facebook.
Monde Numérique :
[8:05] Ça veut dire qu'on est plus sages, c'est ça que vous voulez dire.
Alexandre Zapolsky:
[8:07] Et on a plus de recul et une meilleure capacité d'analyse. Et on était utilisateurs de Facebook. Et la génération d'après est arrivée, nous a dit non, non, nous on ne veut pas être sur... Alors nous-mêmes, on a quitté Facebook, on est passé sur WhatsApp, c'est nos parents qui sont restés sur Facebook, la nouvelle génération a utilisé Instagram, et la toute dernière, bien sûr, ils n'utilisent pas Instagram, c'est déjà un truc de vieux, ils utilisent TikTok. Et ma conviction, c'est que dans le monde de l'entreprise, vous allez avoir une génération de TPE et de PME qui se créent, qui ne voudront pas utiliser Microsoft, qui ne voudront pas utiliser Google. Parce que cette prise de conscience de l'impact négatif de ces acteurs-là à l'échelle mondiale, sur l'économie, Le fait que ça renforce les États-Unis, ça permet aux États-Unis d'avoir cette hégémonie. On a eu la chance.
Alexandre Zapolsky:
[8:51] Donc ça, ça crée un vrai rejet de la part de la nouvelle génération. Donc nous, on parie beaucoup, notamment sur les pays en développement. Et donc on a parié il y a déjà des années de ça au Vietnam. Je serai au mois de février au sommet mondial de l'IA en Inde. Parce qu'on est convaincu que c'est aussi là-bas que se créent les nouvelles entreprises. Ces gens-là, ils ne veulent pas des solutions américaines.
Monde Numérique :
[9:12] C'est un peu gonflé de venir dire ça au CES de Las Vegas, non ?
Alexandre Zapolsky:
[9:15] Bon, mais il fallait être gonflé il y a 25 ans pour dire qu'on va apporter des alternatives à IBM et à Oracle. Et c'est ce qu'on a fait avec l'Inagora au cours des 25 dernières années. Et donc, effectivement, il faut oser. Je pense que c'est la clé pour percer, exister, continuer à se développer. Ouais, c'est gonflé, mais allez, soyons gonflés.
Monde Numérique :
[9:35] Merci Alexandre Zapolsky de Linagora.
Alexandre Zapolsky:
[9:38] Merci Jérôme.














