Invité :
[
0:01] Depuis des milliers d'années, la médecine évolue avec la science. Et finalement, l'IA, c'est un outil en plus qui va permettre d'aider. Est-ce que les vaccins ont supprimé les médecins ? Est-ce que les antibiotiques ont supprimé les médecins ? Est-ce que la chirurgie a supprimé les médecins ? On peut prendre toutes les évolutions importantes. Et à chaque fois, le médecin a été renforcé dans sa capacité à agir.
Monde Numérique :
[
0:29] Bonjour Thomas Klein.
Invité :
[
0:31] Bonjour Jérôme, merci de votre accueil.
Monde Numérique :
[
0:33] Vous êtes directeur de la stratégie chez Microsoft, vous êtes basé aux Etats-Unis, et surtout vous êtes l'auteur d'un bel ouvrage, un gros ouvrage sur l'IA au service de la santé. Alors l'intelligence artificielle et la santé, on en parle j'ai l'impression depuis longtemps et on sent qu'il se passe énormément de choses dans ce domaine. Ça suscite beaucoup d'espoir, ça suscite aussi quelques craintes. Où se situe la réalité, selon vous, de ce phénomène ? Est-ce que l'IA est véritablement en train de révolutionner la santé ?
Invité :
[
1:08] C'est exactement ça. On est vraiment dans une étape absolument charnière sur toute la partie intelligence artificielle au service de la santé. Et on est là à un moment où on doit se poser les questions de ce qu'on veut vraiment pouvoir implémenter dans notre système de santé. Et vous avez absolument raison. beaucoup d'espoir et aussi beaucoup de crainte et l'objectif de ce livre c'est un petit peu effectivement de démystifier tout cela qu'est-ce que permet il y a mais aussi, Qu'est-ce que ne permet pas l'IA ? Oui.
Monde Numérique :
[
1:40] Alors, il y a toujours deux facettes sur ce sujet. Il y a le côté des professionnels de santé et il y a le côté des patients, que nous sommes tous. Donc, si on commence par le côté des patients, je dirais, est-ce qu'on peut dire qu'aujourd'hui, l'IA est vraiment un allié des patients ?
Invité :
[
1:57] Ça dépend comment ça va être utilisé. Et il y a la partie visible aussi, la partie un petit peu invisible. L'IA peut être un allié absolument crucial pour les patients. Si je peux être diagnostiqué d'une tumeur qui serait passée inaperçue, oui, je pense que c'est un allié assez fort et on a des chiffres assez parlants. Aujourd'hui, on y en aura peut-être un plus en détail, mais pour vous donner un chiffre, Jérôme, toute la partie détection de tumeurs de cancer du sein, avec l'IA, on a un taux de détection 17% supérieur. Sans IA plutôt qu'avec une IA. Donc, c'est extrêmement intéressant.
Monde Numérique :
[
2:37] Est-ce que tous les radiologues utilisent l'intelligence artificielle ?
Invité :
[
2:40] De plus en plus. De plus en plus en France comme aux États-Unis, de plus en plus. Et c'est véritablement cette deuxième paire d'yeux, si vous voulez, qui va permettre de voir les choses. Et ces yeux, ils ont deux qualités. Première qualité, c'est qu'ils ne fatiguent jamais. Et deuxième, c'est qu'ils ont tout lu. Donc, ça a vraiment un vrai apport pour toute la partie imagerie médicale de se dire, ah, j'ai ici une tumeur, un pattern qu'on va pouvoir détecter, quelques pixels dans certains cas. Et l'IA, pour mettre ça en relation avec des milliers d'autres imageries médicales, peut-être détectées à l'autre bout du monde, qui ont détecté, des années après, telle pathologie ou telle pathologie. Donc, l'IA va pouvoir alerter le praticien pour lui dire, regarde peut-être un petit peu cette partie-là, il y a peut-être quelque chose d'intéressant à surveiller.
Monde Numérique :
[
3:30] Mais j'ai envie de dire, en tant que patient aujourd'hui, on souhaiterait que toutes nos radios soient passées par l'intelligence artificielle ?
Invité :
[
3:39] Oui, je pense que ce n'est pas nécessairement la vie de tout le monde, parce que je pense qu'il y a une peur qu'il y ait un désinvestissement, peut-être, des médecins. Donc, je pense que tout le monde n'est pas vraiment dans ce cas.
Invité :
[
3:53] Et moi, c'est ce que j'essaye un petit peu de présenter, l'intérêt et aussi les limites.
Monde Numérique :
[
3:59] Bon, ça, c'est l'intelligence artificielle qui permet de reconnaissance d'images. Donc, ça existe depuis pas mal de temps. Ça s'est considérablement amélioré au fil des années. La petite révolution aussi, ça a été l'IA générative avec ChatGPT, les différentes versions. Et alors régulièrement, il y a des tests comme ça. On fait passer soit des examens pour devenir médecin à ChatGPT, soit, encore plus intéressant je dirais, des diagnostics. Et il semblerait que les résultats soient toujours assez stupéfiants. Vous confirmez ça, Chagipiti, aujourd'hui, fait de meilleurs diagnostics que des médecins humains ?
Invité :
[
4:40] Alors, ce n'est pas mon approche. Ce n'est pas mon approche de mettre en opposition les diagnostics médecins et les diagnostics des intelligences artificielles. Plusieurs remarques par rapport à ce que vous dites. Déjà, la première, c'est assez rigolo dans l'histoire parce qu'effectivement, le chat GPT, dans ses premières versions, a été benchmarké sur des textes, sur des examens de biologie, de médecine, etc. Et ça a été un petit peu le benchmark qui a aussi permis de se rendre compte du potentiel du sujet. quand il fallait avoir des raisonnements et pas que seulement redistribuer de l'information et de la connaissance. Donc ça, c'est le premier point. Par contre, l'IA, IA ou médecin, je ne sais pas. Moi, en tout cas, pour moi, ce que je veux, c'est IA plus médecin, parce que les deux ensemble, je pense qu'on va pouvoir capter beaucoup, beaucoup plus de choses.
Monde Numérique :
[
5:27] Mais c'est ça qui est montré également, selon plusieurs études. Alors, je n'ai pas la dernière en tête, mais c'était un peu ça, c'est-à-dire que les meilleurs résultats, c'est médecin plus IA, en fait.
Invité :
[
5:37] Oui, c'est toute une possibilité. Mais je vais prendre volontairement, Jérôme, si vous permettez un exemple qui sort complètement du domaine de l'IA. Est-ce que vous avez envie de monter dans un avion qui n'a pas de pilote ? Si on vous dit que c'est l'IA qui va vous amener de Paris à New York. Moi, en tout cas, aujourd'hui, je préfère qu'il y ait le pilote, mais qu'il y ait des outils automatisés pour l'aider. C'est un petit peu pareil pour l'IA. Est-ce qu'on veut...
Monde Numérique :
[
6:03] Moi, je vais vous surprendre, mais dans l'avion comme dans la voiture, je pense que oui, c'est mieux s'il y a un pilote, mais c'est uniquement pour régler, les pouillèmes de friction et de problèmes qu'il peut y avoir. Mais bon, poursuivez.
Invité :
[
6:20] Ça rejoint vraiment ce que je dis, et on est content d'avoir ce pilote pour les cas qui peuvent ne pas être gérés, ne pas avoir été automatisés. Moi, je pense que le débat n'est pas du tout de vouloir opposer médecins et IA. Je pense que c'est une erreur fondamentale de perception. Si on regarde la médecine, Depuis des milliers d'années, la médecine évolue avec la science. Et finalement, l'IA, c'est un outil en plus qui va permettre d'aider. Est-ce que les vaccins ont supprimé les médecins ? Est-ce que les antibiotiques ont supprimé les médecins ? Est-ce que la chirurgie a supprimé les médecins ? On peut prendre toutes les évolutions importantes. Et à chaque fois, le médecin a été renforcé dans sa capacité à agir. Là, par contre, je suis d'accord avec vous, Jérôme. c'est qu'elle va être différente de certains nombres d'approches pour, je dirais, trois points principaux. Le premier, c'est qu'elle va toucher toutes les spécialités de la médecine et pas une médecine spécialisée. La deuxième, c'est qu'elle va s'intéresser véritablement au raisonnement cognitif et à une capacité de brasser un nombre d'informations que personne ne pourra jamais acquérir en tant qu'individu. Et la troisième, elle nous pose un petit peu des questions sur le rôle du médecin, qui décide, qui est responsable, et comment est-ce qu'on va redéfinir finalement cette relation patient-médecin ?
Monde Numérique :
[
7:49] Oui, bien sûr. Non, mais vous avez raison de repréciser les choses, mais pourquoi est-ce qu'on compare IA et médecins ? C'est parce que, et pardon, mais là je vais jeter une pierre dans le jardin de certains médecins,
Monde Numérique :
[
7:57] certains médecins font cette comparaison. Et aujourd'hui, certains médecins se montrent réticents et vous explique que, de toute façon, tout ça, c'est pas sérieux et qu'il n'y a que la bonne vieille médecine faite par des humains qui tient la route.
Invité :
[
8:13] Vous me donnez les deux cas un petit peu...
Monde Numérique :
[
8:15] C'est un peu extrême. On rend dans un problème un peu plus social que technique.
Invité :
[
8:20] Mais c'est exactement ça. C'est aussi la thèse de mon livre. L'IA en santé n'est pas un sujet technique, c'est un sujet de société. C'est pour ça que j'ai voulu le rendre assez assez accessible, assez compréhensible pour tous les non-spécialistes. Même si vous me dites qu'il est un petit peu dense, j'ai essayé vraiment de vouloir vulgariser le propos. Écoutez, moi, mon quotidien, depuis des années, c'est effectivement de réaliser ses projets d'IA, d'accompagner les décisions pour les dire. Le taux de louper sur des sujets techniques est extrêmement faible, extrêmement faible. Ce qu'il va faire, ça va être les usages, la compréhension, définition des critères de succès, c'est vraiment ça qui est vraiment crucial pour qu'un projet d'IA fonctionne bien.
Monde Numérique :
[
9:05] Alors d'ailleurs, il y a un chiffre là qui est assez récent et qui est contraire à ce que j'évoquais juste avant et qui va dans votre sens. Je ne sais pas si vous avez plus passer ça, selon l'Axel en France, 90% des professionnels de santé utiliseraient déjà l'intelligence artificielle dans leurs pratiques, et souvent sans que les patients en aient conscience.
Invité :
[
9:27] Alors, il y a... Ça dépend de quels usages. Ce nombre ne couvre pas des usages nécessairement purement médicaux, du diagnostic par exemple, mais il peut y avoir des cas d'usage où on parlera peut-être à un moment donné très orienté back-office, back-end logistique. Je peux vous partager une anecdote, Jérôme, à mon premier rendez-vous médical aux Etats-Unis. Dans la salle d'attente, il y avait une petite affiche qui indiquait que, par défaut, une IA pourrait participer à la consultation pour aider le médecin à rédiger le compte-rendu.
Monde Numérique :
[
10:05] Le compte-rendu.
Invité :
[
10:07] Et alors, après, le médecin, il a sa machine. Est-ce que vous êtes d'accord, pas d'accord ? Il pose la question. Moi, j'étais d'accord. Et la différence, si je suis un petit peu schématique, c'est effectivement, il a passé moins de temps à taper sur son clavier, moins de temps à regarder sur son écran. Et on a un peu plus discuté. Vous savez, les Américains, le small talk, ils aiment dire ça, etc. Donc, c'était une expérience un peu plus... Un peu plus humaine, peut-être. C'est paradoxal, c'est que c'est l'IA et la médecine et la machine qui, peut-être, peut rendre les consultations un peu plus humaines.
Monde Numérique :
[
10:38] Alors, c'est ce que vous dites dans votre livre. Vous mettez en avant, justement, tout simplement le gain de temps que ça peut représenter dans une consultation. Et donc, on peut penser que ça fait de meilleurs médecins, d'une certaine manière.
Invité :
[
10:53] En tout cas, là, je vais citer les médecins. Les médecins considèrent qu'environ, 30 à 45% de leur temps est passé à faire l'administratif aujourd'hui. Donc, prenons la fourchette basse, un tiers du temps. Vous vous rendez compte ? Un tiers du temps, passer à ne pas se soigner, c'est vraiment le message qui est vraiment poussé, et ça, c'est uniforme France-États-Unis. Comment est-ce que je peux réduire ce temps à faire l'administratif ?
Invité :
[
11:22] Je crois que personne n'a embrassé une vocation en médecine pour faire l'administratif. Donc, comment est-ce que ce temps gagné me permet de discuter, répondre aux questions, me former, échanger avec des confrères, etc., etc.
Monde Numérique :
[
11:35] C'est vrai dans beaucoup de métiers et dans tout ce qui est entrepreneuriat également. On le sait. On est vite happé par toutes ces tâches administratives totalement improductives.
Monde Numérique :
[
11:45] Alors, Thomas Klein, il y a l'aspect du côté des professionnels, mais je disais ce qui est intéressant et ce qui compte aussi, ce qui nous concerne tous, c'est l'aspect du côté des patients. Vous dites que l'intelligence artificielle permet d'anticiper des maladies avant même l'apparition des premiers symptômes.
Invité :
[
12:05] L'idée, c'est vraiment de passer d'une médecine de réparation à une médecine d'anticipation. Et ça, c'est une volonté qui ne date pas d'hier, mais qui va permettre de devenir une réalité jusqu'à un certain point grâce à l'IA. Je vais vous donner un exemple très concret. Aujourd'hui, on sait très bien, en mesurant des données physiologiques continues très standards, à détecter un incident cardiaque plusieurs heures avant l'apparition des premiers symptômes. Donc, si vous avez des objets connectés, classiques, on en parlera peut-être un petit peu après, mais... C'est quoi ?
Monde Numérique :
[
12:44] C'est avec les montres, notamment ?
Invité :
[
12:45] Avec les montres, notamment, avec les bagues, avec des capteurs qui peuvent être rajouté au niveau du poignet, du bras, etc. Donc il y a beaucoup de possibilités. Et vous arrivez avec l'IA qui va pouvoir mesurer des variations légères de pattern, pouvoir envoyer une alerte en disant, Monsieur, ou un proche, ou un médecin, il y a peut-être quelque chose qui va se passer dans quelques heures, rapprochez-vous s'il vous plaît d'un centre de soins. Et on sait à quel point sur un malaise cardiaque où chaque minute compte, donc ça c'est vraiment, moi c'est ce que j'aime, c'est vraiment la technologie qui est utile et qui permet de protéger et d'aider.
Monde Numérique :
[
13:23] Oui, bien sûr. Oui, d'ailleurs, on le voit, par exemple, chez Apple, ils mettent énormément en avant tous les témoignages de patients qui disent avoir eu la vie sauve grâce à leur montre qui les a prévenus suffisamment tôt pour intervenir. Là, on n'est plus dans l'IA générative, on n'est plus dans le GPT, parce que c'est ça aussi, c'est que l'IA, c'est un hydre à plusieurs têtes, en fait.
Invité :
[
13:50] Oui, oui, oui, c'est extrêmement là. J'ai souhaité couvrir beaucoup de sujets, bien que ça puisse être encore beaucoup plus détaillé. Mais il y a effectivement toutes ces possibilités. Et la partie objet connecté, moi, il y a énormément d'espoir. Et je pense notamment à un espoir, Jérôme, pour tous les malades chroniques, tous ceux qui souffrent d'une maladie chronique. Si je schématise un petit peu, c'est un petit peu cet ange gardien numérique qui va surveiller, peut-être un petit peu décharger cette charge mentale de la personne qui est toujours en train de surveiller sa pathologie, ses symptômes, pour la décharger un petit peu et lui renvoyer les messages d'informations sans trop la polluer, sans trop de faux positifs, et pour pouvoir un petit peu la... La libérer.
Monde Numérique :
[
14:41] Mais où on en est aujourd'hui de ces objets connectés qui sont super, qui permettent, théoriquement, de surveiller la fréquence cardiaque, la tension, pas encore trop, un petit peu, ça commence à peine à arriver pour la tension. Est-ce qu'on n'est pas encore un peu loin, finalement, de ce qu'on aimerait avoir ? D'abord en termes de fonctionnalité, c'est-à-dire qu'elles ne font pas tout, et en plus en termes de fiabilité, est-ce qu'elles sont vraiment fiables, le taux d'oxygénation dans le sang, par exemple, on sait que c'est un élément important dans certains cas. Eh bien, est-ce que les montres sont vraiment fiables aujourd'hui ? Les montres, les bagues, etc.
Invité :
[
15:21] ? Oui, en fait, vous avez deux volets et vous avez parfaitement raison. Toute la partie... Un peu objet grand public, pour généraliser, qu'on peut tous aller acheter dans un magasin. Et après, vous êtes obligé un petit peu plus spécialisé.
Monde Numérique :
[
15:35] Mais à chaque fois, on nous prévient, alors attention, ce n'est pas un dispositif médical, etc. Donc à la fois, c'est un argument commercial pour dire, tiens, ça va être bien pour mesurer votre santé. Et en même temps, on vous dit, mais attention, ce n'est pas médical, donc il ne faut pas vous y fier. Donc c'est un peu un discours ambivalent quand même.
Invité :
[
15:49] Oui, je suis d'accord avec vous. Mais ce que j'aurais voulu vous mettre à l'avance, c'est toute la partie vraiment de dispositifs médicaux. Qui, eux, ont les bonnes validations au niveau de la Haute Autorité de Santé en France, FDA aux États-Unis qui permettent d'utiliser. Et vous regardez les différents produits de solution qui ont été validés sur les dernières années. La partie outils avec l'IA, c'est une part énorme des produits. Juste pour vous raconter un exemple sur la partie objet un petit peu plus professionnelle, C'est la professeure Rosaline Piccard qui est directrice de recherche au MIT, une brillante chercheure, et elle me racontait l'exemple qu'elle avait vécu dans son propre labo où ils avaient mis en place avec son équipe un dispositif de capteur au poignet qui permet de mesurer toute la partie transpiration cutanée qui va varier en fonction des émotions, le stress, l'excitation, la joie, la peur, etc. Elle a donné ce dispositif à une mère de famille qui a une fille.
Invité :
[
16:55] Qui présente des troubles du spectre autistique. Et un jour, la maman, elle était sous sa douche, elle reçoit l'alerte sur son téléphone, elle court voir sa fille. Effectivement, sa fille était tombée la tête sur le lit, tout bleu, elle ne respirait plus. Et grâce à cette alerte qui a été lancée par ce capteur qu'elle avait au poignet, ça a permis à la maman d'intervenir et d'éviter peut-être une fin qui aurait été un peu plus délicate. Donc ça, c'est déjà des choses qui existent qui sont en réalité,
Invité :
[
17:25] qui sont homologuées d'ailleurs au niveau médical et qui offrent des possibilités assez importantes.
Monde Numérique :
[
17:32] Oui, c'est formidable. Et c'est ce que vous expliquez notamment dans votre livre, c'est aussi toute la dimension de soins personnalisés, de surveillance en temps réel, que ce soit à l'hôpital ou que ce soit en dehors du cadre médical.
Invité :
[
17:45] C'est exactement ça. C'est exactement ça. L'ambition en médecine, c'est la médecine des 4P. Donc 4P, c'est une médecine qui est participative, préventives, prédictives et personnalisées. C'est les 4 P de cette médecine des 4 P. Ce n'est pas binaire, on n'y arrive, on n'y arrive pas, mais l'IA permet de continuer sur ce chemin et offre un certain nombre de possibilités. Je peux redonner un autre exemple, Jérôme, toute la partie jumeau numérique. Jumeau numérique, ça fait 50 ans, un demi-siècle qu'on en parle et ça vient, c'est une reproduction d'un individu totale en numérique ou d'un organe en particulier. Aujourd'hui, ça offre des possibilités absolument phénoménales, notamment en oncologie, pour évaluer comment est-ce qu'un patient va réagir à une chimiothérapie. La dernière étude dans Nature, la revue scientifique médicale, indiquait un taux de prédictabilité de plus de 90%. Rendons-nous compte pour la personne qui doit suivre ça, ne pas aller dans cette période de tâtons, on dose assez trop, etc.
Invité :
[
18:57] Pouvoir taper du premier coup, c'est l'ambition, quel soulagement, quel aide pour et les patients et les soignants.
Monde Numérique :
[
19:05] Si on revient à l'instant, Thomas Klein, sur l'aspect qu'on évoquait au début, sur l'aspect un peu plus social, sociétal, voire éthique, est-ce que vous imaginez demain une médecine qui sera prioritariquement IA et beaucoup moins humaine ou vraiment vous êtes convaincu que ce sera toujours la complémentarité qui s'imposera ?
Invité :
[
19:32] Le futur sera ce que nous en ferons. Et c'est pour ça que moi, j'essaie de créer le débat avec notamment cet ouvrage ou l'échange que nous avons ce matin pour un petit peu que les gens puissent prendre conscience de ce qui est possible et pas possible. Mais vous avez absolument raison, il y a des vrais enjeux derrière. Et un des enjeux, c'est aussi qu'il n'y ait pas de médecine à deux vitesses. Une médecine avec l'IA dans des hôpitaux riches et une médecine sans IA dans des zones un petit peu plus compliquées.
Monde Numérique :
[
20:00] Ou l'inverse, une médecine qu'avec IA et sans médecin, là où il n'y a pas de budget, etc.
Invité :
[
20:08] Exactement, et vous avez absolument raison, parce que rien qu'au niveau mondial, entre les pays, on voit des différences assez fortes, mais même en France. On voit bien que dans certaines régions du France, c'est très difficile d'avoir accès aux bons diagnostics, aux bons médecins, aux professeurs les plus répétés. Donc, comment est-ce qu'on va s'organiser pour que tout le monde puisse bénéficier d'un diagnostic dit expert lorsqu'on va faire des examens et avoir une consultation.
Monde Numérique :
[
20:34] Qu'est-ce que vous pensez de l'utilisation des chatbots d'IA comme Gemini ou ChatGPT pour du quotidien ? J'ai mal à la gorge, j'ai un goût bizarre dans la bouche, tiens, voici mes résultats d'analyse, j'y comprends rien, je ne vois pas le médecin avant trois jours, dis-moi ce qu'il en est.
Invité :
[
20:54] Pour moi, ça ne fait que remettre en avant ce que les médecins se plaignent un peu depuis maintenant une trentaine d'années, des gens qui vont taper sur un moteur de recherche.
Monde Numérique :
[
21:06] Etc..
Invité :
[
21:06] Etc., et qui reviennent au cabinet en disant « j'ai trouvé ce que j'avais, c'est ça que j'ai ». Donc, je pense qu'il ne faut pas tomber dans cet extrême-là. Par contre, ça ne serait pas honnête de dire que ça ne peut pas apporter des choses, ça peut apporter beaucoup de choses. Et dans les recherches que j'ai menées dans le cadre de mon livre, il y a eu un avantage absolument important c'est pour tout ce qui était diagnostique très compliqué à poser, et on parle d'errance médicale donc vous avez des gens promenés de spécialiste en spécialiste en 3, 6 mois 1 an, des fois plusieurs années personne n'arrive à mettre le doigt sur ce qu'ils ont pourquoi ? Parce que c'est des choses très rares, c'est des choses très précises très difficiles à détecter et il y a énormément de cas où la personne a pu faire ses recherches et revenir voir le médecin. Ce n'est pas se diagnostiquer soi-même, comprenez-moi bien. C'est capable d'avoir le médecin en disant « Voilà les pistes qui m'ont été données, qu'est-ce que vous en pensez ? » Et il y a énormément de cas où, effectivement, ça a permis d'éduyer et d'offrir. Donc ça, c'est l'utilisation intelligente que je dirais de l'IA. Pas faire dans son coin, mais pouvoir soumettre à quelqu'un qui a fait les études et qui a un avis de fatigue.
Monde Numérique :
[
22:15] Mais enfin, vous êtes d'accord que déchiffrer un compte-rendu d'analyse ou même un compte-rendu d'examens de radiologie, de scanner, de je ne sais quoi, qui est incompréhensible pour le commun des mortels, Chad GPT est un interprète incroyable.
Invité :
[
22:33] Et il explique simplement, et il démocratise.
Monde Numérique :
[
22:37] Et avec un élément aussi qui avait été mis en avant dans différentes études, paradoxalement, c'est l'empathie. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c'est incroyable. C'est qu'il arrive à ne pas vous angoisser et aller dans le sens de quelque chose de rassurant, etc.
Invité :
[
22:54] C'est assez rigolo parce que j'en reviens à nouveau au premier test sur toute la partie chat-GPT. Une fois qu'il avait passé les tests et qu'il avait obtenu le score AC, il a été testé par les équipes d'OpenAI sur comment est-ce que tu communiquerais avec un papa dont l'enfant a une maladie grave qui va être très difficile de guérir. Et Tchadjapiti avait effectivement, pour aller dans votre sens, une réponse très humaine sur la manière de faire.
Monde Numérique :
[
23:25] Que tous les médecins dont tous les médecins ne seraient pas capables. Certains certainement, mais pas tous.
Invité :
[
23:32] Oui, parce que les médecins, ce n'est pas des robots. Ce sont des humains comme vous, comme moi. Et puis, des jours, on est un peu pressé. On a peut-être un peu moins le temps où on ne trouve pas les bons mots. Il y en a qui savent.
Monde Numérique :
[
23:41] Il y en a qui ne savent pas.
Invité :
[
23:42] Il y en a peut-être qui ne savent pas. Ça donne vraiment cette, possibilité d'envoyer un message. Là où je permets d'équilibrer ma réponse, l'idée, ce n'est pas de rassurer à bon compte. Vous savez, il y a certaines versions de certains « Oh, c'est génial, c'est fantastique, tout va bien. » On ne peut pas non plus renvoyer des faux messages aux gens. Je pense qu'il faut avoir de l'information objective, professionnelle. Et après, toujours, j'insiste, revenir présenter ça à un médecin pour avoir un avis critique.
Monde Numérique :
[
24:15] Oui, donc on comprend bien que pour vous, l'IA en santé, c'est plus un sujet de société qu'un sujet technique, en fait.
Invité :
[
24:22] C'est vraiment ça. Comment est-ce que l'IA va pouvoir aider ? Il y a un autre volet à former tous ces profils de santé, donc il y a un énorme volet sur la partie éducation médicale. Il y a une capacité à démocratiser l'accès, réduire les inégalités avec cette IA et mettre vraiment cette technologie au service de l'humain, Donc, il y a tous ces enjeux qui, pour moi, sont extrêmement importants sur la manière dont on va vouloir se saisir de lire.
Monde Numérique :
[
24:51] Vous vivez aux États-Unis, mais vous êtes français, vous connaissez bien la France. Vous pensez qu'il y a un risque de décalage entre les États-Unis et l'Europe à ce niveau-là ou non ?
Invité :
[
25:00] Alors, je ne veux pas tomber dans le cliché où les États-Unis sont en avance, etc. Mais si je suis honnête, c'est quand même un petit peu le cas aujourd'hui. Par contre là où je veux être extrêmement, positif c'est que en France en Europe, on va prendre un peu plus de temps pour apprendre ces sujets pour vraiment créer le contexte de la confiance et si je me rebasse sur mon expérience c'est vraiment ces sujets de confiance, qui va être à terme dans le long terme, vraiment le succès d'un projet de dire donc on a nos spécificités en France et c'est complètement ok Prenons le temps.
Monde Numérique :
[
25:38] Mais c'est plus long.
Invité :
[
25:40] Peut-être, c'est probablement un peu plus long.
Monde Numérique :
[
25:42] Donc, il y a plein de gens qui ne profitent pas de ces avancées. Il faudra attendre, ce sera pour les suivants.
Invité :
[
25:47] Oui, mais pour moi, tout ce socle de confiance qu'on veut créer sur comment l'IA va être utilisé, qui va avoir accès, qui est responsable de quoi, je pense que ça fait perdre un peu de temps aujourd'hui, mais ça nous fera gagner beaucoup de temps par la suite.
Monde Numérique :
[
26:02] Encore une question, peut-être plus personnelle. Qu'est-ce qui vous a incité, motivé pour écrire ce livre ?
Invité :
[
26:11] Pour moi, c'est vraiment vouloir créer le débat et se rendre compte des possibilités. Moi, j'ai une vision quand même un petit peu 360 de l'IA dans à peu près toutes les industries au monde. Je pense que l'IA est de très loin le sujet où l'IA est le plus sous-utilisé. Et il y a beaucoup plus de potentiel. Donc, je pense que c'est vraiment le sujet où il faut accélérer, il faut s'y mettre.
Invité :
[
26:34] Et ça se comprend assez bien. en première année de médecine, les étudiants, ils apprennent primum non non quere, donc la locution latine d'abord ne pas nuire, donc c'est un certain monsieur Hippocrate il y a quelques années qui était venu avec ça dans la tech, move fast and break things donc on a vraiment deux mondes qui sont un peu aux antipodes un monde où on va aller par la prudence et mieux de la tech on va aller éviter, moi ce que j'essaye de faire, toute simplicité, en toute humilité, c'est vraiment un peu de rapprocher ces deux mondes pour mieux se parler et avancer positivement ensemble pour mieux soigner.
Monde Numérique :
[
27:10] Merci Thomas Klein, auteur de ce livre « L'IA au service de la santé ».
Invité :
[
27:18] Merci Géraud, je suis un grand fan de vos émissions et je trouve formidable toute la vulgarisation que vous faites, donc je vous remercie de m'avoir invité, mais aussi de tout ce travail de démocratisation que vous faites dans le quotidien.
Monde Numérique :
[
27:29] Merci beaucoup.