Bruno :
[
0:06] Jérôme Colombain à Paris, bonjour.
Jérôme :
[
0:08] Salut Bruno Guglielminetti. Es-tu bien rentré chez toi à Montréal, après VivaTech ?
Bruno :
[
0:13] Bien rentré, oui. J’espère un jour pouvoir me reposer. Mais ça, ça va être dans quelques fins de semaine, je présume.
Jérôme :
[
0:20] En tout cas, tu as bien fait de ne pas rester, parce qu'on est tous en train de fondre sur pied.
Bruno :
[
0:25] Oui, j'ai même voulu dire que les feuilles étaient en train de cramer, qu'elles allaient tomber, et que finalement, vous auriez des arbres sans feuilles bientôt.
Jérôme :
[
0:34] Oh, bon. Alors, revenons à la tech qui est quand même plus gaie.
Bruno :
[
0:39] Oui, bien, ça dépend pour qui.
Bruno :
[
0:43] Grosse nouvelle en fin de semaine, Apple qui hausse ses prix. Ce n'est pas vraiment une bonne nouvelle, mais il fallait s'y attendre.
Jérôme :
[
0:51] Non, il fallait s’y attendre. C’est le fameux — j’adore ce mot-là — « RAMageddon ». C’est l’Armageddon de la RAM, c’est-à-dire de la mémoire vive. En gros, c’est l’augmentation du prix des semi-conducteurs, et notamment des mémoires, qui fait qu’il y a pas mal de produits qui ont vu leur prix augmenter ou qui vont le voir. Apple avait effectivement prévenu en disant : « Ça va être chaud, là. On va essayer de faire le maximum pour rester dans des limites raisonnables », si tant est que les prix Apple, en temps normal, soient raisonnables. Tu es d’accord avec moi ? Et là, ils augmentent. Le prix le plus significatif, c’est celui du MacBook Neo, le nouveau modèle ultraléger. Sa particularité, c’est qu’il était très bon marché puisqu’il démarrait à 599 dollars. Eh bien voilà, le premier prix passe à 699 dollars.
Bruno :
[
1:51] Oui, puis tu vois, du côté du Canada, je pense que l'augmentation est de 200 $. Alors, c'est vraiment… ça donne un coup, hein?
Jérôme :
[
1:57] Oui, c'est énorme.
Bruno :
[
1:59] C’est un peu particulier parce qu’il faut rappeler que, d’usage, Apple avait l’habitude de conserver les mêmes prix, peu importe ce qui se passait, et que c’était la version subséquente qui montait — ou, rarement, descendait. Et là, ça a pris tout le monde de court parce qu’on avait beau parler du RAMageddon, les gens se disaient : « Ils vont attendre la prochaine génération, qui sera annoncée dans quelques mois. » Eh bien non, pouf ! Il faut quand même rassurer les gens : pour le moment, si la tendance se maintient, l’iPhone, l’Apple Watch et les AirPods ne sont pas touchés. Mais pour le reste, tout y passe.
Jérôme :
[
2:42] Tout y passe, MacBook Air, MacBook Pro iMac, Mac Studio, Mac mini avec des augmentations pour le prix français qui peuvent aller jusqu'à 700 euros de plus, et même les HomePod et les HomePod mini qui augmentent également. Bon, ben voilà.
Bruno :
[
2:59] Si vous avez fait l'acquisition d'un ordinateur Mac récemment, comme moi d'ailleurs, je vous félicite parce que vous avez économisé. Bravo.
Bruno :
[
3:11] Autre secteur, celui de la lunetterie. Toi, je sais que tu suis ça parce que, récemment, tu étais à Monaco pour parler à des experts. Et là, même dans Monde Numérique, tu parles à des experts. Cette semaine, on apprenait que Meta lançait sa propre gamme de lunettes connectées.
Jérôme :
[
3:30] Oui, ça va être la première fois qu’ils font des lunettes sous leur propre marque, puisqu’on a eu les Ray-Ban et les Oakley également. Donc là, ils font ça sous leur propre nom. Elles s’appellent les Meta Glasses, tout simplement. Et elles sont moins chères : elles coûteront 299 dollars, si mes informations sont bonnes, contre 380 dollars minimum pour le modèle Ray-Ban de base. C’est plutôt intéressant, sachant que ce sont des lunettes équipées d’une caméra, d’un micro, de haut-parleurs et de l’assistant d’intelligence artificielle Muse Spark. Mais il n’y a pas le petit écran que l’on trouve dans les Meta Ray-Ban Display.
Bruno :
[
4:10] Alors c'est quoi ? On veut démocratiser la lunette ?
Jérôme :
[
4:15] Oui, c’est clair que, chez Meta, ils ont une stratégie très offensive à ce sujet. Il faut rappeler que ce sont eux qui dominent le marché aujourd’hui, avec plus de 7 millions de modèles vendus, a priori, d’après les chiffres communiqués, très loin devant Google, Samsung et peut-être Apple, qui arrivera en 2027. On verra. En tout cas, c’est un sujet intéressant, ces lunettes. Moi, je suis assez fan du concept, même si je ne les utilise pas au quotidien. J’en profite juste pour préciser que, dans Monde Numérique, L’Hebdo, cette semaine, je propose une interview d’un responsable de Meta chargé notamment de la santé et du bien-être. C’est Matthew Sanders. Il me raconte plein de choses, notamment l’origine de l’intelligence artificielle dans les lunettes.
Bruno :
[
5:10] Mais tu vois, ces lunettes-là, évidemment, si on baisse le prix et que le niveau d’accès devient plus facile, cela remet encore davantage en avant la question de la protection de la vie privée. Cette semaine, je lisais — et j’ai d’ailleurs fait un article là-dessus dans mon Carnet — les propos de l’un des patrons, le directeur de la technologie chez Meta, qui disait qu’ils avaient bonne conscience et qu’ils s’en remettaient à l’évolution des bonnes mœurs publiques avec la technologie, à l’apprentissage du respect, donc à l’apprentissage social du respect des gens qui sont avec vous. D’ailleurs, je ne sais pas comment cela se passe en France, mais ici, au Québec, je voyais récemment dans le milieu hospitalier une belle affichette qui rappelait aux gens qu’on ne peut pas prendre quelqu’un en photo sans lui demander la permission. Évidemment, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec l’image de quelqu’un d’autre. Et je présume qu’en France, c’est également réglementé de cette manière.
Jérôme :
[
6:10] En France, tu sais, où est-ce que c'est précisé comme ça de manière explicite? C'est dans les avions.
Bruno :
[
6:15] Ah bon ?
Jérôme :
[
6:16] Oui, notamment sur Air France. Quand tu arrives dans un avion Air France, désormais, tu sais, dans les petites annonces que les hôtesses font au début, avant le décollage, il y a : « Ne prenez pas en photo des personnes sans leur consentement. Merci de ne pas prendre d’images, etc. »
Bruno :
[
6:32] Waouh.
Jérôme :
[
6:33] Oui, oui. C'est clairement spécifié avant chaque vol maintenant. C'est sûr qu'en appeler à la bonne conscience et surtout au civisme des gens, il faut le faire. Oui, et ça fait rire un peu. Ça fait rire un peu, oui, mais enfin, il n'y a pas 36 solutions, sinon quoi, on va leur casser la gueule dès que quelqu'un utilise des lunettes. Mais je pense que l'effet le plus pervers, et on en avait parlé avec François Sorel, rappelle-toi, il avait fait une remarque qui était intéressante, le drame, c'est que le simple fait d'avoir ce genre de lunettes, ça induit de la suspicion. C'est-à-dire que même si tu n'es pas en train de filmer ou de prendre des photos, c'est-à-dire que du coup, la petite lumière s'allume, donc là, ça se voit, c'est clair, c'est évident, Mais le simple fait...
Bruno :
[
7:15] C'est ceux qui n'ont pas enlevé la petite lumière, ça. Parce qu'il y a toute un business maintenant qui existe.
Jérôme :
[
7:21] Oui, OK. Mais je pense que ce n'est pas majoritaire. Tout le monde ne va pas l'enlever, cette petite lumière. Mais donc, pardon.
Bruno :
[
7:30] Mais poursuis. Donc, avec la petite lumière qui s’allume…
Jérôme :
[
7:32] Mais voilà, je pense qu'il y a une suspicion à l'égard des gens qui ont des lunettes avec un objectif. Et parce que ça se voit, et surtout quand on connaît un peu le concept, ça se voit. Donc, il y a une méfiance. Et ça, c'est dommage. Parce que là, du coup, il va falloir quand même s'habituer à ces trucs-là. On a le droit de porter des lunettes comme ça et il ne faut pas que tout le monde soit sur la défensive.
Bruno :
[
7:51] C’est intéressant que tu dises ça : on a le droit de porter des lunettes comme ça. Mais dans un pays où c’est réglementé, par exemple, est-ce qu’en France tu as le droit d’installer une petite sonnette Ring devant ta maison ?
Jérôme :
[
8:06] Non, tu n'as pas le droit. Si tu filmes la voie publique, tu n'as pas le droit.
Bruno :
[
8:09] Avec les lunettes, qu'est-ce que tu filmes exactement ? Il y a un risque de filmer la voie publique. Il y a un risque de filmer des gens qui n'ont rien à voir avec toi.
Jérôme :
[
8:18] Oui, mais pareil avec ton smartphone, en fait.
Bruno :
[
8:21] Oui, je le sais. C'est juste que ton smartphone, tu ne l'as pas 24 heures sur 24 devant toi. La paire de lunettes, tu l'as sur ton nez. Mais c'est ça que je trouve intéressant.
Jérôme :
[
8:30] Bien sûr. On n'a pas fini d'en parler de cette histoire-là.
Bruno :
[
8:33] Non, mais je trouvais ça intéressant, puisqu’on parlait des lunettes, de rappeler que les grands patrons de Meta, eux, font confiance à l’apprentissage. Ça me fait beaucoup rire.
Bruno :
[
8:46] Je t'amène ailleurs, mais je t'amène plus près de chez toi, parce qu'il y a une histoire que je ne comprends pas trop, et je veux juste savoir ce qu'il y en a. J'ai entendu parler, mais je n'ai pas lu grand-chose là-dessus, sur l'euro numérique. Qu'est-ce que c'est exactement ?
Jérôme :
[
9:01] Ah, l'euro numérique, c'est notre prochaine future super invention, Bruno. C'est quoi? Oui, eh bien, l'euro numérique, ça va être une version numérique de l'argent liquide, en fait. C'est ça l'idée. C'est-à-dire, ce n'est pas du bitcoin, c'est de l'euro par définition.
Jérôme :
[
9:23] C'est une monnaie numérique qu'on pourra avoir dans un portefeuille numérique, sur son smartphone et qu'on pourra utiliser pour faire plein de choses, pour payer dans des commerces, mais aussi pour envoyer de l'argent à quelqu'un, à un particulier, à un ami, etc. Et le but du jeu derrière ça, c'est de contrer les systèmes de paiement américains. Parce qu'aujourd'hui, quand tu veux utiliser ton wallet pour payer dans les magasins, en fait, tu utilises Apple Pay, tu utilises Google, tu vas utiliser Mastercard, PayPal, etc. Ce n'est que des systèmes américains. Donc, ils prennent le problème un peu différemment. Au lieu de développer un réseau de paiement, on développe carrément une monnaie numérique. C'est un truc qui est dans les tuyaux depuis pas mal de temps et qui vient de franchir une étape importante parce que c'était le 23 juin, il y a eu un vote en commission des affaires économiques et monétaires qui a adopté le principe, ce n'est que le début du parcours législatif, après il va y avoir un nouveau vote au mois de juillet et puis des discussions entre les États membres, etc. Mais en principe, il devrait commencer à y avoir des pilotes, donc des tests à partir de 2027. C'est un truc dont on parle depuis pas mal de temps, cette histoire-là.
Bruno :
[
10:38] Ça va être intéressant. Mais c'est drôle, parce que quand on parle de monnaie numérique, moi, ça me rappelle, il y a quelques années, il y avait la Banque du Canada qui, évidemment, est un peu comme la Banque de France. C'est eux qui gèrent les choses monétaires et notamment l'impression des billets de banque. Et eux avaient planché sur un système comme ça de monnaie numérique canadienne et puis finalement ça fonctionnait tellement bien que plutôt que de le rendre public et de le rendre accessible aux Canadiens ils l'avaient vendu à une entreprise je m'excuse mais je ne me souviens plus à quelle entreprise qui par la suite a pris le système qui avait été monté par la Banque du Canada, et l'avait utilisé l'avait exploité mais je ne me souviens plus c'est qu'elle mais encore aujourd'hui ça fonctionne et là, plus récemment Ils se sont fait dire qu'il fallait qu'ils préparent à ça, qu'ils se préparent à créer quelque chose. Alors là, tout le monde se remet au travail là-dessus. L'idée étant justement de rendre, la façon de payer numérique et donc à quelque part. Et ça, c'est ça. Quand on en parle au Canada, c'est de permettre donc aux Canadiens de ne plus avoir à utiliser des billets de banque ou même des cents pour payer, mais bien de pouvoir payer directement avec un portefeuille numérique. Mais là, chaque fois qu'on parle de ça, qu'est-ce qui se passe? Bien, il y a évidemment un tollé de protestations. Puis, j'ai dit, oui, mais qu'est-ce qui va arriver avec l'argent comptant qu'on a caché en dessous de son matelas pendant toutes ces années?
Bruno :
[
12:04] Moi, je travaille, puis je fais de petits boulots de temps en temps, et les gens me paient comme ça. Qu’est-ce qu’il va en être de la traçabilité des transactions ? C’est tout cela que la monnaie numérique, légale et mise en place par un pays, vient soulever comme enjeux.
Jérôme :
[
12:20] Ben oui, on sait que toi, Bruno, souvent, tu fais de la réparation mécanique de voiture, c'est ça?
Bruno :
[
12:24] Oui, ou l'installation de climatisation.
Jérôme :
[
12:27] Ou de l'installation de climatisation, oui, tout à fait.
Bruno :
[
12:29] C'est pour ça que j'étais en France la semaine passée.
Jérôme :
[
12:32] Tu peux revenir à la maison, parce que j'ai un problème en ce moment. Oui, mais c'est vrai que ça gueule un peu parce que les gens ont peur que du coup, ça accélère la disparition de l'argent liquide, du véritable cash. Il y a des craintes par rapport à la traçabilité. On pense que ça va être un énorme système de flicage, ce truc-là.
Jérôme :
[
12:53] Écoute, cette crainte-là est prise en compte. Et normalement, dans le projet, il est clairement expliqué que ce système sera anonyme et ne permettra pas…
Jérôme :
[
13:06] …de tracer plus facilement les transactions. Bon, alors, est-ce que, lorsque l’on arrivera au bout du processus, on en sera exactement au même point ? Est-ce que les grands principes seront respectés ? On ne sait pas. Mais, en même temps, on ne peut pas refuser un truc comme ça. On a besoin de monnaie numérique. Moi, je ne suis pas persuadé que cela fera totalement disparaître le cash, même si, personnellement, je n’en utilise plus. Je ne sais pas pour toi, mais moi, il y a eu la période où je ne sortais plus sans ma carte bancaire, puis celle où je n’utilisais plus que mon téléphone portable. Aujourd’hui, je n’emporte carrément plus ma carte bancaire. Mais même avant, cela faisait des années que je n’avais plus d’argent liquide sur moi. Je n’ai que mon téléphone et ça passe partout. Tu vas à l’étranger, il y a plein de pays où cela fonctionne très bien, etc. Donc, on a besoin de ça. Et c’est important que cela vienne des banques centrales, parce que cette monnaie, l’euro numérique, sera mise en place par la Banque centrale européenne. Il faut contrer les systèmes de paiement qui viennent d’autres pays, notamment américains. Il y a donc une nécessité de reprendre notre souveraineté sur un sujet hautement régalien : la monnaie, par définition. C’est important.
Jérôme :
[
14:28] On ne peut pas... Enfin, je pense que c'est plutôt une bonne chose, mais on est assez pionnier parce que ça n'existe pas ailleurs pour l'instant. Ça existe en Chine. Bon, alors tu vas me dire, ce n'est pas forcément le meilleur exemple. Peut-être que ce n'est peut-être pas le truc super rassurant. De se dire qu'il n'y aura qu'en Chine et en Europe qu'il y aura une monnaie numérique comme ça. On salue nos amis chinois, un pays qui fonctionne très bien, mais qui n'ont pas forcément les mêmes conceptions des libertés individuelles que nous. On va voir ce que ça va donner. Récemment, quand j'étais au Brésil, j'ai découvert le système qui s'appelle Pix, qui a également été mis en place par la Banque centrale du Brésil, qui est un succès énorme. C'est un vrai succès populaire. Et donc, ils ont gagné leur pari. Ils ont récupéré leur souveraineté sur le paiement numérique. Et c'est ça qu'il faut voir. Je crois que c'est vraiment ça qu'il faut voir. Juste encore un mot, il y en a d'autres qui sont inquiets, c'est les banques. Parce que les banques...
Bruno :
[
15:21] Ah oui ?
Jérôme :
[
15:22] Oui, parce que les banques craignent que les gens, si ça fonctionne trop bien, l'euro numérique, eh bien, on va mettre nos économies sur de l'euro numérique. Et donc, ça zappera les banques parce que ça ne passera pas par les banques, ces trucs-là. Et donc, l'argent sortira des comptes d'épargne en banque pour aller sur du réseau et sur de l'euro numérique. Parce qu'a priori, on sera directement en contact avec la banque centrale et il y aura une forme de confiance, a priori, dans cette monnaie. Voilà, gros sujet. Donc, rendez-vous en 2027 pour les premiers tests. Et alors, attention, tiens-toi bien, ça ne va pas arriver tout de suite. On parle d'un possible lancement en 2029.
Bruno :
[
16:05] Moi, j'aurais dit 2030. Tu vois, vous êtes assez rapide.
Jérôme :
[
16:08] Voilà, mais on va carburer. On va faire très, très vite.
Bruno :
[
16:14] Hé, permets-moi qu'on reste en Europe toujours.
Jérôme :
[
16:17] Je te permets, je te permets.
Bruno :
[
16:18] Merci. C'est quoi cette histoire-là de faux scandales de l'IA dans la presse allemande?
Jérôme :
[
16:24] Oui, c’est rigolo. Deux journaux allemands ont retiré des articles qui avaient été écrits par de l’IA ou, en tout cas, dont on a découvert que les auteurs avaient utilisé de l’intelligence artificielle. Et cela a fait scandale parce que c’étaient des auteurs connus : l’un était éditorialiste, l’autre ministre. Les clients et les lecteurs ont crié au manque de transparence, etc. Mais, en fait…
Jérôme :
[
16:53] C'est de la fausse pudeur, cette histoire-là. On en a déjà parlé ensemble. Je veux dire, d'abord, tu ne peux pas freiner l'arrivée de l'intelligence artificielle dans les rédactions. Et puis, il y a plein d'hypocrisie. On tolère que, par exemple, un article signé par, je ne sais pas quoi, un homme politique, par exemple, ait été écrit en réalité par son conseiller, revu et corrigé, etc. Ou même dans la presse, c'est-à-dire depuis toujours, il y a les articles qui sont écrits par les rédacteurs, les reporters, et en principe, quand les rédactions ont les moyens, derrière c'est relu, c'est édité. Il y a des secrétaires de rédaction qui génèrent les titres, même qui reformulent des articles. Donc un article, il n'est pas brut comme ça, sortant du cerveau de son auteur. Et dans la mesure où l'auteur assume pleinement les idées qui sont exposées et qu'il signe et qu'il en endosse la paternité, je ne comprends pas pourquoi on va... Voilà, c'est complètement... Mais, c'est le reflet d'un truc qui est tellement nouveau, on ne sait pas par quel bout prendre les choses et du coup, c'est un peu la panique. Bon, bref, voilà.
Bruno :
[
18:01] Mais est-ce que c'est ça, d'après toi, qui fait qu'on revient avec la gouvernance européenne, mais ils veulent commencer à poser des identifications sur le contenu qui est produit par l'IA? Est-ce que c'est ce genre d'histoire-là?
Jérôme :
[
18:17] T'as raison. Alors, ça, c'est… Non, je ne sais pas si ça concernera les articles.
Bruno :
[
18:22] Les textes des journaux.
Jérôme :
[
18:24] Et en plus, ce n’est pas en Allemagne, c’est en France… Ah non, pardon, c’est la Commission européenne. Tu as raison. C’est une décision qui a été prise il n’y a pas longtemps et qui va entrer en vigueur très vite, début août 2026 : un étiquetage obligatoire de certains contenus générés par IA, principalement des images. Cela concerne les deepfakes, les textes d’intérêt public et les agents conversationnels, donc c’est assez large. Il faudrait indiquer que le texte a été écrit par une intelligence artificielle. Cette marque devra être visible par le lecteur et également lisible par la machine. Mais, en réalité, on voit déjà que c’est un petit peu bidon parce que cela vient s’ajouter à d’autres choses qui existent déjà. Aujourd’hui, tous les géants de la tech ont mis en place ce genre de dispositifs.
Bruno :
[
19:14] Pensons à Gemini qui te met déjà un petit logo quand tu utilises leur outillage pour faire une illustration, notamment.
Jérôme :
[
19:23] OpenAI aussi fait des choses comme ça, Microsoft également. Et puis surtout, je veux dire, si c’est une intention malveillante…
Bruno :
[
19:36] Je ne pense pas que tu vas mettre…
Jérôme :
[
19:39] Le logo : « Ceci est un fake. »
Bruno :
[
19:39] Le logo : « Ceci est un fake. »
Jérôme :
[
19:40] Tu vois.
Bruno :
[
19:42] Je vois ça dans tout le pourriel qui rentre. « Ceci est un fake ».
Jérôme :
[
19:45] « Ceci est un fake ». Mais bon, alors c'est vrai que par exemple pour l'histoire des articles en Allemagne, oui, ça pourrait être cohérent.
Bruno :
[
19:54] Aïe, aïe, aïe, aïe.
Jérôme :
[
19:57] Merci de ce commentaire, Bruno. Tu as raison de souligner. Ah non, mais aïe, aïe, aïe, aïe, je le dis.
Bruno :
[
20:03] Non, mais Jérôme, quelquefois, les mots, ça ne sert à rien. Vaut mieux des onomatopées ou des râles.
Jérôme :
[
20:08] Oui, oui, tout à fait.
Bruno :
[
20:09] Écoute, mettons un peu de jovialité dans cette discussion que nous avons. Parle-moi un peu du sommaire de Monde Numérique cette semaine.
Jérôme :
[
20:18] Cette semaine, dans Monde Numérique, je parle des lunettes Meta, comme je te l’ai dit, avec une interview de Matthew Sanders qui est vraiment intéressante. Il revient sur les origines des lunettes et aussi sur la question de l’acceptabilité, qui est le gros sujet. C’est une interview que j’ai réalisée à VivaTech. À VivaTech, j’ai également rencontré, sur un autre sujet qui me semble assez intéressant, l’une des plus grosses sociétés qui fabrique des data centers. Tu sais qu’il y a plein d’inquiétudes au sujet des data centers aux États-Unis, mais également chez nous aujourd’hui. Cette entreprise remet un peu les pendules à l’heure. On apprend notamment que c’est beaucoup moins polluant ou, en tout cas, beaucoup moins consommateur de ressources en eau que ce que l’on pourrait croire, du moins en France, parce que nous sommes de bons élèves en matière d’environnement. Il faut le signaler. Et puis, sinon, on parle aussi de cybersécurité, avec la réponse européenne à la crise Mythos. Des organismes, notamment l’OTAN, se rapprochent de différentes compagnies spécialisées en cybersécurité pour essayer de développer des outils capables de contrer les outils américains d’intelligence artificielle appliqués à la cyber. Bruno, de quoi parles-tu cette semaine dans ton Carnet ?
Bruno :
[
21:38] Écoute, je me tourne du côté de l’armée canadienne parce qu’en ces temps difficiles pour le Canada, où l’on ne sait plus trop à qui faire confiance sur notre continent nord-américain, on doit commencer à changer et à mettre à jour nos pratiques ainsi que nos équipements. Je me suis entretenu avec un très haut gradé de l’armée canadienne, qui me parle de sa modernisation. Évidemment, on parle de drones, des hommes, de formation et de cette nouvelle réalité dans laquelle ils doivent opérer. C’est assez intéressant et c’est la première fois qu’un haut dignitaire de l’armée canadienne donne ce type d’entrevue. Je suis très content qu’il le fasse dans le cadre de mon Carnet. Sinon, je vais te parler de quelque chose que tu ne connais pas, mais dont je suis très heureux de parler : les CCTT.
Bruno :
[
22:39] Les CCTT : il faudra écouter l’entrevue que je fais avec le patron de cette organisation. Ce sont des centres de savoir et d’expertise. Au Québec, quand les jeunes terminent le secondaire — l’équivalent du lycée — et avant d’entrer à l’université, ils passent généralement deux ans au cégep, dans ce que l’on appelle le collégial. Pendant ces deux années, certains peuvent acquérir une expertise très pointue qui leur permettra d’entrer directement sur le marché du travail plutôt que de poursuivre à l’université. Dans ces corps de métier où il existe une expertise, notamment technologique — et c’est pour cela que je parle des CCTT —, il y a tout un savoir-faire qui est maintenant partagé avec…
Bruno :
[
23:24] …de jeunes entrepreneurs et des PME, partout au Québec. D’ailleurs, c’est reconnu ailleurs au pays : certains font appel à leur savoir, aussi bien dans le numérique au sens large — le quantique, l’IA — que dans la transformation numérique des entreprises. Je commence donc une série de rencontres avec des gens qui œuvrent dans ce domaine, parce qu’encore aujourd’hui, ici au Québec, ils sont très peu connus. À un moment donné, je me suis presque fâché. J’ai dit : « Non, mais là, il faut les faire connaître ! » Je présente donc une série de rencontres avec ces gens qui sont, j’allais dire, des sommités dans leur domaine, mais qui ne sont pas connus du grand public. Ce sera l’occasion de les faire découvrir. Je commence avec Ludovic, le grand patron des CCTT, pour présenter le concept. C’est vraiment intéressant parce qu’on est dans le pratico-pratique, pas dans la recherche universitaire. Et, quelquefois, pour des entreprises qui veulent aller plus loin dans leur développement ou leur recherche, c’est exactement ce type de savoir qu’il leur faut. C’est donc pour donner de l’espoir aux gens qui cherchent des alliés dans leur développement. Voilà.
Jérôme :
[
24:35] Super. Eh bien, écoute, bonne écoute à tous tes auditeurs.
Bruno :
[
24:40] Ben oui, puis moi, je te remercie d'être passé chez nous. Et je te donne rendez-vous la semaine prochaine.
Jérôme :
[
24:45] À la semaine prochaine, Bruno. Ciao, ciao.