L’espace, nouvel Eldorado des Data Centers pour l’IA ?

Les géants de la tech américaines explorent une idée pour le moins ambitieuse, des data centers en orbite pour contrer la soif d’énergie de l’intelligence artificielle. Face à la saturation des réseaux terrestres et à la pénurie d’électricité, surtout aux États-Unis, ces projets promettent une énergie illimitée du soleil, mais butent encore sur des défis techniques et économiques majeurs.

Et si nous installions autour de la Terre certaines infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle ? Cela permettrait de profiter d’un rayonnement solaire permanent pour les alimenter. Si l’idée semble sortie de la science-fiction, plusieurs propositions concrètes sont déjà à l’étude.

Les besoins croissants du numérique, et surtout de l’intelligence artificielle, exigent des data centers toujours plus vastes et gourmands en composants informatiques, notamment des puces graphiques utilisées pour entraîner les modèles d’IA générative.

En 2025, cette consommation représente environ 2% de l’électricité mondiale (536 TWh pour l’ensemble des data centers), avec des prévisions de doublement d’ici 2030 (1 065 TWh), soit l’équivalent de la consommation d’un pays comme l’Ouzbékistan. C’est dans ce contexte que des entreprises technologiques envisagent de déplacer ces infrastructures dans l’espace.

Google, Nvidia, OpenAI et l'Europe dans la course

Google, a lancé son projet Suncatcher : elle imagine une constellation de mini-data centers orbitaux, équipés de processeurs spécialisés pour l’IA, interconnectés les uns aux autres (par des liaisons optiques ultrarapides) et alimentés uniquement par l’énergie solaire. L’entreprise voit une architecture en essaim, plus proche d’un réseau vivant que d’un centre de données traditionnel, capable d’évoluer avec les lancements successifs.

Sundar Pichai, le CEO de Google, a donné comme clarification du projet : « Nous allons envoyer de petits racks de machines en satellites, les tester, puis scaler. Dans une décennie, ce sera une façon normale de construire des data centers. » Google prévoit, dans un document d’étude, d’envoyer deux satellites tests de data centers solaires en 2027.

Un acteur plus concret est Starcloud, une startup soutenue par Nvidia Inception. Starcloud développe directement des satellites : son premier modèle, Starcloud-1, qui pèse 60 kg et a la taille d’un frigo, a été lancé pour la première fois le 2 novembre par une fusée SpaceX. À l’intérieur, le premier GPU data center de Nvidia (H100) offre 100 fois plus de puissance GPU que les systèmes spatiaux précédents.

Son objectif de faisabilité, le traitement en temps réel de données d’observation terrestre (imagerie optique, hyperspectrale, agriculture, météo locale, détection de feux de forêt et réponses d’urgence). La startup bénéficie du soutien de NVIDIA, qui produit la majorité des puces graphiques pour l’intelligence artificielle.

Autre acteur à ne pas oublier : OpenAI. Pour le moment impliqué dans le projet titanesque de Stargate, un méga-programme d’infrastructures pour l’intelligence artificielle lancé en janvier 2025 avec Donald Trump, prévoyant 500 milliards de dollars d’investissement pour 10 gigawatts de data centers aux États-Unis, il pourrait également s'y intéresser.

Sam Altman, le patron d’OpenAI, envisage en grand le futur pour l’espace : « J’adorerais construire la sphère de Dyson autour du système solaire et en faire le data center géant du monde avec toute l’énergie du Soleil. Ça attendra quelques décennies. » (Juin 2025)

L’Union européenne s’intéresse également au sujet, elle explore activement les data centers spatiaux via le projet ASCEND (Advanced Space Cloud for European Net zero emission and Data sovereignty), piloté par Thales Alenia Space depuis 2022, dans le cadre du programme Horizon Europe. Il s’agit d’une étude de faisabilité technique, environnementale et économique pour des data centers orbitaux visant à réduire l’empreinte carbone. Soutenu par l’Union européenne, le projet réunit plusieurs acteurs, dont ArianeGroup, Orange, Carbone 4 et Airbus.

Pour l’instant, aucune infrastructure n’est opérationnelle dans l’espace, mais depuis cinq ans, de nombreux projets avancent et pourraient aboutir dans la prochaine décennie.

Des défis techniques et économiques majeurs

L’argument principal est celui de l’accès à une énergie solaire illimitée, sans les contraintes atmosphériques, permettant aux panneaux solaires une exposition constante toute l’année.

Toutefois, ces projets font face à des obstacles. D’abord, les radiations solaires et les températures extrêmes usent plus vite les composants embarqués, comme les puces graphiques. Dans le vide spatial, le refroidissement liquide est impossible, il faut pour cela avoir recours à des radiateurs géants pour dissiper la chaleur, réduisant l’espace pour d’autres éléments. L’absence d’accès facile pour les réparations et les risques de micrométéorites compliquent le tout.

Enfin, la viabilité économique est incertaine en raison des coûts d’envoi. Pour une échelle industrielle, il faudrait lancer des centaines de tonnes, soit des milliers de satellites dans un espace déjà bien occupé.

Aujourd’hui, le prix le plus compétitif pour envoyer une charge utile en orbite basse est celui de SpaceX avec Falcon Heavy, autour de 1 400 dollars le kilogramme. Avec Starship, son lanceur lourd entièrement réutilisable, ce coût pourrait chuter de dix fois dans les prochaines années.

Jeff Bezos, patron d’Amazon et de Blue Origin, a partagé sa vision des data centers spatiaux le 3 octobre lors d’un salon en Italie : “Nous pourrons battre les coûts des data centers terrestres dans l’espace dans les prochaines décennies, en 10-20 ans.”

Amazon et sa filiale cloud AWS bénéficient d’être sous le même toit que Blue Origin, dont le lanceur réutilisable New Glenn pourrait rivaliser avec SpaceX dans la prochaine décennie. Ce sont ces avancées en réutilisation des lanceurs qui incitent les géants de la tech à miser sur l’espace.

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