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0:01] Sam Altman est-il un sale type ? Ce n'est pas moi qui pose la question, mais le média américain The New Yorker, qui dresse un portrait très dur,
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0:09] sans concession, du patron d'Open & High. À travers une longue enquête publiée début avril, qui repose sur plus de 100 entretiens, 200 pages de documents internes, le magazine recense une liste impressionnante de griefs à l'encontre du co-créateur du célèbre chatbot Chajipiti. Altman y apparaît, selon ses détracteurs, comme menteur, manipulateur, opportuniste et obsédé par le pouvoir. Au cœur de l'article, il y a notamment un document interne, un document clé, un mémo rédigé en 2023 par Ilia Sutzkever, co-fondateur et figure scientifique majeure d'Openei, qui, rappelez-vous, a finalement quitté la société après un épisode rocambolesque d'aller-retour de Sam Altman. C'était donc en novembre 2023. Ce texte parle à propos d'Altman d'un pattern de malhonnêteté, un schéma récurrent de fausse représentation des faits. Devant la direction et le conseil d'administration de l'entreprise, Sotskaver y dépeint Altman comme quelqu'un qui déforme la réalité pour servir ses ambitions.
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1:11] Un grief repris par plusieurs anciens collaborateurs. Ce n'est pas une anecdote isolée. L'enquête du New Yorker compile des témoignages dressant un portrait d'un dirigeant slippery, c'est-à-dire glissant, peu fiable, qualifié même par un ancien membre du conseil comme étant non contraint par la vérité.
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1:30] Des proches et ex-employés d'OpenAI reviennent sur des épisodes où Altman aurait par exemple minimisé des risques, exagéré des avancées ou contourné des procédures internes. Alors par exemple, il nous promet depuis longtemps qu'une superintelligence est à nos portes, il le fait depuis chez PT5, il y a un an, qui génère un battage médiatique, mais un an plus tard, force est de constater qu'on n'en est pas encore là. La presse spécialisée parle de grandes désillusions, Les progrès sont réels, certes, mais progressifs, sans saut qualitatif vers cette fameuse super-intelligence. En fait, Altman cherche avant tout visiblement à maintenir l'élan médiatique et derrière cela, l'élan des investisseurs.
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2:14] Autre exemple, Sam Altman prône publiquement une régulation urgente de l'IA qui pourrait s'avérer dangereuse, tout en défendant en interne une innovation rapide et flexible en évitant les contraintes. C'est d'ailleurs un petit peu ce qui est à l'origine de la rupture avec Ilias Sutskever, qui a été l'artisan du putsch anti-Altman de 2023. Et puis putsch auquel a participé aussi la directrice technique, Mira Murati, qui a également quitté l'entreprise. Ils sont partis tous les deux, Sutskever et Murati, créer leur propre société respective. Le New Yorker revient longuement sur cet épisode tragicomique, donc baptisé en interne le blip, ce moment où le patron destitué revient finalement
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2:53] dans l'entreprise et sera en réalité vainqueur. Mais n'empêche, le mal est fait. Le conseil invoque alors publiquement un simple manque de franchise dans ses communications.
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3:02] Microsoft qui a investi 13 milliards de dollars dans OpenAI n'en revient pas. Satya Nadella dit d'avoir été abasourdi.
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3:09] Sam Altman s'est replié, explique The New Yorker, dans son manoir à 27 millions de dollars surplombant la baie de San Francisco pour installer une sorte de gouvernement en exil. Et in fine, c'est lui qui a gagné malgré tout. Ce n'est pas fini, The New Yorker enfonce le clou en revenant aussi aux origines d'Opony High. Au départ, rappelle le média, c'était une structure hybride cette compagnie, à la fois organisation à but non lucratif et machine commerciale. Et c'est Altman qui a abandonné l'aspect non commercial au profit d'un virage à 180 degrés vers l'aspect lucratif, s'attirant au passage les foudros d'un autre acteur de l'histoire qui était également dans la boucle au départ, Elon Musk.
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3:49] Et on sait aujourd'hui que les deux hommes sont à couteau tiré. Le patron de Tesla a multiplié à une époque les twittrageurs à l'encontre de son ancien partenaire. Bref, un ennemi de plus pour Sam Altman. Et ce n'est pas le dernier. À cette liste noire, on peut ajouter aussi le patron d'Anthropic, Dario Amodei. Là encore, pour des raisons qui mêlent à la fois des questions de principes, d'éthique et aussi d'intérêts commerciaux et sans doute de rapports de personnes. On se souvient de cette image au sommet de New Delhi. il y a plusieurs semaines, où les deux hommes, Altman et Amodei, ont refusé de se tenir la main, contrairement à tous les autres participants, pour la photo de famille finale. Bref, Sam Altman n'aurait que des ennemis, si l'on en croit cet article. Ironie du sort, Open AI, l'entreprise s'est installée à San Francisco, dans les anciens locaux d'Uber.
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4:36] Uber, dont l'ambitieux CEO Travis Kalanick a lui aussi été poussé vers la sortie, à une certaine époque. Alors, pour donner un peu de fond à tout ça, l'article évoque aussi la personnalité et la vie privée de Sam Altman, originaire du Missouri.
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4:49] Il a grandi dans un milieu où il n'était pas facile d'avouer son homosexualité. Il aurait même subi une agression homophobe dont il refuse de parler. Mais l'article suggère que cette expérience pourrait avoir nourri chez lui un rapport complexe par rapport au conflit. Le principal grief à l'encontre de Sam Altman, c'est qu'il manquerait de sincérité et qu'il aurait une fâcheuse tendance à dire à chacun ce qu'il a envie d'entendre, sans pour autant respecter ensuite ses engagements. Mais après tout, est-il le seul à avoir ces traits de caractère ? Sûrement pas. D'ailleurs, dans un autre article, cette fois du site Ars Technica.
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5:22] On découvre, si on ne le savait pas déjà, que d'autres grands patrons de l'IA d'aujourd'hui ont des traits de caractère un peu particuliers. Marc Andressen, Peter Thiel ou encore Mark Zuckerberg, ces grands dirigeants combinent souvent une vision grandiloquente, une immense ambition personnelle et un faible sens des limites éthiques, écrit Ars Technica. Alors pour revenir à l'article de New Yorker, au-delà d'une charge ad hominem malgré tout, il faut préciser que le propos est d'interroger sur la question globale de la gouvernance de l'intelligence artificielle. L'IA omniprésente aujourd'hui dans nos vies, open air est valorisée à 150 milliards de dollars, mais pilotée par un homme dont la fiabilité est contestée, notamment par ses pairs, à l'heure où pourtant l'IA redessine le monde.
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6:09] Alors la question qui est posée, c'est finalement qui tient les rênes de l'IA ? Ce milieu présenté comme un univers où la nuance disparaît, où l'hubris passe pour du génie, où les dirigeants très riches se voient comme des figures quasi historiques, sont-elles en réalité légitimes à imposer leur vision du monde ? En une phrase, le danger viendrait peut-être moins en matière d'intelligence artificielle des machines elles-mêmes que des personnalités qui les dirigent et du système de pouvoir qui les entoure.