🎤 Le Switch : sortir de la dépendance aux GAFAM (Christofer Ciminelli, Orso Média)
Maison Connectée04 mars 202623:27

🎤 Le Switch : sortir de la dépendance aux GAFAM (Christofer Ciminelli, Orso Média)

Face à la domination des géants américains du numérique, Christofer Ciminelli lance “Le Switch”, une newsletter dédiée aux alternatives européennes. Son objectif : démontrer qu’il est possible de conjuguer performance, souveraineté et pragmatisme.

Interview : Christofer Ciminelli, créateur de "Le Switch"

Punchlines

  • Il existe des dizaines de logiciels français, mais on ne les connaît pas.

  • Choisir européen ne suffit pas, il faut que ce soit performant.

  • On peut déjà absorber 80 % de nos usages.

  • En agissant, nous avons plus de pouvoir que le Parlement européen.

Pourquoi avoir lancé “Le Switch” ?

L’idée est partie d’un constat que je mûris depuis plusieurs mois et qui s’est accéléré avec l’élection de Donald Trump. On a toujours le réflexe d’utiliser des outils américains, que ce soit Google Workspace, Pipedrive ou Adobe. Quand on donne nos datas et notre argent à ces modèles SaaS, on affaiblit l’écosystème tech européen. S’il n’y a pas de marché local, il n’y a pas d’investissement. Et sans investissement, on ne peut pas recruter les meilleurs ingénieurs ni développer des produits compétitifs. C’est un cercle vicieux. Je me suis demandé s’il existait des alternatives européennes. J’ai commencé par les CRM et j’en ai trouvé une trentaine en France. L’offre existe, mais elle est méconnue. “Le Switch” est né pour montrer que ces solutions sont performantes et accessibles.

Les alternatives européennes sont-elles vraiment au niveau ?

Oui. Je ne parle que d’outils performants. Par exemple, j’utilise désormais Yousign, alternative européenne à DocuSign : c’est moins cher et l’interface est meilleure. Je parle aussi de Noota pour la prise de notes, de Brevo Meetings comme alternative à Calendly, de Lovable pour le développement, de Vivaldi comme navigateur ou encore de Swiss Transfer. Le vrai enjeu n’est pas la performance des outils, mais leur interconnexion. La force des GAFAM, c’est leur écosystème : tout dialogue avec tout. En Europe, on a encore du chemin à faire sur ces connexions API et cette logique de stack cohérente.

Quels sont les freins à l'utilisation d'outils européens ?

Certains détails manquent encore dans certaines applications. Ce sont les 20 % d’usages qui peuvent faire la différence. Mais si on absorbe déjà 80 % des besoins, c’est un énorme pas. Je constate aussi une vraie prise de conscience dans les grandes entreprises. On parle de plus en plus de dégaffamisation. Dans les appels d’offres, il y a désormais des critères qui valorisent les solutions développées en Europe.

Il y a aussi un débat politique avec l’Industrial Accelerator Act, porté notamment par Stéphane Séjourné. Mais au-delà des décisions politiques, nous avons un pouvoir immédiat : flécher nos dépenses vers des acteurs européens.

Concrètement, comment "switcher" ?

Ça ne prend pas tant de temps. Pour une PME de 30 ou 50 salariés, changer un outil de visio ou de signature électronique est relativement simple. Je conseille de cartographier toute sa stack logicielle. On découvre souvent qu’on paie des outils inutilisés. Ensuite, commencer par les outils périphériques et avancer progressivement vers le cœur du système. Le plus complexe reste la messagerie, notamment Google Workspace, car tout est interconnecté. Mais à un moment, il faut se poser la question sérieusement. Sinon, on ne sortira jamais de cette dépendance.

La newsletter Le Switch



Christofer Ciminelli: [0:01] Quand on donne nos data et notre argent, parce que c'est des outils dans le monde professionnel qu'on paye chaque mois, c'est des modèles SaaS, Christofer Ciminelli: [0:10] et bien en fait, c'est de l'argent et de la force qu'on ne donne pas à l'écosystème tech européen. Et c'est un peu comme un serpent qui se mord la queue. Pourquoi on n'a pas de big tech européenne ? C'est aussi parce qu'elles ont du mal à trouver un marché, parce que si les Européens consomment des produits américains, ça veut dire qu'il n'y a pas de marché au niveau local. Donc, s'il n'y a pas de marché, ces boîtes-là ne sont pas backées par des fonds. Il n'y a pas d'investissement. Monde Numérique : [0:40] Salut, Christofer Ciminelli. Christofer Ciminelli: [0:42] Salut, Jérôme Colombain. Comment tu vas ? Monde Numérique : [0:45] Très bien. Merci. Je suis ravi de te recevoir dans le monde numérique. Fondateur d'Orso Média. Écurie de podcast. Comment on présente Orso Média ? Christofer Ciminelli: [0:53] On a un groupe média hybride. À la fois, on accompagne pas mal de créateurs de contenu, notamment des podcasters, des youtubers, sur des sujets de business, finance perso, tech, innovation. Et à la fois, on produit nos propres médias, comme la martingale, combien ça gagne, et d'autres projets encore à venir cette année. Monde Numérique : [1:12] Voilà, avec Mathieu Stéphanie, notamment, génération do It Yourself, etc. Oui, donc on se connaît bien. Mais ce n'est pas de ça dont on va parler. Monde Numérique : [1:21] Je voudrais que tu me parles de cette initiative que tu as lancée qui s'appelle Le Switch. Et comme son nom l'indique, switcher en anglais, ça veut dire changer, passer d'un univers à un autre. C'est donc l'ambition qui est derrière ça, c'est de reconquérir une forme de souveraineté numérique, C'est ça ? Christofer Ciminelli: [1:40] Oui, c'est ça. En fait, c'est parti d'un constat que je mûris depuis quelques mois déjà et qui a été accéléré avec l'élection de notre cher Donald Trump en novembre dernier. En fait, c'est de se dire... On a toujours le réflexe d'aller utiliser des outils numériques américains. Moi-même, quand j'ai lancé OrsoMedia, il n'y avait pas de sujet. Ma messagerie interne, c'est Google Workspace. Mon CRM c'est Pipedrive etc. mes outils de création c'est Adobe Canva etc. Et parce que c'est devenu un réflexe tu as envie un peu de faire comme les grosses boîtes américaines comme ces startups qui réussissent et qui deviennent des licornes et donc tu as envie d'avoir la même stack logiciel que ces boîtes là ouais. Monde Numérique : [2:31] On n'a pas trop le choix non plus enfin on pense qu'on n'a pas trop le choix en tout cas. Christofer Ciminelli: [2:35] On pense qu'on n'a pas trop le choix exactement et en fait euh, J'ai eu un déclic en me demandant, avec toutes ces histoires de régulation numérique entre l'UE, les Etats-Unis, et puis l'extrême pouvoir qu'ont ces GAFAM depuis des années et des années sur nos données, sur notre vie numérique au global. Il y a une somme de connaissances qu'on leur donne comme ça, gratuitement. Christofer Ciminelli: [3:03] C'est incommensurable et tout ça, ça a une valeur monumentale. Et je suis parti un peu de ce constat en me disant quand on donne nos datas, et notre argent, parce que c'est des outils dans le monde professionnel qu'on paye chaque mois, c'est des modèles SaaS, et bien en fait c'est de l'argent et de la force qu'on ne donne pas à l'écosystème tech européen, et c'est un peu comme un serpent qui se mord à la queue pourquoi on n'a pas de big tech, européenne, c'est aussi parce qu'elles ont du mal à trouver un marché, parce que si les européens consomment des produits américains ça veut dire qu'il n'y a pas de marché au niveau local. Donc, s'il n'y a pas de marché, ces boîtes-là ne sont pas baquées par des fonds, il n'y a pas d'investissement. S'il n'y a pas d'investissement, elles ne peuvent pas recruter les meilleurs ingénieurs de la planète, et alors, leurs produits n'évoluent pas, mais accusent du retard par rapport à leurs équivalents américains. Et en fait, le point de départ de tout ça, c'est quoi ? Finalement, c'est quand même nous, consommateurs, qui fléchons nos investissements, nos usages, nos données, qu'on peut considérer comme de l'argent aujourd'hui, parce que quand on donne nos données à à Google, à Facebook, etc., c'est comme si on les payait, mais avec des données personnelles. Monde Numérique : [4:09] C'est de l'argent qui part aux États-Unis. Christofer Ciminelli: [4:11] Exactement, c'est de l'argent qui part aux États-Unis et qui affaiblit l'écosystème tech européen. Une fois qu'on a dit ça, une fois que je me suis dit ça, je me suis dit, bon, OK, mais est-ce qu'il y a au moins des alternatives en Europe ? Donc, ma réflexion a évolué comme ça. Et je me suis dit, je vais faire l'exercice avec les CRM, les Customer Relations Managers, c'est-à-dire des outils que toutes les boîtes utilisent pour gérer leurs relations clients, suivre leur prospection, etc. Est-ce qu'il existe au moins des CRM français ? J'en ai trouvé 30. J'en ai trouvé 30. Monde Numérique : [4:42] 30 ? Christofer Ciminelli: [4:43] Alors, certains sont très spécialisés, d'autres sont très généralistes, ne serait-ce que Brevo, par exemple, qui est devenue une licorne française, mais il y a une trentaine de CRM français. Alors, imagine au niveau européen combien il y a de CRM développés. Et nous, on continue d'avoir le réflexe d'aller utiliser des Pipedrive, des HubSpot, des Salesforce. Quand on est des immenses boîtes Salesforce peut-être répondre à beaucoup de cas d'usage enfin bref. Christofer Ciminelli: [5:13] Et je me suis dit mais en fait l'offre existe sauf que personne ne la connait moi-même j'ai découvert plein d'outils dont j'avais jamais entendu parler en faisant mon listing et ce projet a mûri et je me suis dit comment on embarque finalement les utilisateurs finaux dans cette bascule c'est pas seulement en leur disant, regardez arrêtez de dépenser votre argent chez les américains, dépensez le plus tôt en Europe c'est de leur dire c'est de leur montrer un, qu'il y a des solutions qui existent deux, que c'est possible trois, que c'est même un dollar dans la plupart des cas et quatre, que ça va même leur coûter beaucoup moins cher donc c'est par la démonstration c'est pour ça que j'ai créé cette newsletter qui s'appelle Le Switch tout simplement il y a un mois et c'est une newsletter hebdomadaire, Chaque semaine, je mets en avant un outil numérique que j'ai testé au préalable et je raconte ce qui fait de très bien, Christofer Ciminelli: [6:10] ce qui fait encore peut-être de moins bien par rapport à des solutions hégémoniques américaines, etc. Donc, je dis ce que j'en pense et les gens peuvent après tout simplement se créer un compte et essayer par eux-mêmes et switcher. Et moi, mon indicateur de notes, si tu veux, ce n'est pas est-ce que cet outil... Déjà, je ne parle que des outils que je trouve performants, mais je donne aussi une note de switch. Est-ce que le niveau de difficulté à basculer d'un outil à l'autre ? Parce que ça peut être très fluctuant. Monde Numérique : [6:41] Oui, ça peut être un frein, ça, justement, le transfert. En plus, il faut être conscient qu'on est, toi, moi, des structures de taille raisonnable, modeste. On va dire que ce n'est pas la même chose quand tu parles à des grandes entreprises. Christofer Ciminelli: [6:57] Non, non, non. Mais en fait, les outils que j'utilise ont aussi dans leurs clients des très grandes entreprises. Si on prend Usign, par exemple. Usign, c'est une alternative européenne de DocuSign, que tout le monde connaît. Monde Numérique : [7:10] Donc, signature électronique, pour signer des documents, une manière dématérialisée, etc. Christofer Ciminelli: [7:16] En 2026, je crois que plus personne n'imprime de documents. Monde Numérique : [7:20] Signe, des cas, et envoie. Moi, j'en reçois aussi. S'il vous plaît, veuillez signer le PDF. Alors, on triche, on copie-colle une signature, mais bon. Christofer Ciminelli: [7:28] Ça existe encore mais le marketing de ces solutions est très bien fait notamment celui de DocuSign parce que quand tu reçois un DocuSign assigné, si tu as un client notamment américain ou extra-européen c'est souvent des DocuSign et bien une fois que tu as signé ton document on t'invite à créer gentiment un petit compte DocuSign pour retrouver tes documents etc donc c'est très bien fait et je suis sûr que parmi les gens qui nous écoutent, on est nombreux à avoir un compte DocuSign quelque part, et d'ailleurs quand moi j'ai créé ma boîte Orso, comme le premier contrat que j'ai eu à signer, on m'a envoyé un DocuSign. Je me suis dit, OK, j'ai déjà un compte. C'est bon, je vais payer. Et puis, ça va être mon outil de signature. Et je me suis dit, mais attends, quand même, c'est des documents ultra sensibles. Tu ne sais pas vraiment sous quelle loi ces documents sont régis. Alors, bon, je ne traite pas de données qui vont changer la vie des gens, mais quand même, c'est des documents sensibles pour moi. Monde Numérique : [8:22] Mais c'est ton business. Christofer Ciminelli: [8:23] Oui, c'est mon business. et j'ai envie que mes documents soient protégés par le droit européen. J'ai vite trouvé Usign, qui était une solution quand même assez reconnue en France. Et non seulement, ça me coûte moins cher, mais en plus, l'interface est dix fois meilleure que DocuSign. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il ne faut pas choisir des outils européens seulement parce qu'ils sont européens. Monde Numérique : [8:52] Oui, c'est ça. Christofer Ciminelli: [8:54] Ce que je veux... Monde Numérique : [8:56] Il faut en tirer un vrai bénéfice à l'usage. Christofer Ciminelli: [8:57] C'est que les outils dont je parle, ils sont avant tout performants. Ils sont avant tout performants et c'est pour ça qu'on les a choisis. Et finalement, qu'ils soient européens, c'est la cerise sur le gâteau. Et vraiment depuis que je travaille là-dessus depuis quelques mois déjà, j'ai un énorme backlog d'outils européens dans plein de domaines et il y a des solutions vraiment nickel qui existent et très performantes alors il y a encore des petites contraintes et ça on pourra en parler si tu veux. Monde Numérique : [9:25] C'est-à-dire ? Bon allons-y alors parce qu'effectivement je vais me faire un peu l'avocat du diable, parfois si on va pas sur ce genre de solution en tout cas jusqu'à présent souvent c'est parce qu'on ne retrouvait pas forcément toujours ses petits c'était moins performant c'était dans certains cas moins performant, où est-ce qu'on en est aujourd'hui ? On est monté en qualité d'après toi ? C'est quoi les points faibles sinon ? Christofer Ciminelli: [9:50] Sur la richesse des fonctionnalités etc. Il n'y a rien à redire tu vois Nuta encore une fois c'est un outil de prise de notes pour les visios etc. Qui fonctionne même sur le téléphone même avec vos appels téléphoniques classique, c'est dix fois plus complet que Tactique que j'utilisais jusqu'à présent. C'est même pas une question de... Monde Numérique : [10:08] Nouta, tu dis. Christofer Ciminelli: [10:09] N-O-O-T-A point I-O. Franchement, c'est fantastique cette solution. Fantastique. Et beaucoup moins cher que Tactique. On va leur faire de la pub un peu. Non, mais c'est de la bonne pub, il le mérite. Monde Numérique : [10:19] Franchement, on le voit super bien. Christofer Ciminelli: [10:21] Et on n'arrête pas de faire de la pub à longueur de journée pour des boîtes américaines en citant des Google et des Meta et des WhatsApp. Monde Numérique : [10:26] Évidemment. Christofer Ciminelli: [10:28] Là où on accorde du chemin à faire, C'est, par exemple, sur l'interconnexion entre tous ces outils. La force des GAFAM, c'est leur fameux Google Connect, Apple Connect et Facebook Connect. Et donc, on a un SSO, un identifiant unique qui nous permet de nous loguer à plein d'outils. Mais derrière ça, il y a aussi des connexions API, une richesse et une multiplication d'API qui est énorme entre tous ces outils. Donc, tout dialogue avec tout. Et c'est vraiment la force de cet écosystème américain et qu'on n'a pas en France. Je donne un exemple dans ma newsletter de la semaine dernière je parle de Brevo Meetings, c'est un outil gratuit en plus, gratuit, qui permet vous savez, de proposer des créneaux d'agenda à des gens avec qui vous avez besoin d'avoir de caler des rendez-vous, donc plutôt que de regarder dans votre agenda et dire ah bah oui je suis disponible mardi de 15h à machin etc donc c'est des outils qui sont synchronisés avec votre agenda et qui voient tout de suite quels sont vos créneaux disponibles. Monde Numérique : [11:27] J'allais dire C'est comme Calendly. Christofer Ciminelli: [11:29] C'est exactement comme Calendly. C'est une alternative à Calendly. Eh bien, Brevo Meetings, outil très performant, très complet. Calendly est payant alors que Brevo Meetings est gratuit. Eh bien, Brevo Meetings ne fonctionne qu'avec Outlook et Gmail et l'agenda de Google. Donc, c'est un outil souverain européen. Ils sont à 50 mètres de mes bureaux actuels et je les adore, mais ils ont fait le choix d'adresser 80% du marché. C'est-à-dire Outlook, Google et les 20%, bon, c'est parti un peu à la benne. Sauf que si on avait envie d'être dans une démarche jusqu'au boutiste avec la souveraineté numérique et donc d'utiliser Proton, par exemple, en équivalent de Gmail, moi je suis passé à Proton d'ailleurs, ou Infomaniac, eh bien on ne peut pas utiliser cet outil avec Proton Agenda Christofer Ciminelli: [12:23] ou Infomaniac Calendar. Et donc c'est là où on a encore du chemin à faire, c'est sur l'interconnexion, entre tous ces outils numériques. Et j'en ai parlé encore justement parce que j'ai croisé le CTO de Brevo la semaine dernière, j'en ai parlé il m'a dit, c'est vrai, t'as raison, faut qu'on bosse là-dessus, donc il y a quand même une prise de conscience de la part des acteurs numériques européens de créer ces interconnexions, c'est ça qui crée un écosystème et qui crée une stack comme on dit, performante au global. Monde Numérique : [12:54] Oui, bien sûr. Bon, on peut peut-être en citer encore quelques autres. Tu as des choses en tête, là, qu'on a parlé de Brevo Meetings, on a parlé de... Concrètement, il y a deux, trois trucs encore que tu voudrais recommander ? Christofer Ciminelli: [13:09] Oui, bien sûr. Un outil que toi, tu connais sur le bout des doigts, parce que tu es aussi accro que moi, mais c'est Lovable, bien sûr. Monde Numérique : [13:16] Ah oui, voilà. Christofer Ciminelli: [13:17] Tu fais du Valcoding. Monde Numérique : [13:19] Donc ça, c'est pas français, c'est européen, c'est suédois. Christofer Ciminelli: [13:21] C'est européen. Oui, bien sûr. L'idée, c'est vraiment de mettre en avant des outils européens. C'est suédois. J'ai parlé déjà de Brevo Meetings, de Nuta, de... Monde Numérique : [13:30] Mais Lovable, je ne comprends pas qu'on n'en parle pas plus. Alors, on ne parle que de Cloud Code, qui est apparemment superbe, mais qui n'est pas à force non plus à la portée de tout le monde. Alors que Lovable est à la portée de n'importe qui. Christofer Ciminelli: [13:43] Oui, totalement. Tu as ce navigateur web qui s'appelle Vivaldi. Tu as Swiss Transfer qui est une bonne alternative à WeTransfer j'utilise depuis quelques semaines une alternative à Google Maps qui s'appelle RuleMap, R-O-O-L-E ouais tout à fait. Monde Numérique : [14:00] Sur mobile tu. Christofer Ciminelli: [14:00] Connais mais franchement ça fonctionne. Monde Numérique : [14:02] Vraiment très bien alors c'est intéressant parce que bien sûr aujourd'hui ces solutions fonctionnent bien souvent je trouve que les interfaces sont vachement bien parce qu'on retrouve même ces petits parce qu'on a pris des habitudes, tu parlais de ProtonMail l'interface est superbe, elle est très bien léchée en fait on a l'impression d'être sur Google sur Gmail mais on n'est pas sur Gmail, du coup on n'est pas perturbé quand même pour certaines choses c'est mieux mais le diable est toujours dans les détails et il manque toujours des petits trucs par-ci par-là, Rulemap c'est ça ? je l'ai téléchargé je ne suis pas allé très très loin j'ai l'impression qu'il manque une fonction que moi j'aime bien c'est le partage de trajets. On ne sait pas ça. Tu vois, c'est un détail, mais c'est pour dire, voilà, souvent, est-ce qu'on ne risque pas, malgré tout encore, de buter sur des petites choses quand on veut switcher ? Christofer Ciminelli: [14:59] Oui, tu as raison. C'est toujours les 20 derniers pourcents qui peuvent faire la différence et qui font que ces outils qu'on utilise au quotidien américain nous sont si précieux. Mais en fait, ce que je me dis, c'est que si déjà on arrive à absorber 80% des usages, ce sera déjà pas mal. Et sur les 20% restants, quand je vois à quel point il est facile, aujourd'hui, de développer des fonctionnalités, même sur n'importe quel logiciel, que ce soit du web, une app, etc., tu vois, la marche n'est plus aussi grande qu'il y a encore 5 ou 10 ans. On peut encore reparler de Vibe Coding et de Lovable, mais aujourd'hui, je suis un éditeur indépendant. C'est vraiment à ma portée de développer des solutions alternatives et même d'aller encore plus loin, parce qu'on a encore plus d'agilité quand on part de zéro que quand on a une dette technique et qu'on doit construire sur des fondations existantes. Alors, je suis peut-être un doux rêveur, mais je pense vraiment que c'est possible. Je pense vraiment que c'est possible. Et surtout que là, on sent aussi dans les grandes entreprises, Je discute avec beaucoup de boîtes en ce moment, beaucoup d'éditeurs. On sent vraiment dans les grandes boîtes un désir de dégaffamisation. Monde Numérique : [16:20] Une prise de conscience. Christofer Ciminelli: [16:21] Une prise de conscience. Et dans tous les nouveaux appels d'offres, il y a désormais une brique sur, OK, on va privilégier, on va accorder plus de points à des outils numériques qui sont faits en Europe, développés en Europe, voire en France. Et ça, c'est des choses qu'on ne voyait pas avant. Donc, on peut aussi dire Christofer Ciminelli: [16:39] merci à Donald Trump d'avoir provoqué ça chez nous. Et c'est peut-être le bon moment pour switcher. Monde Numérique : [16:48] Oui, tout à fait. Et d'ailleurs, c'est intéressant ce que tu dis parce qu'il y a sans doute encore du chemin à faire pour valoriser et privilégier en quelque sorte ces solutions. Parce que le problème, c'est qu'on n'a pas le droit, en fait, dans les appels d'offres, de privilégier les solutions européennes. Et ta dernière newsletter en parlait, où tu parlais de l'industrial Accelerator Act. Monde Numérique : [17:14] Et en fait, alors est-ce que tu peux nous raconter ça ? C'est-à-dire qu'en fait, il y a un frein législatif au niveau européen aujourd'hui. Christofer Ciminelli: [17:21] Oui, alors c'est un texte porté par Stéphane Séjourné, porté par la France, qui prévoit d'inscrire une sorte de préférence européenne dans les achats des pays européens, notamment dans l'automobile, dans l'IA, dans la santé, dans le spatial, voilà, il y a quelques secteurs clés comme ça. Alors, il n'y a pas de contraintes à ce que les achats soient 100% européens, mais il faut qu'il y ait une certaine part des matériaux dans ces domaines qui soient, qui viennent, qui proviennent de l'Europe. Et... Ce qui est intéressant de remarquer, c'est que ce texte, c'est la quatrième fois qu'il est reporté. Il devait être discuté au Parlement cette semaine, et ce sera finalement pour le 4 mars, parce qu'on est tellement dépendant aujourd'hui de nos partenaires commerciaux extérieurs que beaucoup de pays sont dans une crainte de trop se couper du monde et des effets collatéraux d'une telle préférence nationale. C'est-à-dire quoi ? Monde Numérique : [18:26] Des mesures de rétorsion, des choses comme ça ? Christofer Ciminelli: [18:29] Les Allemands qui sont très forts sur l'automobile, comme on le sait, et en plus c'est très difficile pour eux, l'un de leurs premiers marchés c'est les UK. Et donc ils ont peur que si les Anglais leur imposent des conditions similaires, ça peut avoir des effets très néfastes sur l'industrie automobile. Les Suédois qui sont très forts sur des industries de pointe et donc qui misent beaucoup beaucoup sur des partages de technologies avec des partenaires notamment asiatiques, ont peur que s'il y a une préférence européenne inscrite dans leurs achats, ça puisse leur couper accès à certaines technologies de point de vue. C'est juste quelques exemples, mais qui illustrent assez bien la difficulté qu'on a, nous, en Europe, à nous accorder, à être d'accord. On est tous, je pense, plus ou moins d'accord sur le fait qu'il faut qu'on renforce l'industrie européenne, les acteurs européens, etc. Mais quand il s'agit d'appuyer sur le bouton, il y a toujours des « oui, mais, etc. » Bon, c'est le jeu, c'est comme ça. L'Europe est construite comme ça, il faut qu'on fasse avec. Ça va finir par passer. Alors, il y aura sûrement des amendements, des cas particuliers, etc. Mais ça va passer et c'est une bonne chose. Ce qui est quand même assez ironique à souligner, c'est que ce texte. Christofer Ciminelli: [19:48] Il est le fruit du rapport Draghi, le fameux rapport Draghi pour relancer la compétitivité européenne ? Qui était quand même livré ce texte il y a 18 mois. Donc, ça veut dire qu'entre la remise du rapport Draghi et le début du commencement éventuellement d'un texte, il s'est passé déjà 18 mois sur lequel on n'arrive même pas à s'entendre. Juste pour dire qu'il y a ce qui se passe au niveau politique, mais il y a ce qui se passe au niveau des consommateurs. Et nous, on est consommateurs. Et à notre niveau, on peut agir là, maintenant, dans l'heure, en privilégiant des outils numériques européens et en fléchant nos cartes bleues pro, vers des boîtes européennes plutôt que vers des boîtes américaines. Nous, on a finalement beaucoup plus de pouvoir qu'au Parlement européen, donc il faut l'utiliser. Monde Numérique : [20:33] Comme tu dis, en 18 mois, la Chine a eu le temps de produire 18 millions de véhicules électriques, je ne sais pas combien de tonnes d'acier. Christofer Ciminelli: [20:41] Etc. Monde Numérique : [20:44] 1,5 milliard de tonnes d'acier, etc. Quels conseils tu donnerais à court terme, Christopher, qu'est-ce qu'on doit, faire ? Parce que ça prend du temps aussi d'essayer tous ces logiciels. Il faut être un peu comme toi et moi, passionné, le week-end, on se dit tiens, si j'allais voir autre chose que Gmail, autre chose que etc. Christofer Ciminelli: [21:11] Moi, ce que je ferais, en fait, ça ne prend pas tant de temps que ça. Si tu veux, la plupart des boîtes françaises, ce sont quand même des PME de 30, 40, 50. Christofer Ciminelli: [21:21] Salariés, donc c'est pas très compliqué de changer un outil de visio dans une boîte de 50 personnes un outil de signature électronique d'une boîte de 50 personnes, franchement c'est assez indolore c'est juste qu'il faut prendre le temps de le faire et se poser la question aussi de nous en tant qu'entrepreneurs européens français. Est-ce qu'on aimerait aussi que des partenaires business nous privilégient plutôt que d'autres boîtes extra-européennes ? Oui. Donc, fais aux autres ce qu'on aimerait bien qu'on fasse. Donc, voilà, c'est ça. Et puis, peut-être une bonne idée, c'est de cartographier toute sa stack logicielle. Déjà, c'est toujours très bien de faire ça quand on est une boîte parce qu'on va se rendre compte qu'on dépense plein d'argent parfois pour rien sur des outils qu'on n'utilise jamais. Et partir peut-être du plus simple jusqu'au plus compliqué. Christofer Ciminelli: [22:11] Des outils un peu périphériques qu'on utilise tous, commencer par changer ceux-là, etc. Et puis, petit à petit, se dire qu'on va changer le cœur du système. Et souvent, le cœur du système, ce qui est le plus complexe, et ça, je vous l'accorde, c'est le changement de la messagerie électronique. Par exemple, Google Workspace, il y a tellement d'imbrications, tellement d'outils, tellement de fonctionnalités, parce qu'évidemment, les équipes utilisent le mail. La suite, bureautique en ligne, Google Drive, etc., l'agenda, et tout ça est interconnecté avec d'autres outils, etc., donc c'est sûr que c'est un vrai sac de nœuds, mais à un moment donné, il faut qu'on fasse violence et qu'on fasse l'effort de se pencher sur la question, parce que sinon, on ne sortira jamais de cette situation. Monde Numérique : [22:54] Merci beaucoup Christofer Ciminelli, et donc pour en savoir plus, on s'abonne à la newsletter Le Switch. Christofer Ciminelli: [23:00] C'est Le Switch.eu, d'ailleurs, qui était entièrement développé avec Lovable, tu apprécieras. Superbe. Monde Numérique : [23:06] On est vraiment deux lovable addicts, toi et moi. C'est clair. Christofer Ciminelli: [23:10] Merci beaucoup à toi pour l'invitation, Jérôme. Monde Numérique : [23:12] Merci. Et puis, on te lira avec plaisir pour découvrir encore plein d'autres solutions. Merci, Chris. Salut.
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