🎤 Interview - Vera : l’IA française qui dit la vérité (Florian Gauthier, ONG Vera)

🎤 Interview - Vera : l’IA française qui dit la vérité (Florian Gauthier, ONG Vera)

Face au raz-de-marée de désinformation, une IA française veut remettre de l’ordre dans la jungle des fake news. Florian Gauthier, cofondateur de l’ONG Vera, a développé "Ask Vera", une intelligence artificielle dédiée exclusivement à la vérification des faits.

Qu’est-ce que Vera et comment fonctionne ce système de vérification des faits ?

Vera est un service gratuit de fact-checking, accessible via téléphone, WhatsApp ou Instagram, qui s’appuie uniquement sur des sources fiables, sélectionnées par un comité d’experts. Contrairement aux IA généralistes, elle ne tente pas de combler les vides : si aucune source fiable n’existe sur une question, elle le dit clairement. Les réponses sont documentées, avec des liens cliquables. L’outil n’est pas une appli, il fonctionne comme un simple contact à enregistrer, et même sans connexion Internet via un appel local.


Comment Vera se distingue-t-elle des autres IA comme ChatGPT ou Perplexity ?

Là où les IA généralistes cherchent à tout prix à fournir une réponse, Vera s’en tient aux faits et refuse de répondre si l’information n’est pas disponible dans ses sources. Elle est aussi bien plus accessible : pas besoin de changer de plateforme, on peut lui poser une question directement sur Instagram ou WhatsApp, en pleine navigation. Et surtout, Vera est conçue pour instaurer un climat de confiance et d’écoute : pas de jugement, juste des faits, dans un langage humain et empathique.


Comment fonctionne le modèle économique d’un service gratuit comme Vera, sans publicité ni monétisation des données ?

Vera est portée par une ONG, par conviction. L’objectif n’est pas de monétiser l’information, mais d’offrir un service d’intérêt général. L’équipe, entièrement bénévole au départ, s’est autofinancée grâce à un prix remporté et des contributions personnelles. Aujourd’hui, le projet repose sur le soutien de fondations engagées dans la lutte contre la désinformation. Les coûts sont réduits au maximum — environ 6 centimes par question — grâce à une infrastructure optimisée. À terme, l’objectif est de structurer une équipe professionnelle, tout en conservant une neutralité totale.

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Florian Gauthier: [0:01] Contrairement à une IA classique, si Vérin ne trouve pas la réponse dans ses sources, elle dit « je n'ai pas trouvé de source fiable » pour répondre à la Florian Gauthier: [0:08] question. ChatGPT va essayer coûte que coûte de te répondre. En fait, c'est plutôt rassurant quand l'IA dit « je n'ai pas trouvé de source fiable parmi mes sources, mais vérifiez les faits ». Ça ne veut pas dire « ça n'existe pas », mais ça veut dire « je n'ai pas trouvé d'information », donc ça c'est hyper important. Florian Gauthier: [0:19] Donc on sent qu'on a créé une espèce de safe space où on peut poser des questions d'actualité. Monde Numérique : [0:30] Bonjour Florian Gauthier. Florian Gauthier: [0:32] Bonjour. Monde Numérique : [0:33] Alors vous êtes cofondateur d'une ONG, une organisation non gouvernementale française, qui a lancé un système, un service plutôt original de vérification des faits grâce à l'intelligence artificielle. Et en ces temps de désinformation, de déluge, de fake news un peu partout, évidemment c'est le genre de choses qui peut présenter un certain intérêt. Vous pouvez nous présenter un peu VERA et Ask VERA, comment ça fonctionne exactement ? Florian Gauthier: [0:58] En fait, l'idée c'est que, contrairement aux autres intelligences artificielles classiques, VERA est connectée uniquement à un ensemble de sources fiables. De sorte que lorsqu'on lui pose une question, elle va les vérifier dans un ensemble de sources circonscrites et sélectionnées par un comité d'experts, on pourra en reparler plus tard, et ensuite vous répondre uniquement en se basant sur ces sources. Et lorsqu'elles répondent, c'est à travers une conversation, soit sur WhatsApp, soit sur Instagram, soit par téléphone. Et Vera cite toujours ses sources. Donc c'est l'intérêt, c'est qu'on a tout de suite la réponse, mais derrière on peut aller vérifier soi-même sur les sources en cliquant sur les URL et en regardant d'où vient cette information. Et donc c'est important parce que Vera, ce n'est pas une application, il n'y a rien à télécharger, c'est soit un numéro de téléphone qu'on enregistre dans ses contacts et du coup, qu'on peut appeler comme un ami, quoi. Donc, soit un appel local et l'appel local, c'est intéressant parce qu'il n'y a même pas besoin d'avoir Internet pour lui parler. Et puis, côté WhatsApp, là, c'est par écrit, donc c'est hyper fluide. Je lui demande, salut Vera, est-ce que c'est vrai ? X, Y, Z. Et derrière, elle te répond en trois secondes. Monde Numérique : [2:01] Ça peut vérifier quel type d'informations, par exemple ? Florian Gauthier: [2:04] Ça peut être une actualité, une information. On s'aperçoit qu'on a beaucoup de questions qui sont liées aussi à la santé, une fake news, un truc qu'on entend, et surtout un truc qu'on voit sur les réseaux. Il y a un déluge d'informations gigantesques, énormément d'informations qui sont manipulées, transformées, tronquées. Et donc, l'idée, c'est de proposer un moyen tellement simple, tellement fiable et tellement accessible qu'on rentre dans le quotidien des gens et on permet aux gens de vérifier l'information. Alors qu'avant, finalement, c'est assez difficile de vérifier l'information, ça prend du temps, surtout avec l'immensité de déluge d'informations qu'on reçoit. Florian Gauthier: [2:38] Si chaque fois, on doit aller faire une recherche, faire un moteur de recherche, croiser les sources, trouver les sources fiables. Ça prend trop de temps, les gens ne le font pas. Monde Numérique : [2:46] Alors, vous l'avez lancé il n'y a pas très longtemps, il y a quelques mois à peine, début 2025. Où ça en est aujourd'hui ? Vous êtes content du nombre d'utilisateurs ? Florian Gauthier: [2:58] On a été hyper surpris. On l'a lancé il y a 5 mois avec quasiment aucun budget de communication puisque nous, on sait créer des outils numériques, mais derrière, les communiqués, c'est un peu un coup de poker, un coup de chance. On a lancé via une vidéo sur LinkedIn et la vidéo a explosé. Plus de 2 millions de personnes l'ont vue, l'ont commentée, l'ont partagée. Et en 5 mois, on a eu 150 000 questions posées à Vera. C'est juste dingue. Mais je pense que ce n'est pas tant le nombre de questions posées à Vera qui est intéressant, c'est plus à quel point on arrive à rentrer dans le quotidien des gens. Notre vision, c'est de démocratiser la vérification des faits. Et du coup, pour ça, on peut mesurer quelque chose qui s'appelle la rétention, c'est à quel point les gens, après leur première question, sont toujours en train d'utiliser Vera, une semaine, deux semaines, six semaines après. Et nous, au bout de six semaines, il y a 28% des gens qui continuent d'utiliser Vera après leur première question. Pour donner une comparaison, un jeu comme Candy Crush qui a été designé pour créer de l'engagement au quotidien, il fait deux fois moins bien. Nous, on n'a pas de système de notification, on n'a pas de système de relance, c'est les gens qui se disent, tiens, en fait, verra, ça fonctionne bien, je vais le réutiliser. C'est gratuit, c'est accessible, c'est une ONG, c'est neutre, enfin, voilà. Monde Numérique : [4:11] Alors, comment ça fonctionne techniquement ? Vous dites, intelligence artificielle, c'est-à-dire ? Florian Gauthier: [4:15] Alors, en gros, l'idée, c'est qu'il faut imaginer qu'il y a un énorme travail de sélection des sources. C'est le cœur de Vera, c'est les sources sur lesquelles elles se basent. Donc là-dessus, on a un comité d'experts qui a permis de lister et de créer des sources, mais surtout en se basant sur des chartres internationales et européennes qui permettent de vérifier l'impartialité, la neutralité et la qualité des équipes de fact-checking ou des grands médias correspondants. Donc côté sources de fact-checking, on va penser à l'AFP, les surligneurs, les déconneurs, par exemple. En France qui font un travail génial eux ils sont signataires des chartes européennes de vérification des faits donc EFCN et international IFCSN, enfin c'est un peu c'est EFCSN et IFCSN Oui donc ce sont vraiment. Monde Numérique : [4:59] Des fact-checkers professionnels des organisations. Florian Gauthier: [5:04] C'est ça, donc on a d'un côté une centaine de sources de fact-checkers professionnels, européens et internationaux on en a dans plus de 80 pays et d'un autre côté on a des grands médias pareil des grands médias de référence et là-dessus on s'est basé, sur la première liste de courriers internationaux qui listent les grands médias de référence dans le monde mais aussi sur le Journalism Trust Initiative qui est une espèce d'équivalent de charte de confiance, portée par Reporters Sans Frontières pour évaluer la qualité et l'impartialité des grands médias et donc l'idée c'est lorsqu'on pose une question à Vera on fait une recherche auprès de ses sources donc en temps réel, donc on est toujours connecté à l'actualité et derrière on donne ces informations à Vera, qui va prioriser, mettre en avant cette source et répondre de manière extrêmement simple. L'intelligence artificielle, finalement, l'usage qu'on en fait, c'est la capacité à comprendre les questions, même si elles sont formulées bizarrement, même si par téléphone, on pose la question et en fait, la personne bafouille et en fait, nous, on traduit trompette à la place de Trump. En fait, l'IA, elle est capable de comprendre que dans le contexte, on parle de Trump et pas d'une trompette. Et voilà, donc on sert pour interpréter les questions et surtout pour répondre de manière humaine et intelligible. donc synthétiser une information fiable pour qu'elle soit facile à lire et voilà. Monde Numérique : [6:17] Mais alors, c'est vrai que ça va tellement vite aujourd'hui, des fake news, il y en a 10 000 par jour sur les réseaux sociaux, parce que c'est passé à un stade industriel, il y a des fabricants de fake news, dernièrement il y a eu l'affaire du faux mouchoir d'Emmanuel Macron dans le train avec ses homologues européens, etc. C'est maintenant, ça se passe en quelques heures. Comment est-ce que vous arrivez à répondre comme ça à des questions hyper chaudes ? Florian Gauthier: [6:47] Ce qui se passe, c'est que Vera, alors ça c'est très important en fait dans l'IA, c'est que contrairement à une IA classique, si Vera ne trouve pas la réponse dans ses sources, elle dit je n'ai pas trouvé de source fiable pour répondre à la question. Et ça c'est... Monde Numérique : [6:58] Oui, c'est pas de chat GPT quoi. Florian Gauthier: [7:00] Chat GPT, il va essayer coûte que coûte de te répondre. En fait, c'est plutôt rassurant quand l'IA dit je n'ai pas trouvé de source fiable parmi mes sources, mais vérifier les faits. Ça veut pas dire ça n'existe pas, mais ça veut dire, Je n'ai pas trouvé d'informations, donc ça, c'est hyper important. Et donc, en général, par exemple, Nouveau Pape, là, c'est le temps que le monde fasse un article dessus ou le temps que les articles soient actualisés dans les morts de recherche. Et là, Vera peut avoir l'information. Ça se joue à quelques minutes. On va faire le test, mais nous, on a une équipe, donc on a des experts qui font des tests régulièrement, qui évaluent les réponses. Et même, on a des tests de satisfaction. Et en fait, on a plus de 90% des gens qui évaluent très positivement les réponses de Vera. Monde Numérique : [7:34] C'est disponible uniquement en français ? Florian Gauthier: [7:36] Alors, pour l'instant, oui. en réalité, Vera parle plusieurs langues, si on lui pose une question dans une langue étrangère, elle va aller chercher les sources de la bonne langue et vous les redonner. Sauf que nous, pour l'instant, on préfère être en France puisque on connaît mieux le langage, c'est plus facile d'évaluer les réponses et la qualité des questions. Enfin, l'inverse, d'évaluer les questions et la qualité des réponses. Et de manière générale, quand on développe une intelligence artificielle comme celle-ci, ou en tout cas quand on l'utilise, c'est bien de... De faire des prompts, des instructions qui sont dans la langue dans laquelle on l'utilise. On veut attendre un peu avant de passer en anglais, Florian Gauthier: [8:11] etc., même si au fond, ça fonctionne déjà. Monde Numérique : [8:13] En fait, on s'aperçoit que sur les réseaux, sur X notamment, c'est peut-être là où il y a le plus de fake news aujourd'hui, les IA commencent à s'imposer, et notamment Grock, notamment Perplexity, etc. Vous êtes en concurrence finalement avec ces systèmes de vérification d'infos, non ? Florian Gauthier: [8:33] Pas tant, parce que ce ne sont pas des systèmes de vérification finalement, ce sont des IA qui sont généralistes, qui cherchent à répondre à énormément de problématiques et en fait on se distingue à bien des égards. Déjà d'une part c'est que nous on est entièrement dédié à la vérification de faits et le fait qu'on limite un ensemble de sources et qu'elles ne soient pas autorisées à aller derrière, ça nous donne un avantage, en tout cas en termes de qualité de vérification de faits, qui est gigantesque. C'est malheureusement très difficile de contrôler une IA généraliste sur les sources sur lesquelles elle va aller piocher, puisqu'elle se rendraînée sur des vastes des pétaoctets de données. Donc, le fait qu'on s'y reconstruit, c'est hyper important, mais aussi l'accessibilité de Vera. Le fait que Vera, ce soit déjà un service entièrement gratuit, accessible par téléphone ou accessible directement sur Instagram maintenant. Il suffit d'envoyer un DM sur Instagram pour avoir une vérification. Le fait qu'on rentre beaucoup plus facilement dans le quotidien. On est sur Instagram, on voit un post qui passe, on envoie un DM, on ne change pas de plateforme et tout se fait dans l'instant. Donc, cette accessibilité de Vera, je pense que c'est un point clé qui rend, qui rend on verra beaucoup plus pratique finalement. Monde Numérique : [9:37] Je reviens à X. Vous ne pensez pas justement vous rendre accessible y compris depuis X ? Florian Gauthier: [9:45] Si, complètement. On le fait petit à petit. On a commencé par WhatsApp et le téléphone. On vient de partir sur Instagram pour toucher une population beaucoup plus jeune. On veut aller sur X, évidemment, parce qu'on veut être présent aux endroits où il y a le plus de désinformation et les gens se posent le plus de questions. Mais on le fait étape par étape. Mais oui, l'idée, c'est d'être en présent au maximum sur toutes les blafarrons. Monde Numérique : [10:07] Qu'est-ce que ça vous a appris au fil des mois ? Qu'est-ce que vous avez découvert sur, je ne sais pas, les tendances en matière de désinformation, les questions que les gens peuvent se poser ? Est-ce que vous arrivez à en tirer des enseignements aujourd'hui, après plusieurs mois d'utilisation de Vera ? Florian Gauthier: [10:26] Moi, je pense que ce qui m'a le plus surpris, c'est à quel point on voit que Florian Gauthier: [10:31] les gens attendaient un outil comme ça de vérification. Je vous parle de la rétention, mais le fait qu'on rentre aussi fort dans les habitudes des utilisateurs et qu'on arrive à les convaincre dès la première question. Ça, c'est bluffant et ça en dit long sur le besoin, finalement, que Vera comble, ce besoin d'avoir un endroit qui est fiable, auquel on fait confiance, pour poser une question instantanément. Et on voit aussi que les questions, elles ne sont pas du tout uniquement dans la vérification d'un fait qu'on voit, mais aussi, par exemple, sur des questions de santé. Il y a énormément de désinformations en santé. Par exemple, en Afrique, on a appris récemment qu'une fake news avait fait reculer de 10 ans les efforts de vaccination sur Ebola. Une fake news qui a été propagée. Donc la santé, c'est clé. et aujourd'hui il y a des organismes qui font un travail exceptionnel dans la vérification de fait santé notamment l'Inserm que nous on a connecté à Vera et donc pareil se dire bah voilà en santé on se pose une question sur un traitement, quelque chose qu'on a vu, boire du jus de tomate pour soigner le cancer on l'a vu, je pense une question bah ah bah non c'est une fake news qui est sortie, bah c'est rassurant quand on est livré à soi-même sur Google bah en fait on va tomber sur d'optissimo on va tomber sur plein de sources, comment savoir ce qui est vrai un forum, un post d'un oncle sur Facebook, enfin. Florian Gauthier: [11:37] Donc on sent qu'on a créé une espèce de safe space où on peut poser des questions d'actualité, et enfin l'autre truc qui est super fort, c'est que on est beaucoup plus honnête avec un moteur de recherche ou avec une IA qu'avec des proches et donc les gens se livrent beaucoup plus c'est beaucoup plus facile de dire à Vera qu'on a un problème intestinal que le dire à un repas de famille parce qu'on va se faire juger, parce qu'on va rigoler et donc on voit que les gens se livrent beaucoup plus et en fait, vu que la vérification des faits touche aussi à son coeur parfois on adhère à une théorie en fait le pouvoir la capacité à se livrer ou la confiance à un outil est clé dans cette vérification de fait, donc ouais voilà et l'autre truc qui me surprend énormément c'est à quel point, ça s'adresse à tous les âges. C'est fou. On voit des questions de jeunes et non, tout est anonyme. On ne stocke aucune donnée personnelle. On enlève le numéro de téléphone de base de données. Tout est crypté. Il n'y a rien. On garde les questions pour essayer de comprendre, analyser la capacité de Vera à répondre. Mais on voit vraiment des jeunes, des collégiens, limite, qui posent des questions sur une dessert ou quand est né machin ou un truc, une idée qu'ils veulent valider. Et à la fois, on voit aussi des personnes beaucoup plus seniors parce que les questions sont beaucoup mieux formulées ou même dans le style, on voit que c'est un style plus adulte ou même senior. Et c'est des usages différents, mais qui se ressemblent vers j'ai envie de vérifier Florian Gauthier: [12:59] l'info. Et voilà. Donc, c'est assez surprenant. Monde Numérique : [13:04] Et est-ce que vous arrivez à mesurer vraiment l'impact que vous pouvez avoir, finalement, le bénéfice d'une application, d'un service comme celui-ci ? Florian Gauthier: [13:12] Alors, on est en train, donc on a un comité d'experts qui nous aide justement dans cette mesure d'impact. Et on étudie les questions et à quel point Vera est capable de répondre aux questions, notamment via des feedbacks qualitatifs, est-ce que les gens ont aimé ou pas, ou non, la réponse. Donc là, ils sont hyper positifs, ce que je disais tout à l'heure. Plus de 90% sont satisfaits des réponses. Mais après, on s'appuie aussi sur une étude qui est complètement dingue, qui est une étude du MIT, qui a été menée sur 2000 personnes qui adhèrent à des théories du complot. Donc on parle des théories du complot, s'il n'y a pas plus accroché à son être qu'une théorie du complot et des gens qui... Ils ont fait participer, donc ces 2000 participants, et ils les ont fait dialoguer avec une IA qui était entraînée à répondre à ces théories du complot. Et ils ont réussi, en les ayant diagolé pendant 8 minutes avec cette IA, à faire baisser de 20% les croyances en théorie du complot. Monde Numérique : [14:03] Ah oui, je me souviens de cette étude. Florian Gauthier: [14:04] Et ça, c'est dingue. Et ça, ça montre qu'en fait, la puissance de la conversation, la puissance d'être face à quelqu'un qui respecte ton opinion, qui ne juge pas, qui ne dit pas, mais t'es un complotiste, mais qui dit, ah, c'est intéressant ce que vous dites. Et nous, on a beaucoup travaillé. Cette conversation, pas de jugement, pas d'opinion, que des faits. Voici un fait, qu'est-ce que vous en pensez. Et si ça a marché pour la théorie du complot, ça pourrait marcher pour le mouchoir sur le bureau trop politique, par exemple. Monde Numérique : [14:31] Oui, mais quand on lui pose une question, Vera répond quand même noir ou blanc. Enfin, quand il sait. Donc, ça peut être un peu abrupt. Florian Gauthier: [14:39] En effet. Alors, on essaie que ça ne soit pas abrupt. Quand elle est abrupt, on vérifie s'il n'y a pas eu un problème. On essaie de dire, d'après les sources... Il faut que ce soit empathique. Monde Numérique : [14:47] En fait. Florian Gauthier: [14:48] Pardon ? Monde Numérique : [14:48] Il faut que ce soit empathique. Florian Gauthier: [14:49] Il faut que ce soit empathique. En fait, c'est ça. il faut surtout respecter on a fait des quinzaines d'entretiens utilisateurs avec des gens des personnes âgées des personnes qui ont d'extrême droite d'extrême gauche peu importe et vraiment on a beaucoup travaillé ce dialogue au début on est parti de très très loin parce qu'un GPT actuel il va te dire mais vous êtes un complotiste c'est une théorie du complot bien connue regardez tous ces arguments qui montrent que vous avez tort et ça ça marche pas donc il faut transformer le dialogue et être plus dans une écoute active poser des questions est-ce que ça vous a éclairé ah vous n'aimez pas cette source et bien est-ce que cette source en voici une autre donc voilà ce jeu il est à construire et en tout cas aujourd'hui ça marche plutôt bien avec Vera. Monde Numérique : [15:28] Pourquoi avoir choisi le statut d'ONG plutôt que celui de startup ? Quel est votre modèle économique ? Parce que j'imagine que ça a un coût de faire fonctionner tout ça. Florian Gauthier: [15:37] C'est notre ADN. En fait, tous les membres du collectif sont des citoyennes et des citoyens qui ont des compétences, qui s'engagent dans des projets d'intérêt général depuis très longtemps. Et donc ça, c'est notre ADN déjà d'équipe, parce qu'on a une équipe derrière, développeurs, designers, designers. Mais après, il y a aussi la vérification de fait, elle ne peut pas être portée par une entreprise. On ne va pas monétiser la fiabilité de l'information. Et je pense que le fait qu'on soit neutre, qu'on soit citoyen, qu'on mette notre liste de sources en ligne, visible à tous et accessible pour que les gens puissent la consulter, c'est clé pour gagner la confiance des gens. Et donc ce statut de l'ONG, c'est finalement de dire « Non, on n'est pas rattaché, on n'a pas d'intérêt commercial, on n'a pas d'intérêt de monétisation, on est juste là pour apporter une solution, ou en tout cas une réponse pour vérifier des faits et démocratiser la vérification de faits. Monde Numérique : [16:30] Oui, mais concrètement, comment est-ce que vous... Florian Gauthier: [16:32] Alors, comment concrètement, c'est vrai. Monde Numérique : [16:33] Vous monétisez... Enfin, vous ne voulez peut-être pas monétiser, mais en tout cas, j'imagine que vous avez des coûts. Florian Gauthier: [16:38] Comme on a envie, bien sûr qu'on a des coûts. Donc, tout a commencé, on a gagné un concours à Caton qui a été organisé par deux ONG, Avoté et Think Young. On a gagné le premier prix, donc on a eu 5000 euros. Donc, c'est rien quand on est dans le monde de la startup. Mais ça permet déjà de financer des coûts vu qu'on est tous bénévoles et toutes bénévoles. C'est hyper... Enfin, c'est beaucoup plus intéressant. Enfin, on n'a pas de coût opérationnel. Donc, on a eu ces 5 000 euros. Derrière, collectivement, on a mis de l'argent dans l'ONG. Donc, 7 000 euros. Donc, d'un coup, on a eu 10 000 euros. Et ça permet, là, d'être tranquille pour un bon moment. Même si on a eu beaucoup de relais et beaucoup de questions posées, on est tranquille pour l'instant. L'idée, à terme, c'est de se faire financer par des fondations, via des subventions... Florian Gauthier: [17:22] Des fondations qui croient en notre fonctionnement, qui croient en la lutte contre la désinformation et qui nous soutiennent pour notre existence et en échange d'un impact que nous, on s'attèle à mesurer correctement. Mais c'est la voie difficile, bien sûr, ça serait tellement plus facile de créer une boîte et machin, mais c'est pas l'ADN et c'est pas ce qu'on veut faire. Monde Numérique : [17:41] Parce que oui, il y a une infrastructure technique quand même derrière tout ça. Florian Gauthier: [17:44] Il y a une infrastructure technique, en effet. Donc on va payer l'écoute téléphone, l'utilisation par WhatsApp, l'IA qu'on utilise, c'est OpenAI, donc on va payer OpenAI pour les coûts de fonctionnement, on va payer les moteurs de recherche qu'on utilise pour récupérer ces données de sources fiables. Et voilà, donc en effet, ça a des coûts. Comme on a une équipe technique qui est excellente, on a réussi à diminuer les coûts au maximum, donc on est autour de 6 centimes la question posée, pour être hyper transparent. Mais voilà, mais finalement, en fait, sans coût opérationnel, on a une équipe géniale de gens hyper motivés, et bien on arrive à fonctionner, à faire des mises à jour, à être sûr que ça fonctionne bien. Mais à terme, il faudra, bien sûr, qu'on professionnalise et qu'on ait une équipe à temps plein sur le projet. Et ça, ça repose sur nos capacités à convaincre des fondations de nos souvenirs. Monde Numérique : [18:33] Et si vous êtes dans cette démarche-là, pourquoi est-ce que vous avez opté pour OpenAI plutôt que pour un modèle d'IA ouvert, un Mistral ou autre, quelque chose en open source ? Florian Gauthier: [18:43] Ce n'est pas du tout un choix de cœur, c'est un choix d'efficacité. Aujourd'hui, on savait déjà utiliser les API de OpenAI et on savait qu'elles étaient extrêmement performantes pour comprendre les questions posées, même si elles sont posées bizarrement, ce que je disais tout à l'heure, mais aussi pour parler de manière naturelle. Et cette conversation, elle est clé sur Vera. Donc, on a utilisé OpenAI en début, mais on n'est pas du tout fermé à l'idée de dire « Tiens, on va passer sur Mistral, c'est une IA française, ou une IA open source, ou peu importe. » Donc, ce n'est pas du tout un choix de conviction, c'est un choix d'efficacité et c'est très important d'aller vite aussi sur ce genre de sujet au début parce que c'est là que tout se joue et après on peut commencer à poser les bases et se dire, Florian Gauthier: [19:25] par où on veut construire. Monde Numérique : [19:26] Alors, on rappelle comment est-ce qu'on peut accéder à Vera et questionner Vera. Donc, il y a un numéro de téléphone, vous l'avez dit, je vais le donner, 09 74 99 12 95. C'est ça ? Florian Gauthier: [19:37] Alors, je ne connais pas par cœur pour tout le monde dire. Monde Numérique : [19:39] Ben, vous voyez. Florian Gauthier: [19:41] En revanche. Monde Numérique : [19:41] Heureusement que je suis là. Et puis, sinon, Ask Vera, c'est sur WhatsApp. Alors, il faut rentrer ce numéro-là sur WhatsApp pour pouvoir ensuite l'interroger sur WhatsApp. Florian Gauthier: [19:49] C'est ça. En fait, c'est le mieux, le plus simple. C'est d'aller sur askvera.org, et Ask Vera sur Google et n'importe quel moteur de recherche vous tomberez sur le site et là vous pouvez directement dialoguer avec Vera par WhatsApp ou peu importe, mais en revanche sinon vous pouvez ajouter le numéro de téléphone en tant que contact donc vous l'appelez Vera vous donnez un numéro de téléphone vous l'enregistrez puis après vous avez accès vous lui passez un coup de fil vous lui parlez sur WhatsApp, ou sinon vous allez sur Instagram et là vous allez sur Ask Vera underscore org vous lui envoyez un message privé et vous allez être surpris de la vitesse à Florian Gauthier: [20:21] laquelle elle peut vérifier les informations avec des sources citées. Monde Numérique : [20:25] Merci beaucoup, Florian Gauthier, cofondateur de Vera, V-E-R-A.
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