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Le QR Code a été inventé en 1994 par DanceAWave, possédé par Toyota, a été vraiment répandu dans les pays asiatiques dans les 10-15 dernières années. On voit aujourd'hui que toute la culture du QR Code a vraiment été générée par le Japon, la Chine, où le QR Code est utilisé partout, absolument partout. Sur les billets d'avion, les boîtes de céréales, les cartes de visite, les tables de restaurants et bien sûr sur le fameux passe sanitaire, oui, les QR codes se sont installés partout autour de nous ces dernières années. Si on se rencontrait vous et moi aujourd'hui, je vous donnerai ma carte de visite avec un petit QR code dessus. Et en le flashant, vous arriveriez directement sur le site de ce podcast mondesnumériques.info. Ces petits carrés noirs et blancs sont une sorte de porte d'entrée vers le monde numérique, disséminé un peu partout dans le monde analogique. En fait, c'est un lien physique entre le réel et le virtuel. Ça paraît simple un QR Code, mais c'est aussi super puissant. Et c'est une invention ancienne et pleine d'avenir. C'est cette histoire du QR Code que je vais vous raconter dans cet épisode spécial de Monde Numérique. On verra comment fonctionnent les QR codes et puis on découvrira aussi pourquoi cette technologie a mis si longtemps à s'imposer en Europe et quels sont les usages, parfois même les plus insolites. Cet épisode vous est proposé en partenariat avec Orange qui a choisi monde numérique pour vous aider à mieux comprendre la technologie. Alors d'abord, ça vient d'où le QR Code ? Pour remonter aux origines et pour vous raconter cette histoire, va donner la parole à un professionnel. Vincent Birret, CEO de la société Unitag, basé à Toulouse et à Londres, spécialisé dans la création de QR Code. C'est lui qui va nous raconter tout d'abord comment le QR Code est né dans les années 90 au Japon pour remplacer le Code Bar. Alors c'était mise en œuvre simplement pour l'inventaire de pièces automobiles. En fait, c'est quelque chose de très très simple. C'est qu'on met un QR code et ça permet avec une machine en fait, un tapis de production, ça permet une lecture très très rapide de data qui est bien plus, on va dire, riche qu'un simple code bar. Le code bar ne pouvait contenir que 12 à 13 chiffres et Denso avait besoin d'éléments supplémentaires mais également de Kenji, c'est à dire de caractères japonais. Il n'y avait aucun code qui ne pouvait posséder des Kenji. C'est l'une des seules matrices 2D, l'un des seuls codes qui permet de supporter des kanji. C'est quelque chose d'assez simple, ont créé ce QR Code et qui, au final, dans sa première version, ne pouvait supporter que très peu de caractères et au fur et à ils l'ont développé pour posséder bien plus d'informations comme celle que l'on connaît aujourd'hui et les QR Codes finaux que l'on connaît aujourd'hui. L'inventeur du QR Code, s'appelle Masahiro Hara. En 1994, il travaille donc pour l'entreprise Dancerwave, filiale de Toyota. Il met au point ce QR Code. QR Code, veut dire Quick Response Code, c'est-à-dire en français, code à réponse rapide. Comme vient de l'expliquer Vincent, l'objectif en fait, c'était que ça puisse être lu très rapidement par un ordinateur. En octobre 2021, Libération a retrouvé Masahiro Hara, l'inventeur du QR Code. a publié un portrait et une interview. Une interview dans laquelle celui-ci explique qu'au départ il envisageait surtout une utilisation professionnelle, il ne pensait pas que cela pourrait être un jour utilisé par le grand public. Mais Masahiro va prendre une décision pour laquelle on devrait tous le remercier aujourd'hui. En fait, au lieu de déposer un brevet afin de conserver pour lui-même la propriété de son invention, 5 ans plus tard, en 1999, il décide de la placer sous licence libre. C'est à dire qu'il va permettre à n'importe qui de l'utiliser sans payer la moindre royalty. Alors du coup, l'invention du QR Code ne rapportera pas le moindre Yen à son inventeur. Mais pour nous, nous les utilisateurs, ce sera tout bénéfique. Car c'est ainsi que le QR Code va être adopté massivement dans toute l'Asie et devenir extrêmement populaire à partir des années 2010. Notamment grâce à l'application chinoise WeChat, permettant de payer par QR Code. Là où est-ce qu'on a vu vraiment l'implémentation du QR Code, c'est dans les marchés ambulants. Ça a été absolument superbe, car plutôt que de devoir payer avec un TPE, il y avait simplement la possibilité d'imprimer un petit QR Code et d'être payé directement. Ça a été une véritable révolution économique et on a vu en 2018 que 83 % des paiements ont été faits via mobile en Chine. C'est vrai que ça a été absolument incroyable. Et aujourd'hui, c'est vrai que si vous visitez la Chine, vous visitez un peu ces marchands blancs, tout est fait avec des QR codes. Vous pouvez scanner. Chaque article va avoir son propre QR code que vous pouvez scanner, que vous pouvez acheter. Vous allez... J'étais au Japon. Vous allez dans ces restaurants dits automatiques. Vous scannez votre QR code, vous représentez un QR code, tout est validé, tout est transféré. Et c'est vrai que c'est absolument génial. Bon, techniquement... comment ça marche un QR code. On sait que c'est inspiré du jeu de Go, on sait que ça contient des informations sous forme codée, environ 200 fois plus d'informations que les code bars, mais surtout il a une particularité, c'est que l'inventeur Masahiro Hara a mis un an à trouver un système unique permettant quand on scanne le QR code de savoir immédiatement que cette bouillie de gros pixels est un QR code et doit donc être interprété comme tel. Explication de Vincent Biray. Alors c'est très intéressant. C'est vrai que lorsqu'on regarde un QR code, visuellement parlant, on reconnaît que c'est un QR code. Pourquoi ? Vous avez déjà vu un QR code ? On a tous déjà vu ? Il a quelque chose qui saute aux yeux immédiatement. Ce sont les trois yeux. Ces trois yeux qui sont un en haut à gauche, un en bas à droite et un en haut à droite. Ce qui se passe lorsqu'un téléphone... Je parle d'un téléphone mais on va parler d'un ordinateur qui a la possibilité de décoder une image. Très très simple. va reconnaître l'emplacement de ses yeux et va dire qu'il y a une image. Je vais essayer d'extraire quelque chose de ce qui semble être un QR code. Dans la première ligne que vous avez en haut à gauche, est adjacente à l'œil, ça va vous donner la correction de votre QR code. La correction, c'est quelque chose d'intéressant. Et ça, c'est vraiment fascinant avec les QR codes. C'est qu'il avait quelque chose d'imaginer dès la base de la conception du QR code, c'était de pouvoir corriger la donnée intégrée dans ce QR Code si jamais l'étiquette était endommagée. Et c'est vrai que c'est absolument phénoménal. Donc la première ligne, on reprend, c'est la correction du QR Code. C'est pour vous dire quelle va être la complexité du QR Code et quel est le pourcentage de données que l'on peut avoir manquante par ci et par là et qu'on peut recomposer via les modules. Les modules, sont ces petits carrés justement noir et blanc que vous voyez. Donc l'ordinateur comprend plusieurs choses. On prend les yeux, Donc là c'est quelle est l'orientation du QR code, donc comment décoder en fait ces modules, qu'on prend la correction pour savoir comment assembler ces modules ensemble, et ensuite va simplement décoder cette matrice qui est en fait un tableau à deux dimensions de carrés noir et blanc, va venir l'interpréter via un algorithme et va venir en extraire la data. Cette data, elle peut être très très riche, ça peut être une URL, ça peut être une V-card, ça peut être... Beaucoup de choses, un événement du calendrier, une position géographique en longitude et latitude. Ça peut être beaucoup de choses. Et ensuite de la donnée binaire brute, c'est-à-dire de l'information, de la donnée brute simplement compréhensible par l'ordinateur. Donc ça nous donne des chaînes de caractères en fait, on peut mettre c'est quoi aujourd'hui ? Aujourd'hui on est capable de monter à 4092 caractères. 4092 caractères c'est énorme et c'est ce qu'on appelle ce qui est supporté par la version 40 du QR code. Généralement ce sont des QR codes qui ne sont pas très jolis, c'est vraiment très cafouillis, on dirait Canal Plus quand on n'avait pas les décodeurs. Ça ressemble vraiment à quelque chose de très grisé, très complexe. Ce que l'on voit aujourd'hui sont des QR codes d'une version plus en intérieur, où on va avoir une centaine, 200 caractères maximum, qui sont justement plus reconnaissables par l'œil humain. Le but, c'est également lorsqu'on a une campagne marketing, c'est que les gens comprennent que c'est un QR code. Si vous avez vraiment un tableau de pixels, c'est pas vraiment parlant pour l'utilisateur. Mais oui, on est capable aujourd'hui de mettre énormément, énormément de données dans un QR code. Et oui, car il existe en fait plusieurs types de QR codes. Bon, ça, on va en reparler. En attendant, il a un autre point à souligner qui est intéressant. Donc vous avez votre smartphone, vous ouvrez l'appareil photo. vous scannez le petit carré, il reconnaît que c'est un QR code. Mais là, que se passe-t-il si le QR code est abîmé ? Et bien la plupart du temps, ça marche quand même. C'est ça l'avantage. Alors qu'un code bar classique, lorsqu'il est téraflé, est illisible, un QR code abîmé à hauteur de 30%, lui reste lisible. C'est ça qui est formidable avec cette technologie, c'est qu'en plus, elle est en quelque sorte hyper résiliente. C'est beauté du QR Code. C'est pour ça que vous voyez des QR Codes qui ne sont pas que noir et blanc. C'est-à-dire qu'on est capable, chez Unitaq, d'avoir des logos avec de la transparence, est capable de mettre des logos dans le QR Code pour rendre un design un peu plus sympa, un peu plus joli, un peu plus attractif à l'œil. Malgré le fait qu'il ait une image superposée dans le QR Code, on est quand même capable de le décoder. Et c'est grâce à cette redondance de la donnée dans le QR Code que l'on est capable que les téléphones soient capables de les décoder. Ok, ça c'est bien. Maintenant il reste une question un peu dans le même registre, celle de la sécurité. Peut-on pirater un QR code ? Peut-on le trafiquer pour transformer l'information qu'il contient ? Par exemple juste en griffonnant avec un stylo ? La réponse de Vincent Birret. Alors transformer les informations qui sont contenues dans un QR code ? On va reparler un petit peu de la correction justement. si vous dessinez des petits carrés de manière on va dire aléatoire, ça va être très compliqué d'atterrer un QR code. La seule chose que vous risquez de faire c'est de corrompre le QR code, c'est à que c'est illisible. Mais manipuler à la main un QR code est vraiment très très complexe. Je ne dis pas que c'est impossible, il doit être possible à un moment d'injecter de la donnée manuellement dans un QR code mais le risque est tellement faible, car encore une fois on parle de correction, vous savez avec la correction, On est capable de reconstituer l'entièreté du QR code via certaines zones. Donc arriver à corrompre et en plus passer au-dessus de l'algorithme de correction, c'est tout de même assez costaud. Voilà qui est plutôt une bonne nouvelle. Mais quand même, j'ajouterai aux explications de Vincent Biré que certes, il est difficile de pirater, de modifier un QR code, il existe quand même des risques d'arnaque. Par exemple. Si je remplace un QR code dans un magasin par un autre QR code qui renvoie vers un faux site web, en fait, sur place, personne ne se rendra compte. Et donc je pourrais arnaquer les clients en leur demandant leur coordonnée mancaire, etc. Mais bon, encore faut-il évidemment que je puisse remplacer le QR code en question, donc ça ne peut concerner que certains QR codes à certains endroits, est d'accord. À noter que l'inventeur Masahiro Hara, qui est aujourd'hui âgé de 65 ans, a encore plein d'idées pour perfectionner son précieux QR code. afin de le rendre plus sûr. Par exemple, il a mis au point lui-même un truc qui s'appelle le SQRC, un QR code dans lequel on peut dissimuler certaines informations afin de garantir son authenticité. Et puis, comme je l'ai évoqué, il existe des variantes du QR code. Par exemple, ce que vous avez dans votre passe sanitaire et dans l'appli TousAntiCovid, ce n'est pas un QR code, c'est un data matrix. C'est une variante considérée comme plus sûre. et qui répond, dans le cas présent, aux standards 2D Docs utilisés par l'Agence nationale des titres sécurisés. Alors, le Data Matrix, c'est simplement un tout petit peu comme le QR Code, mais également différent. Ça utilise différents algorithmes de génération, avec différentes capacités de stockage, mais on ne s'arrête pas au Data Matrix. Le Data Matrix est un tableau à deux dimensions, comme le QR Code, avec des points noir ou blanc, avec quelque chose de très particulier qui est une bande verticale et une bande horizontale. sur la gauche et en bas, définissent en fait, pareil que le QR Code, l'orientation du code en lui-même est capable d'être décodée par des appareils spéciaux. On a également le ASTEC, le ASTEC qui est très très ressemblant au QR Code mais qui lui, à l'opposé du QR Code qui a trois yeux, le ASTEC a un œil central. Donc vous avez différents types de codes mais encore une fois, le QR Code, vu que son œil à adoption était massif, ça s'est fait naturellement. Il y a eu un vainqueur, parmi tous les types de codes qui ont été créés. Le QR Code a vaincu car il est le meilleur, on l'a compris. Il a plein d'avantages mais quelques petites faiblesses quand même. Et puis surtout, la plus grosse faiblesse, et bien comme d'habitude, c'est nous. C'est l'être humain. Il faut rappeler qu'il faut protéger ces QR Codes. Il ne faut pas les divulguer. Par exemple, ne poster jamais sur les réseaux sociaux. vos billets de spectacle ou même votre passe sanitaire, parce que n'importe qui peut le copier et l'utiliser à votre place. Alors attention, parce que même si vous mettez le doigt dessus, s'il n'est que partiellement masqué, il restera lisible, puisque comme on l'a dit, le QR code est extrêmement robuste. Et c'est arrivé, ce genre de choses. En 2021, en pleine crise sanitaire, le code d'Emmanuel Macron avait fuité sur les réseaux sociaux et ça avait fait à l'époque un véritable scandale. Inventé en 1994, le QR Code aura donc mis plus de 20 ans avant d'être vraiment utilisé en Europe. Pendant des années, pourtant des sociétés spécialisées ont tenté de le développer, mais la mayonnaise n'a pas pris. En 2009, Jacques Cataly avait sorti un livre coécrit avec une trentaine d'auteurs, coédité par Orange, qui contenait à chaque page des QR Codes pour accéder à des contenus en ligne. Un hyper livre. Mais ça n'a pas été un franc succès. On a vu fleurir aussi quelques QR codes sur des affiches publicitaires, dans des abribus, dans quelques journaux aussi, mais l'usage est resté largement confidentiel. Tandis qu'au même moment, en Asie, ça cartonnait. En étant français également, on aime par exemple notre papier, on aime notre journal, on aime justement dans les restaurants avoir notre menu en main. Soudainement c'est venu parce qu'on, malheureusement on a eu Covid, mais c'est vrai que les gens se sont rendu compte en fait qu'on pouvait faire pas mal de choses avec ça. Donc pendant des années ça patine, l'usage du QR code et puis tout d'un coup paf, ça décolle. Alors que s'est-il passé ? Pourquoi cette révélation tardive ? Bien sûr, la crise Covid est passée par là, mais pas seulement. Il y a une deuxième phase pour moi vraiment que je pense absolument critique dans l'adoption du QR Code, c'est qu'il y a un facteur, c'est que Apple et Google, les créateurs d'Android, ont adopté la reconnaissance du QR Code nativement dans leur appareil photo. Et voilà, c'est ça le déclic. Parce qu'avant pour décoder un QR Code avec son smartphone, il fallait télécharger une application. Mais depuis iOS 11 en 2017 et Android 8.0 en 2018, plus besoin d'applications, la fonction est intégrée dans l'appareil photo. dire un utilisateur, écoutez vous allez aller sur le Apple Store, le Google Play Store, vous avez téléchargé une application, n'oubliez pas de vous inscrire et ensuite scanner un QR code. C'est vrai qu'on perd 90 % des utilisateurs, mais aujourd'hui on sort son téléphone, on scanne un QR code simplement en ouvrant un appareil photo. La simplicité d'accès à cette magnifique technologie a fait que c'est répandu aujourd'hui très très fortement. Si on prend un peu de recul, On réalise donc qu'en matière d'adoption des technologies, d'une manière générale, les outils eux-mêmes sont super importants. Une technologie a beaucoup plus de chances d'être adoptée massivement si elle est facile à utiliser plutôt que s'il a une barrière technique même minime. Parce que les gens font la part des choses entre ce que ça peut leur rapporter comme bénéfice et l'effort que ça leur demande en échange. En fait, il a que les geeks pour utiliser des technos compliqués. Alors pour creuser un peu cette idée-là, je me suis dit tiens, je vais appeler un sociologue. Franck Cochois, il professeur de sociologie à l'université Toulouse-Jean-Jaurès, chercheur au laboratoire Liste CNRS et membre senior de l'Institut universitaire de France. Et il a écrit un livre, alors en 2011 ça date un peu, mais sur les QR codes, les data matrix et les flash codes. Voici comment il explique la chose. En fait, on ne pas isoler un dispositif technique. Ce n'est pas qu'une question sociologique, c'est ce que les gens manifestent de l'intérêt ou non. C'est tout un écosystème, toute une infrastructure. l'usage dispositif lui-même dépend de conditions d'usage qui sont des conditions très technologiques et matérielles. Par exemple, c'est tout bête mais un téléphone projette sa propre ombre sur l'image. Ça perturbe très fortement la réception. Et à cette époque, les capteurs des téléphones de l'époque étaient moins bons en définition, donc ça crée du bruit et ils n'arrivaient pas à les codes. Pareil pour la luminosité, pareil pour la qualité du réseau. Et donc l'une des conclusions, c'était qu'en fait, dit toujours beaucoup de sociologues classiques ont tendance à penser qu'il a des dispositifs techniques qui sont rationnels et qu'ils vont rencontrer des résistances sociales. Et en fait, nous, a montré l'inverse, c'est-à-dire que les gens étaient très bien disposés vis-à-vis des technologies et que c'est les technologies qui résistaient à l'appétit d'usage des personnes. Alors ça, j'avoue que ça me fait vraiment plaisir. Parce que moi, une technologie ou une interface mal faite, me rend dingue. Un site moche, mal conçu, pas pratique, c'est insupportable. L'interface, c'est primordial. Beaucoup de gens pensent qu'ils sont nuls en informatique, alors qu'en fait c'est souvent le site qui est nul. Et quand on dit qu'il a 20 % d'électronisme en France, c'est-à-dire des gens qui ne savent pas se servir des outils numériques, eh bien en fait c'est quand même en partie à cause des outils eux-mêmes. On n'est plus à l'époque des pionniers où les utilisateurs d'ordinateurs étaient prêts à passer des journées entières pour arriver à brancher une imprimante sur un ordinateur. Je sais de quoi je parle, je l'ai vécu. Par exemple, les sites de l'administration, il faut bien avouer qu'ils ne sont pas très très bien fichus, parce qu'ils sont faits pour l'administration, pour coller à son fonctionnement interne et pas en réfléchissant au parcours client, à l'expérience utilisateur. Alors bon, il en a quand même quelques uns qui ne sont pas mal faits. comme par exemple celui des impôts, celui de l'URSAF et puis globalement ça s'améliore. Mais bon, peut encore faire mieux. C'est l'une des raisons pour lesquelles, à mon avis, le métavert pourrait être intéressant. Parce que le métavert, ce sera d'abord une interface en 3D immersive et on peut penser, on peut espérer que ce sera beaucoup plus accessible à des gens qui n'ont aucune notion d'informatique. Et l'interface, si on veut qu'une technologie ne reste pas l'apanage des spécialistes, c'est vraiment le plus important. C'est une chose qu'évidemment Steve Jobs avait comprise avant tout le monde. Mais bon, là, on s'éloigne un petit peu du sujet du QR Code. Alors revenons au QR Code précisément. Ça a un gros avantage aussi. Ça ne coûte pas cher. C'est une technologie qui ne coûte rien, en fait, à la mise en oeuvre. C'est-à-dire du point de vue de celui qui crée un QR Code, ça peut se faire gratuitement. Il y a des tas de sites Internet où on peut générer un QR Code. C'est une technologie qui vise à communiquer des informations. Souvent, on le fait de manière additionnelle, c'est-à-dire sur un emballage, sur une campagne publicitaire, sur un flyer, sur un tract. On rajoute un QR Code. Donc en fait, on a l'impression que c'est une technologie très répandue et très utilisée. En même temps, selon Francochois, il a quelque chose d'assez trompeur. C'est que l'omniprésence des QR Codes autour de nous ne veut pas dire qu'on les utilise tant que ça. Il y a une sorte de paradoxe, c'est-à-dire c'est une technologie dont on peut dire qu'elle a réussi puisqu'on la voit partout, mais c'est un leurre parce que les lecteurs de QR Code en fait ne pas si fréquents que ça et moi je pense que j'ai fait plusieurs enquêtes et j'ai jamais eu la chance de voir quelqu'un lire un QR Code. Et selon Franck Cochois, il y a une explication à cela. C'est le côté mystérieux du QR Code. C'est pour ça que dans son livre, sorti en 2011 sur les QR Code, il parlait de curiositif, un dispositif qui repose sur la curiosité. Parce que voyez, un QR Code, en fait, la grosse différence par rapport aux informations ordinaires, c'est que c'est un dispositif qui en lui-même ne dit strictement rien, l'inscription elle-même. Donc en fait, ça demande une forme d'appétit, c'est-à-dire, allez-vous voir une sorte de prédisposition à la curiosité quelque part. Et c'est ça qui est très ambigu dans le curiositif, c'est-à-dire que... quelque part ça fait l'hypothèse que les gens sont curieux mais s'ils ne le sont pas ça leur permet de l'être. Ça se présente comme un petit rébu, comme une énigme, quelque chose à décoder. Si l'on continue l'exploration du phénomène QR code, il y a une autre question qui est soulevée par la généralisation de ces petits carrés pixelisés. Une question philosophico-politique pour employer des grands mots. Serions-nous en train de basculer dans un nouveau modèle de société ? Une société de code à flâcher un peu partout pour accéder à des services, pour bénéficier d'autorisation, etc. Bref, une société de surveillance. J'ai demandé au sociologue Franco Choix ce qu'il en pensait. C'est question légitime parce qu'on est dans l'univers du numérique, de recueil de traces. Lorsqu'on lit un QR code, produit des échanges d'informations qui se font stocker sur des serveurs, etc. Et donc finalement, si les personnes ont cette crainte, quelque part c'est salutaire, ça permet de faire émerger la question. C'est pas évident d'ailleurs parce qu'il pourrait se dire, je lis et j'ai l'information. et n'y a rien de moi-même qui ne les communiquait. En fait, c'est plus compliqué que ça. Donc, si les gens ont peut-être l'idée qu'il y ait ce genre d'enjeux, c'est quelque chose qui mérite l'attention. Après, dans la pratique, c'est plus compliqué et pour l'instant moins dangereux que ça. J'ai fait une autre enquête en association avec une petite start-up qui avait monté des services pour les QR codes. J'ai eu la chance d'avoir accès au log, c'est-à-dire au... aux traces qui sont recueillies lors des échanges de QR code. Peu de personnes ont accès à ce genre d'informations et donc c'est assez intéressant de voir l'autre côté du miroir, si vous voulez, l'autre côté de la machine. On s'est aperçu que ces usages sont relativement limités et très coûteux en fait. On recueille par exemple des informations sur le téléphone, on sait quel est son système d'exploitation. Mais en fait souvent c'est lié à des variables sociales parce que ceux qui sont sous iOS, Apple, c'est pas le même public que ceux qui sont sous Android, mais c'est des signaux faibles. C'est pour ça qu'il faut se méfier de ces technologies, parce que c'est technologie cheap, assez facile, mais qui pourrait se prêter à des usages plus sophistiqués et plus problématiques. Bon, voilà qui est à la fois rassurant et pas si rassurant que ça, ce que dit Francochois. En gros, un QR code, ça ne permet pas d'apprendre grand-chose sur nous, sauf évidemment si c'est un code qui nous concerne, comme le passe sanitaire. Mais en revanche, l'usage des technologies produit des signaux faibles qui peuvent dire certaines choses sur notre milieu social, notre pouvoir d'achat en fonction par exemple du smartphone qu'on utilise ou de l'endroit où on se connecte grâce à la géolocalisation. On se consolera en disant que tout cela reste au moins anonyme. Alors je m'aperçois qu'il a une chose dont on n'a pas encore vraiment parlé, ce sont les applications des QR codes. Au fond, quoi ça peut servir un QR code ? Bon, à envoyer une URL, une adresse de site web, on l'a dit, mais il n'y a pas que ça. Il existe plein d'autres applications de cette petite technologie. Est-ce qu'on va avoir des QR codes absolument partout ? Pour en parler, on retrouve Vincent Birret, le CEO d'Unitag. Je pense qu'il y a des usages qui vont disparaître. Je que dans les restaurants on va retrouver des menus. Je trouve ça très agréable également de ne avoir à sur un petit téléphone qu'est-ce que je vais pouvoir commander. Il y a des usages qui vont disparaître et y a des usages qui vont être créés. Essentiellement je pense au niveau du paiement et au niveau des emballages. Le paiement va être beaucoup plus simple, beaucoup plus sécurisé, qui est déjà très très pratique aujourd'hui. On a des méthodes de paiement assez simples sur nos téléphones. mais le QR Code pour pouvoir imprimer directement sur un ticket de caisse, pour pouvoir récupérer ses points, pour pouvoir activer une garantie, par exemple d'un appareil électroménager que l'on vient d'acheter. Tout ça va être possible directement, je pense, depuis les QR Codes. Et on le voit aujourd'hui, ça commence à rentrer en place, on le voit, on travaille avec des clients aujourd'hui sur les chaînes de production également, sur les emballages, plutôt que d'inscrire des manuels. de 30 pages pour monter un meuble, est capable maintenant d'avoir un QR code sur un petit petit bout de papier ou même sur la boîte en elle-même où on dit si vous voulez avoir votre manuel, simplement scanner ce QR code et vous avez en plus le choix entre un manuel et une vidéo, c'est à que si vous voulez pas aller lire votre manuel, regardez cette vidéo, etc. Donc vraiment, des usages vont disparaître, c'est normal, c'est comme tout techno et de nouvelles vont s'en créer et je suis sûr que c'est là pour rester pour un petit moment. Et puis il a aussi la fameuse V-card, cette carte de visite virtuelle sous forme de QR code et ça ça intéresse les gens pour plusieurs raisons. le premier intérêt qu'il a c'est vraiment sur l'écologie. Aujourd'hui, nous on travaille avec beaucoup d'entreprises qui sont vraiment très intéressées de passer du papier à la techno. C'est à qu'ils préfèrent comme vous avez pu le voir peut-être un QR code en bas des e-mails en disant scannez mon QR code vous aurez toutes mes informations ou une carte de visite un peu plus rigide, un peu plus costaud, même en métal, parfois on en voit, et simplement de dire à quelqu'un écoutez, scannez mon QR code et vous aurez toutes mes infos. Plutôt que de distribuer, vous savez, la chaîne toutes les cartes de visite. C'est vrai que c'est vraiment quelque chose qui est intéressant pour les entreprises parce qu'ils peuvent mettre quelque chose de concret sur leurs efforts de réduire leurs émissions de CO2 et la vecharde est vraiment notre arme de front là dessus sur l'écologie. qui aide bien avec le QR code également, c'est qu'on peut mettre Ça arrive absolument tous les jours, mais de faire une faute d'orthographe dans un nom, ce qui est assez dramatique lorsque vous envoyez 300 cartes à l'imprimeur et que vous découvrez, non, il n'est pas bon, on peut corriger avec le QR code justement en temps réel toute faute d'orthographe, tout numéro de téléphone, adresse email. C'est-à-dire que le QR code ne change jamais, c'est l'URL de destination ou la ressource de destination qui, elle, va changer. Et nous, fait, avec UNITAG, on a créé un service intermédiaire que l'on appelle un résolveur. et qui va venir résoudre ce QR Code, cet URL a la ressource finale désirée par l'utilisateur. Alors c'est là que l'on touche du doigt l'aspect économique aussi du QR Code. Fabriquer ses propres QR Codes sur Internet, c'est gratuit, c'est facile. Mais si vous voulez y attacher par exemple votre profil personnel avec vos numéros de téléphone, vos adresses, etc. Ça coûte 2 à 3 euros par mois. Mais il y a aussi des applications carrément insolites du QR Code. Il y en même certaines qui font marrer Vincent. Également, c'est vrai. Des QR codes tatoués sur la peau. Tatoués sur la peau, tatoués sur la peau. On a eu le cas et on a dû faire une mise à jour d'un QR code après la séparation d'une personne. C'est le risque avec le tatouage. Mais il menait à quoi ce QR code ? Je pense qu'on a un secret professionnel qui se garde derrière. Mais c'était le nom d'une personne. C'est tout ce que je dis. On arrive au bout de cette découverte du QR Code et c'est donc le moment de se poser la question c'est quoi le futur du QR Code ? Et bien certains commencent à réfléchir à des QR Codes encore plus sophistiqués qui pourraient contenir encore plus d'informations, beaucoup plus que les 4000 caractères actuels. Ça permettrait par exemple de stocker des images comme des dossiers médicaux avec des électrocardiogrammes, des radios etc. ce qui pourrait potentiellement sauver des vies en cas d'urgence. Et puis des chercheurs américains de l'université de Washington et de Microsoft travaillent même sur un système basé sur de l'ADN. Ce serait encore plus sécurisé car invisible à l'œil nu et encore plus fiable. Mais pour les professionnels comme Vincent Birret, le QR Code actuel est déjà génial. Il permet de faire plein de trucs et même des choses auxquelles on n'a pas encore pensé. Je pense que pour le moment, on n'a pas besoin de le faire évoluer. Le QR Code... est une très très belle technologie. Il a été pensé de manière superbe vraiment avec la possibilité d'avoir tellement d'informations de base avant d'arriver, si vous voulez, à la limite technologique du QR Code, on en est loin. Car au final, le QR Code en lui-même est une superbe porte physique vers un monde digital et c'est plus ce que l'on fait après le QR Code qui va compter. C'est-à-dire justement comme nous ce que l'on fait par exemple avec notre résolveur qui va venir transpiler cette short URL, cette URL courte pardon, en URL longue avec cette URL destination, c'est ce qui est intéressant. Voilà, c'est l'accès pour les utilisateurs à ces ressources externes. Je pense qu'il y a énormément encore de boulot à faire avant d'arriver à la limite de ce que peut faire le QR Code. Et c'est ce qui est excitant aujourd'hui, c'est vraiment... Aujourd'hui on voit même des QR Codes qui peuvent avoir de la réalité augmentée. C'est à dire qu'on est capable de superposer des marqueurs de réalité augmentée en plus de QR Code. On est capable de faire des choses absolument géniales et j'adore voir en fait tous les jours ce qu'on peut faire. Il a encore quelques années, on parlait très très peu de paiements dans les pays occidentaux avec des QR Codes et aujourd'hui on a des boîtes comme Sunday aux Etats-Unis qui a été fondée à Atlanta, qui vraiment utilisent le paiement partout et ce n'est vraiment que le début. C'est assez excitant et il m'éteint de voir où on en sera dans cinq ans. Merci d'avoir écouté cet épisode spécial de Monde Numérique en partenariat avec Orange. Rélisation signée Thomas Langlin. Rendez-vous sur toutes les applis podcast. Abonnez-vous pour recevoir directement tous les épisodes. Faites connaître Monde Numérique à vos amis. Laissez-moi des petites étoiles et des commentaires. Et puis vous pouvez également retrouver tout l'historique de Monde Numérique sur le site MondeNumériqueenunseleMos.info.