Christophe Grosbost:
[
0:01] On doit considérer aujourd'hui le numérique comme on doit considérer le nucléaire, comme on doit considérer le militaire, comme on doit considérer finalement l'énergie.
Christophe Grosbost:
[
0:09] C'est-à-dire qu'on doit commencer à comprendre que le numérique n'est pas un outil. Le numérique est en fait une arme, potentiellement. C'est aussi quelque chose qui est un facteur essentiel du développement économique et sociétal d'un territoire.
Monde Numérique :
[
0:28] Bonjour Christophe Grosbost.
Christophe Grosbost:
[
0:30] Bonjour Jérôme.
Monde Numérique :
[
0:30] Vous êtes directeur stratégie de l'IMA Innovation Makers Alliance, une association au cœur de l'innovation en France et vous organisez le 20 janvier, alors on enregistre avant que ça ait lieu, un sommet de la souveraineté à Paris au ministère de l'économie et des finances. De quoi s'agit-il exactement ?
Christophe Grosbost:
[
0:53] Alors, c'est la deuxième édition, on en avait organisé un l'an dernier, le 14 janvier 2025, de ce sommet qui a un nom un peu long, c'est le Sommet de la souveraineté technologique et de l'autonomie du numérique en France et en Europe, qui est un sommet dont l'objectif, il faut peut-être rappeler en quelques mots ce que c'est que l'IMA, l'IMA est un groupement, c'est un consortium, c'est une association de loi 1921 qui regroupe 165 organisations françaises. En fait, grosso modo, une bonne partie des grands comptes publics et privés du pays, plus ETI de grande taille, centres de recherche et centres éducatifs, dont l'objectif est d'aider au développement technologique de tous nos groupes adhérents en leur permettant de partager les projets sur lesquels ils travaillent, pour répliquer les uns et les autres ce qui se fait de mieux en France, et aussi pour être capables de pouvoir co-développer ensemble des innovations sur des sujets sur lesquels aujourd'hui ils n'ont pas trouvé de solution sur le marché. Dans ce cadre-là, on s'est emparés du sujet de la souveraineté numérique, qui est un sujet évidemment critique pour nos entreprises, pour développer leur autonomie numérique et pour être capables d'être... D'évoluer plus vite, je dirais, dans le futur, mais aussi pour réduire leur risque de dépendance. Et dans ce cadre-là, on avait donc fait ce sommet l'année dernière, on avait fait un manifeste de la souveraineté numérique qu'on avait sorti avant l'été.
Christophe Grosbost:
[
2:08] C'était d'ailleurs parlé, Jérôme, qui présentait tout un ensemble de recommandations remontées par nos groupes et par les startups qu'on avait interrogées de ce qui pouvait être fait au niveau européen, au niveau français et à notre propre niveau corporate, pour développer l'indépendance numérique française et européenne. Et dans ce cadre-là, on organise ce deuxième sommet qui est à nouveau au ministère des Communities et des Finances, donc le 20 janvier, et dont l'idée est d'amener nos décideurs, de nos groupes, les pouvoirs publics et les start-up et les offreurs souverains pour faire un point d'étape sur l'évolution de la souveraineté numérique et du sujet de la souveraineté numérique en France et aussi permettre de développer encore davantage les possibilités des offreurs souverains auprès de nos groupes. En fait, il y a aussi une logique d'acculturation qui est d'aller présenter ce qui se fait de mieux au niveau des champions souverains et de permettre à nos groupes de pouvoir les rencontrer et potentiellement de pouvoir agir en tout cas vers une transition numérique souveraine.
Monde Numérique :
[
3:06] Alors, souveraineté numérique, ça devient une vraie tarte à la crème. En même temps, c'est un vrai sujet, sans doute l'un des plus importants du moment, dans le contexte géopolitique que l'on connaît. Pour vous, c'est quoi ? Ça veut dire quoi pour la France, concrètement, et au-delà pour l'Europe ?
Christophe Grosbost:
[
3:27] C'est un sujet qui a initialement été venu comme un sujet de patriotisme. Qui initialement étaient vus comme un sujet qui n'était pas forcément ultra stratégique en termes de géopolitique. On considérait souvent le numérique comme un outil, on considérait le cloud comme évidemment un endroit où garder de données, et les outils numériques de manière générale comme des actifs, mais qui finalement n'étaient pas forcément ultra stratégiques. Je pense qu'aujourd'hui, la vision a complètement changé, et je m'en félicite, et on considère désormais le numérique un peu comme on doit considérer le nucléaire, comme on doit considérer le militaire. Comme on pourrait considérer finalement l'énergie. C'est-à-dire qu'on doit commencer à comprendre que le numérique n'est pas un outil. Le numérique est en fait une arme, potentiellement. C'est aussi quelque chose qui est un facteur essentiel du développement économique et sociétal d'un territoire. Et qu'un peu à la manière de là où il ne nous viendrait pas à l'idée d'utiliser des armes uniquement étrangères, où il ne nous viendrait pas à l'idée d'acheter l'an 100% de notre alimentation, dans des pays étrangers, parce qu'on sait très bien que demain, en tant que guerre, on aura besoin d'armes qu'on puisse contrôler nous-mêmes et qu'on aura besoin de pouvoir nous nourrir. De la même manière, il faut comprendre que la souveraineté numérique est un sujet aujourd'hui hautement stratégique au point de vue géopolitique et encore plus à l'aune des récents développements qu'on a pu voir sur la scène diplomatique internationale.
Monde Numérique :
[
4:50] Vous pensez à quoi ?
Christophe Grosbost:
[
4:51] Je pense spécifiquement évidemment à Donald Trump. Je pense que on peut considérer que ce pays qui si souvent a été vu comme un allié fondamental de l'Europe est un pays qui est aujourd'hui gouverné par quelqu'un qui n'a aucune limite, qui ne respecte plus le droit international.
Christophe Grosbost:
[
5:09] Là où on a pensé pendant en tout cas je vous le dis humblement j'ai pensé pendant très longtemps que les menaces que faisait Donald Trump ne les mettrait jamais à exécution on se rend compte aujourd'hui qu'il a complètement changé de paradigme et qu'il est capable de faire ce qu'il a dit or quand on prend en compte certaines des choses qu'il a dit de manière numérique, ça va très loin, il a dit qu'il n'aurait aucun problème à utiliser un kill switch donc en gros à nous bloquer complètement l'accès, aux mises à jour sur tout un tas de logiciels même quand c'est sur du run-primise, même du sécuritaire Or, vous pouvez penser qu'on a quand même beaucoup de choses dans le nucléaire, même actuellement en France, qui reposent sur des technologies américaines. Il a menacé quand même, demain, s'il devait avoir des problèmes avec l'Europe, de pouvoir nous bloquer l'accès à certains services numériques considérés comme hautement stratégiques. Si on commence à parler d'AWS ou de Microsoft ou de Google, je n'imagine même pas les impacts que ça pourrait avoir. Et il a quand même aussi menacé potentiellement demain l'Europe d'avoir un accès réduit aux GPU américaines, qui voudrait dire réduire de manière massive notre capacité de développer notre propre intelligence artificielle.
Christophe Grosbost:
[
6:09] Si vous prenez tout ça en compte, quand vous vous rendez compte ce qu'il a pu faire récemment avec le Venezuela et quand vous réalisez ce qu'il menace de faire avec le Groenland et quand vous voyez sa manière de faire tous les jours, moi en tout cas, ça me fait penser que pour répondre à votre question, La souveraineté numérique, c'est un sujet qui, enfin, et je m'en félicite, rentre comme l'un des sujets phares de l'Europe, et un sujet qui est un sujet non plus uniquement d'outillage et de technique, mais qui devient un sujet de géopolitique stratégique, au même degré, je pense, que le nucléaire, que le militaire ou comme l'alimentaire.
Monde Numérique :
[
6:39] Alors, Christophe Grosbeau, qu'on comprenne bien, effectivement, il y a un risque qui est devenu prégnant, réel, qu'ici ou là, l'un ou plusieurs des outils américains qu'on utilise au quotidien, qui sont dans toutes les couches de l'économie française, européenne, mondiale, ça va de Microsoft à AWS que vous avez cité, etc., que oui, pour des raisons politiques, en fait, géopolitiques, eh bien, on coupe ou on perturbe ou on détourne, etc., etc. OK, une fois qu'on a dit ça, c'est quoi ? On est très inquiet, on croise les doigts ou il y a d'autres options ?
Christophe Grosbost:
[
7:17] J'espère que ça ne se limite pas à ça.
Monde Numérique :
[
7:22] Non, mais je vous provoque un peu. Bien sûr. C'est ça, il y a péril en la demeure, mais on fait quoi ?
Christophe Grosbost:
[
7:30] En fait, l'une des premières solutions, c'est le protectionnisme assumé.
Monde Numérique :
[
7:38] À la chinoise ?
Christophe Grosbost:
[
7:39] À la chinoise ou à l'américaine et qui est un concept avec lequel on a du mal en Europe. Et une fermeture en fait de certains marchés stratégiques européens aux acteurs extraterritoriaux, donc aux acteurs non-européens, en se disant qu'on va aller finalement légiférer, réglementer pour pouvoir forcer l'utilisation d'outils européens. Ça c'est quelque chose qui est blébiscité je pense par beaucoup de gens, mais qui est très compliqué parce qu'il y a évidemment une historicité de nos relations avec tout un tas d'outils américains, surtout nous même dans le giron public, qui fait qu'il est très difficile finalement de passer à autre chose. Je ne dis pas qu'il faudrait passer l'ensemble des administrations européennes et des institutions européennes et tout le secteur public sur des technos européens, ce serait je pense un vœu pieux, mais il y a clairement une nécessité à mes yeux de légiférer davantage et de réglementer au niveau européen certains marchés pour forcer au passage à des technos européens. Je vous donne quelques éléments je parlais avec la LCT par exemple qui m'expliquait l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, qui m'expliquait quand vous prenez l'ensemble des communes et des petits départements et des petites régions françaises ils utilisent massivement des technos américains pourquoi ? Parce qu'évidemment on leur donne la liberté du choix donc eux prennent les outils du marché qui sont les plus connus ils n'ont pas forcément une connaissance en fait les.
Monde Numérique :
[
8:57] Moins chers les plus faciles à implémenter.
Christophe Grosbost:
[
8:59] Etc et ça en fait si vous l'appliquez et que vous regardez maintenant dans les ministères et les différents ministères et Dieu sait les récents scandales ou en tout cas, questionnements qu'il y a pu avoir sur certains choix de technologie qui ont été faits par des ministères et que vous prenez des administrations en plus l'ensemble des départements des régions et des communes vous avez en fait un pool, de commandes massives qui est utilisée aujourd'hui massivement pour acheter de la techno américaine qui pourrait être achetée pour acheter de la techno européenne.
Monde Numérique :
[
9:26] Alors, est-ce qu'elle existe, cette techno européenne ? Ce n'est pas ça le deuxième problème ?
Christophe Grosbost:
[
9:30] On a toutes, en tout cas, je suis peut-être naïf, mais je pense qu'on a toutes les bribes de la chaîne de valeur. Sur certaines parties de la chaîne de valeur, on l'a de manière beaucoup plus poussée que d'autres. Et sur d'autres, on est beaucoup plus en difficulté. Ce serait très compliqué de remplacer VMware, on pourrait peut-être.
Monde Numérique :
[
9:51] Oui, on peut en profiter d'ailleurs pour dire en deux mots ce que c'est VMware.
Christophe Grosbost:
[
9:54] En fait, si vous prenez un data center, on est capable, à mon avis, on a des data centers. Par exemple, vous pouvez prendre en compte l'achat récent par l'état de la division d'Atos Eviden qui a été racheté pour pouvoir avoir une première logique d'avoir des AI factories nationales. Moi, j'aime bien l'idée. Je trouve ça sympa. Si vous prenez l'ensemble des...
Monde Numérique :
[
10:20] AI Factory, donc c'est des super data centers dédiés à l'IA.
Christophe Grosbost:
[
10:24] Alors, je ne suis pas expert sur ce que c'est qu'une AI Factory, mais en clair, c'est ce qui devrait pouvoir nous permettre de créer une IA française ou européenne en faisant de l'entraînement massif de données. Et ça, l'objectif est de le faire avec des technos européennes. La vraie... En fait, le seul élément aujourd'hui que j'ai où je ne pense pas qu'on ait d'équivalent, c'est Nvidia. ST Microelectronics ne peut pas remplacer Nvidia et je pense qu'il leur faudrait j'ai écouté une interview l'autre fois où il disait qu'il leur faudrait entre 10 et 15 ans pour pouvoir développer quelque chose d'équivalent sur des tailles aussi réduites, là vous avez sur la chaîne de Valence pour répondre à votre question là vous avez clairement quelque chose sur lequel on a un manque mais sur tout le reste si vous parlez de la partie logicielle, En fait, on a des acteurs sur quasiment toutes les divisions. C'est juste qu'on ne les a pas sur la même volumétrie, sur la même capacité. Parfois, sur des niveaux de prix aussi, ils sont sur des prix qui, malheureusement, puisqu'on n'a pas la capacité de volume, sur des prix un petit peu plus élevés, et on n'a pas les fonctionnalités additionnelles qui permettent qu'on soit sur des niveaux d'équivalence parfaite au niveau de la performance. Mais moi, en tout cas, moi, je m'accompagne.
Monde Numérique :
[
11:29] En clair, ils sont moins bons, quoi.
Christophe Grosbost:
[
11:31] Non, je ne fais pas.
Monde Numérique :
[
11:33] Non, mais pour résumer de manière claire, et simpliste, ça veut dire ça.
Christophe Grosbost:
[
11:38] Vous avez des secteurs sur lesquels clairement les Américains sont plus forts.
Monde Numérique :
[
11:41] Et ce n'est pas critique, c'est un constat.
Christophe Grosbost:
[
11:42] Vous avez des secteurs sur lesquels les Américains sont plus forts. Vous avez aussi des secteurs où je ne pense pas qu'ils soient plus forts, je pense juste qu'il y a une relation historique tellement forte qu'il est très compliqué pour des acteurs français à capacité équivalente de pouvoir gagner des contrats. J'entends ce que vous dites, mais je vous jure qu'en tout cas, de ce que nous, on voit, il y a plein de startups françaises qui sont en fait sur des niveaux quasiment d'équivalence en termes de performance c'est juste qu'ils ne connaissent pas les directions, c'est juste qu'ils ne font pas partie des appels d'offres c'est juste qu'ils ne sont pas référencés et c'est juste que même si finalement ils allaient jusqu'au dernier tour en réalité le coût de changement de passer du coût d'une techno américaine à une techno française, finalement a peu d'intérêt si c'est pour passer sur quelque chose qui est à peu près de capacité équivalente capacité moindre comme vous le disiez à part une logique de prix et la logique de prix elle est compliquée par rapport à des acteurs américains donc en fait c'est quoi ? Parler de légiférer, c'est que vous pouvez le faire avec les acteurs publics. Pour les acteurs privés, c'est hyper compliqué d'aller expliquer à des acteurs privés. Écoutez, voilà, pour une question de patriotisme, c'est des groupes internationaux,
Christophe Grosbost:
[
12:43] donc pour une question de patriotisme général, vous devez passer sur des techno-européennes. Je pense que c'est complexe. C'est de la pédagogie et comme je le disais au début, c'est faire comprendre le risque à terme, qui est souvent sous-estimé, je pense, d'être manipulé massivement plus tard, si aujourd'hui, ils reposent trop sur des technos américains.
Monde Numérique :
[
13:00] On l'a vu récemment, encore, avec Air France, qui a choisi Starlink pour équiper ses avions de connexion Internet. Tout le monde est tombé sur Air France, mais est-ce que c'est Air France le fautif dans l'histoire ? Il n'y a pas de solution équivalente avec la même qualité et au même prix et avec la même qualité de service. E-Telsat n'est pas au niveau. Est-ce que ce n'est pas la même histoire un peu partout ?
Christophe Grosbost:
[
13:24] En fait, encore une fois, Je vais prendre un autre exemple, mais pour moi, il faut définir la criticité d'une technologie et accepter, si on accepte ou non, suivant son niveau de criticité, d'être dépendant ou non.
Monde Numérique :
[
13:38] Oui, la connexion Internet dans l'avion, ce n'est pas critique. C'est pour les passagers. Si un jour, à part le risque pour les businessmen d'éventuellement se faire piquer des données et puis pour le voyage en lambda d'être coupé au milieu de son film, ce n'est pas un risque pour la nation.
Christophe Grosbost:
[
13:52] Il y a des dangers. Évidemment, comme pour toute technologie, il y a des dangers. On pourrait dire qu'on pourrait même manipuler les gens, accéder à leurs données, oui. Mais en réalité, c'est quand même un risque extrêmement réduit. Je pense qu'il faut qu'on ait une vision honnête de nos capacités technologiques en Europe et de l'implémentation massive des technos américaines dans tout ce qu'on fait et qu'on se dise, OK, analysons l'ensemble de nos marchés, analysons l'ensemble des technos qu'on utilise et techno par techno, voyons si on accepte ou non un niveau de dépendance. Dans certains marchés, on va se rendre compte qu'on a un niveau de dépendance inacceptable parce qu'on a des équivalents européens qui sont pertinents et parce qu'en fait, on pourrait imposer et légiférer pour que ce ne soit pas le cas. Sur d'autres marchés, comme le Wi-Fi dans l'avion, on se dirait, écoutez, ce n'est pas grave, demain, en effet, Starlink pourrait nous bloquer l'accès. Mais est-ce que vous auriez un problème, par exemple, Jérôme, à ce que l'ensemble des Français utilisent Starlink pour leur Internet à la maison ? Parce que là, ce n'est plus la même question.
Monde Numérique :
[
14:44] Non, ce n'est plus la même question, vous avez raison. Mais après, à titre individuel, quand on est perdu au fin fond d'une campagne dans une zone blanche et qu'il n'y a pas d'opérateur national, Starlink est une solution formidable.
Christophe Grosbost:
[
14:55] C'est une solution formidable.
Monde Numérique :
[
14:56] Mais si ça ne concerne que quelques foyers, effectivement, il n'y a pas de risque.
Christophe Grosbost:
[
14:59] Mais si ça concerne l'ensemble des...
Monde Numérique :
[
15:01] Sauf pour ces gens-là, malheureusement.
Christophe Grosbost:
[
15:02] Oui, mais si ça concerne l'ensemble des citoyens français, par contre, là, vous avez une capacité d'espionnage absolument folle.
Monde Numérique :
[
15:07] Bien sûr.
Christophe Grosbost:
[
15:07] Mais, en fait, on peut tourner le problème différemment. Vous avez cette capacité d'espionnage, finalement, est-ce qu'elle n'existe pas déjà par les câbles Internet qui nous relient au continent américain ? Il y a ce problème-là aussi.
Monde Numérique :
[
15:20] J'ai encore plusieurs questions à vous poser, Christophe Groubeau. Ce sommet, là, c'est quoi ? C'est une espèce de mobilisation générale, d'essayer de faire rentrer ça dans les esprits, dans les têtes. Qui sont les participants ? Est-ce que vous espérez vraiment toucher l'audience que vous devez toucher pour faire passer cette idée-là ?
Christophe Grosbost:
[
15:38] Les participants seront les gens en position de décision technologique qui soient à la DSI, à la Data, à l'IA, à l'INO, à la Transfo, de nos groupes adhérents. Donc, en clair, des grandes entreprises et des grandes administrations du pays. Qu'est-ce qu'on espère de sommet ? Je pense que, en fait, tout ce dont on est en train de parler, c'est un processus de long terme. il y a un processus d'acculturation, il y a un processus de alors ça je pense que tout le monde est à culture aujourd'hui au sujet de la souveraineté numérique même si Qu'est-ce que la souveraineté numérique ? Encore une fois, à quel niveau et à quel degré on considère que quelque chose est souverain ? Sur le cloud, je pense que c'est très parlant. Est-ce que c'est votre data center dans votre jardin avec des données que vous protégez ? Ou est-ce que c'est un cloud géré par une boîte française ? Est-ce que c'est un cloud géré par une boîte européenne ? Est-ce que c'est un cloud géré par un consortium avec un acteur américain ?
Monde Numérique :
[
16:28] Exactement. Oui, mais c'est la question que j'allais vous poser. Les acteurs américains, les entreprises de cloud qui ne sont pas les méchants finalement de l'histoire, qui sont un peu les victimes de cette histoire-là, parce que ce qu'ils veulent, c'est faire du business. Et ce n'est pas eux qui vont, de leur propre chef, décider de faire des misères aux pauvres consommateurs aux entreprises françaises. Bref, je parle de AWS, Google, Microsoft, etc. Vous avez vu la parade qu'ils sont en train de trouver. Maintenant, on ne parle plus de cloud souverain, on parle de cloud de confiance. Et donc, l'idée, c'est, voilà, vous faites vos propres data centers, vous les opérez vous-même, votre énergie, votre truc, vos connexions. Et hop, nous, gentiment, on vous donne juste la couche logicielle dont vous avez besoin parce qu'on est les meilleurs et que toutes vos entreprises et vos startups en ont besoin. Ça, c'est quoi ?
Monde Numérique :
[
17:17] C'est un deuxième piège dans lequel on risque de tomber ou c'est une solution intermédiaire qui peut être par endroits satisfaisante ?
Christophe Grosbost:
[
17:26] Vous avez peut-être vu la déclaration de l'Annecy au moment où SANS a été à passer le visa Seclum Cloud 3.2.
Christophe Grosbost:
[
17:36] Leur point de vue qui est parfaitement défendable était que de toute façon les niveaux de dépendance existent et d'interdépendance existent qu'on ne pourra pas enlever une dépendance complète et qu'un acteur comme Sens en fait à partir du moment où Thalès promet un certain niveau de souveraineté et d'autonomie, que Google n'aura pas finalement de récapacité de nuisance disons ou d'espionage demain c'est un point de vue qui est défendable de la même manière que pour Bleu je veux dire que Capgemini et Orange soient avec Microsoft c'est aussi défendable mais en fait je pense que, Pour répondre à votre point, c'est un niveau intermédiaire. C'est déjà quelque chose de bien. C'est déjà mieux que d'être directement sur Google. On sait déjà qu'il y a un acteur français qui va aller protéger les données des entreprises et des individus qui sont sur ce cloud. Néanmoins, je pense que ce dont on manque, c'est un niveau de granularité là encore. En se disant, en fait, comme on a Secnum Cloud, on pourrait avoir Full Independent ou Full Sovereign Cloud. On pourrait avoir Secured Cloud. on pourra avoir Secure Cloud de niveau inférieur et en fait on pourra aller expliquer que suivant le niveau de données, donc j'en reviens à mon niveau qui est suivant le côté stratégique de la donnée qui va être dessus il faut utiliser un niveau de souverainisme comment on l'appelle, d'autonomie différent, et on n'a pas cette échelle aujourd'hui quand vous prenez d'ailleurs les travaux de l'Europe sur l'ECS il faudrait.
Monde Numérique :
[
18:57] Un Nutri-Score du cloud du cloud souverain.
Christophe Grosbost:
[
18:59] Et d'ailleurs l'IRN dont on peut se féliciter, le lancement l'indice de résilience numérique, et en fait amène cette logique qui est de se dire à quel point je suis indépendant ce qu'on n'a pas encore dedans c'est l'immigrénalité plus faible qui est de se dire en fait je vais les regarder vraiment en détail comme vous l'avez dit, est-ce que je suis 100% indépendant 60% 50% 40% et on pourrait avoir une logique complète on pourrait avoir une matrice en fait dans les entreprises en disant pour tel type de données je dois être sur une basse 100 pour tel type de données sur une basse 50, et on devrait le faire au niveau des administrations d'abord mesurer le.
Monde Numérique :
[
19:32] Risque acceptable en fait.
Christophe Grosbost:
[
19:34] Oui Complètement. Donc pour répondre aussi à votre question précédente sur le but du sommet, le but du sommet c'est permettre aux acteurs souverains, donc là je parle des offreurs souverains, de pouvoir présenter ce qu'ils font et de pouvoir expliquer et acculturer les gens dans la salle en leur disant, moi je suis au même niveau de performance que X ou Y américain, je sais faire telle chose, je sais être compétitif en termes de prix, venez me voir. La deuxième chose, c'est avoir plusieurs grands acteurs publics, institutionnels et de nos groupes qui viennent soit présenter des politiques nationales. Je pense que la Caisse des dépôts, par exemple, va présenter sa stratégie numérique pour les 5 ans qui viennent. Évidemment, avec la Banque des Territoires derrière, c'est un acteur important du développement de la souveraineté numérique.
Christophe Grosbost:
[
20:23] Le directeur nouveau, enfin à venir, directeur général de la division d'Atos Eviden, qui a été rachetée par l'État, viendra présenter pourquoi l'État a décidé de racheter des data centers pour pouvoir faire des AI factories. Olivier Bitton du Crédit Agricole viendra nous présenter le plan de gain d'autonomie, numérique du groupe qui vient juste d'être lancé et qui vient juste d'être révélé et qui est un plan assez ambitieux pour faire du regain d'autonomie sur tout un nombre de secteurs. Mais c'est un bon exemple. Dans tous ces cas-là, il n'y a pas directement, je ne vous promets pas qu'il y ait un groupe qui vient sur scène et qui vient me dire écoutez, « je quitte à 100% AWS et je passe à 100% chez Scaleway ». Ce serait un vœu pieux, parce qu'en fait, dans un groupe privé, c'est quasiment impossible aujourd'hui de faire ça, surtout d'une certaine taille. Mais le but du sommet est vraiment de faire de l'acculturation et de montrer des exemples sur scène pour inspirer et pour pousser, en fait, cette dynamique qui doit être une dynamique, comme je le disais, au niveau des pouvoirs publics de réglementation et de légiférer pour pouvoir
Christophe Grosbost:
[
21:22] pousser aux développants de marchés plus souverains et plus autonomes. Et au niveau de nos entreprises, acculturer les comex au risque pour qu'ils aient de plus en plus envie de regagner de l'autonomie.
Monde Numérique :
[
21:32] Très bien. Donc, sommet pour la souveraineté numérique. Le titre est plus compliqué. Ce 20 janvier à Paris, à l'initiative de Lima, il y aura, pour les personnes qui ne peuvent pas être là, on pourra retrouver les débats quelque part après ou pas ?
Christophe Grosbost:
[
21:52] Pourra retrouver les débats quelque part. Certains de vos confrères seront là, l'agent même, pour diffuser une partie. Je ne sais pas si je peux le citer, mais IT for Business. Et on aura, nous, un manifeste qu'on sortira, en fait, qui fera un peu écho, au mieux manifest qu'on a sorti l'an dernier, mais dont l'objectif, là, sera surtout, il sera plus court, de nous concentrer sur les débats qui ont été partagés sur scène et certaines des avancées qu'on a pu identifier dans certains de nos groupes, avec une nouvelle analyse auprès de nos groupes des niveaux de dépendance.
Monde Numérique :
[
22:21] Et sinon, sur votre site.
Christophe Grosbost:
[
22:22] Et sur notre site internet, il y aura l'ensemble des documents et des présentations qui seront présentées et auxquelles pourront accéder les gens suite à l'événement. Si les gens souhaitent s'inscrire, ils peuvent encore s'inscrire sur notre site internet, les inscriptions sont ouvertes à tous.
Monde Numérique :
[
22:40] Très bien, merci beaucoup Christophe Grobeau de l'association IMA.
Christophe Grosbost:
[
22:46] Merci beaucoup Jérôme.