[Actu] Nos smartphones nous écoutent ! Le retour de la rumeur...
Monde Numérique06 septembre 202406:11

[Actu] Nos smartphones nous écoutent ! Le retour de la rumeur...

C’est une rumeur tenace : nos téléphones nous écouteraient en secret pour capter nos conversations et nous envoyer de la publicité ciblée...

La rumeur vient de ressurgir suite à des fuites de documents concernant Cox Media Group, une société américaine, qui aurait développé une technologie de surveillance audio appelée "Active Listening". Les groupes Meta, Amazon et Google sont cités. Cependant, ils démentent être concernés. De plus, un certain flou entoure cette technologie. Dans cet épisode, on fait le point sur ce sujet qui revient régulièrement et on vous explique ce qu'il en est réellement.


Jérôme Colombain:

[0:00] C'est sans doute l'une des plus anciennes rumeurs depuis l'avènement du numérique et en particulier depuis l'apparition des smartphones. Nos téléphones nous écouteraient en secret pour capter nos conversations et ensuite nous envoyer de la publicité ciblée. Vous savez, vous êtes avec des amis, vous discutez par exemple d'un modèle de voiture ou d'un pays où vous aimeriez aller, et puis hop, le lendemain, vous voyez apparaître sur vos réseaux sociaux, comme par hasard, des publicités en rapport avec le sujet évoqué. Et donc voilà, cette rumeur vient de ressurgir après des fuites de documents internes appartenant à une entreprise américaine de publicité, Cox Media Group, qui aurait mis au point une technologie baptisée Active Listening permettant d'exploiter des informations audio captées par les micros des smartphones, mais aussi des assistants vocaux et des téléviseurs connectés.

Jérôme Colombain:

[0:48] Dans ces documents apparaissent plusieurs grands noms du secteur, Meta, Google et Amazon.

Jérôme Colombain:

[0:53] Il n'en faut pas plus pour relancer la machine à rumeurs et laisser entendre que nous serions tous sous surveillance audio généralisée. Alors, en réalité, qu'est-ce qu'il en est ? Eh bien, d'abord, Meta, Google et Amazon sont cités comme partenaires de Cox Media Group dans cette présentation commerciale, très clairement parce que ça fait chic. Il s'agit de séduire d'autres clients potentiels. Mais ça ne veut absolument pas dire que ces entreprises aient pu utiliser spécifiquement cette fameuse technologie Active Listening. Et d'ailleurs, suite aux révélations récentes, Amazon a déclaré n'avoir jamais travaillé avec le groupe CMG, Google a mis fin à ses relations avec l'entreprise, et Meta, maison mère de Facebook et Instagram, a décidé d'ouvrir une enquête pour savoir s'il y aurait éventuellement violation de ces conditions d'utilisation.

Jérôme Colombain:

[1:39] Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que la fameuse technologie Active Listening, vantée par la société Cox Media Group, est connue depuis au moins l'année dernière. Elle avait été révélée par un site spécialisé, 404 Media, qui est d'ailleurs également à l'origine des nouvelles fuites qui relancent l'affaire. Mais Cox Media Group n'a jamais fait la preuve que son système fonctionnait et n'a même jamais cherché à expliquer exactement de quoi il s'agissait. Les explications fournies sont assez floues. Elles font référence à un partenaire technologique qui reste anonyme. Elles laissent vaguement entendre sur un billet de blog que l'écoute se ferait via des applications installées sur les smartphones des utilisateurs et après que ceci est donné, l'autorisation d'utiliser le micro.

Jérôme Colombain:

[2:24] De là à parler donc d'une écoute systématique à grande échelle, il y a vraiment une marge. En fait, cette idée d'une écoute massive a toujours été battue en brèche, pour plusieurs raisons. D'abord, il faudrait d'immenses capacités de traitement et d'énormes flux de données pour récupérer et analyser les conversations quotidiennes de milliards de personnes. Impossible que ça ne se voit pas. Il y a quelques années, des spécialistes avaient fait des recherches, analysé les flux des données qui sortent de nos appareils et ils n'avaient rien trouvé.

Jérôme Colombain:

[2:51] Autre point très important, sur les smartphones pas trop anciens, avec les versions actuelles d'Android et iOS, les applications tierces ne peuvent plus accéder librement au micro de l'appareil. L'utilisateur doit donner son autorisation et lorsqu'une appli utilise le micro, il y a un petit point orange ou rouge qui s'allume dans le coin en haut de l'écran. Enfin, l'écoute secrète dans la plupart des pays est illégale, donc le premier qui s'amuserait à ça, qui se ferait prendre,

Jérôme Colombain:

[3:16] risquerait de le payer très cher. Donc, au risque de décevoir les complotistes, il n'y a toujours aucune preuve que les grandes plateformes écoutent nos conversations. Mais alors, comment font-ils pour nous envoyer de la publicité aussi bien ciblée ? Eh bien, ça, c'est subtil. En fait, les entreprises du numérique n'ont pas besoin de nous écouter pour avoir déjà plein d'informations sur nous. Elles nous profilent tant et plus grâce aux données que nous laissons échapper, plus ou moins volontairement. Les données que l'on publie soi-même, mais simplement nos comportements sur le web ou sur les applis de réseaux sociaux, les publicités qu'on regarde, les types de contenus sur lesquels on passe du temps, etc. Ça permet de créer des profils et de prédire nos envies, nos centres d'intérêt avec une très grande précision. Il faut toujours faire la différence en plus entre le ciblage publicitaire nominatif, c'est-à-dire je connais votre nom et vos goûts, mais qui n'est pas pratiqué parce que tout est anonymisé, et le ciblage par profil, c'est-à-dire par groupe de personnes.

Jérôme Colombain:

[4:17] Je sais que vous faites partie d'un groupe social qui vit comme ça et comme ça, à un tel endroit et par exemple qui aime les SUV à un certain moment de sa vie. Enfin, comment peuvent-ils deviner ce dont je parle avec mes amis ? Eh bien, en fait, pas besoin de vous écouter pour ça. Il suffit, par exemple, de détecter que deux personnes sont dans la même pièce et que l'une des deux personnes est intéressée par les motos, les voitures, à cliquer sur des publicités sur ce type de thème, etc.

Jérôme Colombain:

[4:45] Pour que les algorithmes en déduisent que vous aussi, vous pourriez être intéressé. Et donc, le lendemain, vous avez des publicités qui ressemblent à des choses et des sujets de conversation que vous avez pu évoquer avec vos amis. Alors cela dit, c'est vrai, il faut quand même rester vigilant. Il faut faire attention aux autorisations que l'on donne parfois un peu vite à une application qui veut utiliser le micro de son smartphone, par exemple. Sur un assistant vocal type Alexa ou Google, il faut savoir aussi que tout ce qui est dit après le mot d'éveil, le wake-up word, peut être enregistré et envoyé sur le cloud, sauf si on désactive cette fonction dans les paramètres de l'application. Enfin, avouons-le, les assistants vocaux et potentiellement aussi les téléviseurs connectés sont piratables. Il y a déjà eu des démonstrations en ce sens. Donc on pourrait imaginer par exemple que des méchants, entre guillemets, trouvent le moyen de capter des conversations, puis revendent ces informations à des tiers qui les revendent

Jérôme Colombain:

[5:40] ensuite à d'autres entreprises de marketing, etc. Et de fil en aiguille, ça se retrouverait dans des circuits officiels, alors qu'à l'origine, ce serait totalement illégal. Mais ce ne sont là que des supputations. Pour l'instant, rien de nouveau sous le soleil, pas de panique, il n'y a toujours aucune preuve tangible que nos appareils électroniques sont des espions numériques qui nous scrutent et qui écoutent toutes nos conversations. Salut, à demain.

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