Jean-Louis Constanza:
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0:01] Mais notre métier reste d'aider les gens en fait, soit de faire des tâches qui sont dangereuses, difficiles, etc. en usine, soit d'aider les gens dans leur vie quotidienne.
Jean-Louis Constanza:
[
0:10] Ils peuvent avoir un exosquette pour marcher, mais beaucoup d'entre eux sont tétraparatiques ou âgés et ne peuvent pas faire leur cuisine, s'habiller, utiliser leur salle de bain, etc. Et les robots vont servir à ça aussi.
Monde Numérique :
[
0:30] Bonjour Jean-Louis Constanza.
Jean-Louis Constanza:
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0:32] Bonjour Jérôme.
Monde Numérique :
[
0:34] Co-fondateur de Wondercraft, société française spécialisée dans les exosquelettes pour les personnes handicapées, et aussi maintenant dans les robots humanoïdes. Vous venez de dévoiler votre premier robot humanoïde. Vous pouvez nous le présenter un peu, ce robot qui s'appelle donc Calvin40.
Jean-Louis Constanza:
[
0:50] Oui, Calvin 40, c'est le nom du premier de la famille Calvin. On l'appelle Calvin 40 parce qu'on l'a développé en 40 jours. Et on l'a développé en 40 jours parce que ça fait 12 ans qu'on fait des robots humanoïdes. Nos exosquelettes étaient les premiers robots humanoïdes commercialisés et industrialisés. On les voyait mal comme des humanoïdes parce qu'ils n'avaient pas de bras. Donc Calvin a maintenant des bras. Il a une capacité à gérer une mission par une IA de type VLA, Vision Langage Action, à comprendre le contexte dans lequel il se trouve. Et il a une IA robotique qui, elle, a été développée avec les exosquelettes, qui est très développée justement, puisque ça fait, encore une fois, pas mal d'années qu'on fait des exosquelettes pour faire marcher des gens qui ne marchent pas.
Monde Numérique :
[
1:35] Et on se souvient les avoir vus notamment à l'occasion des Jeux Olympiques.
Jean-Louis Constanza:
[
1:40] Voilà, donc il y a eu l'ouverture du AI Summit, deux de nos porteurs ont porté la flamme des Jeux Olympiques, donc des exosquelettes qui nous ont apporté une plateforme robotique extrêmement solide. Quand on met quelqu'un dans un exosquelette, il peut faire jusqu'à 120 kg, donc on a une capacité d'emport de charge qui est hors de commun, hors de proportion avec ce qu'on voit dans les humanoïdes aujourd'hui. On a donc des robots très costauds qui ont été fiabilisés avec plus de 10 000 personnes qui ont marché dedans, un million de pas par mois, on a probablement la base de données d'apprentissage certainement une des plus denses du monde, et Calvin 40 est aujourd'hui le premier robot humanoïde fonctionnel en Europe aussi. Donc stratégiquement, ça nous donne un avantage avec une plateforme forte,
Jean-Louis Constanza:
[
2:32] puissante, capable d'emporter des charges lourdes, très fiabilisée.
Monde Numérique :
[
2:37] Et puis alors, là, début juin, vous annoncez donc un partenariat avec le groupe Renault pour fabriquer des robots humanoïdes en série à des prix accessibles. C'est la promesse. Pourquoi Renault ?
Jean-Louis Constanza:
[
2:47] Renaud qui est un partenaire qu'on n'a pas besoin de présenter, qui va nous apporter d'abord la capacité de produire en grande série, donc à coût très bas, des exosquelettes et des robots. Ensuite, Renaud va être notre premier client pour les exosquelettes, pardon, les robots de manufacturing, ce qui est un gros avantage. Donc dans les usines ? Dans les usines pour commencer et en fin de course pour aider les personnes dépendantes. Donc, ça sera un autre robot, probablement plus fin et plus capable de... Mais notre métier reste d'aider les gens, en fait. Soit de faire des tâches qui sont dangereuses, difficiles, etc., en usine, soit d'aider les gens dans leur vie quotidienne. Ils peuvent avoir un exosquelette pour marcher, mais beaucoup d'entre eux sont tétraparatiques ou âgés et ne peuvent pas faire leur cuisine, s'habiller, utiliser leur salle de bain, etc. Et les robots vont servir à ça aussi. Voilà, le partenariat avec Renault, on s'est rencontrés en fin d'année dernière. Renault et Wondercraft avaient exactement la même vision quant à tout ce que je viens d'évoquer, l'industrialisation, le développement des robots, et c'était une évidence que de travailler ensemble, on est très très fiers de travailler avec Renault évidemment.
Monde Numérique :
[
4:04] Donc si on comprend bien, vous allez fournir une base pour des robots industriels qu'on verra peut-être un jour dans des usines Renault, Et puis, à l'inverse, Renaud va vous soutenir, vous aider parce qu'il prend une participation dans la société, même si elle est minoritaire. Ça va vous permettre, vous, de passer à l'échelle pour développer vos exosquelettes destinées aux personnes handicapées.
Jean-Louis Constanza:
[
4:26] C'est exactement ça. On peut fabriquer 100 ou 1000 exosquelettes par an. Mais quand on va passer à 10 000 exosquelettes et robots, ou 100 000, ça ne s'invente pas. Et le métier de l'automobile depuis 120 ans, et Renault était l'un des premiers, c'est fabriquer des objets complexes, coûteux, pour un prix au kilogramme. C'est une unité que j'emploie très souvent, de 10 à 15 euros par kilo. C'est moins cher que la bière qu'on prend au café en bas. Les fabricants d'automobiles ont créé une sorte de magie qui permet de fabriquer des objets complexes en très grande série à des coûts qui sont hors de proportion avec quoi que ce soit d'autre et ça il y a un petit nombre de tandems roboticien fabricant automobile qui se créent, il y avait Boston Dynamics avec Hyundai il y a Tesla avec Tesla, et maintenant il y en a un en Chine aussi et maintenant on a Renault Wondercraft, qui s'est créée pour d'abord équiper les usines Renault, puis les usines de manufacturing en général, qui est le premier en Europe et qui part d'une plateforme qui est déjà totalement fonctionnelle. Donc, on pense effectivement qu'on peut développer une stratégie très ambitieuse
Jean-Louis Constanza:
[
5:39] et, encore une fois, européenne et française.
Monde Numérique :
[
5:43] Donc, il y a une dimension souveraineté. C'est important pour la souveraineté française et la souveraineté numérique européenne, ça ?
Jean-Louis Constanza:
[
5:49] Alors, très pratiquement, on rencontre pas mal de dirigeants industriels de groupes, de directeurs d'usines, qui ne veulent pas voir leur procès s'arrêter s'il y a un problème de souveraineté qui se pose. Or, les derniers mois et les dernières années ont montré que c'était possible à nouveau. Donc oui, la souveraineté est importante. Oui, il va être important de fabriquer non seulement les robots et les exosquelettes, mais certains de leurs composants critiques en Europe et en France. Et c'est ça qu'on veut faire aussi.
Monde Numérique :
[
6:20] Est-ce que ça suffira ? Est-ce que ces robots sont aptes et seront aptes à être en compétition avec les concurrents d'autres pays, notamment les Chinois qui sont très avancés dans ce domaine, aussi les Américains ?
Monde Numérique :
[
6:36] Est-ce qu'on est au niveau ? Est-ce que vous êtes au niveau ?
Jean-Louis Constanza:
[
6:39] On est au niveau de la technologie, c'est-à-dire la plateforme robotique, l'IA de contrôle robotique et l'IA de mission, le VLA, sont au niveau. Clairement, on réalise déjà des use cases en usine et on voit assez bien comment aller jusqu'au moment où les robots vont aider des personnes avec une autonomie réduite, donc personnes âgées, personnes tétraparétiques, qui sont très proches de l'ADN de Wandercraft à exécuter des tâches de la vie quotidienne. Donc la technologie est là. l'ambition est là, Il va falloir investir pas mal d'argent, mais je rappelle qu'on voit beaucoup de robots qui font du Kung-Fu ou des danses de salon, mais quand on les voit opérer dans des unités industrielles, ils sont moins agiles, et il n'y a pas encore de contrats qui ont été signés pour la diffusion à grande échelle de robots dans des usines automobiles ou autres. Donc, il y a pas mal de communication sur le secteur. Notre communication d'aujourd'hui en fait peut-être partie, il y a Renault et Wondercraft, Mais c'est un marché qui n'a pas encore décollé. Donc nous serons capables de proposer des robots au stade commercial.
Jean-Louis Constanza:
[
7:52] Offrant toute la sécurité nécessaire pour prendre en charge des tâches dangereuses, en même temps que le marché, avec des atouts. Encore une fois, nos atouts, c'est Renault, c'est la technologie de Wundercraft, nous sommes Européens, on a une plateforme qui est plutôt plus costaud, plus forte que ce qu'on observe autour de nous, et qui a été fiabilisé sur des dizaines de millions de pas franchis en hôpital et dans la rue avec des patients. Donc oui, on est au niveau. Maintenant, il faut que les clients et la sphère publique comprennent que c'est probablement un marché encore plus important que l'était l'automobile au XXe siècle et nous aident à réussir.
Monde Numérique :
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8:33] Jean-Louis, l'objectif, c'est de fabriquer des robots qui seront accessibles financièrement, aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers, pour l'aspect plus médical. C'est quoi un robot accessible ? Ce sera à quel prix et quand ?
Jean-Louis Constanza:
[
8:48] Alors, si on était aussi bon que l'automobile, un robot ne coûterait vraiment pas cher. Encore une fois, l'automobile, une auto sort d'usine à 15 euros par kilo. Donc, un humanoïde va peser beaucoup moins lourd qu'une auto, en gros, 50 à 80 kilos contre 1500 kilos. Mais il est plus dense technologiquement. Il y a 20 à 30 moteurs dans un humanoïde et c'est des moteurs très performants qui coûtent assez cher. Il faut qu'on arrive à sortir et à vendre des robots qui coûtent le prix d'une petite voiture. Et ça, c'est l'objectif. C'est l'objectif depuis toujours de Wondercraft et je ne vois pas comment on aurait pu faire mieux que de s'allier avec un fabricant de voitures qui est l'un des plus performants au monde aujourd'hui, Renault, et qui lui sait faire ça. Donc oui, on va y arriver, c'est sûr. Et on va tout faire pour y arriver aussi bien et avant les autres.
Monde Numérique :
[
9:46] Donc Renault va fabriquer et sans doute aussi utiliser des robots Wondercraft.
Monde Numérique :
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9:52] Vous savez déjà pour faire quoi ? A quoi serviront-ils chez Renault ces robots ?
Jean-Louis Constanza:
[
9:58] On travaille sur les use case. C'est un autre atout de notre partenariat. C'est que Renault connaît parfaitement ses processus de fabrication et maîtrise parfaitement la robotique qui existe déjà dans ses usines avec des dizaines de milliers de robots. Donc on travaille sur les use cases en priorité qui vont rendre des tâches dangereuses, pénibles, difficiles. Pourquoi ? Parce que c'est très difficile de les équiper. On est dans une période de chute démographique qui ne va pas s'arrêter. C'est vrai pour les personnels en usine. C'est vrai aussi pour les aidants, des personnes avec une autonomie réduite. Donc, les robots vont venir prendre en charge des tâches qui, d'abord, sont des tâches vraiment dures.
Monde Numérique :
[
10:37] Mais les usines automobiles sont déjà très, très robotisées en France et ailleurs dans le monde.
Jean-Louis Constanza:
[
10:44] Ce qui fait qu'elles ont des process qui sont capables d'accueillir des robots très, très vite aussi. Et ça, c'est un très gros atout. Après, l'ensemble des usines de fabrication, en général, est faite de use cases, de tâches assez proches. Et donc ça sera relativement facile d'apprendre aux robots à réaliser ces tâches, avec un impact qui n'est pas toujours mesuré, mais qui peut être colossal de relocaliser des industries qu'on a délocalisées dans les pays à plus bas coût salarial comme la Chine. Si on égalise les coûts parce que finalement nos robots coûteront le même prix parce qu'on est capable de fabriquer les composants, on est capable de faire revenir en Europe et en France des tâches que depuis longtemps. Je pense par exemple à la fabrication de meubles, Il n'y a aucune raison, en fait. Si on a les mêmes robots en Chine et en France, fabriqués nobelment en France, on va avoir une empreinte carbone bien inférieure, des coûts de transport et
Jean-Louis Constanza:
[
11:37] des temps de transport bien inférieurs, et recréer un tissu industriel. Donc la robotique humanoïde, c'est vraiment l'occasion. Pour nos pays, non seulement de mettre des tâches ingrates, d'augmenter la productivité, mais aussi de faire revenir dans nos pays des industries qui sont parties il y a 20 ans.
Monde Numérique :
[
11:56] Merci Jean-Louis Constanza, cofondateur de la société Wondercraft.
Jean-Louis Constanza:
[
12:01] Merci Jérôme.