"Il faut bâtir un numérique conforme à nos valeurs" (Thomas Fauré, Whaller)
Maison Connectée16 avril 202219:16

"Il faut bâtir un numérique conforme à nos valeurs" (Thomas Fauré, Whaller)

Le fondateur du réseau social français Whaller signe un livre confession, dans lequel il raconte son parcours professionnel et plaide en faveur des entreprises européennes du numérique face aux géants américains. 

Fondée en 2009, la société Whaller propose une plateforme de réseau social pour les entreprises et les organisations. Son fondateur, Thomas Fauré, défend une vision européenne du numérique face aux géants, notamment américains. 

Dans cet entretien, il raconte la création de son entreprise, notamment grâce au soutien de son mentor Vincent Bolloré. Il revient également sur la question de l'exploitation des données par Facebook et les autres "GAFAM". Il réagit à l'adoption récente du règlement européen DMA, sur le marché du numérique.


Bonjour Thomas Fauré.

[00:01:01] - [Speaker 1]
Bonjour Jérôme Colombain

[00:01:02] - [Speaker 0]
Rebonjour parce que vous aviez déjà été invité dans Monde numérique il y a quelques mois et je suis ravi d'être à nouveau dans vos locaux ici au siège de Walker qui est une plateforme française de de réseau social professionnel. Et aujourd'hui vous signez un livre Thomas Fauré qui s'appelle, Après Facebook, rebâtir aux nouvelles éditions de Passy. Alors c'est un peu votre histoire, vous racontez comment vous fasse ce ce parcours, vous pouvez nous la résumer un peu

[00:01:27] - [Speaker 1]
cette histoire Oui alors c'est vrai c'est vrai que le début de le début de ce livre, moi j'ai voulu raconter concrètement ce que j'avais vécu parce que pour plusieurs raisons mais il y en a une qui est fondamentale c'est que je trouve ça enthousiasmant comme tout, c'est-à-dire que le le parcours de de la création d'un d'un logiciel d'une plateforme qu'on rêve évidemment pour le plus grand nombre, c'est un truc incroyable à vivre et surtout parsemé de plein d'embûches, tous les entrepreneurs doivent le raconter, moi ça a été le cas, c'est encore le cas beaucoup et je trouve ça formidable cette idée de dire qu'on peut partir de rien, travailler beaucoup ça c'est sûr et finalement saisir le plus d'opportunités possible. Et donc c'est vrai que la moitié de ce bouquin ça raconte ça raconte ce parcours, le début du parcours, ça raconte toutes ces occasions que j'ai j'ai saisies, beaucoup que j'ai raté peut-être, mais en tout cas ça montre enfin c'est très optimiste en fait comme comme vu, c'est-à-dire que moi je ne pense pas que le le métier d'entrepreneur soit réservé à une caste particulière, en revanche je pense que le caractère de l'entrepreneur, celui qui ne l'a jamais, celui qui voit dans toute chose une opportunité à saisir, ça c'est assez rare et ça peut être à cultiver voilà donc je raconte ça avec beaucoup de détails et surtout beaucoup de gens que j'ai croisés qui ont été pour moi des des tournants, des rencontres incroyables et souvent très inattendues.

[00:02:47] - [Speaker 0]
Ouais et non des moindres puisqu'il y a notamment Vincent Bolloré qui a été votre votre mentor, on peut dire ça comme ça

[00:02:53] - [Speaker 1]
Oui, on peut le dire parce que je dois beaucoup à Vincent Bolloré, tout simplement pourquoi Parce qu'il a cru en moi, il a cru dans Waler et c'est lui qui a investi en premier dans Waller, c'est lui grâce à qui j'ai j'ai transformé un projet qui était personnel en une vraie entreprise même si c'était une petite entreprise et qui a financé pendant nos 5 premières années toute la R&D de Waller même si je ne sais pas s'il comprenait exactement la vision moi que j'avais de Waler, mais il m'a laissé les les mains libres et c'est vrai que je tiens beaucoup à à témoigner de ça parce que bon Bolloré on en entend beaucoup parler pas toujours en fait.

[00:03:30] - [Speaker 0]
C'est devenu aujourd'hui un personnage clairement clivant

[00:03:32] - [Speaker 1]
Ouais ça c'est ça.

[00:03:34] - [Speaker 0]
Qui place même sur quasiment sur l'échiquier politique. Alors que les entrepreneurs aiment bien cultiver la neutralité en général.

[00:03:40] - [Speaker 1]
Oui c'est vrai, moi j'ai rencontré si vous voulez j'ai rencontré un homme, un grand capitaine d'industrie, il était l'homme que j'ai rencontré a changé ma vie professionnelle ça c'est sûr et puis il avait cette capacité à repérer un gamin j'avais quoi vingt-huit ans sorti de nulle part qu'il ne connaissait pas et à lui faire confiance. Moi je trouvais ça incroyable et j'ai je trouve intéressant voilà moi je lui dois beaucoup donc si vous voulez je vais pas me retenir dire du bien de lui tout simplement parce qu'il a permis il a permis ce qu'est aujourd'hui et par ailleurs il est sorti du du capital.

[00:04:14] - [Speaker 0]
Donc vous êtes encore en lien avec lui aujourd'hui ou Je

[00:04:17] - [Speaker 1]
suis en lien affectif si vous voulez avec lui personnel, mais je ne suis pas du tout en lien dans les affaires.

[00:04:22] - [Speaker 0]
Vous racontez aussi que ça n'a pas été forcément facile au début justement dans cet univers de avec ce grand capitaine d'industrie qui, vous parlez de rivalité interne qui ont parfois été délicate à surmonter, vous avez eu du mal à vendre votre projet au début

[00:04:35] - [Speaker 1]
Ah oui j'ai eu beaucoup de mal alors je suis je, oui parce que pour moi d'abord c'était ce que je vous dis incroyable qu'on puisse me dire vas-y je te donne un peu d'argent tu peux faire de ton projet ton métier mais à côté de ça je suis j'ai plongé dans un univers que je ne connaissais pas qui est l'univers si vous voulez de la gouvernance de tous les grands groupes j'imagine donc un univers très très politique. Oui qui n'est pas

[00:04:57] - [Speaker 0]
du tout un monde de requins bien sûr. Voilà j'étais

[00:05:00] - [Speaker 1]
et non seulement ça mais Bolloré m'a s'est même servi de moi c'est ce que je raconte c'est-à-dire mais il a eu la délicatesse de me demander l'autorisation. J'ai été dans les donc il m'invitait au comité de direction et puis tous les grands pontes qui étaient là de fidèles auprès de lui depuis longtemps proposaient des choses puis il disait Thomas tu en penses quoi bon c'est vrai que c'est pas la meilleure façon de se faire des amis, non ça n'a pas toujours été facile et puis ça n'a pas fini je dirais non plus d'une façon très facile pour moi parce que Bolloré c'est quelqu'un aussi qui a, c'est danseuse si vous voulez voilà il va se passionner pour un sujet puis il y a un an ou 2 après il va se passionner pour autre chose. Moi j'étais un peu à la fin oublié mais c'est pour ça d'ailleurs que je voulais sortir parce que moi je voulais qu'on investisse, trouver des gens qui investissent dans dans le projet. Mais je dois dire qu'il a il a il est sorti de Waler franchement jamais j'aurais pu imaginer que ça puisse se passer aussi bien puisque voilà après avoir audité l'entreprise il a décidé de recapitaliser et puis finalement il m'a revendu toutes ses parts pour un euro.

[00:06:07] - [Speaker 0]
Aujourd'hui ça vaut C'est formidable. Vous ne regrettez pas finalement de ne pas faire partie de la galaxie médiatique de Bolloré

[00:06:12] - [Speaker 1]
Ah non pas du tout parce que Bolloré. De toute façon ce que m'avait dit Vincent Bolloré un jour, il m'avait dit de toute façon toi tu es entrepreneur, on ne peut pas te te saisir donc donc voilà donc non non ce a une a une, on est universel, c'est un produit universel qui s'adresse à tout le monde qui héberge des réseaux de de toute opinion de voilà on n'a pas du tout vocation à s'insérer dans un écosystème plus large surtout médiatique donc on est on est très bien autonome. Qui utilise Walr aujourd'hui Aujourd'hui on on recueille près de enfin on compte près de 900000 utilisateurs alors on a surtout des des organisations qu'utilise Walr donc c'est des entreprises des aussi des grandes écoles, des institutions, beaucoup d'associations aussi. Voilà c'est très divers et variés et puis bien sûr il y a beaucoup de petits réseaux de gens comme vous et moi qui l'utilisent pour parler à leurs familles, leurs amis et caetera. C'est vrai que le gros du volume des utilisateurs de Waler aujourd'hui ça vient par le B to B des solutions que nous vendons.

[00:07:13] - [Speaker 0]
Donc oui on rappelle le modèle économique

[00:07:16] - [Speaker 1]
Le modèle économique c'est de la licence donc c'est un modèle freemium vous avez ou Waler est gratuit si vous voulez dans son premier package, mais vous pouvez après souscrire à des packages plus plus évolués qui vous apportent des des fonctionnalités professionnelles et ça on rend ça aux entreprises, aux organisations. Il y a quand même une autre idée d'internet moi que je pousse et que je ne suis pas du tout le seul à le faire, qui est une idée plus proche de nos valeurs françaises et européennes, des technologies qui respectent davantage leurs utilisateurs.

[00:07:44] - [Speaker 0]
C'est ce que vous appelez rebâtir internet.

[00:07:46] - [Speaker 1]
C'est ce que j'appelle déjà rebâtir, je pense que rebâtir internet, ça sera, oui ça fait partie de rebâtir internet.

[00:07:52] - [Speaker 0]
L'après Facebook on on est déjà dedans en fait.

[00:07:55] - [Speaker 1]
Oui, ce n'est pas dans l'avenir. L'après Facebook pour moi, c'est d'abord une façon de dire, ça a été une façon de dire que le projet de Waler parce que évidemment je parle de la naissance de Waler et tous les enjeux face auxquels nous sommes dans ce livre, que ce ce projet Waler n'est pas un anti Facebook parce qu'on m'a dit pendant très longtemps, on m'a dit mais oui finalement c'est un anti Facebook et je crois pas qu'on on puisse construire de bons projets quand on est contre quelque chose, quand on est anti quelque chose. En revanche, clairement nous nous sommes bâtis dans cette idée de construire une plateforme sur internet, une plateforme de communication, un réseau social qui protège les gens, oui d'une certaine façon contre l'idée en fait de de ces plateformes GAFAM que nous voyons et qui sont bâties sur un modèle d'exploitation de données. Alors moi je préfère parler d'après Facebook parce que je pense que d'abord l'avenir est absolument à écrire en la matière et qu'il y aura un après Facebook et qu'il y a déjà un après Facebook, tous ces gens qui ferment leurs comptes, tous ces gens qui se posent les bonnes questions sur l'exploitation de leurs données ou même la sécurisation de leurs données, et bien, Oualer est une réponse à ça, en tout cas moi c'est c'est vraiment l'aventure que j'ai décidé de mener, non pas contre, mais pour dessiner et inventer quelque chose de très actuel.

[00:09:15] - [Speaker 0]
Alors inventer quelque chose de nouveau, mais quoi et de quelle manière exactement Récemment, les institutions européennes ont adopté le fameux texte DMA, Digital Market Act qui vise à mieux protéger les entreprises et les citoyens européens face aux aux géants américains du numérique. Est-ce que vous pensez que ça va dans le bon sens et que ça va servir à quelque chose

[00:09:39] - [Speaker 1]
Oui c'est ce qu'on nous annonce d'abord à l'heure à laquelle nous enregistrons cette émission, le texte n'est pas sorti. Donc on ne peut pas dire qu'on peut analyser le texte. En revanche les principes de ce texte on les connaît un petit peu et c'est vrai que ça va changer beaucoup de choses, Le principe de ce texte, c'est de vraiment de légiférer sur sur tous les services qui sont rendus par par les plateformes géantes du web, on va dire ça comme ça, on peut penser à Apple, à à Microsoft, à Google.

[00:10:08] - [Speaker 0]
Oui enfin c'est quand même bien ciblé GAFAM et

[00:10:10] - [Speaker 1]
C'est très ciblé GAFAM. TikTok américain. Tant mieux, ça va les obliger par exemple à faire de l'interopérabilité dans les messageries, pouvoir parler d'un IOS jusqu'à Messenger Facebook. Et bon c'est un exemple

[00:10:23] - [Speaker 0]
On a du mal à imaginer ça aujourd'hui.

[00:10:25] - [Speaker 1]
Oui c'est vrai c'est vrai.

[00:10:26] - [Speaker 0]
Parce que c'est quand même des univers très fermés WhatsApp, Messenger. Pourtant

[00:10:30] - [Speaker 1]
dans le passé ça a beaucoup existé. Quand on avait ICQ, je ne sais pas si vous vous souvenez

[00:10:35] - [Speaker 0]
Tout à fait mais voilà mais ça s'est arrêté là on va dire.

[00:10:38] - [Speaker 1]
C'est vrai et moi je trouve que bon si ça s'applique ce sera évidemment formidable pour le citoyen ça c'est la première chose. D'autres exemples le DMA normalement va permettre aussi plus d'ouverture en matière de concurrence et d'accès en fait notamment aux applications mobiles. Les stores en fait ne pourront plus être simplement entièrement fermés

[00:11:00] - [Speaker 0]
Comme l'App Store.

[00:11:01] - [Speaker 1]
On pense à l'App Store bien sûr et d'après ce que l'on comprend Apple devra permettre le téléchargement d'applications en dehors de son store ce qui est évidemment leur tordre le bras puisqu'ils ont une politique de fermeture et de contrôle de tout ce qui s'y passe très très ferme. On rappelle quand même que l'Europe c'est quand même le premier marché des GAFAM. Donc il y a un moment c'est c'est c'est quand même absolument normal que ces entreprises privées étrangères se conforment à nos lois et certes ils doivent un peu flipper mais c'est que ça serait quand même la moindre des choses que d'appliquer des réglementations sur des marchés qui leur rapportent beaucoup.

[00:11:37] - [Speaker 0]
Alors ça c'est un point de vue que vous défendez en tant qu'européen, en tant que citoyen, mais aussi en tant qu'entrepreneur. C'est bon pour des entreprises comme la vôtre ce ce DMA.

[00:11:45] - [Speaker 1]
Oui c'est bon, je vais vous dire pourquoi nous on développe une application mobile qui est évidemment déployée sur les stores d'Apple et Android, Play Store et on a vu, on d'ailleurs on a vu Google maintenant Google surveille beaucoup plus qu'auparavant toutes les publications d'applications mobiles et ces gens-là nous imposent des façons de faire. Je vous donne un exemple. Nous quand on a on a sorti la la la multimodalité de de de connexion sur notre application mobile, on a permis à certains de nos utilisateurs de se connecter par ce qu'on appelle du SS0, donc vous savez quand vous cliquez sur un bouton me connecter avec Google, me connecter avec Microsoft ou autre. Bien dès lors qu'une application Apple a ce genre de mécanisme, elle doit implémenter obligatoirement la connexion via Apple. Donc on a été obligé d'implémenter la connexion via Apple.

[00:12:32] - [Speaker 1]
Donc c'est-à-dire que ces règles-là, elles transforment aussi nos produits si elles sont trop fermées et l'idée là c'est d'ouvrir pour permettre une concurrence plus plus sereine et et moins à leur entier service déjà qu'on fait beaucoup.

[00:12:47] - [Speaker 0]
Oui et puis avec une un partage des revenus, un partage de la valeur plus équitable

[00:12:51] - [Speaker 1]
Oui c'est ça il y a aussi l'idée de pouvoir choisir le le mode de paiement sur les applications mobiles. Encore une fois aujourd'hui quand vous publiez une application mobile sur l'App Store, vous devez passer si vous faites payer par la le le Apple Pay. Ce qui ne sera plus nécessairement le le cas.

[00:13:09] - [Speaker 0]
Alors la défense d'Apple, c'est de dire oui, mais vous ne vous rendez pas compte, l'environnement d'Apple est safe comme on dit, il est il est sûr, il est sécurisé, il n'y a pas trop de virus, il n'y a pas trop d'escrocs parce que c'est fermé et là ça va être un peu ce qu'on voit quand même sur Android où il y a plus de de problèmes de ce genre.

[00:13:27] - [Speaker 1]
Oui c'est vrai et et bien des sociétés se développeront pour sécuriser les les appuis mobiles de nos citoyens. Je veux dire à tout problème une solution, mais il me paraît important et fondamental aujourd'hui de trouver des moyens de régulation de ces géants qui sont, qui ont une puissance bien trop bien trop importante.

[00:13:43] - [Speaker 0]
Alors le DMA donc c'est une bonne nouvelle pour pour vous Oui. Pour les Européens on va dire et puis il y a un autre texte, un accord aussi qui est qui est arrivé quasiment au même moment, qui est le, qui qui va être le remplacement de ce qu'on appelle le privacy shield, c'est-à-dire un accord entre les États-Unis et l'Europe qui permet des transferts de de données, ça concerne surtout les entreprises, de l'Europe vers les États-Unis. Avant ça existait, puis il y a eu le RGPD qui imposait des règles et donc la justice européenne a estimé qu'il n'y avait plus l'équivalent en termes de sécurité juridique côté américain. Ils ont arrêté le privacy shield, donc tout d'un coup, on s'est retrouvé un peu, enfin voilà, et on ne pouvait plus faire ce ce genre de de transfert, même si on ne sait pas bien ce que ça représente d'ailleurs, ces fameux transferts de données. Bref, cette nouvelle version du privacy shield, elle va redonner une forme de pouvoir aux Américains en fait.

[00:14:35] - [Speaker 0]
Oui. Donc ce qu'on prend d'un côté, on va le, ce qu'on donne d'un côté, on va le reprendre de l'autre.

[00:14:38] - [Speaker 1]
Un pouvoir juridique. Ce que reproche aujourd'hui toutes les entreprises à la fois européennes et américaines, c'est le flou juridique dans lequel nous sommes. Si on appliquait réellement la loi, aucune ou très peu d'entreprises aujourd'hui et de plateformes plutôt on devrait parler de plateformes européennes ne pourraient transférer des données en Europe. Je vous prends un exemple, il y a un très bon exemple qui est sorti, vous savez c'est Google Analytics qui a été aussi reconnu par la CNIL cette fois-ci hors des clous juridiques de l'Europe, ce qui est quand même, ce qui est quand même énorme. Mais c'est vrai en réalité pour beaucoup beaucoup de service.

[00:15:17] - [Speaker 1]
On pense à quand on est une entreprise tous les services marketing que nous utilisons, je ne vais pas citer les les plateformes il y en a beaucoup, on peut penser à l'email aussi, on peut penser à Gmail, on peut penser à toutes toutes ces toutes ces plateformes en réalité américaines utilisées par les européens ou le transfert géographique d'une donnée produite en Europe sur des serveurs américains ou détenus et orchestrée par des américains il n'y a même pas besoin en réalité qu'ils soient sur le sol américain ça c'est illégal aujourd'hui bon en vérité c'est intenable Donc En

[00:15:48] - [Speaker 0]
fait ça se pratique.

[00:15:49] - [Speaker 1]
Cet accord évidemment, cet accord qui est qui qui est aujourd'hui m'est annoncé, c'est un accord qui en réalité ressemble tellement à ce qui était auparavant que ça paraît surtout être du pain béni pour les États-Unis parce que effectivement il faudrait que les États-Unis pour être dans un un accord véritable applique les mêmes réglementations que le RGPD, protège les données des citoyens européens aussi bien qu'en Europe.

[00:16:13] - [Speaker 0]
Alors ça commence à se faire dans certains États

[00:16:15] - [Speaker 1]
Ça c'est vrai,

[00:16:16] - [Speaker 0]
mais enfin le cas Californie et caetera.

[00:16:18] - [Speaker 1]
Le cloud acte s'applique toujours.

[00:16:20] - [Speaker 0]
Oui donc cloud acte c'est donc cette loi Le cloud acte

[00:16:22] - [Speaker 1]
c'est ça.

[00:16:22] - [Speaker 0]
Voilà cette loi américaine qui permet la justice quand même sur sur enquête judiciaire sous contrôle d'un juge, d'aller fouiller dans des serveurs d'entreprises américaines, même si ces serveurs ne sont pas sur le sol américain. C'est vrai, autrement dit s'ils sont par exemple sur le sol européen.

[00:16:36] - [Speaker 1]
Ça va un peu plus loin, ça va un peu plus loin. C'est-à-dire que si une entreprise américaine a conscience d'un enjeu qui pourrait contrevenir à la sécurité économique des des des États-Unis, elle est dans dans le devoir de transmettre ces données.

[00:16:51] - [Speaker 0]
C'est ça.

[00:16:52] - [Speaker 1]
Donc ça c'est c'est pas seulement sous requête judiciaire, c'est ça qu'il faut bien comprendre C'est un système hallucinant.

[00:16:58] - [Speaker 0]
Mais ça, c'est le Closacte, c'est le Patriot Act, ça non

[00:17:01] - [Speaker 1]
Oui, c'est l'ensemble des 2.

[00:17:03] - [Speaker 0]
Si vous

[00:17:03] - [Speaker 1]
voulez, c'est les lois extraterritoriales qui font aujourd'hui qu'en Europe, toutes les données qu'on héberge sur des services détenus et opérés par des Américains, on peut penser à tous les services de Microsoft et caetera, et bien on ne sait pas ce qui va aux États-Unis tout simplement et on peut penser que les intérêts économiques et bien c'est tout ce que tout ce qui concerne nos grandes entreprises, toutes ces boîtes, moi c'est à ça que je pense, qui utilisent les services GAFA, bien leurs données ne sont absolument pas garanties d'être conservées uniquement pour elles, d'être sécurisées. Et ça, ce nouveau privacy shield, bon rien ne dit qui va qui va changer ça.

[00:17:41] - [Speaker 0]
Mais Thomas Fauret, est-ce que ce n'est pas une vision un peu ancienne tout ça Parce que les données aujourd'hui, elles ne sont pas stockées sur un data center, ce n'est pas comme dans le film, je ne sais plus comment il s'appelait où l'héroïne voulait retrouver ses ses sa sextape dans un data center de Google aux États-Unis. Ça ne se passe pas comme ça. Aujourd'hui les données sont en redondance dans le monde entier, est-ce que ça a encore un sens cette histoire de territorialité des des stockages Alors je

[00:18:06] - [Speaker 1]
pense que ça a un sens, mais je vais répondre plus à votre question, c'est pour ça que j'emploie le mot opérer par. Je ne vous ai pas dit précisément stocker à tel endroit, opéré par des entreprises américaines et effectivement aujourd'hui dans les systèmes, on a ce qu'on appelle les CDN, les CDN qu'est-ce que c'est C'est des des des clusters de serveurs qui font que lorsque vous mettez une image dans un mail en réalité, quand votre correspondant qui habite en Inde ouvre votre mail, son l'image en question a déjà été répliquée probablement déjà en Inde. Mais tous ces réseaux de serveurs ils sont opérés par des des opérateurs qui sont soit indiens, soit européens, soit soit américains. Donc ça a du sens de dire ça. J'ajouterai une chose, j'ajouterai que lorsqu'on arrive sur une géopolitique mouvementée comme maintenant dire on souhaite être certain que les données sensibles des États européens puissent être stockées en Europe ça a un sens c'est-à-dire que le même si c'est opéré par d'autres que je ne voilà ce que je ne supporte pas au sens anglais du terme mais ça a un sens parce que le jour où il y a un conflit vous coupez les câbles, vous coupez la connexion ou vous isolez un datacenter bien sûr que ça peut avoir un sens ça nous paraît peut-être fou mais c'est ce qui se passe aujourd'hui dans le conflit avec la Russie.

[00:19:25] - [Speaker 1]
Il y a des services, des réseaux entiers qui sont coupés ou desquels on coupe en fait des accès et on le voit depuis très longtemps en Chine où tous les accès sont évidemment filtrés. Donc je ne jetterai pas si vous voulez cet argument du territoire où sont stockées les données complètement à la poubelle et je sais que j'entends souvent ça, mais il faut faire attention, il faut bien comprendre de quoi on parle. En revanche vous avez raison, parler d'opérateurs est bien plus intéressant que de parler seulement de géolocalisation des données.

[00:19:54] - [Speaker 0]
Merci beaucoup Thomas Fauré, auteur du livre Après Facebook, rebâtir aux nouvelles éditions de Passy. Merci.

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