🎤 IA : pourquoi les entreprises doivent accélérer maintenant (M. Denais, N. Morris, G. Cloix, S. Rubel)
Monde Numérique08 avril 202640:51

🎤 IA : pourquoi les entreprises doivent accélérer maintenant (M. Denais, N. Morris, G. Cloix, S. Rubel)

À l’occasion de l’AWS Summit 2026 à Paris, quatre acteurs de l’IA explorent ses usages concrets, de la psychiatrie à l’industrie. Entre avancées médicales, jumeaux numériques et IA agentique, ils dressent un état des lieux sans filtre de l’adoption en entreprise.

Interview : Martin Denais (cofondateur et CEO de Calliope), Nolwenn Morris (CEO de Iroc), Gautier Cloix (CEO de H Company), Sasha Rubel (directrice des politiques publiques IA chez AWS)

En partenariat avec AWS

Punchlines

  • Ce n’est pas une question de productivité, c’est une question de survie.
  • L’évolution de l’IA générative à l’IA agentique a pris moins d’un an.
  • En santé, l'IA peut analyser la voix pour soigner la santé mentale.
  • Les entreprises doivent tester vite et mesurer le retour sur investissement.

Comment l’IA transforme-t-elle concrètement le secteur de la santé ?

Martin Denais :
Je développe une plateforme d’IA clinique pour aider les médecins à mieux suivre leurs patients. Nous analysons la voix, le comportement et des données comme le sommeil pour évaluer l’évolution des troubles. L’objectif est d’améliorer la décision médicale et de détecter plus tôt les rechutes.

Nolwenn Morris :
Je travaille sur un jumeau numérique du corps humain. Cela permet de comprendre les mécanismes biologiques et de générer directement le traitement le plus adapté. On ne teste plus des molécules au hasard, on part du besoin du patient pour concevoir la bonne solution.

Pourquoi développer ses propres modèles d’IA ?

Martin Denais :
Je suis parti de modèles open source que j’ai adaptés à la psychiatrie, car les modèles généralistes ne sont pas performants dans ce domaine. Nous avons collecté des données inédites issues de milliers de patients pour entraîner notre modèle.

Nolwenn Morris :
Dans notre cas, toute la structuration des données est propriétaire. Nous utilisons aussi d’autres modèles, mais notre valeur repose sur une approche neurosymbolique qui permet de combler les zones inconnues et de générer de nouvelles connaissances.

Quels sont les freins à l’adoption de l’IA ?

Sasha Rubel :
Le principal frein reste le manque de compétences et la difficulté à suivre un rythme d’innovation très rapide. L’évolution technologique est devenue extrêmement rapide, ce qui complique l’adoption.

Gautier Cloix :
Il y a aussi des obstacles réglementaires et culturels. En Europe, la complexité et la fragmentation ralentissent les déploiements. Mais en parallèle, ces exigences apportent aussi un cadre éthique important, notamment dans la santé.

L’IA agentique peut-elle accélérer l’adoption en entreprise ?

Gautier Cloix :
On est entré dans une nouvelle génération d’IA avec des agents capables d’agir directement dans les systèmes. Ils utilisent les outils comme le ferait un humain, sans nécessiter des mois d’intégration technique. Cela permet de tester et déployer des cas d’usage en quelques jours seulement.

Sasha Rubel :
Les agents vont jouer un rôle clé, mais ils reposent aussi sur des fondations essentielles comme le cloud. C’est ce qui permet de passer à l’échelle, de garantir la sécurité des données et de rendre ces technologies accessibles aux entreprises, quelles que soient leur taille.


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Martin Denais / Gautier Cloix: [0:01] On est parti d'une base open source pour en construire un modèle propriétaire spécifique pour la psychiatrie. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [0:07] En fait, on s'est rendu compte que si on voulait vraiment accélérer les choses et avoir des traitements qui fonctionnent rapidement, eh bien, il fallait faire du coup ce virtual human tweet. Martin Denais / Gautier Cloix: [0:15] Ce n'est pas une question de productivité, c'est pour moi une question de survie. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [0:18] Le changement de dial-up à 3G, ça a pris une décennie. L'évolution de l'IA générative à l'IA agentique, ça a pris moins d'un an. Monde Numérique : [0:31] Le cloud et l'intelligence artificielle aujourd'hui sont partout, mais en 2026, où en sont vraiment les entreprises dans l'adoption de ces technologies ? C'est l'objet de cette émission spéciale que je vous propose ici à l'occasion de l'AWS Summit 2026. C'est le rendez-vous annuel de tout l'écosystème Amazon Web Services. Ça se déroule au Palais des Congrès à Paris, une émission proposée en audio et en vidéo en partenariat avec AWS. Et je vous présente tout de suite nos deux invités. Tout d'abord, Martin Denet, bonjour. Martin Denais / Gautier Cloix: [1:05] Bonjour. Monde Numérique : [1:05] Vous êtes cofondateur et CEO de la start-up Calliope, qui est spécialisée, alors tenez-vous bien, dans l'intelligence artificielle au service de la santé mentale. Vous allez nous expliquer ça. Et à vos côtés, Nolwenn Morris, bonjour. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [1:18] Bonjour. Monde Numérique : [1:19] Vous êtes CEO de Iroc, qui est également une start-up, spécialisée également dans le secteur de la santé, parce qu'on va s'intéresser dans la première partie de cette émission, spécifiquement à la santé. Et vous, c'est dans la recherche biomédicale et pharmaceutique. Grâce à l'intelligence artificielle. On précise d'ailleurs que vous faites partie d'un programme d'accélération d'AWS qui s'appelle Sista. Alors, racontez-nous un peu ça. Comment est-ce que l'IA peut... On commence avec vous, ce n'est pas très galant, mais on va dire qu'il y a une progression logique, et vous allez comprendre pourquoi. Comment est-ce que l'IA peut venir en aide aux soins en matière de santé mentale ? Martin Denais / Gautier Cloix: [1:56] Alors, en fait, on a commencé à s'intéresser à la psychiatrie il y a quelques années. En fait, ce qu'on a réalisé, c'est que déjà, c'est un énorme problème de santé publique. Ça touche énormément de patients, leurs familles. Et il y a une qualité de soins qui est largement sous-optimale. Donc, les gens, par exemple, rechutent beaucoup. C'est beaucoup le cas dans la schizophrénie et les troubles bipolaires. Et quand on regarde un peu plus proche, les médecins font face à une mission presque impossible de devoir gérer un contexte et énormément d'informations à propos d'un patient. Et en face de ça, le voir peut-être 10 minutes, 15 minutes de manière épisodique et de devoir prendre des décisions hyper importantes en très peu de temps. Monde Numérique : [2:32] Donc vous les aidez, c'est une aide à la décision. Martin Denais / Gautier Cloix: [2:35] Exactement. Et donc nous, ce qu'on développe, c'est une plateforme d'IA clinique qui a deux objectifs. D'une part, de la faire gagner du temps, libérer du temps médical pour qu'ils aient plus de temps pour leurs patients. Et d'autre part, améliorer leur décision clinique. Monde Numérique : [2:48] Très concrètement, ça se traduit par quoi ? Parce qu'en plus, je crois que vous avez développé un outil qui est très particulier, qui analyse la voie. Martin Denais / Gautier Cloix: [2:55] C'est ça. En fait, on a pris le parti de développer notre propre modèle de fondation. Pourquoi ? Parce que les modèles généralistes marchent très mal en psychiatrie, c'est hyper spécifique. Et donc, on a créé ce modèle qui est capable d'avoir une bonne compréhension d'un contexte clinique. Donc, l'histoire de la maladie, c'est quoi l'histoire du patient, ses antécédents, etc. Et dans ce contexte-là, on va venir analyser la voix du patient, ce qu'il dit, comment il parle, mais aussi ses données de sommeil, d'activité. Et avec toutes ces données un peu holistiques, on va être capable d'évaluer, par exemple, la sévérité de sa dépression, de son anxiété, de sa psychose. Monde Numérique : [3:25] C'est-à-dire uniquement, enfin pas uniquement, mais avec le timbre de sa voix, les intonations, les mots employés ? Martin Denais / Gautier Cloix: [3:32] Exactement. En fait, c'est des signaux déjà utilisés par les médecins en routine. En fait, c'est le médium principal de la prise de décision. Monde Numérique : [3:39] Oui, donc en fait, les médecins le font déjà. Martin Denais / Gautier Cloix: [3:41] Exactement. Sauf que nous, la valeur, c'est qu'on est capable d'apporter cette information de manière beaucoup plus continue, parce qu'on va pouvoir venir analyser ces informations entre deux consultations. Et donc, les deux grands cas d'usage d'un point de vue clinique, ça va être dire à distance comment les symptômes évoluent pour pouvoir réagir de manière beaucoup plus réactive s'il y a un problème, un début de décompensation. Et quand on introduit un traitement par exemple antidépresseur, aujourd'hui ça met beaucoup de temps à trouver la bonne molécule, le bon dosage. Donc on va venir être une boucle de rétroaction en quelque sorte pour que le médecin prenne de meilleures décisions de manière plus réactive. Monde Numérique : [4:14] Incroyable, incroyable. Alors, on va rentrer un peu plus même dans le détail technique dans un instant. Monde Numérique : [4:20] Nolwenn Maurice, alors vous, chez Iroc, vous êtes également sur un domaine passionnant. Je l'ai dit, vous êtes plus en amont ou comment on peut dire ? Plus en amont, plus en aval ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [4:31] Effectivement. Alors, nous, on travaille sur un virtual Human Twin pour trouver le bon traitement qui fonctionne. Monde Numérique : [4:37] Un jumeau numérique, c'est ça ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [4:38] Exactement, un jumeau numérique ou une copie digitale du corps humain qui nous permet d'identifier qu'est-ce qu'on connaît, qu'est-ce qu'on ne connaît pas et du coup, derrière, de pouvoir le générer avec un type d'entraînement particulier. Après, effectivement, on est de l'autre côté un peu de la barrière parce que nous, on est vraiment mechanism grounded. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on comprend qu'est-ce qui se passe dans les cellules d'un point de vue mécanistique et qui derrière, du coup, nous permet d'identifier quel biomarqueur regarder, par exemple, pourquoi celui-là va être important. Et après, on revérifie dans la littérature notamment et on voit qu'effectivement, c'est bien la bonne information. Monde Numérique : [5:11] Ça s'adresse à qui. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [5:12] Votre outil ? Ça s'adresse aux entreprises pharmaceutiques. Une entreprise viendrait nous voir, par exemple, pour la maladie de Charcot, en nous disant « j'aimerais beaucoup un traitement dans ce contexte ». Nous, on s'occupe de faire tout le processus en interne, d'identifier tous les trous, de remplir toutes les informations, et derrière, d'identifier la cible thérapeutique et avec la structure moléculaire, concrètement, le traitement le plus rapidement aux patients. Monde Numérique : [5:38] Et vous en êtes où ? Vous avez déjà des résultats ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [5:40] Alors, effectivement, on a déjà un certain nombre de résultats et en particulier, on a pu identifier un mécanisme central avec des spécificités par pathologie, dont la maladie de Charcot. Monde Numérique : [5:51] La maladie de Charcot, on rappelle, c'est une atrophie des muscles, non ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [5:54] Exactement. Donc, c'est quand, effectivement, au bout d'entre 3 et 5 ans, ce qu'on appelle la life expectancy, donc l'espérance de vie, est de 3 à 5 ans à partir du moment où vous êtes diagnostiqué. Et effectivement, c'est une atrophie des muscles jusqu'au décès. Monde Numérique : [6:11] Donc, vous le dites, c'est déjà en production, en fait ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [6:16] Alors, effectivement, nous, on a déjà un prototype qui nous a déjà donné des résultats qui nous permettent de pouvoir commencer des travaux et nos discussions Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [6:26] avec des entreprises pharmaceutiques, en particulier là pour la maladie de Charcot. Monde Numérique : [6:30] D'accord. Alors, l'un et l'autre, vous faites finalement une utilisation très... Alors, on est loin de l'IA générative pour préparer ses vacances. On est sur des choses beaucoup plus utiles aussi. Ce sont des outils que vous avez récupérés, que vous êtes appropriés ou que vous avez développés vous-même, Martin Denet ? Martin Denais / Gautier Cloix: [6:52] C'est un peu des deux. Aujourd'hui, je pense que personne ne parle vraiment d'une feuille blanche. Il y a plein d'outils, plein de modèles qu'on peut utiliser comme base. Mais nous, du coup, d'un point de vue technique, on a utilisé des modèles, des LLM, donc des grands modèles de langage comme base qui étaient open source, sur lequel on a construit des briques, par exemple, pour comprendre la manière dont quelqu'un parle et être capable de transformer presque ce sens clinique en token LLM et faire pareil avec le comportement autour du sommeil et de l'activité. Donc, on est parti d'une base open source pour en construire un modèle propriétaire spécifique pour la psychiatrie. Monde Numérique : [7:25] Il a fallu l'entraîner, ce modèle. Martin Denais / Gautier Cloix: [7:27] Exactement. Monde Numérique : [7:28] Donc, il vous fallait beaucoup de données, j'imagine. Martin Denais / Gautier Cloix: [7:30] Exactement. Et c'est là tout l'enjeu de Calliope. Et ces trois dernières années, on a lancé énormément de collaborations de recherche. Donc là, on a huit essais cliniques en cours, plus de 1000 patients. On a fait plusieurs collaborations de R&D. On lance cinq nouveaux essais. Et là, on a collecté la donnée de 20 000 locuteurs qui ont une petite dizaine de maladies du cerveau. Et en fait, c'est de la donnée où la voix est associée à leurs données de sommeil, d'activité, à des évaluations diagnostiques et symptomatiques faites par les médecins. Et ça, c'est de la donnée qui n'existait pas du tout. Monde Numérique : [8:01] Par exemple, quels sont les signaux faibles ou forts ? Significatif ? Martin Denais / Gautier Cloix: [8:07] Alors, par exemple, dans les troubles de l'humeur, si on prend l'exemple de la bipolarité, c'est le fait d'osciller entre des phases dépressives et des phases maniaques ou hypomaniaques. C'est dans les bouquins de médecine, les phases maniaques ou hypomaniaques, les gens parlent un peu plus vite, sont des phrases plus longues, le débit de parole est presque pressurisé. Les gens qui ont un proche qui souffre de cette maladie-là, ils savent tout de suite au téléphone s'il y a un problème, par exemple. Monde Numérique : [8:30] D'accord. Mais ça, c'est quelque chose qui va être détecté en période de crise. La maladie dont vous parlez, effectivement, elle est marquée par des hauts et des bas. Martin Denais / Gautier Cloix: [8:42] C'est ça. Monde Numérique : [8:42] En fait, on détecte les hauts, mais on ne peut pas détecter la maladie quand... Martin Denais / Gautier Cloix: [8:46] Alors, nous, on n'a pas de... Monde Numérique : [8:48] On détecte les bas, ça dépend de quel point de vue on voit ça. Martin Denais / Gautier Cloix: [8:50] Pardon, je vous ai coupé, mais le diagnostic en psychiatrie, c'est extrêmement compliqué. Et nous, notre promesse, c'est une fois qu'il y a un patient qui est diagnostiqué, comment on fait pour mieux le suivre ? Et comment on fait pour détecter de manière précoce s'il y a une phase maniaque, une phase dépressive ? Et comment on fait pour savoir si c'est le bon traitement, au bon dosage, etc. C'est vraiment du suivi. Monde Numérique : [9:09] Ok. Et vous, Nolwenn, alors, au point de vue tech, c'est vous qui avez, au sein de votre entreprise Iroc, qui avez développé vos propres outils ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [9:17] Alors, effectivement, nous aussi, on a une structure, pour le coup, en fait, dans un virtuel Human Twin, l'enjeu, c'est vraiment d'être full body, donc du corps entier. Et, en fait, toute cette structuration des données, effectivement, elle nous est propriétaire. C'est nous qui l'avons développée en interne. Évidemment qu'on utilise aussi d'autres modèles, par exemple, que ce soit des usages avec Bedrock ou AWS, on trouve un certain nombre de modèles, et qui nous aident, en fait, à notamment améliorer la classification d'un certain type de données, choses comme ça. Après, on a également, du coup, un type d'entraînement un peu spécifique qu'on appelle le neurosymbolisme, qui, finalement, reconnaît les patterns dans la structuration de nos données et derrière, nous permet de générer, même sur des zones où on ne connaît pas l'information, et de pouvoir générer à partir de ce qu'on connaît. Monde Numérique : [10:05] Ah oui, attendez, qu'on comprenne bien. Donc, il y a un jumeau numérique qui est un double d'un corps humain, en fait, et qui va simuler l'interaction des... Je ne sais pas quoi... Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [10:14] Va représenter les différentes interactions à différentes échelles, que ce soit du moléculaire jusqu'au physiologique. Monde Numérique : [10:21] D'accord. Donc, avec ça, vous pouvez développer, tester aussi des médicaments, mais de manière virtuelle ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [10:27] Oui, alors notre but, c'est plutôt de générer le bon médicament directement, plutôt que de juste tester, parce que du coup, l'idée, c'est vraiment de partir du besoin du patient, ce qui, en fait, est un peu changeant par rapport à ce qui a été fait depuis les 30 dernières années, où tout le monde partait finalement du fait de créer plein de molécules et voir après si ça marche. Nous, c'est exactement l'opposé, c'est-à-dire qu'on part du besoin et on recrée la bonne molécule. Monde Numérique : [10:46] Oui, et donc, c'est de l'essai clinique virtuel ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [10:49] Alors, c'est de l'essai clinique... Monde Numérique : [10:51] Non, c'est de la génération. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [10:53] On pourrait, mais c'est plutôt de la R&D, c'est-à-dire tout ce qui va être avant, pour pouvoir proposer la bonne molécule, qui va être la plus optimale pour le traitement et pour le patient. Et donc ensuite, ça, ça arrive ensuite en essai clinique de phase 1. Et après, le processus devrait aller aussi beaucoup plus vite sur les différentes Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [11:13] phases de l'essai clinique pour arriver le plus rapidement au patient. Monde Numérique : [11:15] Et alors, ce que vous disiez, c'est que même quand vous n'avez pas les données exactes, précises de, je ne sais pas quoi, d'une partie du corps, c'est ça ? Vous arrivez, malgré tout, à extrapoler ? Oui, exactement. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [11:24] Et c'est ça tout l'enjeu. c'est qu'en fait un des gros enjeux de la science c'est qu'en fait on ne sait pas ce qu'on cherche à la base, on ne sait pas en fait quel est le problème quand vous regardez une pathologie, en fait on ne comprend pas, quelle est l'origine ou pourquoi et en fait nous l'intérêt de la structuration qu'on a, c'est que ça nous permet en fait d'identifier ah bah dans cette zone en fait on ne sait pas ce qui se passe et du coup avec ce type d'entraînement en fait on est capable de dire bon bah en fait si on a tous ces éléments autour, on sait que le point au milieu la variable au milieu elle aura telle valeur et en fait c'est comme ça C'est sur ce type d'entraînement que, du coup, on est capable de remplir et faire ce qu'on appelle du limitless generation, c'est-à-dire de remplir, finalement, des zones où, à la base, on n'avait absolument aucune idée de ce qui s'est passé. Monde Numérique : [12:05] D'accord. Oui, c'est incroyable. Alors, vous êtes tous les deux représentants de startups, donc de jeunes entreprises. Vous êtes, j'ai envie de dire, vous êtes nés dans l'IA, enfin, les entreprises. Sans IA, vous n'existeriez pas, finalement, aujourd'hui ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [12:18] Sans IA, on était... Monde Numérique : [12:20] Si vous, peut-être, pour le géomodumérique. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [12:21] Oui, puis on existait un peu aussi avant, sans l'IA comme ça. Moi, ça fait un moment qu'on a démarré. D'ici 2020, on avait commencé par un premier agent, ce qu'on appelle un agent personnel pour les chercheurs. L'idée était toujours la même, c'est-à-dire qu'en fait, sur la donnée qui est fragmentée, pas connue, de pouvoir essayer de rassembler toutes ces informations pour qu'un chercheur puisse l'utiliser pour faire autre chose. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [12:43] Et en fait, au fur et à mesure, on avait utilisé de l'algorithmie un peu classique. Ensuite, on est passé à des modèles d'IA et en fait, on s'est rendu compte que si on voulait vraiment accélérer les choses et avoir des traitements qui fonctionnent rapidement et bien il fallait faire du coup ce virtual human twin. Monde Numérique : [12:58] Alors, je vous posais cette question, savoir si vous êtes né dans l'IA ou pas, parce que là, il y a une étude qui a été publiée par AWS à l'occasion de ce sommet. On y reviendra d'ailleurs dans la deuxième partie de cette émission plus en détail. Mais j'aimerais peut-être avoir votre réaction là-dessus. Une étude qui montre que les entreprises n'adoptent pas massivement l'IA, sauf dans les startups. Donc, on est à 80% d'adoption dans les startups. Qu'est-ce que ça vous inspire, Martin ? Martin Denais / Gautier Cloix: [13:27] Alors nous, chez Callyopé, l'IA, c'est presque le point de départ. Le constat, il est simple, c'est qu'il y a un nombre de patients qui est déjà énorme rapporté au nombre de médecins. Ce nombre de patients ne fait qu'augmenter. Le nombre de médecins, là, aujourd'hui, en France, il y a un quart des psychiatres qui ont plus de 60 ans. Donc, on est un peu face à un mur. Et nous, notre point de départ, c'est de dire, ok, l'IA va pouvoir drastiquement repenser tout le workflow clinique, pour améliorer la qualité de soins et faire plus avec moi, en somme. Donc, nous, c'est sûr, et je pense que c'est le cas de la majorité des startups, c'est souvent le point de départ des startups l'IA et repenser quelque chose grâce à l'IA il. Monde Numérique : [14:00] Y avait la grande période où le point de départ c'était le web, c'était le cloud là c'est l'IA nous. Martin Denais / Gautier Cloix: [14:07] Tous nos process, bien sûr aujourd'hui on est une vingtaine de personnes, on a une équipe R&D on a une équipe de développement, le design le réglementaire et tous nos outils sont branchés de l'IA et communiquent entre eux il y a le bon contexte etc et on, On fait beaucoup plus que ce qu'on aurait pu faire il y a 3-4 ans, ça c'est sûr. Monde Numérique : [14:27] Et franchement, vous arrivez à suivre les innovations technologiques dans ce domaine ? Peut-être plus vu du côté grand public, mais toutes les semaines, il y a une nouveauté qui vous explique que ce qui avait un monstre est nul et qu'il faut changer ? Martin Denais / Gautier Cloix: [14:39] Alors nous, ça fait un peu partie de notre métier, parce qu'on développe notre propre modèle de fondation, etc. Donc on a une veille techno qui est hyper assidue, mais c'est sûr que ça bouge très, très vite. Monde Numérique : [14:50] Et vous, Nolwenn ? Ce ne sont pas les mêmes outils, bien sûr ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [14:53] Oui. Après, nous, comme je disais avant, effectivement, nous, on utilise certains modèles, donc forcément, le plus performant, à chaque fois, on améliore à ce niveau-là le plus performant pour nos idées dans la structuration. Après, ça dépend aussi du type de besoin. En fonction du besoin, on n'utilise pas encore forcément de l'IA partout, dépendant de la confidentialité des informations et autres éléments comme ça. Monde Numérique : [15:17] Oui, il y a la grande question de la confidentialité des données, il y a la question de la souveraineté, etc. Est-ce qu'aujourd'hui, vous estimez que toutes les garanties sont réunies pour remplir ces missions-là et pour répondre à ces problématiques-là ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [15:31] Sur la confidentialité, je pense que, en tout cas, avec les technologies, notamment AWS, je sais qu'ils ont mis en place tout un système qui permet vraiment de, finalement, de, entre guillemets, coder toutes ces informations pour éviter, justement, tous les problèmes de confidentialité. Et le modèle, la façon dont c'est fait, est franchement assez performante. Donc, je pense qu'effectivement, c'est une bonne chose. Je pense qu'on y arrive, en tout cas, assez rapidement. Après, il y a aussi, par exemple, au fur et à mesure, au niveau de l'Union européenne, ils sont en train de mettre en place du coup le AI Act et les différentes versions. Monde Numérique : [16:09] Mais le AI Act, vous le voyez arriver comme quelque chose de positif ou de négatif ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [16:15] Nous, en tout cas, à l'heure actuelle, nous, on est classé d'une manière où on trouve ça positif, parce qu'en fait, les premiers, si vous voulez, c'est des choses qui sont même éthiquement... En fait, c'est plus lié à l'éthique finalement, en tout cas, nous, de notre compréhension. Notamment, la catégorie qui est interdite, c'est des choses qui, même humainement, en tant qu'humain, ne seraient pas forcément d'accord à ce que ça arrive. C'est pour vous empêcher. Monde Numérique : [16:39] Par exemple, de développer... Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [16:40] De parler à des morts ou des choses comme ça. De parler à des morts. Oui, s'il y a des entreprises, par exemple, dans d'autres pays... Monde Numérique : [16:46] Ah oui, oui, de faire des agents qui simulent... Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [16:48] Des IAC avec des personnes qui sont décédées et qui vous permettent, du coup, de... Parce que potentiellement, on peut le lier à du commercial. Et donc là, en fait, c'est vraiment des grosses dérives éthiques. Donc ça, du coup, nous, on trouve ça... Monde Numérique : [17:00] Mais ça, c'est pas votre domaine. Non, c'est pas du tout notre domaine, mais du coup, c'est ça qui est intéressant. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [17:04] C'est ça qui est intéressant, c'est que l'IA Act, en fait, permet de limiter ces modèles et que ça ne soit pas présent en Europe. Et donc, en fait, finalement, c'est plutôt bien pour nous, citoyens. Monde Numérique : [17:15] Vous voulez faire des médicaments, si je viens vous demander de faire un virus mortel ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [17:20] Alors ça, c'est des choses. Nous, par exemple, on a un board dont une très grande personnalité issue, un ex-CCNE qui, du coup, nous aide dans toutes les implications éthiques pour nous assurer, justement, de toujours rester focus sur notre but et, du coup, d'aller vraiment sur la génération de traitements pour aider et vraiment accélérer au maximum la santé. Monde Numérique : [17:47] Martin, même question l'AI Act, la réglementation européenne comment vous la voyez arriver ? Martin Denais / Gautier Cloix: [17:51] Alors nous chez Callyopé ça nous impacte assez peu finalement parce que, nos produits ou certaines parties de notre produit c'est des dispositifs médicaux donc en fait on doit déjà avoir un système de gestion de la qualité on doit déjà documenter comment quand on a entraîné nos modèles avec quelles données, comment on suit ses performances en fait c'est des choses où on était déjà plutôt au niveau, donc aujourd'hui on est déjà compliant à l'AI Act, je pense que c'est une très bonne chose en médecine, après je pense qu'on a souvent tendance à parfois un peu trop réglementer un peu trop vite et je pense que dans certaines autres industries ça pourra nous porter un peu préjudice, Je pense qu'en santé, il y a beaucoup d'overlap avec la réglementation de dispositifs minicaux. Monde Numérique : [18:29] Vous êtes obligé, vous l'avez intégré dès le départ. Martin Denais / Gautier Cloix: [18:31] Oui, bien sûr. Monde Numérique : [18:32] Inévitablement. La réglementation, c'est vrai que c'est la rengaine qui revient souvent. Il y a une autre, quand on parle d'innovation technologique, de start-up en France et en Europe. Ce dont se plaignent souvent les entrepreneurs, c'est la faiblesse des moyens financiers, des investissements. Vous êtes deux start-up et ce sera ma dernière question. Est-ce que l'environnement économique français et européen est favorable ou pas ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [18:55] Moi, je veux y aller parce que du coup, en fait, moi, je pense qu'il y a des programmes, par exemple, comme le Sista Programme et dont AWS était partenaire qui, en tout cas, du côté féminin, nous aide justement à tout simplement à pouvoir lever des fonds en faisant un programme d'accompagnement pendant six mois. Monde Numérique : [19:15] Spécifiquement pour les entrepreneurs heureux. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [19:18] Oui, exactement. Pour les femmes, exactement. Et en fait, donc ça, c'est des choses que potentiellement, en fait, ne sont pas forcément présentes dans d'autres pays. Monde Numérique : [19:26] Parce que le but du jeu, c'est de rétablir un peu l'équilibre. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [19:29] Exactement, de rétablir l'équilibre aussi féminin versus masculin. Mais du coup, c'est effectivement déjà une bonne avancée qu'on n'a pas forcément dans d'autres pays et même au niveau européen, puisque je sais qu'ils sont en Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [19:41] train d'élargir le programme. Monde Numérique : [19:41] D'accord Martin l'environnement français européen. Martin Denais / Gautier Cloix: [19:47] Vous avez. Monde Numérique : [19:48] Eu des difficultés à trouver des fonds ou pas du tout. Martin Denais / Gautier Cloix: [19:52] Nous on a globalement on est plutôt bien financé aujourd'hui on est une vingtaine de personnes d'ailleurs j'en profite on recrute à tous les postes allez-y faites passer pour ça, donc voilà le message est passé d'accord et je pense que l'environnement économique il est ce qu'il est mais en tout cas pour Callyopé aujourd'hui nous on vend plutôt aux hôpitaux psychiatriques qui sont plutôt publics Le frein est plus le temps à contractualiser avec les marchés publics, la commande publique, où en fait, ça prend du temps, mais je pense que la volonté de payer pour notre solution, elle est là. Monde Numérique : [20:26] Très bien. Alors, on va reparler en détail justement de ces chiffres, de cette photographie un peu du paysage français et européen en matière notamment de tech, d'adoption des technologies, de l'IA, du cloud, etc. Dans la deuxième partie de cette émission tout de suite merci en tout cas à tous les deux Martin Denais cofondateur et CEO de Callyopé et Nolwenn Morris CEO de Iroc je vous remercie merci beaucoup merci, Et on se retrouve pour la deuxième partie de cette émission, toujours au cœur de l'AWS Summit 2026, avec deux nouveaux invités. Tout d'abord, Sasha Rubel, que je suis très heureux d'accueillir. Vous êtes directrice des politiques publiques IA chez AWS. Bienvenue et merci aussi de nous accueillir ici pour cette émission au partenariat avec AWS. Et puis, à mes côtés, ravi également de vous recevoir Gauthier Cloix, vous êtes CEO de H Compagny, qui est une start-up française qui est Est-ce que vous m'accordez, vous m'autorisez à dire que c'est l'autre pépite française de l'IA ? La première, on pense à Mistral, et puis il y a H, évidemment. Martin Denais / Gautier Cloix: [21:31] Oui, et puis je pense qu'on a un pays avec beaucoup de talent. On peut avoir plus qu'une pépite, plus que deux même. Mais j'accepte la deuxième place. Monde Numérique : [21:40] Vous allez nous expliquer où en est H aujourd'hui, qui est une jeune entreprise, lancée il y a environ deux ans, et spécialisée notamment dans les agents, dans la fameuse IA agentique. Mais avant, Sacha, il faut que vous nous parliez un peu de cette étude qui est rendue publique à l'occasion de cet événement par AWS. C'est une étude qui a été menée par AWS sur l'adoption de l'intelligence artificielle en France, en Europe, etc. Et bon, il y a du bon, mais il y a aussi du moins bon. Qu'est-ce qu'il faut en retenir principalement ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [22:11] Alors, je commence surtout avec le bon. Ah, bien sûr. C'est un rapport qu'on a publié au niveau européen, mais comme chaque année, on fait des types de deep dive au niveau de pays. Et à l'occasion du sommet, on a lancé le rapport France spécifique à la France. Et ce qu'on voit, c'est qu'il y a une effervescence absolument extraordinaire en France, pas simplement au niveau des start-up qui sont en train d'être fondées, mais aussi au niveau de la recherche et au niveau de l'innovation qui se passe sur le terrain. En amont de ça, on commence toujours par le bon. En amont de ça, ce qu'on voit, c'est qu'en fait, le taux d'adoption au niveau français est moins élevé que le taux d'adoption au niveau européen. Le taux d'adoption de l'IA actuel au niveau européen, c'est 54%. Au niveau de la France, c'est 40%. Mais ce qui est très intéressant dans cette statistique, surtout, c'est le montant d'entreprises françaises qui sont au niveau d'adoption avancée dans l'IA. Donc, qui bouge de « j'adopte l'IA pour une chatbot à l'interne », qui est une adoption un peu basique, à un stade de transformation profonde numérique qui passe de la question des gains de productivité ou efficacité à « comment est-ce qu'on réinventerait notre boîte si l'IA était au centre ? » Et le montant des boîtes qui adoptent l'IA dans un stade avancé, ça reste seulement à 19 %, qui pour rassurer un peu la moyenne européenne quand même également. En amont de ça... Monde Numérique : [23:33] Mais comment vous expliquez ce... Je ne sais pas si on peut parler de retard, mais c'est dû à quoi ? C'est une forme de frilosité, de méconnaissance ou tout simplement d'absence de visibilité ? Adopter l'IA, c'est un bien grand mot, mais concrètement, il faut savoir ce que ça signifie. Quel est le retour sur investissement, etc. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [23:52] Je pense qu'il y a plusieurs bloqueurs qu'on voit qui reviennent de l'année après année au niveau des retours qu'on a des entreprises qui sont la base, en amont des citoyens, de cet rapport. Mais je dirais, juste pour un peu cadrer, et Gauthier, toi, tu es le mieux placé pour savoir ça en premier degré, c'est qu'en fait, la cycle d'innovation se compresse à une vitesse absolument extraordinaire. L'année dernière, on n'a même pas parlé de l'IA agentique. Le changement de dial-up à 3G, ça a pris une décennie. L'évolution de l'IA générative à l'IA agentique, ça a pris moins d'un an. Et en fait, ce qu'on voit actuellement au niveau européen, c'est seulement 24% environ des entreprises sont au courant de l'IA agentique. Monde Numérique : [24:33] Mais il faut les comprendre. Comment voulez-vous qu'ils arrivent à suivre ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [24:36] Totalement. Et donc, je pense qu'il y a trois bloqueurs très essentiels. Et on parlait juste avant le podcast, on dort la nuit et on se lève, il y a quelque chose de nouveau qui se passe. Monde Numérique : [24:44] Oui, tous les jours, il y a un nouveau truc. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [24:44] Donc, c'est vraiment un type d'évolution frénétique absolument extraordinaire au niveau de l'innovation. Mais il faut clôture le gap qui existe entre l'innovation qui se passe et l'adoption sur le terrain. Et il y a trois grands bloqueurs qui existent. une seule question de compétences numériques. Beaucoup d'entreprises françaises disent qu'il manque les compétences numériques au sein de leur boîte pour adopter l'IA. Et d'ailleurs, en France, ça peut prendre entre 6 à 7 mois pour recruter quelqu'un avec les compétences numériques nécessaires, en sachant qu'en réalité, les plupart des emplois de l'avenir vont nécessiter ce type de compétences. Donc, premièrement, c'est vraiment une question de croître les compétences numériques. Monde Numérique : [25:27] Et c'est quoi les compétences numériques ? À un moment, c'était le prompt engineer, après, avant, c'était le data scientist. C'est quoi l'homme IA à tout faire aujourd'hui, ou la femme IA ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [25:35] C'est une super question. D'ailleurs, je suis ravie qu'aujourd'hui, on a lancé ce partenariat avec Chams pour renforcer justement la disponibilité gratuitement des compétences numériques en France. Parce que quand on parle de compétences numériques, ce n'est pas juste comprendre ce que l'IA est. Et n'est pas comme technologie et comment l'utiliser, mais c'est aussi tous les aspects nécessaires au niveau de comment le déployer et le développer dans une manière responsable. Donc, pas juste les compétences techniques. Et une des choses qui sortent dans cet rapport que je trouve particulièrement interpellant, c'est que les entreprises disent, bien sûr, on a besoin des compétences numériques, mais on a aussi besoin de toutes les compétences qui vont être nécessaires pour les boulots de demain, au-delà de ces compétences numériques, comme la créativité, comme la pensée critique, comme la possibilité de penser dans une manière cohérente pour accompagner des boîtes dans une transformation numérique qui n'est pas simplement, soyons clairs, une révolution et une transformation technique, c'est aussi une révolution et une transformation culturelle. Donc comment justement accompagner des boîtes ? Ça, c'est un vrai, vrai, vrai sujet. Monde Numérique : [26:43] On va creuser ce sujet-là, mais avant Gauthier et Gauthier, avant que vous nous fassiez rêver avec vos agents, que vous nous parliez un peu véritablement de votre IA agentique. Cette problématique, vous devez la toucher du doigt. Donc, vous, vos clients, ce sont des entreprises, des grandes entreprises à qui vous fournissez des solutions, c'est ça ? Oui, absolument. Et vous avez l'impression que ça freine, qu'il n'y a pas de répondant, etc. ? Martin Denais / Gautier Cloix: [27:08] Oui, alors je pense qu'il y a plusieurs éléments. Moi, ça fait une dizaine d'années que je déploie l'IA dans les grandes entreprises et dans les gouvernements. On a aussi déployé, par exemple, des hôpitaux en Inde. Il y a des différences culturelles. Par exemple, aux États-Unis, on met à peu près trois semaines lorsqu'on met à peu près 18 mois pour signer le même contrat en Europe. Donc, je pense que la différence culturelle, plus de pression concurrentielle, plus chez nous, d'appétit du risque aux États-Unis, un peu moins chez nous. On veut être sûr que c'est la bonne solution on veut cataloguer tous les workflows avant de les déployer oui on veut tout les rouiller on veut. Monde Numérique : [27:41] Tout savoir mais on voit que vous venez vous avez travaillé avec le public pour tenir ce discours. Martin Denais / Gautier Cloix: [27:45] Le public et les grandes entreprises parfois c'est il faut. Monde Numérique : [27:49] Trois ans d'études avant de décider d'adopter un logiciel ou une solution technique. Martin Denais / Gautier Cloix: [27:52] Ce qui peut se comprendre dans certains je sais pas le nucléaire par exemple c'était logique mais aujourd'hui il faut tester très rapidement effectivement, un mois c'est déjà trop long parce que ça évolue tellement vite Heureusement, on voit aussi des entreprises qui le voient. On a signé, par exemple, notre premier client, c'est Française des Jeux. Moi, je suis rentré en France, aux États-Unis. Ça faisait quelques mois que j'étais en France et j'étais étonné de voir qu'il y a aussi des entreprises qui peuvent signer très, très rapidement. Donc, ça, c'est le premier élément. Ensuite, effectivement, les premières vagues de l'IA, elles ont été un peu déceptives parce qu'on s'est dit « Ah, génial, je signe un gros contrat. Je veux avoir des larges modèles de langage chez moi. » Puis, en fait, c'était des chatbots et ça faisait du résumé d'email, de la traduction et trouver des informations en interne. Monde Numérique : [28:33] C'est déjà pas mal ! Martin Denais / Gautier Cloix: [28:34] Oui mais c'est pas ça... Monde Numérique : [28:35] Ah pour vous c'est déjà de l'acquis du... Martin Denais / Gautier Cloix: [28:37] Non mais c'est très bien la productivité mais... Monde Numérique : [28:39] Il y a des gens qui n'y sont même pas encore à ça ! Martin Denais / Gautier Cloix: [28:41] Non alors ça c'est effectivement... L'avantage c'est qu'ils pourront sauter toutes les étapes et... Mais effectivement c'est... Si c'est ça la transformation du monde par l'IA il y a un sentiment un petit peu amer parce que la productivité... Nous on considère que la productivité ça peut être un moyen de tester mais ce qui est fondamental et ce que tu disais c'est... Comment on redéfinit notre entreprise autour de l'IA et de nos gouvernements ? Et ce n'est même pas une question de productivité, c'est pour moi une question de survie. Parce que si on fabrique des avions dans une entreprise A qui n'utilise pas l'IA et dans une entreprise B qui utilise l'IA, en fait, A va disparaître. A va disparaître parce qu'en termes de compétitivité, de production, de services qu'on peut apporter autour de cette vente d'avions aux clients, en fait, on devient, c'est la livraison à cheval contre la livraison en camion. Et d'un moment, c'est impossible de rester sur des technologies anciennes. Donc moi, c'est le message que je porte aux dirigeants que je rencontre, que ce soit gouvernementaux ou privés. C'est qu'on ne peut pas attendre. On ne peut pas faire des comités, décider, expérimenter une solution plutôt qu'une autre. Il faut tester et il faut mesurer le retour sur investissement. Ça, c'est la deuxième chose dans les générations d'IA qui arrivent maintenant. Moi, je dirais qu'on est à la troisième génération. Monde Numérique : [29:58] Pardon, mais comment vous faites ? Vous dites qu'il faut y aller à fond, etc. Il faut y aller vite et en même temps il faut être prudent il faut faire des POC il faut il faut l'un n'empêche pas l'autre il faut le faire mais très vite il faut tester mais très vite pas faire des tests qui durent des années etc mais. Martin Denais / Gautier Cloix: [30:14] Il faut être très exigeant c'est à. Monde Numérique : [30:15] Dire que. Martin Denais / Gautier Cloix: [30:16] L'exigence sur le retour sur investissement, J'ai mis 10 euros dans l'IA, est-ce que ça m'a bien rapporté 20 ou 30 euros ? Sinon, comme tous les secteurs de l'économie, ça n'a pas de sens. Donc ça, il faut le mesurer, il faut le mesurer rapidement, il faut être exigeant avec les entreprises comme nous qui fournissons l'IA. Ok, vous me demandez 10, c'est quoi ? C'est 50 dans 6 mois, c'est 20 dans un an, ça c'est vraiment important. Monde Numérique : [30:37] Et ça, vous êtes capable de fournir ce type de réponse ? Martin Denais / Gautier Cloix: [30:39] Oui, on mesure systématiquement, on ne déploie pas un cas d'utilisation sans mesurer le ROI. Donc ça, c'est la première chose. Et puis, la deuxième chose, c'est évidemment que la partie éthique, validation humaine, ce n'est pas très compliqué. Ça ne prend pas des années de dire « je veux que ce soit un humain qui valide ça, ça, ça et ça ». Mais par contre, il faut être exigeant aussi là-dessus. Monde Numérique : [30:59] Vous êtes d'accord, Sacha ? C'est ça qui manque ? C'est la vision du retour sur investissement ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [31:05] Je pense qu'il y a plusieurs aspects que tu viens d'évoquer, Gauthier, où il faut un peu approfondir au niveau de ce que nous, on a trouvé également dans le rapport. C'est que cette question de, oui, à 100%, je suis totalement alignée avec toi, il faut aller vite parce qu'il y a une question aussi de compétitivité. Mais il y a plusieurs freins qui existent actuellement en France, mais aussi au niveau européen, qui empêchent au-delà de la question de retour sur l'investissement, cette capacité d'aller vite. Monde Numérique : [31:31] Quels sont ces freins ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [31:32] Et une, c'est la question, et tu en as évoqué au niveau de la question de l'éthique, de la compréhension réglementaire. En France, actuellement, 47% de budget tech, est dépensée dans les questions de mise en conformité. Le moyen européen, c'est 42%. Et donc, en fait, quand on voit l'impact de cet argent qui est dépensé... Mais ça, c'est la France. Monde Numérique : [31:53] Madame. Qu'est-ce que vous voulez ? Nous, on a du règlement qui crée de l'emploi. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [31:56] Moi, je suis française et très fière d'être française. Mais je vois, justement, quand on parle surtout avec des boîtes françaises, cet enjeu de, actuellement, et on en a parlé, Gauthier, 68% des boîtes en Europe ne comprennent pas leurs obligations, par exemple, sous la législation européenne de l'intelligence artificielle. Donc, les efforts de simplification sont absolument essentiels. On peut conduire très vite en Allemagne sur l'autoroute parce que les règles sont claires. Donc, la réglementation et la vitesse ne sont pas les opposés. Le besoin, c'est justement d'avoir une clarté, une simplification pour que les boîtes, ils comprennent ce qu'ils peuvent faire et ce qu'ils ne peuvent pas faire. Ça, c'est absolument essentiel. Le deuxième aspect, on a évoqué, tu en as touché deux mots, c'est la question de fondamentalement les boîtes comme H. Il veut être des champions françaises à 100%. Il veut être aussi des champions européennes et globales. C'est les ambitions, et ils ont raison, des boîtes françaises, c'est de rayonner au niveau européen et au niveau mondial. Mais actuellement, la fragmentation de la régulation au sein de l'Europe elle-même, 41% des boîtes européennes voient la fragmentation réglementaire au sein même de l'Union européenne comme un frein à l'adoption. Et ça mène au fait qu'en fait, actuellement, 4 sur 10 startups, quittera la France ou considère de quitter la France à cause de cette complexité. Monde Numérique : [33:16] C'est le chiffre effrayant de votre étude, effectivement, 4 sur 10, qui disent qu'il se développerait mieux à l'étranger. Qu'est-ce que vous en pensez, Gauthier Cloix ? Martin Denais / Gautier Cloix: [33:25] Je pense qu'évidemment, on est un continent, et ça, je pense qu'il faut qu'on le garde avec des valeurs très fortes. Une éthique très forte. Tous les ensembles géographiques n'ont pas forcément ça chez eux. Je pense que c'est une vraie force. Ensuite, effectivement, je crois que c'est Mario Draghi qui disait il y a un marché unique du dentifrice en Europe mais il n'y en a pas un de l'IA ou de la défense donc de sujets quand même qui sont importants là il y a 27 marchés séparés je pense que c'est un sujet dans mes interactions que j'ai avec, avec l'Europe et avec les différents, gouvernements qui est compris mais c'est vrai qui n'est pas encore intégré donc aujourd'hui pour nous comprendre. Monde Numérique : [34:01] C'est une chose et agir c'en est une autre. Martin Denais / Gautier Cloix: [34:03] Et pouvoir agir c'en est encore une autre qui prennent un peu de temps on le voit bien, et donc c'est vrai pour nous un gros marché c'est les Etats-Unis qui est un marché finalement c'est des Etats qui sont unis un peu comme nous en Europe mais où il n'y a pas besoin de se poser la question, et donc on signe très rapidement aux Etats-Unis il y a aussi d'autres raisons en revanche on est une entreprise française on restera français on ne fait pas partie de ceux qui veulent partir aux Etats-Unis on pense qu'il y a beaucoup de talent en France, d'ailleurs il suffit de le regarder dans les grandes entreprises de big tech, moi j'étais dans une il n'y a pas très longtemps à New York les étages IA souvent ça parle français On a vraiment cette force chez nous et donc c'est là-dessus qu'on se base, nous, chez H. Monde Numérique : [34:43] Et alors H, aujourd'hui, vous visez notamment les États-Unis, mais même en France, en Europe. Votre activité, c'est quoi ? Vous êtes à fond dans l'IA agentique ? Martin Denais / Gautier Cloix: [34:55] Donc c'est. Monde Numérique : [34:55] Quel type d'outils quel type de proposition. Martin Denais / Gautier Cloix: [34:57] Donc nous on a bien expliqué en disant pour l'entreprise et les gouvernements les grandes organisations il y a trois étapes il y a trois générations de l'IA la première on en parlait c'était le chatbot donc je connecte les données internes je pose des questions j'ai des réponses je résume etc que. Monde Numérique : [35:09] Des gens appellent agent d'ailleurs. Martin Denais / Gautier Cloix: [35:10] Parfois on appelle agent c'est vrai que le terme agent est un petit peu galvaudé parfois, la deuxième génération les agents donc les agents au sens où ils agissent c'est à dire qu'ils sont connectés à des systèmes via des interfaces des API par exemple donc je connecte mes mails à mon système de gestion des clients système de gestion des commandes et puis tout ça ça fonctionne automatiquement, la limite de cette deuxième génération c'est qu'il faut connecter tout ça informatiquement or dans les grandes entreprises il y a 40 ans 50 ans de système informatique qui s'accumulent et aucun n'a été fait légacy exactement aucun n'a été fait pour interagir avec l'IA, donc ça c'est la grosse problématique nous on arrive avec une troisième génération, donc on appelle les agents computer use moi j'aime bien les appeler humanoïdes virtuels c'est vraiment comme des humains on leur dit ben voilà, tu dois regarder dans les mails et puis tu dois passer des commandes ou tu es infirmière au service des urgences quand un patient arrive voilà ce qui se passe et puis il faut trouver un lit rentrer sur les prescriptions mais il n'y a plus besoin de passer 6 mois à connecter le système de gestion des lits avec le système de la pharmacie tout ça c'est fait comme un humain en fait donc il a accès au clavier à la souris et puis il clique on lui explique en langage. Monde Numérique : [36:14] Naturel ce qu'il doit faire. Martin Denais / Gautier Cloix: [36:15] Exactement on lui donne les autorisations parce que ça c'est important on lui dit là où il faut une autorisation de l'humain donc au début évidemment nous on arrive avec nos ingénieurs sur le terrain et on met quelques jours à faire en sorte que tout ça soit ultra sécurisé, mais oui c'est la grande révolution et ça permet de déployer 1, 2, 3, 10 agents très avancés en une journée le lendemain de les tester et le lendemain de les avoir en production. Monde Numérique : [36:41] Sasha Rubel ça fait rêver, dit comme ça est-ce que justement les agents c'est la nouvelle brique qui va peut-être quand même permettre une adoption plus rapide de l'intelligence artificielle ? Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [36:53] Je pense qu'il y a plusieurs éléments en amont de l'agent et surtout avec toutes les questions au niveau de la durabilité et l'efficacité. Le cloud, comme tu sais, joue un rôle très clé dans cette adoption. C'est qu'en fait, qu'est-ce qui permet pas simplement ce niveau d'orchestration, mais aussi la capacité pour que les boîtes françaises opèrent à l'échelle mondiale dans une manière facile, efficace, avec les protections de données et la sécurité nécessaire, c'est vraiment aussi l'accès au cloud. Et là, on voit vraiment la croissance de l'adoption de cloud et la croissance Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [37:25] de l'IA comme deux aspects extrêmement complémentaires. Et d'ailleurs, une des choses qui sort également dans le rapport qu'on vient de publier, c'est que les boîtes européennes ont souligné que l'accès à la technologie globale les permet justement d'être compétitives au-delà des frontières de là où ils sont fondés. Monde Numérique : [37:42] Mais bon, autant une start-up, c'est facile pour elle. Oui, le cloud, c'est le bonheur. Elle va prendre un abonnement chez AWS, elle va lancer ses produits très vite. Autant une grande entreprise, elle ne réfléchit pas pareil. Il y a plein d'autres enjeux de souveraineté, de confidentialité, etc. Encore une fois, on revient à cette notion d'échelle. Le problème n'est pas le même pour tout le monde. Nolwenn Morris / Sasha Rubel: [38:07] Ah ça, je suis entièrement d'accord. Et d'ailleurs, on voit, et c'est une des raisons pour laquelle la manière dans laquelle on a créé tous nos services au-delà de cloud souveraine européenne qui était lancée au début de cette année. Mais tous nos services sont, en dit-on, souveraines par nature. Quand on écoute les entreprises, ils veulent contrôler là où sont localisées leurs données. Qui accède à leurs données et comment ils y accèdent à leurs données. Donc, cette critique de qui, où et comment est absolument essentielle avec la sécurité et la responsabilité au cœur, en effet. Monde Numérique : [38:38] Et puis, on parle des petites entreprises, des startups et des grandes, mais entre les deux, il y a tout le tissu économique, surtout en France, qui est constitué essentiellement par des entreprises de taille moyenne, des PME, PMI, ETI, etc. Monde Numérique : [38:49] Est-ce qu'eux aussi, ils ont droit à l'IA, ils ont droit aux agents, Gauthier ? Martin Denais / Gautier Cloix: [38:53] Ils ont droit et je pense qu'ils ont besoin. Et je dirais même, c'est une condition pour leur survie. On est dans un marché global. Si on fabrique des pièces détachées pour une industrie et qu'on a 200 personnes qui devraient être peut-être en face des clients et qui sont en face d'un ordinateur à se battre entre un email, un LinkedIn, et un ERP, un CRM, on va se faire rouler dessus. Donc ça, c'est un gros sujet pour nous. Alors nous, on est un ADN grand groupe et gouvernement parce qu'on a une technologie qui permet de gérer une complexité extrême très rapidement. Mais on commence de plus en plus à embarquer des clients de taille intermédiaire. Effectivement, c'est des clients qui décident plus vite, notamment les entreprises familiales ou encore le fondateur qui est toujours à la tête ou la famille du fondateur. On voit que c'est intéressant de travailler avec ce type d'entreprise parce que tout est possible. On va pas parler efficacité, productivité on va parler vraiment qu'est-ce que c'est mon business stratégie, vision, etc quel asset stratégique quel actif stratégique je crée qui va me différencier de mes concurrents et c'est pas je vais être un peu plus rapide à répondre à un email c'est vraiment, je vais créer toute une business unit qui pouvait pas exister avant l'IA. Monde Numérique : [40:07] Très bien. Écoutez, la balle est dans vos camps respectifs et également, bien sûr, dans le camp des entreprises et des professionnels qui nous regardent et qui nous écoutent. Merci à tous les deux. Gautier Cloix, CEO de H Compagny, et Sasha Rubel, directrice des politiques publiques IA chez AWS. On renvoie donc à cette étude toute fraîche AWS Unlooking pour en savoir plus. Et puis, vous pouvez également retrouver sur Monde Numérique un petit reportage en vidéo. Je me suis baladé au milieu de toutes ces allées à la rencontre des différents exposants et des différents professionnels qui sont ici. Merci de nous avoir suivis. Salut.
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