Jérôme Colombain:
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0:01] Jensen Huang, le patron de Nvidia, Satya Nadella, PDG de Microsoft, Demis Assabis.
Jérôme Colombain:
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0:08] Le big boss de Google DeepMind ou encore Elon Musk, sans oublier les dirigeants de Palantir, Meta, Anthropic, OpenAI, bref, un concentré de patrons de la tech comme on n'en voit pas souvent. Il y en avait presque plus que des ministres des Finances qui sont pourtant généralement les principaux invités au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. 850 dirigeants d'entreprises au total sur 3000 participants, selon les organisateurs. On peut dire que jamais la tech, la technologie et surtout l'intelligence artificielle n'avaient occupé une place aussi centrale dans les discussions. Alors que faut-il retenir de tout ça ? Je vais essayer de vous résumer l'essentiel. Trois grandes tendances qui ressortent très clairement de ce Davos 2026. 1. L'IA n'est plus une promesse, c'est une réalité. 2. L'IA, il va falloir malgré tout aujourd'hui qu'elle prouve son utilité, notamment son utilité sociale. Et 3. L'IA est au cœur d'une bataille industrielle et géopolitique mondiale. Et oui, l'IA n'est plus une promesse, c'est désormais du concret. Et c'est ce que Jensen-Huang appelle une infrastructure. Une infrastructure comparable à l'électricité ou au télécom. Selon le patron de NVIDIA, le monde entre dans une nouvelle ère qui exigera des milliers de milliards de dollars d'investissement pour construire les data centers, les réseaux, les capacités énergétiques aussi nécessaires. À l'intelligence artificielle. Et il est essentiel pour chaque pays de s'y mettre à fond. Jensen Huang.
Habillage:
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1:36] L'IA est une infrastructure.
Interviewé:
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1:40] Et il n'y a pas un seul pays au monde que je ne puisse imaginer qui n'ait pas besoin d'avoir l'IA comme partie de son infrastructure. Parce que chaque pays a son électricité. Vous avez vos routes. Vous devriez avoir l'IA comme partie de votre infrastructure. Bien sûr, vous pourriez toujours importer de l'IA, mais l'IA n'est pas si incroyablement à entraîner de nos jours et parce qu'il existe tant de modèles ouverts, ces modèles ouverts, avec votre expertise locale, vous devriez être en mesure de créer des modèles, eux, qui sont utiles à votre propre pays. Et donc, je crois vraiment que chaque pays devrait s'impliquer pour construire une infrastructure d'IA, développer sa propre IA, tirer parti de votre ressource naturelle fondamentale, qui est votre langue et votre et culture, développer votre IA, qu'on continue à l'affiner et que votre intelligence nationale fasse partie de votre écosystème.
Jérôme Colombain:
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2:33] Voilà, Jensen Huang avec traduction par intelligence artificielle, évidemment. Alors, il prêche pour sa paroisse, bien sûr, Jensen Huang, puisque lui, il vend des composants électroniques informatiques pour faire tourner les modèles d'IA. Forcément, plus il y aura de la demande dans le monde et plus ça fera ses affaires.
Jérôme Colombain:
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2:50] Au-delà de cela, deuxième tendance donc à retenir de ce Davos, l'utilité sociale de l'IA. Et là, c'est le patron de Microsoft, Satya Nadella, qui a tenu un discours très clair en déclarant notamment « Nous devons parvenir à utiliser l'IA pour faire quelque chose d'utile, quelque chose qui change réellement les résultats pour les individus, les communautés, les pays, les industries. Sinon, si l'IA ne change pas concrètement la vie des gens, sous-entendu en bien, l'enthousiasme pourrait retomber, voire même, pourrait-on ajouter, se transformer en méfiance vis-à-vis de l'IA.
Habillage:
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3:23] C'est ça la vraie question.
Interviewé:
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3:26] Parce que l'une des choses qui se passe en ce moment, l'esprit du temps est un peu tourné vers l'admiration pour l'IA sous sa forme abstraite ou en tant que technologie. Mais je pense que nous, en tant que communauté mondiale, devons absolument arriver à un point où nous utilisons cela pour faire quelque chose de vraiment utile qui change les résultats pour les personnes, les communautés, les pays et les industries. Sinon, je ne pense pas que cela ait beaucoup de sens. En fait, je dirais que nous perdrons rapidement même la permission sociale de réellement utiliser quelque chose comme l'énergie, qui est une ressource rare, pour générer ces jetons si ces jetons n'améliorent pas les résultats en matière de santé, les résultats en matière d'éducation, l'efficacité du secteur public, la compétitivité du secteur privé dans tous les secteurs, petits et grands.
Interviewé:
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4:16] Et cela, pour moi, est finalement l'objectif.
Jérôme Colombain:
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4:19] Elon Musk était présent également. Elon Musk, fidèle à lui-même, qui a marqué les esprits avec cette déclaration qui a été pas mal reprise « Il y aura un jour plus de robots que d'humains », a-t-il dit. Deux façons de voir les choses. Soit ça veut dire qu'il n'y aura plus assez de travail pour tout le monde, si ce sont les robots qui, sous-entendus, font tout le boulot, et ce sera dramatique. Soit au contraire, ce sera formidable, car ce sera, comme le pense Elon Musk, l'ère de l'abondance pour tous.
Habillage:
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4:46] Ma prédiction est qu'il y aura plus de robots que d'humains.
Interviewé:
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4:50] On ne peut pas avoir un travail à faire et une abondance incroyable pour tous. Si vous avez des milliards de robots humanoïdes, et je pense que ce sera le cas, je pense que tout le monde sur Terre en aura un. Qui ne voudrait pas d'un robot pour, en supposant qu'il soit très sûr, surveiller vos enfants, prendre soin de votre animal? Si vous avez des parents âgés, si vous aviez un robot qui pourrait s'occuper et protéger un parent âgé, je pense que ce serait génial. Ce serait une chose incroyable à avoir. je pense que nous aurons ces choses-là. Je veux dire, dans l'ensemble, je suis très optimiste quant à l'avenir. Je pense que nous nous dirigeons vers un avenir d'incroyable abondance, ce qui est très cool, et certainement.
Habillage:
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5:29] Nous sommes à l'époque la plus intéressante de l'histoire.
Jérôme Colombain:
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5:32] Elon Musk au sommet de Davos. Alors chacun se fera son opinion par rapport à ces sujets-là. Elon Musk, il prédit également que nous pourrions avoir une IA plus intelligente que n'importe quel être humain d'ici la fin de l'année, au plus tard l'année prochaine, la fameuse IAG, Intelligence Artificielle Générale, ça veut dire effectivement une IA qui sache tout faire, qu'il soit à la fois le meilleur des médecins, le meilleur des architectes, le meilleur journaliste, le meilleur tout ce que vous voulez, etc. Il faut toujours se méfier quand même des prédictions d'Elon Musk qui, sur le long terme, sont très intéressantes. Il ne faut pas les passer à côté, mais au niveau timing, en général, ils se plantent.
Jérôme Colombain:
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6:13] Alors une question encore, et c'est l'une des questions qui devient de plus en plus brûlante, on le voyait arriver gros comme une maison, mais là ça y est, on y est, c'est l'impact de tout cela sur notre vie quotidienne et notamment sur l'emploi. Et là, c'est par exemple Dario Amodei, le PDG d'Entropique, qui est intervenu et qui prédit une transformation radicale du marché de l'emploi d'ici un à deux ans, c'est-à-dire avant que l'IA dépasse notre capacité d'adaptation. C'est tout le problème, c'est la vitesse à laquelle se fait cette transformation.
Jérôme Colombain:
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6:42] Notamment en ce qui concerne les développeurs informatiques, a expliqué Dario Amodei. Il explique que le vibe coding, c'est-à-dire la programmation par l'IA, en promptant plutôt qu'en écrivant du code, va devenir la règle et que plus aucun développeur n'écrira du code informatique.
Jérôme Colombain:
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6:57] Pour sa part, Jensen Huang de Nvidia, qu'on a entendu tout à l'heure, se veut malgré tout positif et il a cité en exemple un autre domaine, celui de la médecine. Il a rappelé qu'aux Etats-Unis, malgré ou plutôt grâce aux IA qui aujourd'hui analysent les radiographies médicales, contrairement à ce qu'on avait prévu, le nombre de radiologues n'a pas diminué. Mais au contraire, il a augmenté, car cela permet de traiter plus de patients et les hôpitaux embauchent plus de professionnels.
Jérôme Colombain:
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7:23] Et du coup, à l'arrivée, tout le monde est gagnant. Alors ça, c'est pour l'impact de l'IA. Enfin, troisième dimension, la bataille industrielle et surtout géopolitique mondiale à laquelle donne lieu cette course vers l'intelligence artificielle. Ce n'est plus seulement un enjeu technologique, c'est véritablement aujourd'hui un enjeu de puissance. Il est donc urgent de ne pas perdre la main. Tiens, à noter qu'il y avait également le patron de Mistral, Arthur Mensch, présent à Davos, qui prévoit un milliard de chiffres d'affaires à plus ou moins longue échéance. C'est tout le malheur qu'on lui souhaite. En creux, ce sommet révèle en tout cas donc une transformation profonde. D'abord, les dirigeants de la tech ne sont plus invités comme des experts, mais désormais véritablement comme acteurs au cœur du pouvoir économique mondial.
Jérôme Colombain:
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8:07] L'IA est vue à la fois comme un moteur de croissance, mais aussi comme un risque social, comme un enjeu énergétique, ne l'oublions pas, et aussi comme un outil de souveraineté. Et enfin, le débat a changé de nature. On ne se demande plus si l'IA va transformer le monde, mais on se demande maintenant qui va la contrôler, qui va en profiter, qui va payer le prix de cette transformation. En attendant, on l'espère et on le souhaite, et on y croit, de pouvoir récolter les fruits et les bénéfices de tout cela.