
Le Roadster bondissant de Tesla suscite autant d’émerveillement que d’agacement. Au-delà de la controverse automobile, il y a surtout deux façons de se projeter dans l’avenir.

D’un côté, il y a ceux qui s’émerveillent. De l’autre, ceux qui demandent « à quoi ça sert ? ». Avec son Roadster aux allures de voiture-fusée, Elon Musk a réveillé un clivage qui dépasse largement le cercle des amateurs d’automobile.
Les uns applaudissent l’audace technique, la science-fiction qui prend forme. Les autres y voient une extravagance pour milliardaires, un spectacle sans rapport avec les besoins réels des automobilistes, avec une violence dans certains commentaires - X oblige - qui en dit long sur la profondeur du sentiment.
Ce débat mérite mieux qu’un affrontement entre fans de Tesla et adversaires de son patron. Car les deux réactions expriment des attentes légitimes. D'un côté, nous voulons des technologies qui améliorent notre quotidien. Mais nous avons aussi besoin qu’elles nous donnent envie de découvrir la suite.
La question « à quoi ça sert ? » est recevable. Pour aller travailler, conduire ses enfants à l’école ou partir en vacances, une voiture capable de faire des pirouettes en l'air n’apporte pas grand chose. Mais faut-il juger toute expérimentation à son utilité immédiate ? Une démonstration technologique peut aussi servir à explorer une possibilité, à susciter des vocations, à déplacer les limites de ce que l’on imagine réalisable.
La force de Musk consiste à occuper cet espace. Chez lui, l’ingénierie nourrit le spectacle, qui nourrit à son tour la marque. Le coup de communication est évident, mais il n’annule pas pour autant l’intérêt de l’expérimentation. On peut admirer une audace technique sans signer un chèque en blanc à son promoteur.
Roadster-fusée vs 2CV Fisher Price
Le contraste avec les véhicules néo-rétro dévoilés au Mondial de l’Auto parisien est néanmoins saisissant. La 2CV électrique, avec ses airs de jouet pour adultes, en est l'expression la plus marquante. Tandis que Tesla convoque l’imaginaire spatial futuriste, les constructeurs européens jouent la carte du pragmatisme nostalgique rassurant, un brin infantilisant.
D'un côté, un véhicule simple, maîtrisé et accessible pour la vie quotidienne. De l'autre, une promesse exceptionnelle pour un futur un peu inquiétant. L’une se veut rassurante face au changement. L’autre veut transformer le changement en spectacle désirable.
En fait, la 2CV et le Roadster sont bien plus que deux voitures. Ce sont deux visions du monde et deux expressions de nos besoins.
Cette confrontation révèle un décalage dans la manière de raconter le progrès. L’Europe cherche à rendre l’avenir acceptable en lui donnant les traits du passé tandis que l’Amérique technologique préfère le rendre irrésistible en promettant une rupture.
Concevoir des véhicules utiles, sobres, sûrs et accessibles est une ambition louable. Mais à force de demander au progrès de justifier immédiatement son utilité, nous risquons de lui retirer sa capacité d’entraînement.
Alors quoi ?
En réalité, nous avons besoin des deux : de solutions pour vivre aujourd’hui et de raisons de désirer demain. La 2CV peut répondre à un besoin de proximité et de simplicité. Le Roadster, à un besoin d’évasion et de dépassement. Ces aspirations peuvent même cohabiter et elles ne méritent pas les énervements stériles des réseaux sociaux.
L’Europe n’a pas besoin de fabriquer à tout prix une voiture qui saute. Mais elle doit retrouver l’ambition de surprendre.
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