
La France va entrer dans le cercle très restreint des puissances capables de faire tourner un supercalculateur exascale, grâce à un monstre de calcul baptisé Alice Recoque. Ambition : faire progresser la science et renforcer la souveraineté technologique européenne.

Un géant du calcul
Alice Recoque pourra effectuer un milliard de milliards d'opérations par seconde, ce que l’on appelle un exaflop - une rapidité d’analyse impossible à obtenir avec des ordinateurs classiques. Il va être installé au Très Grand Centre de Calcul du CEA à Bruyères-le-Châtel, déjà hôte des supercalculateurs Joliot-Curie et Topaze. Un projet piloté par le GENCI et le CEA, confié à Eviden (Atos Group) et AMD.
Alice Recoque sera le premier supercalculateur exascale français et le deuxième en Europe, annonce Eviden dans un communiqué.
Un outil stratégique pour la recherche
Alice Recoque doit servir de moteur à des projets très variés : modélisation climatique plus fine, développement de nouveaux matériaux et technologies énergétiques, médecine personnalisée grâce aux jumeaux numériques, analyse de données spatiales massives, entraînement de modèles d’intelligence artificielle européens.
L’idée est de disposer d’une “usine à données” capable d’alimenter à la fois la recherche publique, l’innovation industrielle et les futures IA développées sur le continent.
Un enjeu de souveraineté
Au-delà des performances, l’objectif affiché est clair : réduire la dépendance de l’Europe aux technologies étrangères.
Le système s’appuiera certes sur les processeurs et GPU d’AMD, mais intégrera aussi plusieurs briques européennes, dont le processeur Rhea2 de SiPearl, composant stratégique conçu en Europe et la technologie réseau BXI, développée par Eviden.
L’intégration du processeur SiPearl est particulièrement surveillée, car il représente l’un des rares efforts européens pour reprendre la main sur des composants clés.
👉 Ecouter l'interview du PDG de SiPearl, Philippe Notton.
Une machine pensée pour l’efficacité
L’un des enjeux majeurs est énergétique : les supercalculateurs consomment énormément. Eviden promet une architecture plus sobre, avec un système de refroidissement à eau tiède et des composants optimisés, afin de limiter la facture électrique et répondre aux objectifs européens de calcul « frugal ».
L’Europe accélère
Alice Recoque deviendra le deuxième supercalculateur exascale européen, après JUPITER en Allemagne. EuroHPC cherche ainsi à structurer une capacité commune de calcul scientifique, dans un contexte mondial où les États-Unis et la Chine dominent largement. Un projet qui illustre une stratégie par étapes : s’appuyer sur les technologies les plus performantes disponibles tout en renforçant, année après année, les briques européennes du calcul intensif.
Un nom en hommage à une pionnière française
Le supercalculateur porte le nom d’Alice Recoque, ingénieure et figure majeure de l’informatique française. Elle a contribué dans les années 1960 et 1970 au développement des premiers systèmes de calcul avancé au sein de la Compagnie Internationale pour l’Informatique (CII). Lui attribuer ce nom revient à inscrire ce projet dans la continuité d’une histoire française du calcul scientifique.
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