Twitter et le drama du badge bleu

Depuis le 20 avril 2023, seuls les utilisateurs ayant souscrit à l’abonnement payant Twitter Blue ont encore droit au fameux badge bleu de certification. Les autres en sont désormais privés.

Ils ont beau s'appeler Kylian Mbappé, Pape François, Donald Trump ou Kim Kardashian, ils ont tous perdu leur fameuse pastille bleue accolée à leurs noms sur leurs profils Twitter. Ainsi en a décidé sa majesté Elon (qui a toutefois attribué gratuitement la pastille à quelques personnalités de son choix, comme le romancier Stephen King ou Tim Cook, le patron d’Apple).

La certification est morte, Twitter Premium prend son envol

Instaurée en 2009, trois ans après la création de Twitter, la certification de compte, via un petit macaron bleu, avait pour but d’éviter l’usurpation d’identité. Elle était attribuée de manière discrétionnaire aux organismes officiels, aux entreprises et à des personnalités publiques considérées comme « notoires », telles que des stars du showbiz, des responsables politiques ou des journalistes. Du coup, c’était devenu implicitement une marque statutaire, enviée par ceux qui ne l’avaient pas.

Le badge bleu n’est plus la preuve de l’authenticité d’un profil mais la simple marque de l’appartenance au « club Premium » Twitter.

Il n'y a plus de comptes certifiés, il n'y a plus que des comptes vérifiés.

Bazar informationnel

On pourra trouver que le système est désormais plus égalitaire, puisque tous les utilisateurs se retrouvent traités de la même manière au royaume de Twitter, ou, au contraire, plus inégalitaire, puisqu’il faut payer un abonnement si l’on souhaite être décoré de l’ordre du macaron bleu.

Dans la pratique, Twitter risque de ressembler encore plus à un grand bazar informationnel. Si n’importe qui peut créer un faux profil du Pape ou d’Emmanuel Macron et qu’il n’existe plus de signe distinctif, il va être difficile pour les utilisateurs de distinguer les vrais comptes des faux. Il faudra examiner le nombre d’abonnés, la teneur des messages, etc. S’il y a une pastille bleue, cela prouvera simplement que l’utilisateur est passé à la caisse (et a fait vérifier son numéro de téléphone, condition sine qua non pour avoir le badge). C’est la porte ouverte à la manipulation, à la désinformation et au complotisme.

Tout cela parait conforme à la philosophie libertarienne d’Elon Musk selon laquelle chacun est responsable de sa propre vie. Autrement dit : si vous n’êtes pas capable de distinguer un faux profil d’un vrai, c’est votre problème, pas celui de la plateforme. La liberté d’expression l’emporte sur tout le reste. 

Et maintenant ?

Vous vous demandez ce qu’Elon a derrière la tête ? Moi aussi.

La suite dépendra de la manière dont Twitter va gérer les usurpations d’identité. S’il y a un contrôle efficace à chaque signalement et un bannissement systématique des usurpateurs, cela peut avoir du sens. Malheureusement, connaissant Twitter, on peut douter que cela se passera ainsi. En tout cas, on ne peut pas lui reprocher de ne pas nous avoir prévenu.

Note : personnellement, au risque de passer pour un collabo, j’ai souscrit l’abonnement Twitter Blue il y a déjà quelques mois, non pas pour le badge bleu (que j’avais déjà) mais pour les services associés comme la possibilité d’éditer des tweets, la réduction de la publicité et l’augmentation de la visibilité des messages car Twitter est pour moi un outil professionnel de veille et de communication indispensable.

Ce billet est tiré du podcast Monde Numérique L'Hebdo #86 du 22/04/23